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1955 résultats trouvés avec une recherche vide

  • Pour un oui ou pour un non : Quand le langage devient un champ de bataille

    Nathalie Sarraute, figure majeure de la littérature du XXe siècle, s’est toujours attachée à disséquer les subtilités du langage et ses répercussions sur les relations humaines. Avec Pour un oui ou pour un non , elle nous offre une exploration à la fois tragique et comique des non-dits et des malentendus qui empoisonnent l’amitié. Sylvain Maurice s’empare de ce texte exigeant et nous propose une mise en scène aussi vibrante qu’intelligente, où chaque mot devient une arme et chaque silence un cri. Une querelle dérisoire mais universelle L’intrigue, aussi simple qu’universelle, repose sur un différend entre deux amis, H1 et H2. Tout part d’une phrase anodine : « C’est bien… ça », prononcée par H1 sur un ton jugé condescendant par H2. Ce micro-incident devient le catalyseur d’un débat intense où l’amour-propre, les rancunes enfouies et les interprétations subjectives se mêlent. Dans cette joute verbale, les rôles de victime et de bourreau alternent, révélant l’absurdité et la violence latente des relations humaines. Sylvain Maurice décrit cette œuvre comme un « combat à mort » qui, paradoxalement, reste profondément dérisoire. Le texte ne s’intéresse pas aux grandes idées ou idéologies, mais au quotidien et à l’intime. Ce combat, tout en étant profondément personnel, résonne avec des problématiques contemporaines : dans un monde où chacun est invité à se prononcer sur tout, la position marginale de H2, qui choisit le silence, interroge notre époque saturée d’opinions. Une esthétique entre vintage et modernité La scénographie, inspirée des motifs géométriques des années 1970, contribue à l’ambivalence temporelle de la pièce. Un choix audacieux, à la fois vintage et actuel qui reflète la nature intemporelle des conflits humains et donne un ancrage esthétique fort à cette nouvelle lecture du texte. Un théâtre cérébral et viscéral La mise en scène de Sylvain Maurice, portée par les performances magistrales de Christophe Brault et Scali Delpeyrat, parvient à équilibrer l’humour caustique et l’émotion brute. Les échanges entre H1 et H2 oscillent entre la légèreté de la comédie et la gravité d’un drame existentiel. Ce double registre est précisément ce qui fait la richesse du théâtre de Sarraute : un théâtre où « tout ce qui compte est ce qui n’est pas dit », et où les mots, pourtant si simples, deviennent lourds de sens. L’amitié, une condamnation ? À mesure que la pièce progresse, il devient évident que H1 et H2 sont prisonniers de leur relation. Comme le souligne Maurice, ils sont « condamnés à rester amis, ou à faire semblant de l’être ». Cette tension, entre désir de rupture et impossibilité de se séparer, confère à Pour un oui ou pour un non une portée universelle et tragique. L’amitié, loin d’être idéalisée, est ici décrite comme une prison sociale, un jeu de rôle où chacun tente de préserver les apparences. Avec Pour un oui ou pour un non , Nathalie Sarraute redonne au langage une force vive, nous rappelant à quel point les mots, aussi infimes soient-ils, peuvent fracturer des relations et révéler les fêlures de l’ego. Sylvain Maurice livre une interprétation saisissante de ce texte intemporel, alliant profondeur intellectuelle et énergie théâtrale. Un spectacle à la fois cruel et drôle, où chacun peut se reconnaître, pour le meilleur et pour le pire. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 POUR UN OUI OU POUR UN NON De Nathalie Sarraute Mise en scène et scénographie Sylvain Maurice Avec Christophe Brault, Scali Delpeyrat et Élodie Gandy Lumières Rodolphe Martin Son Jean De Almeida Costumes Amélie Hagnerel Crédit photo © Christophe Raynaud de Lage THÉÂTRE LE LUCERNAIRE DU 22 JANVIER AU 16 MARS 2025 • Du mardi au samedi à 18h30 / le dimanche à 15h • Durée    1h

  • Une Maison de Poupée par Yngvild Aspeli : un chef-d’œuvre marionnettique et émotionnel

