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  • Bonfils Frédéric

Interview de Xavier Legrand. Mademoiselle Julie. Théâtre de l’Atelier

J’ai eu l’immense privilège de rencontrer Xavier Legrand juste avant la représentation de Mademoiselle Julie. Une superbe rencontre dans sa loge. C’est toujours impressionnant de découvrir les coulisses d’un théâtre. Le théâtre de l‘atelier est un lieu particulièrement attachant où la créativité se sent à tous les étages. J’avais eu la chance de voir la pièce quelques jours avant et j’avais plein de questions. Je trouve très sincèrement que le trio Xavier Legrand, Anna Mouglalis et Julie Brochen (comédienne et metteuse en scène) fonctionne parfaitement bien. On sent une véritable harmonie entre eux qui donne une sensation très particulière.

Comment a démarré ce projet ?

Au tout début, c’était vraiment une envie forte et ancienne d’Anna Mouglalis. Je l’ai rencontrée pour la première fois au festival de Deauville où mon film était présenté en compétition et nous en avons parlé. Julie Brochen était une évidence pour nous. Elle a accepté tout de suite et tout s’est mis en place assez simplement.

Je vous trouve fantastique dans ce rôle, car il y a une forme d’antinomie entre ce que vous représentez et votre personnage.

Merci. En effet. Je ne suis pas un grand gars type bûcheron et musclé. Je suis plutôt un peu doux et féminin.


Ces deux personnages de maîtresse et valet sont terrifiants. Mademoiselle Julie, par exemple, est insupportable au début de la pièce et d’une condescende folle mais je n’arrive pas à détester vos personnages. Ça vient peut-être du fait de ce que vous êtes, vous deux humainement.

Oui justement. Notre mademoiselle Julie, pour une fois, n’est pas ingénue. Elle ne hurle pas sans arrêt et à une attitude assez masculine et mon personnage est plutôt doux et élégant. En tout cas au début. Les rapports de forces sont un peu échangés.

Oui c’est vrai. C’est tout à fait ça et c’est très intéressant. Par exemple, c’est étonnant, mais j’ai adoré la scène du baiser de la chaussure que je trouve très belle. Je ne vois pas ça comme un moment humiliant, mais plutôt très sensuel.

J’adore ce moment. Mon personnage aime profondément sa maîtresse et n’est pas encore rentré dans ce jeu de perversion.

C’est en effet étonnant la délicatesse qui se dégage de vous. Ça donne beaucoup de nuances et on ne s'attend pas à ce qu’il devienne si violent. Je pense que c’est une pièce très dure à jouer. Vous êtes sur scène pratiquement non-stop.

En effet. On sort de scène deux minutes en tout. Oui c’est difficile et éreintant mais jouissif également et puis au début comme à la fin, on se serre très fort dans les bras.


Anna m’a dit qu’elle avait du mal à vous gifler et que vous l’avez aidée en lui disant « Vas-y. N’hésite pas ».

Vous savez, c’est beaucoup plus dur à donner une gifle que la recevoir. J’en ai fait l’expérience dans une pièce précédente où je devais gifler ma mère.

Je pense très sincèrement qu’il y a une très belle harmonie entre vous trois. Est-ce que ça aide la pièce à fonctionner ? Certains réalisateurs, metteurs en scène auraient pu se laisser tenter par prolonger l’atmosphère sinistre hors du plateau.

Oui, c’est tout à fait vrai mais c’est un peu un abus de pouvoir en réalité. Ce n’est pas du tout notre façon d’être. On s’entend très bien entre nous et c’est très bien étant donné que nous sommes dans une atmosphère d’ultra réalisme. Strindberg fait souvent parler les personnages les uns sur les autres. On doit rester très concentré et millimétré afin que ça ne se transforme pas en cacophonie.

D’autant plus que vous avez beaucoup d’accessoires.

En effet, ce n’est facile de jouer en mangeant, en buvant, en se rasant. Tout se passe dans ce lieu clos. Il y a une unité de lieu et de temps.

C’est étonnant pour moi, car si les codes vestimentaires et le décor respectent très fidèlement l’époque, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec notre époque actuelle.

Parce que cette pièce reste certainement très moderne et surtout d’actualité. Il n’y a plus vraiment ces rapports de classes (encore que) mais les relations homme-femme peuvent être encore trop souvent très violentes.


Pouvons-nous parler un peu de votre film A la garde, plébiscité aux Césars ?

Oui en effet, c’est un bon exemple. On peut faire un certain rapprochement entre Mademoiselle Julie et « à la garde ». Ces deux relations sont terriblement violentes et nous avions pourtant une très belle harmonie sur le plateau. La tension était présente, car il est difficile de jouer un pervers narcissique mais c’était plutôt en termes de concentration que de relation humaine.

Pour revenir à Mademoiselle Julie, il y a trois chansons que je trouve magnifiques et troublantes à la fois.

Ça c’est une idée d’Anna Mouglalis. Elles sont étonnantes. C'elle sur la Saint-Jean et surtout « Adieu Julie » de la fin. Savez-vous que Gribouille, l’interprète, s’est suicidée ? Quelle était la relation entre elle et la pièce. On ne sait pas mais on peut se poser des questions

Votre pièce est un choc, un coup de poing passionnant. Il y a quelque chose d’étonnant dans ce décor magnifique. Il est immense et on sent pourtant l’enfermement. Peut-être parce que progressivement vous vous approchez de plus en plus de nous, les spectateurs.

Oui en effet. C’est de la mise en scène pure. Anna finit même en bordure de scène.


Cette pièce est une lutte à mort entre deux êtres finalement et le vainqueur n’est peut-être pas celui que l’on attend.

(Sourire). Oui en effet. C’est tout à fait ça.

Quels sont vos projets ?

Déjà nous allons partir en tournée en province avec mademoiselle Julie et je viens de réaliser mon premier clip pour le nouveau disque d'Alex Beaupain

oui, je l'ai vu superbe chanson et superbe clip. et le cinéma ?

Je prends mon temps, mais j´écris.

Vous avez bien raison. Ça ne doit pas être facile en termes de pression après les Césars.

Merci beaucoup Xavier Legrand pour toutes ces informations.

Merci à vous Frédéric


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Frédéric BONFILS

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