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- Sinistre et Festive : un cabaret queer, entre sublime et foutoir
Madonna croise Barbara, Siouxsie and the Banshees répond à Francis Poulenc, et au milieu : deux créatures étranges, magnifiques, cabossées. Bienvenue dans Sinistre et Festive , l’ovni scénique signé Jonathan Capdevielle, Jean-Luc Verna et Julien Bienaimé. Ni cabaret, ni concert, ni performance — ou peut-être tout ça à la fois — ce spectacle déroutant transforme le Théâtre de l’Atelier en laboratoire du sensible, du trash et de l’émotion. Festive , c’est Capdevielle, voix légère et regard moqueur, amoureux de pop et de chaos. Sinistre , c’est Verna, icône underground à la voix caverneuse, qui ressuscite les fantômes de Barbara ou Léo Ferré avec une mélancolie punk. À leurs côtés, Julien Bienaimé tisse au piano des passerelles improbables entre la variété, le classique, le jazz et la chanson française. Ce qui se joue sur scène n’est pas un simple tour de chant, mais une réappropriation intime de morceaux choisis , des chansons aimées, portées, fissurées. Le résultat ? Un foutoir assumé, entre poésie fragile, humour noir et énergie queer. Un cabaret où les paillettes ne masquent pas les fêlures, elles les révèlent. Capdevielle et Verna partagent un goût pour le travestissement, l’ambivalence, la dissociation entre le corps et la voix. Leurs personnages, issus de parcours artistiques radicalement différents, vibrent d’une blessure commune qu’ils transforment en art. On rit, on est parfois mal à l’aise, puis soudain touché sans prévenir. Sinistre et Festive , c’est l’art de l’imperfection élevée au rang de manifeste. Un spectacle inclassable, punk dans l’âme, queer jusqu’au bout des ongles, et terriblement vivant. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 SINISTRE & FESTIVE Conception Jonathan Capdevielle, Jean-Luc Verna Avec Jonathan Capdevielle, Jean-Luc Verna, Julien Bienaimé & guests Photographie © Renaud de Foville © Arthur Pequin THÉÂTRE DE L’ATELIER Du 5 avril au 8 juin • Le samedi à 23h. Samedi 5 avril à 21h. Le dimanche à 19h • Durée 1h15
- Contexte : un spectacle qui flingue le racisme, la bêtise et les algorithmes
Avec ce stand-up aussi drôle que lucide, Akim Omiri démonte tout — avec style, intelligence, et une bonne dose de vannes. ⸻ Un humoriste qui pense (et qui fait penser) On pourrait vous dire qu’on a ri du début à la fin, qu’on est sortis du théâtre avec le sourire aux lèvres. C’est vrai. Mais cela ne suffirait pas à résumer Contexte , le deuxième spectacle d’Akim Omiri, tant il se distingue du tout-venant du stand-up actuel. Pendant un peu plus d’une heure, Akim enchaîne les punchlines — mais pas les clichés. Son humour est taillé dans une matière brute : l’actualité, la politique, la mémoire collective, l’école, les réseaux sociaux. À travers ses sketchs, il démonte nos automatismes de pensée avec une précision redoutable. “Faire rire, c’est donner des armes pour moins se faire manipuler”, explique-t-il. “Si les gens m’accordent une heure de leur vie, je veux qu’ils passent un bon moment et qu’ils ressortent un peu moins cons.” ⸻ Marignan, les milliardaires et la Cancel Culture : tout le monde y passe Prenez ce moment hilarant (et brillant) où il parle de la bataille de Marignan. On connaît tous la date — 1515 — mais qui sait ce qu’il s’est vraiment passé ? Ce sketch cristallise son regard sur l’école : une institution qui nous apprend des faits sans nous transmettre de sens. “On passe 8 heures par jour à l’école pendant 15 ans, et on ressort sans avoir appris des trucs utiles pour la vie. C’est absurde.” Dans un autre passage marquant, il démonte les logiques absurdes d’EDF qui revend l’électricité sur le marché européen avant de la racheter plus cher — une blague improbable sur la politique énergétique… qui fait mouche. Et bien sûr, il s’attaque aux milliardaires qui contrôlent les médias, aux algorithmes qui nous enferment dans nos bulles, et à cette Cancel Culture qu’il ne diabolise pas, mais qu’il interroge avec finesse. “Parfois, il n’y a pas besoin de contexte pour comprendre qu’il y a un problème”, dit-il en ouverture du spectacle. “Quand une femme porte plainte pour viol et qu’un mec demande comment elle était habillée, c’est déjà un souci.” ⸻ Un stand-up qui vient de loin Si Contexte touche autant, c’est aussi parce qu’il est nourri par un vécu. À 14 ans, Akim Omiri est atteint d’un cancer du poumon. Il passe un an à l’hôpital, sans Internet, mais avec Canal+ et les sketchs de Jamel, Gad ou Coluche en bande-son. C’est là que naît la promesse de monter sur scène. “J’ai compris très tôt que j’avais une seule vie, et que je ne voulais pas la passer à me faire chier.” Ce passage à l’hôpital résonne fortement dans un sketch bouleversant sur notre système de santé. Il y raconte une ponction lombaire subie… dans un couloir, faute de lits. “La vraie grandeur de la France, c’est pas Napoléon, c’est la carte Vitale.” ⸻ Un spectacle drôle, engagé, accessible Malgré la gravité de certains sujets, Contexte reste drôle de bout en bout. Parce qu’Akim Omiri ne donne pas de leçons, il partage des histoires, des constats, des doutes. “Je parle comme je parlerais à des potes. Je veux que même quelqu’un qui ne suit pas la politique passe un bon moment.” Et ça fonctionne. Une spectatrice lui a confié être venue avec son frère, électeur RN. Il a ri, il a écouté, il est reparti en ayant changé d’avis sur certaines idées. C’est peut-être ça, le pouvoir d’un bon spectacle : faire passer des idées en douce, par le rire. “Tout est politique. Même le fait de ne pas en parler.” ⸻ Un humoriste qu’aucun algorithme n’avait prévu Akim Omiri ne rentre dans aucune case. Ni youtubeur recyclé, ni humoriste militant caricatural. Il observe, il décrypte, il balance. Il fait du stand-up un outil d’émancipation. Et s’il lui arrive de traîner sur X (ex-Twitter), c’est moins pour buzzer que pour comprendre les arguments de ceux avec qui il est en désaccord — et mieux les démonter sur scène. “Celui qui gagne un débat sur Internet, c’est pas celui qui a raison. C’est celui qui a le plus de temps.” Avec Contexte , Omiri prouve que l’humour peut être une arme politique douce — mais redoutablement efficace. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 ⸻ Akim Omiri – Contexte Texte Akim Omiri et Kaza Mise en scène Kaza Au Théâtre Le Métropole (Paris) Tous les jeudis à 19h, vendredis et samedis à 21h • jusqu’au 31 mai 2025 • Durée 1h • En tournée dans toute la France