    Avec Une Maison de Poupée , Yngvild Aspeli et Paola Rizza réussissent un exploit théâtral bouleversant, alliant la puissance de la marionnette à la profondeur intemporelle du texte d’Henrik Ibsen. Cette adaptation, à la fois audacieuse et fidèle, transcende le grand classique de la littérature norvégienne pour en révéler toute la modernité et la portée universelle. Une vision poétique et troublante Dès les premières secondes, la magie opère. Le rideau se lève sur un salon bourgeois du XIXᵉ siècle, où marionnettes grandeur nature et acteurs se mêlent dans une harmonie inquiétante. Sous la direction de Yngvild Aspeli, ces figures inanimées deviennent des métaphores vibrantes d’une société figée dans les apparences et les conventions. Nora, le personnage principal, évolue dans un décor oppressant, qui illustre à merveille son enfermement social et émotionnel. L’utilisation des marionnettes ajoute une profondeur symbolique rare, jouant sur l’illusion pour révéler les réalités les plus sombres. Une approche multidisciplinaire captivante Fidèle à sa démarche artistique, Aspeli combine brillamment marionnettes, jeu d’acteur, musique, lumière et vidéo pour créer un spectacle d’une richesse sensorielle et émotionnelle unique. Chaque élément contribue à une narration qui transcende les mots, transportant le spectateur dans un univers onirique où illusion et réalité se confondent. La scénographie, évoquant une maison hantée, fait surgir les fantômes d’une société patriarcale qui oppresse et réduit Nora à un rôle d’ornement. Les marionnettes deviennent des prolongements des personnages, permettant une lecture à plusieurs niveaux de cette tragédie intime et sociale. Une interprétation magistrale Aspeli elle-même se glisse dans le rôle de Nora, fusionnant avec son personnage dans un jeu d’une intensité rare. À la fois manipulatrice et manipulée, elle donne vie à une héroïne déchirée entre ses obligations sociales et son désir d’émancipation. Sa maîtrise des marionnettes et sa capacité à incarner plusieurs rôles simultanément créent une tension dramatique saisissante. Les dialogues, portés par une tessiture vocale variée et une gestuelle précise, explorent avec une finesse remarquable les dilemmes et les contradictions de Nora. Une lecture féministe intemporelle Dans cette version, Aspeli met en lumière toute la modernité du texte d’Ibsen, en révélant Nora comme une des premières héroïnes féministes de la littérature. À travers son combat pour se libérer des attentes écrasantes de la société et de son mari, le spectacle fait écho aux luttes contemporaines pour l’égalité et la reconnaissance des femmes. En donnant la parole à Nora, Aspeli rend justice à ce cri de révolte et d’indépendance, tout en invitant le spectateur à réfléchir sur les rôles sociaux et les illusions qui continuent de nous emprisonner. Une expérience inoubliable Avec Une Maison de Poupée , Yngvild Aspeli et Paola Rizza nous offrent bien plus qu’un spectacle. Elles nous invitent à ressentir, à réfléchir et à nous confronter à nos propres illusions. La mise en scène, d’une précision et d’une poésie rares, fait de cette adaptation un événement incontournable. Chaque instant est chargé d’émotion, chaque détail contribue à une immersion totale. Ce spectacle, à la fois troublant et libérateur, reste en mémoire longtemps après le dernier coup de rideau. En mêlant la tradition théâtrale à une approche résolument contemporaine, Aspeli prouve une fois de plus que le théâtre de marionnettes peut atteindre des sommets d’expressivité et de profondeur. Une œuvre magistrale qui confirme le talent exceptionnel de cette artiste hors norme. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Une maison de poupée D’après la pièce de Henrik Ibsen Mise en scène Yngvild Aspeli et Paola Rizza Actrice-marionnettiste Yngvild Aspeli Acteur-marionnettiste Viktor Lukawski Crédit photo Christophe Raynaud de Lage THÉÂTRE DU ROND POINT Du 23 janvier au 2 février 2025 • Du mardi au vendredi, 20h30 - samedi, 19h30 - dimanche, 15h • Durée 1h20 • Spectacle en anglais, surtitré en français Tournée 27 et 28 février 2025 Le Manège - Scène Nationale de Reims (51) 12 — 14 mars 2025 La Coursive - Scène Nationale de la Rochelle (17) 19 et 20 mars 2025 Théâtre les Colonnes / Miramas (13) 25 — 28 mars 2025 Les 2 scènes - CDN de Besançon (25) 2 — 4 avril 2025 MC2 / Grenoble (38) 8 avril 2025 Le Théâtre - Scène nationale de Mâcon (71) 10 avril 2025 L'Arc - Scène Nationale le Creusot (71) 16 avril 2025 Scènes du Jura / Dole (39) 19 avril 2025 Quai 9 Lanester - Théâtre à la Coque, CNMA / Lorient (56)