- Mérou, de Lou Trotignon : une claque d’humour trans, tendre et nécessaire
Le mérou. Ce poisson moche et bourru, l’œil à moitié absent, la bouche en mode lendemain de cuite, qui flotte au fond de l’eau avec l’air de quelqu’un qu’on n’a pas prévenu pour la réunion. Un animal quasi immobile, et pourtant capable de changer de sexe au cours de sa vie. Il fallait oser en faire le fil rouge d’un spectacle sur la transidentité. Il fallait surtout s’appeler Lou Trotignon pour transformer ce mollasson aquatique en métaphore de la mue, du doute, et du courage d’être soi. Le mérou change de genre. Lou aussi. Et c’est là que commence le miracle Mérou , c’est tout sauf un énième stand-up. C’est une traversée. Un récit intime, politique, absurde, sensible. Une plongée dans un corps en mutation et un monde en tension. Lou y raconte sa transition avec précision, tendresse, et cette touche de dinguerie qui fait mouche, nous embarquant là où on ne s’attendait pas à aller — sous la surface, là où ça flotte, ça doute, et surtout, ça vit. Sur scène, Lou débarque avec un flow mi-dandy, mi-doudou. 26 ans, silhouette androgyne, regard pétillant, et une langue bien affûtée. Il nous livre son histoire avec une honnêteté rare : son enfance, la testostérone, les galères, le strip-tease, les prises de conscience queer, les premières opérations… et Leroy Merlin (vous comprendrez). Rien n’est tabou, mais tout est dit avec une délicatesse hilarante. Et le plus beau, c’est qu’on en ressort le cœur gonflé, le rire en bandoulière, la tête pleine de questions qui font du bien. Mérou, c’est le récit d’une mue Une vraie. Pas celle des contes de fées, mais celle qu’on vit avec les tripes, le doute, et beaucoup (beaucoup) de vannes. Il y a chez Lou Trotignon une science rare de l’autodérision douce. Son humour, ce n’est pas du stand-up qui tape fort pour faire rire à tout prix. C’est du tissage. Ça chuchote à l’oreille des spectateur·rice·s. Ça déroule une pelote de vécu, de faille, de joie bancale et de colère bien placée. Et ça prend tout le monde par la main — queer ou pas, cis ou pas, concerné·e ou simplement curieux·se. Tout est maîtrisé : le rythme, les silences, les virages inattendus. Lou n’a pas trente ans, mais déjà une puissance d’écriture et une précision de jeu qui forcent le respect. Et ce regard — mi-rieur, mi-las — dit tout ce qu’il reste à dire : oui, le monde est lourd, mais on va s’en sortir. Ensemble. Et en riant, si possible. Mérou, c’est un spectacle politique sans leçon Une ode à l’inconfort fertile. À la possibilité d’être flou dans un monde obsédé par les étiquettes. C’est une caresse aux méroux de nos vies : ceux qui flottent à côté de la plaque, en se demandant si c’est eux ou le décor qui bugue. On ressort avec les joues fatiguées de rire, le cœur un peu retourné, et une évidence : le stand-up queer a trouvé une voix essentielle. Elle ressemble à un mérou… qui aurait trouvé les mots. Lou Trotignon ne joue pas juste un spectacle. Il ouvre un espace. Et ça, c’est rare. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 LOU TROTIGNON : MÉROU Mise en scène Amiel MAUCADE Avec LOU TROTIGNON THÉÂTRE SAINT GEORGES Jusqu’au 28 avril 2025 • Tous les lundis à 20h • Durée 1H15 • Et en tournée dans toute la FRANCE, en SUISSE et en BELGIQUE
- Même si le monde meurt : quand la fin devient un commencement
Et si la fin du monde était annoncée ? Vraiment. Scientifiquement. Inéluctablement. C’est le point de départ vertigineux de Même si le monde meurt , spectacle mis en scène par Laëtitia Guédon , sur un texte original commandé à Laurent Gaudé , pour les jeunes interprètes de l’ AtelierCité du ThéâtredelaCité à Toulouse. Une fable dystopique, sensorielle, puissamment symbolique, qui interroge notre humanité quand tout semble perdu. 17 août, 17h58. C’est la fin Les scientifiques sont formels : la planète va s’éteindre. L’humanité n’a plus que quelques heures à vivre. Alors : on fait quoi ? On panique ? On tue ? On aime une dernière fois ? On enfante coûte que coûte, pour transmettre quelque chose, même fugace ? Chacun réagit comme il peut. Et c’est exactement ce que raconte Même si le monde meurt . Sur scène, huit personnages – anonymes, archétypaux, presque mythiques – vacillent face à l’annonce. Certains se laissent consumer par leurs pulsions, d’autres tentent de créer, d’aimer, de donner un sens à ce qu’il reste. Ce n’est pas un spectacle sur la catastrophe, mais sur l’humain face à la fin , sur ce qu’on choisit quand plus rien n’est sûr. Une mise en scène hypnotique, entre mythe et apocalypse Même si le monde meurt , c’est un théâtre de la tension, du souffle suspendu, du compte à rebours invisible mais présent dans chaque mot, chaque geste. Laëtitia Guédon orchestre cette traversée avec une mise en scène millimétrée, presque rituelle, où le corps, la lumière, le son et la vidéo dialoguent en permanence. Sur scène : des îlots métalliques, des copeaux de bois, des bols d’eau ou de feu, et surtout un grand cercle lumineux en fond, qui pulse comme un œil, une planète, une