  • Juste la fin du monde : Une traversée suspendue au Théâtre de l’Atelier

    Trente ans après la disparition de Jean-Luc Lagarce, Johanny Bert propose une relecture ambitieuse de Juste la fin du monde , l’un des joyaux du théâtre contemporain. Écrite en 1990 dans l’urgence d’une fin annoncée, cette pièce continue de résonner avec une force rare. Dans cette version portée par un décor en apesanteur et une direction d’acteurs minutieuse, l’hommage rendu à Lagarce impressionne par son respect pour l’œuvre, mais laisse parfois le spectateur à distance, prisonnier d’une certaine retenue. Un décor entre mémoire et onirisme La scénographie est sans conteste le point fort de cette mise en scène. Dans cet univers où le passé semble flotter au-dessus des personnages, Johanny Bert matérialise avec brio la mémoire et les non-dits à travers des objets suspendus qui évoquent les souvenirs d’une maison familiale des années 1980-1990. Ces reliques du quotidien, manipulées avec précision, descendent et remontent, créant des tableaux mouvants qui oscillent entre le tangible et le fantasmagorique. La présence d’une marionnette incarnant le père disparu, figure centrale bien que silencieuse, ajoute une dimension poétique et mélancolique à l’ensemble. La langue comme moteur dramatique L’écriture de Lagarce, fragmentée, répétitive, et traversée de silences, fait de la langue un protagoniste à part entière. Ce théâtre de l’indicible capture avec une finesse rare les fragilités et les tâtonnements des personnages, rendant palpable leur quête désespérée pour exprimer l’inexprimable. Johanny Bert revendique une approche « directe » de cette langue, et sa mise en scène accentue l’isolement de chaque protagoniste, renforçant leur enfermement intérieur. Ce choix, bien que pertinent sur le plan thématique, tend néanmoins à figer les interactions, créant une distance émotionnelle qui peut freiner l’empathie du spectateur. Un jeu d’acteurs en demi-teinte La distribution, emmenée par Vincent Dedienne dans le rôle de Louis, livre une interprétation techniquement irréprochable, mais qui manque parfois d’intensité émotionnelle. Dedienne offre un Louis tout en sobriété et en élégance, mais sa retenue laisse par moments le personnage orphelin de la tension et de la douleur qui devraient l’habiter. En revanche, Christiane Millet incarne avec justesse une mère aimante et aveuglée, tandis que Céleste Brunnquell (Suzanne) et Loïc Riewer (Antoine) apportent des nuances intéressantes, bien que leur jeu oscille parfois entre excès et retenue. Un hommage fidèle mais prudent Johanny Bert signe ici une mise en scène visuellement séduisante, mais qui semble hésiter à s’éloigner du texte pour explorer davantage les tensions humaines et les non-dits qui en constituent le cœur. En restant figé dans une lecture respectueuse mais presque trop académique, il limite la portée émotionnelle et dramatique de l’œuvre. Les personnages, souvent isolés dans leurs répliques, manquent d’interactions véritablement incarnées, ce qui entrave la fluidité du drame. Un texte qui résiste au temps Malgré ces réserves, Juste la fin du monde demeure une œuvre puissante et intemporelle. Johanny Bert livre un hommage honnête et soigné, où la beauté du texte de Lagarce continue de résonner avec une intensité brute. Cependant, cette mise en scène aurait gagné à oser davantage, à bousculer les conventions, à l’image de l’audace de Lagarce lui-même, qui ne craignait jamais de prendre des risques. Johanny Bert nous offre une lecture visuellement remarquable et techniquement impeccable de Juste la fin du monde . Si l’approche parfois trop retenue et respectueuse limite l’impact émotionnel, l’essence de Lagarce et la fulgurance de son écriture continuent de fasciner. Un hommage qui ne bouleverse pas, mais qui rappelle, avec élégance, l’universalité et la profondeur de cette pièce incontournable. Avis de Foudart 🅵🅵 JUSTE LA FIN DU MONDE DE JEAN-LUC LAGARCE- Éditions Les Solitaires Intempestifs Mise en scène et scénographie Johanny Bert Avec Vincent Dedienne, Astrid Bayiha, Céleste Brunnquell, Christiane Millet, Loïc Riewer et les marionnettistes en alternance Kahina Abderrahmani / Élise Cornille Création musicale Guillaume Bongiraud • Création sonore Marc De Frutos • Création lumières Robin Laporte • Création marionnette Amélie Madeline • Création costumes Alma Bousquet Photographie affiche ©Cédric Roulliat Crédits photo Christophe Raynaud de Lage THÉÂTRE DE L’ATELIER Depuis le 14 janvier 2025 • Du mercredi au vendredi à 21h, Le samedi à 15h et 21h, Le dimanche à 16h • Durée 1h30 TOURNÉE Juste la fin du monde et Il ne m’est jamais rien arrivé 25, 26 et 27 mars 2025 : Le Sémaphore, Cébazat 29 mars 2025 : La Halle aux grains, Blois Juste la fin du monde 1er, 2, 3, 4, et 5 avril 2025 : La Croix-Rousse, Lyon 8 et 9 avril 2025 : Théâtre à Pau : 11 avril 2025 : Théâtre Odyssée, Périgueux.