matrice. Il est là, tout le temps. Il regarde. Il respire. La scénographie (signée Amélie Vignals), soutenue par les lumières de Philippe Ferreira, le son de Joan Cambon et les vidéos oniriques de Benoît Lahoz, crée un espace à part, un monde parallèle où le temps est distordu, où la parole devient incantation. Des figures, des voix, des vies qui brûlent Les personnages ne portent pas de nom. Ils sont “le pressé de vivre”, “la femme enceinte”, “le médecin”, “l’homme quitté”… Des figures plus que des identités. Ils ne se parlent presque jamais. Chacun, chacune évolue dans sa bulle, sur son estrade, face à son propre vertige. Parfois, leurs voix se croisent. Parfois, leurs regards. Mais c’est rare. Et c’est aussi ce qui rend leur solitude si tangible. Et pourtant, ils forment un chœur, à la manière d’une tragédie antique. Un chœur éclaté, contemporain, désynchronisé, mais habité par le même battement : celui de l’urgence. Celui de la fin. Ils sont portés par huit jeunes comédien·nes de l’AtelierCité (Matthieu Carle, Marine Déchelette, Mathieu Fernandez, Élise Friha, Marine Guez, Alice Jalleau, Thomas Ribière, Julien Salignon), qui donnent tout. Des corps tendus, des voix fragiles ou puissantes, une implication totale. Un spectacle qui ne donne pas de réponse, mais ouvre des brèches Ce n’est pas une pièce facile. Ce n’est pas une pièce confortable non plus. Le texte de Laurent Gaudé est dense, parfois chargé, souvent poétique. Il y a des moments sublimes. D’autres qui s’égarent. Mais on sent toujours la nécessité d’écrire. De dire. D’incarner. La fin du monde annoncée… n’aura finalement pas lieu. Et c’est là que le spectacle bascule. Alors, comment vivre après ? Après avoir dit adieu, pleuré, crié, hurlé d’amour ou de rage… peut-on vraiment reprendre comme si de rien n’était ? La question reste en suspens. Comme tout le reste. En sortant, le silence Ce qui frappe, ce n’est pas seulement ce qu’on voit ou ce qu’on entend, c’est ce qu’on ressent. La lenteur. Les gestes ritualisés. Le souffle coupé. Le silence. Et cette phrase, à la toute fin, prononcée par le pressé de vivre : « Le silence est là. Les étoiles savent que nous ne sommes rien. Et elles sourient pour faire briller l’obscurité. » Alors, même si le monde meurt… peut-être reste-t-il encore quelque chose à sauver. Même si le monde meurt ne cherche pas à tout expliquer. Il ne rassure pas. Il ne moralise pas. Il observe. Il propose. Il nous laisse seuls avec ce vertige : et si c’était vraiment la fin ? Et si, au contraire, c’était un début ? Oui, il y a des longueurs. Oui, parfois le symbolisme prend un peu trop de place. Oui, on aimerait plus d’interactions, plus de liens entre ces solitudes flottantes. Mais ce qu’on gagne en retour, c’est une expérience scénique rare . Un théâtre qui n’a pas peur d’être lent, ni étrange, ni fragile. Un théâtre qui célèbre la vie au bord du gouffre . Alors non, Même si le monde meurt n’est pas un spectacle parfait. Mais c’est un spectacle vivant, vibrant, sincère , qui ose se poser une question vertigineuse : Qu’est-ce qu’on fait, ici, maintenant, ensemble ? Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 Un spectacle comme une veillée. Inégal, mais beau. À voir, surtout si vous aimez quand le théâtre vous laisse avec des questions. MÊME SI LE MONDE MEURT Texte Laurent Gaudé Conception et mise en scène Laëtitia Guédon Avec Matthieu Carle, Marine Déchelette, Mathieu Fernandez, Élise Friha, Marine Guez, Alice Jalleau, Ribière, Julien Salignon Scénographie Amélie Vignals Lumières Philippe Ferreira Musique, son Joan Cambon Vidéo Benoît Lahoz Photo ©Christophe Raynaud de Lage Théâtre de la Tempête Du 6 mars au 6 avril 2025 • Du mardi au samedi 20h. Dimanche 16h • Durée 1h10
- Peer Gynt au Théâtre du Châtelet : un tourbillon théâtral et musical inoubliable
Un chef-d’œuvre enfin restitué dans toute sa splendeur Rarement Peer Gynt a été monté avec une telle ampleur. Olivier Py réussit un tour de force : réunir enfin le texte brûlant d’Henrik Ibsen et la musique envoûtante d’Edvard Grieg dans un spectacle total qui oscille entre opéra, théâtre et ballet. Un pari fou ? Oui. Une réussite ? Absolument. chaque discipline nourrit l’autre. Et le résultat touche au génie. Le Théâtre du Châtelet s’est donné les moyens de cette ambition : un orchestre de chambre dirigé par l’élégante et rigoureuse Anu Tali , une troupe de comédiens et chanteurs parfaitement harmonieuse, et une mise en scène qui navigue entre le réalisme poétique et l’onirisme le plus débridé. Loin d’une simple relecture, cette “tradaptation” d’Olivier Py – à mi-chemin entre traduction et adaptation – cherche à restituer Peer Gynt dans son entièreté, à la fois comme une fresque épique et une plongée intime dans la psyché humaine. Un Peer Gynt démesuré, porté par un acteur incandescent Bertrand de Roffignac est Peer Gynt. Il ne l’interprète pas, il l’incarne, il l’habite, il le consume. Tour à tour menteur flamboyant, poète halluciné, écorché vif, il explose sur scène, captant toute la lumière. Il est lâche, il est génial, il est abject, il est fascinant. Peu d’acteurs français auraient pu porter ce rôle avec une telle intensité. Il faut le voir bondir d’une illusion à l’autre, trahir, fuir, séduire, pleurer. Il faut le voir affronter ses démons dans la scène hallucinée de la clinique psychiatrique. Il faut le voir, enfin, vieilli et brisé, se demander si toute son existence n’a pas été une immense fuite en avant. C’est une performance magistrale. Une mise en scène entre rêve et cauchemar Olivier Py, en esthète du grandiose, fait de Peer Gynt une fresque théâtrale d’une puissance rare , d’une beauté brute, entre le conte initiatique et la folie hallucinée. Chaque tableau est une explosion visuelle, un choc d’images et d’idées. Les palais orientaux, les antres des trolls : tout semble sorti d’un rêve fiévreux. Certains tableaux sont de pures merveilles : • La scène des trolls, déjantée et inquiétante • La chevauchée de Peer, entre grotesque et sublime • Le final, où l’homme, face à lui-même, comprend enfin l’illusion de sa vie Tout n’est pas parfait. Le dernier acte s’étire un peu en longueur. Mais chaque scène déborde d’inventivité, chaque image frappe la rétine. Olivier Py pousse le texte d’Ibsen à son paroxysme et nous laisse face à cette question vertigineuse : peut-on vraiment vivre comme on le veut, sans conséquence ? Une musique qui transcende la scène La partition de Grieg, souvent réduite à quelques extraits célèbres, retrouve ici toute sa grandeur. Anu Tali dirige l’Orchestre de chambre de Paris avec une élégance et une précision remarquables. On redécouvre cette musique, tantôt majestueuse, tantôt mélancolique, qui amplifie les états d’âme de Peer, souligne ses errances, ses espoirs et ses désillusions. Mention spéciale aux moments où musique et théâtre fusionnent totalement, notamment la scène du chœur des trolls et la sublime et bouleversante chanson de Solveig. Ici, le théâtre musical atteint une pureté rare. Un spectacle total, une claque théâtrale Il fallait la folie d’Olivier Py pour redonner à Peer Gynt sa grandeur originelle. Il fallait l’énergie incandescente de Bertrand de Roffignac pour faire vibrer ce personnage insaisissable. Il fallait la grâce d’Anu Tali pour rendre à Grieg toute sa splendeur. Ce Peer Gynt est un tourbillon, un vertige, une claque. Un spectacle total, où théâtre, musique et art visuel s’entrelacent dans un vertige magnifique. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵🅵 PEER GYNT De HENRIK IBSEN Musique EDVARD GRIEG Texte français et mise en scène OLIVIER PY Direction musicale ANU TALI Avec Bertrand de Roffignac, Céline Chéenne, Raquel Camarinha, Clémentine Bourgoin, Lucie Peyramaure, Emilien Diard-Detoeuf, Damien Bigourdan, Pierre Lebon, Marc Labonnette, Sevag Tachdjian, Justine Lebas, Pierre-Antoine Brunet ORCHESTRE DE CHAMBRE DE PARIS Décors, costumes PIERRE-ANDRÉ WEITZ Lumières BERTRAND KILLY Chorégraphie et assistanat à la mise en scène IVO BAUCHIERO © Photos Thomas Amouroux - Illustrations Olivier Py THÉÂTRE DU CHÂTELET Du 7 au 16 mars 2025 • Mar. au sam. à 19h, dim. à 15h • Durée totale environ 3 h 40 dont un entracte
- « Le Poids des fourmis » : Une révolte en éclats de rire
Un coup de pied dans la fourmilière Et si la meilleure façon de parler du chaos du monde était d’en rire ? Avec Le Poids des fourmis , David Paquet frappe fort. Sa satire politique déjantée, portée par la mise en scène explosive de Philippe Cyr, secoue nos certitudes et nous plonge dans un univers où l’absurde et le réel s’entrechoquent violemment. Deux ados, Jeanne et Olivier, se retrouvent catapultés dans une élection scolaire totalement bidon. Leur mission ? Faire semblant de croire que ça sert à quelque chose. Mais très vite, ce qui devait être un simulacre de démocratie se transforme en combat acharné contre l’inertie générale. Entre sabotage, prises de parole enflammées et questionnements existentiels, ils tentent de prouver qu’il est encore possible d’agir, de ne pas sombrer dans la résignation. Sur fond de crises climatiques, de désillusions politiques et d’une société en pleine décomposition, Le Poids des fourmis pose une question cruciale : comment résister quand tout semble foutu ? Un spectacle électrisant, entre cynisme et espoir Dès les premières minutes, on est embarqué dans un tourbillon de situations absurdes et de dialogues percutants. Le décor ? Un terrain de jeu loufoque, truffé d’éléments kitsch (palmier en plastique, chemises hawaïennes flashy) qui rappellent à quel point l’illusion et le déni sont devenus la norme. Dans ce cadre, la mise en scène de Philippe Cyr fonctionne à merveille : tout est exagéré, déformé, jusqu’à frôler le grotesque. Le moment le plus frappant ? Olivier, en pleine crise d’écoanxiété, reçoit une Terre morte en cadeau d’anniversaire. Les adultes autour de lui lui chantent en chœur : « Bonne chance » . Ce simple mot résume tout. Une génération entière héritant d’un monde en ruine et à qui l’on ne propose rien d’autre que de se débrouiller avec. Et pourtant, loin d’être un constat désespéré, Le Poids des fourmis insuffle un vent de révolte. Jeanne et Olivier, au départ isolés, découvrent que la résistance n’est pas un combat solitaire. Que l’entraide peut être une arme redoutable. Que l’indignation est contagieuse. Et que même les adultes, campés avec brio par Nathalie Claude et Gaétan Nadeau, ne sont peut-être pas aussi irrécupérables qu’ils en ont l’air. Un théâtre coup de poing venu du Québec Avec son écriture tranchante, mêlant humour corrosif et profondeur émotionnelle, David Paquet s’inscrit dans la lignée des grands auteurs québécois. Le Poids des fourmis est une claque théâtrale, une comédie acide qui nous pousse à réfléchir sans jamais nous assommer de leçons morales. On en ressort secoué, inspiré, avec une furieuse envie de refuser l’inertie. Parce qu’au fond, ce n’est pas tant le poids du monde qui compte, mais ce qu’on décide d’en faire. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 Le poids des fourmis Texte David Paquet Mise en scène Philippe Cyr Avec Nathalie Claude , Gaétan Nadeau , Élisabeth Smith , Gabriel Szabo ou Alex Desmarais Scénographie Odile Gamache Costumes Étienne René-Contant Lumières Cédric Delorme-Bouchard Conception sonore Christophe Lamarche-Ledoux Crédit photo © Yanick MacDonald Théâtre Paris-Villette Du 7 au 15 mars 2025 à 19h sauf : dimanche 9 à 15h30, mardi 11 et mercredi 12 à 20h • Tout public, dès 13 ans • Durée 1h15 Tournée 2025 18 et 19 mars 2025 Dieppe - SCÈNE NATIONALE 27 et 28 mars 2025 Foix - L’ESTIVE SCÈNE NATIONALE 2 et 3 avril 2025 Avignon - OPÉRA via le TOTEM 10, 11 et 12 avril 2025 Genève – AM STRAM GRAM - Festival VIVA 24 avril 2025 Langres - THÉÂTRE 29 avril 2025 Lille - LE GRAND BLEU – Festival YOUTH IS GREAT