  • “Il ne m’est jamais rien arrivé” : un voyage intime avec Jean-Luc Lagarce

    Il est rare qu’un spectacle conjugue aussi intensément l’intime et l’universel. Avec Il ne m’est jamais rien arrivé , Vincent Dedienne livre une performance bouleversante, empreinte de poésie, de pudeur et d’une humanité saisissante. En explorant les journaux de Jean-Luc Lagarce, ce monologue dépasse la simple lecture pour devenir une vibrante déclaration d’amour à la vie et à l’art. Lagarce revisité : une voix au cœur de la tourmente Jean-Luc Lagarce, figure emblématique du théâtre contemporain, dévoile dans ses journaux un visage profondément humain, à la fois fragile et résilient. À travers ces écrits, Dedienne révèle l’homme derrière l’auteur, son combat contre la maladie, ses amours éphémères et sa quête incessante de création. Le texte, loin de se limiter à l’anecdotique, plonge dans une époque marquée par l’ombre du sida et l’effervescence culturelle des années 80. Dedienne capte avec justesse cette dualité : une vie à la fois immense et ordinaire, qu’il transpose sur scène avec une sincérité lumineuse. Une interprétation habitée Sur les planches du Théâtre de l’Atelier, Vincent Dedienne livre une performance qui touche au cœur. Sa capacité à osciller entre fragilité et puissance confère à son interprétation une profondeur rare. Par son jeu nuancé et son expressivité, il donne vie aux méandres d’une âme tourmentée, où chaque mot semble un battement de cœur. Sa présence scénique, captivante et authentique, rend hommage à la complexité de Lagarce avec une émotion palpable. Une mise en scène épurée et poignante Johanny Bert propose une mise en scène minimaliste, laissant le texte et le comédien occuper le premier plan. Cette sobriété est enrichie par le travail délicat d’Irène Vignaud, dont les dessins ajoutent une dimension visuelle poétique, et par l’apparition d’une marionnette représentant les disparus de l’épidémie de sida. Ce subtil équilibre entre esthétique et narration confère à la pièce une atmosphère à la fois intime et universelle, en parfaite adéquation avec le propos. Un diptyque riche de sens Présentée parfois en parallèle avec Juste la fin du monde , cette création s’inscrit dans une démarche intelligente et complémentaire. Là où Juste la fin du monde explore les silences familiaux et les tensions inexprimées, Il ne m’est jamais rien arrivé donne une voix à l’intimité de l’auteur lui-même. Ces deux œuvres, tout en étant indépendantes, se répondent et s’enrichissent mutuellement, offrant une immersion profonde dans l’univers de Lagarce. Un hommage universel et poignant Ce spectacle ne se limite pas à une célébration de l’œuvre de Lagarce : il devient une réflexion poignante sur la condition humaine, sur ce que nous cachons et ce que nous révélons, sur la fragilité de la vie et la force de la mémoire. En s’appropriant ces journaux, Vincent Dedienne rappelle avec finesse l’importance des mots, qu’ils