- Dolorosa, entre héritage tchékhovien et comédie caustique
Avec Dolorosa , Rebekka Kricheldorf dynamite Les Trois Sœurs de Tchekhov dans une variation contemporaine mordante, où la mélancolie cède la place à une satire sociale acérée. Marcial Di Fonzo Bo, à la mise en scène, nous plonge dans un univers où l’ennui devient spectacle et où le désespoir se pare d’ironie. Une fresque générationnelle où l’inaction règne , entre humour grinçant et vertige du vide existentiel , portée par une troupe d’acteurs électrisants. Trois sœurs, trois anniversaires, zéro évolution Oubliez l’exil rêvé vers Moscou : ici, les trois sœurs de Kricheldorf ne cherchent même plus à fuir. Elles se débattent dans l’immobilisme , comme coincées dans une boucle temporelle où chaque année ressemble à la précédente. Irina , éternelle étudiante incapable de choisir sa voie, Macha , mariée par défaut à un homme qu’elle n’aime pas, et Olga , usée par son métier d’enseignante, incarnent une génération sans élan, sans projet, sans illusion . Le temps passe, les anniversaires s’enchaînent, rien ne change . Leur frère Andreï , autrefois choyé, s’enlise dans l’écriture d’un roman qui n’aboutit jamais, tandis que sa femme Janine , avatar vulgaire et arriviste de Natacha, prend peu à peu le contrôle de la maison. Seul Georg , le philosophe du groupe, semble encore croire à un avenir meilleur. Mais à force de théoriser sans agir, il ne fait qu’ajouter une voix de plus au chœur des impuissants. Une mise en scène coup de poing Plutôt que de recréer un salon bourgeois poussiéreux, Marcial Di Fonzo Bo transforme la villa familiale en un musée figé, glacé, sans vie . Un espace où les personnages ne vivent pas, mais sont exposés , comme des spécimens en voie d’extinction. Loin du théâtre naturaliste, ce décor épuré déshumanise , accentuant l’absurde de leur situation. Chaque année, la maison se vide un peu plus, symbole d’un monde qui s’effondre, lentement, inexorablement . Dans ce théâtre du désenchantement, la mise en scène joue aussi sur les échos entre passé et présent : des extraits du texte original de Tchekhov surgissent, comme des fantômes rappelant ce qui a changé… ou ce qui n’a pas changé du tout . Un humour féroce pour masquer l’angoisse Si Tchekhov enveloppait son drame d’une douce mélancolie, Kricheldorf choisit l’ironie mordante . Ici, les personnages se moquent de leur propre malheur , oscillant entre cynisme et désespoir. Dolorosa jongle entre comédie grinçante et tragédie du vide, flirtant parfois avec le vaudeville. Et cette énergie, c’est le jeu des acteurs qui la porte . Marie-Sophie Ferdane (Olga) est bouleversante de désenchantement, Elsa Guedj (Macha) insuffle une fragilité à son personnage tout en la rendant féroce, et Camille Rutherford (Irina) incarne parfaitement cette jeunesse qui refuse de grandir. Alexandre Steiger , Juliet Doucet et Rodolphe Congé complètent cette partition brillante, où chaque geste, chaque regard, chaque silence résonne . Une satire acérée de notre époque À travers cette réécriture, Kricheldorf ne fait pas que moderniser Tchekhov : elle dresse un portrait implacable de notre société. On y voit une jeunesse qui sait que tout va mal, mais qui ne sait plus comment agir . Une bourgeoisie intellectuelle engluée dans ses contradictions. Un monde où la prise de conscience ne mène pas à l’action , et où l’on se rassure en se répétant que « plus tard, tout ira mieux ». Avec Dolorosa , Marcial Di Fonzo Bo signe une mise en scène brillante, qui fait dialoguer passé et présent pour mieux révéler nos propres impasses . Entre rires et vertige, on assiste à une tragédie déguisée en comédie, où l’absurdité de l’existence nous frappe en plein cœur. Un théâtre vivant, mordant, qui résonne longtemps après le baisser de rideau. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 Dolorosa Variation des Trois Sœurs d'Anton Tchekhov Texte Rebekka Kricheldorf Mise en scène Marcial Di Fonzo Bo Traduction Leyla-Claire Rabih, Frank Weigand, et André Markowicz, Françoise Morvan pour les passages d'Anton Tchekhov Avec Juliet Doucet, Marie-Sophie Ferdane, Rodolphe Congé en alternance avec Jean-Christophe Folly , Elsa Guedj, Camille Rutherford, Alexandre Steiger Scénographie Catherine Rankl • Dramaturgie Guillermo Pisani • Musique Étienne Bonhomme • Costumes Fanny Brouste • Lumières Bruno Marsol Crédit photo © Pascal Gely THÉÂTRE DU ROND-POINT 5 – 15 mars 2025 • Mardi au vendredi, 20h30. Samedi, 19h30. Dimanche, 15h En tournée 25 — 28 février 2025 Le Quai — CDN Angers Pays de la Loire (49) 19 — 27 mars 2025 Théâtre National de Bretagne / Rennes (35) 24 — 30 novembre 2025 La Comédie de Caen – CDN de Normandie (14) 15 — 21 décembre 2025 Le Volcan - Scène nationale du Havre (76)
- La Mort Grandiose des Marionnettes : Un Spectacle Qui Tue (De Rire)
Et si la mort devenait le plus grand spectacle comique de l’année ? C’est le pari audacieux – et brillamment relevé – de The Old Trout Puppet Workshop , qui transforme le trépas en un cabaret burlesque d’une inventivité folle. Avec La Mort Grandiose des Marionnettes, Variations , oubliez les contes de fées : ici, chaque marionnette est vouée à une fin aussi absurde qu’hilarante. Mais loin de sombrer dans le morbide, le spectacle en fait une célébration burlesque et surprenante, laissant le spectateur osciller entre rire et stupeur. Un ballet macabre irrésistible Dès les premières secondes, on comprend que l’on n’assistera pas à un simple spectacle de marionnettes. Ici, pas de fil narratif traditionnel, juste une avalanche de morts improbables et grandioses. Vingt-six saynètes , aussi brèves qu’intenses, où chaque marionnette connaît un sort aussi grotesque que spectaculaire. Chutes, explosions, démembrements… Chaque trépas devient un gag à part entière . La force du spectacle ? Son intelligence comique. Pas de pathos ni de mélancolie, mais un humour noir jubilatoire, qui joue sur la surprise, le grotesque et la répétition jusqu’à l’absurde. Un pantin se fait écraser ? Drôle. Un autre chute dans une trappe ? Encore plus drôle. La mécanique est implacable et vertigineuse : on rit, puis on s’étonne de rire, et on rit encore plus fort. Un rythme effréné, parfois frustrant Le spectacle enchaîne les scènes à une vitesse folle. Certaines marquent par leur ingéniosité, d’autres disparaissent presque aussitôt , laissant parfois une sensation de frustration. Ce rythme effréné empêche parfois l’émotion de s’installer pleinement, plaçant le spectateur dans un état d’oscillation entre émerveillement et frustration. Le fil conducteur est mince , presque évanescent, et ce sont avant tout l’univers visuel et l’humour noir qui assurent la cohésion de l’ensemble. Un trio de marionnettistes impressionnant Ce qui empêche cet enchaînement frénétique de tomber dans la simple démonstration technique, c’est l’incroyable travail des trois comédiennes-marionnettistes . Tour à tour espiègles, inquiétantes ou complètement déchaînées, elles insufflent une énergie impressionnante aux marionnettes, magnifiquement conçues , les rendant plus vivantes que jamais… juste avant de les voir mourir. On navigue entre cartoon macabre et poésie grinçante , avec des dialogues en anglais, en allemand, en onomatopées ou en mime, mais toujours percutants. C’est du théâtre pur , où tout passe par le geste, le rythme et l’image. Un spectacle qui dérange autant qu’il amuse Si le spectacle séduit par son humour et sa virtuosité, il n’en reste pas moins troublant. L’humour noir est omniprésent , mais son accumulation finit par créer une étrange sensation : à force de rire de la mort, on en perçoit aussi l’absurdité profonde . Certaines scènes nous emportent dans un délire burlesque irrésistible, tandis que d’autres laissent une impression plus froide, presque mécanique, comme si l’accumulation des morts répétées finissait par nous anesthésier. Mais c’est aussi ce qui fait la richesse du spectacle. Derrière sa légèreté apparente, La Mort Grandiose des Marionnettes pose une question vertigineuse : et si ces pantins condamnés, désarticulés et manipulés, c’était nous ? Verdict : Un Spectacle Audacieux et Jubilatoire Malgré quelques longueurs et une structure éclatée, La Mort Grandiose des Marionnettes reste une expérience théâtrale unique , à la fois troublante et jouissive. ✅ À voir absolument si vous aimez l’humour noir et les spectacles qui bousculent les codes. ⚠ À éviter si vous cherchez un récit linéaire ou une émotion profonde. Un spectacle qui tue (littéralement)… et qui ressuscite le spectateur. À ne manquer sous aucun prétexte. Avis de Foud’art 🅵🅵 La Mort Grandiose des Marionnettes, Variations Création et conception The Old Trout Puppet Workshop Mise en scène Peter Balkwill, Pityu Kenderes, Judd Palmer Avec Louisa Ashton, Aya Nakamura, Teele Uustani Crédit photo © AD Zyne THÉÂTRE DU ROND-POINT 4 — 15 mars 2025 • Du Mardi au vendredi à 19h30. samedi à 15h et 18h30 • Durée 1h10
- 24 Heures de la Vie d’une Femme : Anne Martinet donne chair à Zweig dans un monologue envoûtant
Et si, en un instant, tout basculait ? Une rencontre, un regard, un frisson… et soudain, une vie entière remise en question. C’est ce que raconte 24 heures de la vie d’une femme , chef-d’œuvre de Stefan Zweig, brillamment adapté au théâtre par Anne Martinet. Seule en scène, elle livre une performance envoûtante, où la passion et la culpabilité se mêlent dans une tension presque insoutenable. Un monologue hypnotique Dès son entrée en scène, elle capte l’attention. Silhouette élégante, voix posée, regard perçant : Anne Martinet incarne cette femme aristocrate, veuve et désœuvrée, qui croise le destin d’un jeune joueur compulsif dans un casino de Monte-Carlo. Fascinée par son trouble, elle tente de le sauver… mais qui sauve qui ? Dans cette course effrénée contre le temps, entre espoir et illusion, la passion devient une prison. L’adaptation d’Anne Martinet prend un parti audacieux : transformer ce récit en un monologue habité, où chaque mot, chaque silence, chaque inflexion de voix devient une respiration de l’âme tourmentée de l’héroïne. Le résultat est d’une intensité remarquable, un voyage sensoriel dans la tête d’une femme dont la vie a basculé en une journée. Une adaptation fidèle mais contemporaine Anne Martinet a choisi de moderniser légèrement le texte sans en trahir l’esprit. Le défi d’adapter cette œuvre en un monologue est brillamment relevé. La progression du récit, son suspense, ses émotions demeurent intactes. L’adaptation conserve toute la puissance analytique de Zweig, cette façon unique de capter les méandres de l’âme humaine. Une incarnation magistrale Ce qui frappe, au-delà de la beauté du texte, c’est l’intensité du jeu d’Anne Martinet. Précise et délicate, elle dose avec justesse chaque regard, chaque silence. Sa voix posée épouse la musicalité des phrases de Zweig, jouant sur la « confusion des sentiments » . Son interprétation oscille entre la retenue aristocratique et l’abandon total à la passion. Un moment de théâtre rare Le spectacle nous questionne : et si, en un instant, notre vie pouvait basculer ? Si, par pure folie, nous laissions tout derrière nous ? Combien de femmes ont rêvé de cet instant de liberté totale, sans jamais oser franchir le pas ? 24 heures de la vie d’une femme n’est pas qu’un simple récit de passion ; c’est une réflexion profonde sur les choix qui façonnent une existence. En offrant un moment de théâtre aussi pur qu’intense, Anne Martinet et Juan Crespillo font bien plus qu’adapter Zweig : ils le rendent vivant, vibrant, terriblement actuel. Un spectacle à ne pas manquer. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 24 HEURES DE LA VIE D'UNE FEMME Adaptation et jeu Anne Martinet Mise en scène Juan Crespillo Création lumière Stéphanie Daniel Crédit photos Carole Parodi THÉÂTRE LE LUCERNAIRE Du 19 février au 23 mars 2025 • Du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 17h30 • Durée du spectacle 1h • À partir de 15 ans
- Cabaret Décadent – Revue Électrique n°777 VICE
Vice, virtuosité et vertige… mais jusqu’où ? Le Cirque Électrique frappe une nouvelle fois avec son “Cabaret Décadent – Revue Électrique n°777 VICE”, un spectacle où le soufre se mêle à la sueur, où l’électricité gronde sous la toile du chapiteau. Présentée comme une plongée sans retenue dans les affres du vice, cette revue pour adultes promet une expérience viscérale, érotique et furieusement rock’n’roll. Mais la promesse est-elle vraiment tenue ? Entre frissons, flamboyance et frustration, le spectacle oscille entre une première partie laborieuse et une montée en puissance qui laisse un goût d’inachevé. Un univers électrique, une ambiance hypnotique Dès l’entrée sous le chapiteau, le spectateur est happé par un décor où le rouge domine, où l’ombre et la lumière s’entremêlent, et où l’attente est presque aussi excitante que la performance elle-même. Boissons à la main, discussions animées, le public est déjà dans l’ambiance avant même le lever de rideau. Corrine, la maîtresse de cérémonie , incarne à elle seule l’esprit du cabaret : charismatique, caustique, un brin insolente, elle distribue billets et regards provocateurs comme on sème des péchés. Le premier tableau installe une atmosphère où désir, débauche et tension flottent dans l’air. Les artistes, alanguis sur un canapé de velours rouge, jouent avec la sensualité et la perversion. On se touche, on s’embrasse, les corps s’entrelacent dans une promesse de décadence assumée. Mais très vite, un déséquilibre apparaît : la mise en scène peine à dépasser l’esthétique pour embrasser une véritable subversion . Une première partie en demi-teinte Si l’on s’attend à être bousculé, emporté dans une vague d’excès et de virtuosité, la première moitié du spectacle déçoit quelque peu. Les performances sont inégales , et malgré une cadence effrénée, certains numéros manquent d’impact. Entre acrobaties aériennes, contorsions et jeux de feu, l’énergie est là, mais la maestria vacille. Le pole dance sadomasochiste, qui devait incarner l’apogée d’une tension sulfureuse, reste sage, presque scolaire. Là où l’on attend une plongée en eaux troubles, on se retrouve avec une transgression mesurée, une subversion qui s’efface sous des clichés du genre. Le problème ne vient pas tant des artistes eux-mêmes, mais d’un certain manque d’audace dans la direction du spectacle. La poésie provocatrice se dilue dans des effets attendus, et les erreurs techniques se multiplient , brisant l’immersion. Si l’imperfection peut parfois servir l’authenticité, ici, elle donne surtout l’impression d’un rodage inabouti. Une seconde partie électrisante : enfin le vertige ! Mais voilà que l’entracte redistribue les cartes. Dès la reprise, le cabaret prend une nouvelle dimension. Fini les hésitations, place à la virtuosité ! L’électro se fait plus brute, plus sauvage, les corps semblent libérés de toute contrainte. Les jeux d’équilibre deviennent vertigineux, les acrobates s’élancent sans filet, et surtout, la danse prend toute sa place, transformant la scène en un véritable champ de bataille sensoriel. Le moment fort du spectacle reste ce duo aérien , où la sensualité et la gravité s’entrelacent dans un ballet suspendu. Elle vole, il la rattrape, elle chute, il la propulse à nouveau dans l’espace – une fusion hypnotique où la tension sexuelle et l’abandon total électrisent la salle. Pourquoi ne pas avoir atteint ce niveau plus tôt ? Pourquoi cette montée en puissance tardive qui laisse un sentiment d’inachevé ? Un cabaret entre éclats et retenue : jusqu’au bout ou pas ? Il y a dans cette “Revue Électrique” une ambivalence frustrante . On veut être emporté, mais une retenue sous-jacente freine l’abandon total. On sent que les artistes peuvent aller plus loin, mais se censurent-ils eux-mêmes ? Ou bien est-ce la mise en scène qui, à force de vouloir flirter avec la transgression, finit par en lisser les contours ? L’expérience reste grisante, sans aucun doute. On rit, on est impressionné, on frissonne parfois. Mais au final, le cabaret tient-il réellement sa promesse de décadence absolue ? Ou se contente-t-il de jouer avec l’image d’un vice dompté, aseptisé ? L’immersion est indéniable, mais il manque cette déflagration, ce moment où tout bascule vraiment. Alors oui, on recommande ce voyage sensoriel , ne serait-ce que pour son énergie brute, ses fulgurances acrobatiques et son ambiance unique. Mais on aimerait que, la prochaine fois, le Cirque Électrique ose aller au bout de sa folie. À la hauteur de ce qu’il annonce. Avis Foudart 🅵🅵 Un cabaret furieux et hypnotique, mais qui freine parfois là où il devrait s’abandonner totalement. CABARET DÉCADENT – REVUE ELECTRIQUE N°777 VICE Avec Corrine, Jb’s Funky People, Julie Démont, La Brosse, La Grande Lili, Anaëlle Molinario, Petit Bouquet, Antoine Redon, Quentin Signori, Tapman, Zéphyr Cirque électrique Du 12 février au 29 mars • Du mercredi au samedi • Ouverture du chapiteau et du bar à 19h. Spectacle à 21h • Durée 2h avec entracte • Interdit au moins de 17 ans
- “Stand-Up Magic”, le spectacle qui vous retourne le cerveau !
Jean-Luc Bertrand n’est pas un magicien comme les autres. Avec “Stand-Up Magic”, il dynamite les codes de la magie traditionnelle en y injectant une bonne dose de stand-up. Résultat : un spectacle explosif où l’humour, l’illusion et l’interaction s’entrelacent pour créer une expérience unique. Mais est-ce vraiment aussi bluffant qu’on le dit ? On est allés voir… et on n’en est pas ressortis indemnes. Un cadre intimiste, une proximité électrisante Le Théâtre de la Contrescarpe , niché dans un coin charmant de Paris, est parfait pour ce genre de spectacle. Ici, pas de grande scène ni d’effets clinquants : on est en immersion totale , au plus près du magicien. Résultat ? Chaque détail, chaque geste compte, et l’intensité est décuplée. Si vous pensiez pouvoir déceler les secrets des illusions en étant si proche, détrompez-vous. Un showman survolté qui joue avec votre esprit Dès son entrée, Jean-Luc Bertrand impose le rythme . Pas le temps de souffler : il enchaîne les vannes, provoque le public et capte l’attention en quelques secondes. Son humour, proche de celui des stand-uppers, donne une vraie fraîcheur à son spectacle. On rit autant qu’on s’émerveille, et surtout… on participe ! Car ici, impossible de rester spectateur passif. Vous serez appelé à interagir, à choisir, à expérimenter … et parfois même à monter sur scène. Une chose est sûre : Bertrand ne fait pas son show tout seul, il le construit avec vous . Des illusions qui vous font douter de votre propre esprit Le magicien alterne habilement entre plusieurs disciplines : • Close-up ultra-précis : Des tours sous vos yeux, d’une fluidité hallucinante. • Hypnose fascinante : Sans jamais tomber dans le malaise, Bertrand fait vivre aux volontaires des expériences incroyables. • Mentalisme percutant : Certaines révélations sont si dingues qu’on se surprend à remettre en question nos propres pensées. Et puis il y a ce final magistral , une ultime révélation qui vous fera quitter la salle avec une seule question en tête : “Mais COMMENT ?!” Le petit bémol (parce qu’il en faut bien un) Si vous êtes un amateur aguerri de magie, certains effets pourraient vous sembler prévisibles . Mais rassurez-vous : vous n’échapperez pas aux surprises et vous vous ferez avoir plus d’une fois. Verdict : courez-y, et préparez-vous à être bluffés ! Jean-Luc Bertrand réussit un pari osé : rendre la magie fun, moderne et totalement immersive . Son spectacle “Stand-Up Magic” est une vraie claque, une soirée où l’on rit, où l’on doute, et où l’on ressort avec l’impression d’avoir vécu un moment unique. Un conseil ? Prenez vos places, et laissez-vous surprendre. Avis Foudart 🅵🅵 “Stand-Up Magic” Jean-Luc Bertrand Au Contrescarpe Jusqu'au 12 mars 2025 • Le mercredi à 19h • Date supplémentaire le samedi 22 février à 21h • Durée 1h15
- « Garçon » de Samuel Certenais : une masculinité en mouvement
Un premier spectacle ambitieux et sincère À seulement 26 ans, Samuel Certenais fait une entrée fracassante sur scène avec Garçon , un seul-en-scène hybride, à mi-chemin entre récit initiatique, stand-up et théâtre. Mis en scène par Noémie de Lattre, ce spectacle interroge la construction de l’identité masculine à travers son propre parcours, marqué par la maladie et l’envie de se construire en dehors des stéréotypes. Dès les premières minutes, il nous prend par la main et nous embarque : son enfance, son admiration pour son père, sa passion pour le foot… et puis l’accident. Du jour au lendemain, tout bascule. Lui qui voulait être un « vrai mec » doit réapprendre à vivre, à accepter sa fragilité et à s’ouvrir à une nouvelle vision de lui-même. Un spectacle qui commence doucement… avant de frapper fort Au début, Garçon amuse, séduit, mais peut sembler un peu léger, peut-être même trop simple, presque caricatural. On rit, on suit le fil de son récit, on se dit que c’est sympa. Puis, sans prévenir, quelque chose change. Peu à peu, le ton s’approfondit, le propos se densifie. Ce n’est plus seulement une histoire de foot et de modèles masculins, mais un voyage intérieur, intime et bouleversant. Samuel Certenais ne cherche pas à faire un cours sur la masculinité. Il n’assène pas de vérités toutes faites. Il raconte. Il vit. Et c’est justement cette sincérité brute qui finit par nous happer. Loin des discours prémâchés, il nous parle de liberté, de doutes, d’émotions, de tout ce qui fait qu’un homme est avant tout un être humain, multiple et nuancé. Un performeur habité Sur scène, Samuel est partout à la fois. Il incarne son père, sa mère, ses amis, ses soignants avec une aisance impressionnante. Il joue de son corps, de sa voix, de ses silences. Il nous fait rire aux éclats une seconde, puis nous bouleverse la suivante. Son talent de conteur est indéniable, et la mise en scène de Noémie de Lattre, subtile et fluide, sublime son récit sans jamais en faire trop. Un spectacle qui fait du bien Ce qui frappe avec Garçon , c’est qu’il ne cherche pas à répondre à la question « qu’est-ce qu’être un homme aujourd’hui ? », mais plutôt à la poser différemment. Il propose une masculinité décomplexée, singulière, qui s’autorise à être multiple, émotive, libre. Ce n’est pas un spectacle militant au sens traditionnel du terme, mais une célébration de l’humain dans toute sa complexité. On rit, on est ému, on se reconnaît dans ses questionnements. Il ne cherche pas à donner de leçons, juste à raconter son histoire, et c’est ce qui la rend universelle. À la sortie, les applaudissements fournis témoignent d’une chose : Garçon marque les esprits. C’est un spectacle drôle, percutant et bouleversant, qui interroge sans diviser et qui nous rappelle une chose essentielle : peu importe les étiquettes, c’est la liberté d’être soi qui compte. Samuel Certenais est définitivement un artiste à suivre. Avis Foudart 🅵🅵🅵 Samuel Certenais : « Garçon » De Samuel Certenais et Noémie de Lattre Mise en scène Noémie de Lattre Avec Samuel Certenais Crédit photo © Lukino La Nouvelle Seine Jusqu’au 26 mars 2025 • Les mercredis a 21h • Durée 1h10