soient dits ou tus, et leur capacité à révéler la beauté et les contradictions de nos existences. À voir absolument Il ne m’est jamais rien arrivé est une expérience théâtrale unique. Loin de bouleverser instantanément, il s’insinue avec subtilité, laissant derrière lui une réflexion durable sur la force des silences et des mots. Vincent Dedienne, par son interprétation sincère et viscérale, capte l’essence d’un homme pour qui écrire était une manière de survivre. Entre rires et larmes, ce spectacle nous rappelle pourquoi nous allons au théâtre : pour retrouver dans les mots des autres l’écho de notre propre humanité. Un moment rare et précieux, porté par une équipe qui magnifie le texte de Lagarce. Une ovation méritée pour Dedienne et le Théâtre de l’Atelier, qui signent ici un hommage vibrant et inoubliable. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 IL NE M’EST JAMAIS RIEN ARRIVÉ D’APRÈS LE JOURNAL DE JEAN-LUC LAGARCE Éditions Les Solitaires Intempestifs Mise en scène, scénographie et direction d’acteur Johanny Bert Adaptation et interprétation Vincent Dedienne Dessinatrice au plateau Irène Vignaud , Costumes Alma Bousquet Crédit photo Christophe Raynaud de Lage THÉÂTRE DE L’ATELIER Depuis le 23 JANVIER 2O25 • Du jeudi au samedi à 19h • Durée 1h EN TOURNÉE 25, 26 et 27 mars 2025 : Le Sémaphore, Cébazat 29 mars 2025 : La Halle aux grains, Blois

  • GILDAA : La Diva aux Bigoudis, entre Absurde et Mystique

    Une énigme vivante GILDAA est une énigme incarnée. Une femme brisée ? Une paria illuminée ? Un être intemporel, né au croisement de cultures et d’histoires, à la fois insaisissable et profondément humaine. Une voix pour les silences, qui questionne nos mémoires, explore nos identités et dévoile la poésie cachée dans l’absurde et l’imparfait. Portée par Camille Constantin Da Silva, elle est une constellation vivante, tissée de douleur, de mystère et de créativité. Sur scène, elle chante, danse, joue de la musique et transforme chaque performance en un rituel captivant, reliant ses origines à un public complice. Avec elle, les frontières s’effacent : vivants, morts, joies et peines se rejoignent dans une cérémonie cathartique où l’humain devient sublime. Une proposition inclassable Plus qu’un spectacle, GILDAA est une expérience totale : une fusion inédite de théâtre, musique, danse et performance. C’est un pont entre les mondes, une voix qui chante autant pour les vivants que pour les absents. Camille Constantin Da Silva incarne une “clocharde céleste”, une diva aux bigoudis, à la fois clown mystique et tragédienne intemporelle. Sa double culture, française et brésilienne, nourrit une performance riche et vibrante. Jazz, samba, funk, RnB, chanson française… Chaque note, chaque langue tisse un dialogue entre modernité et tradition, sacré et profane. L’art d’embrasser l’imperfection Sur scène, l’imprévu devient magie. Les “accidents” orchestrés par GILDAA transforment chaque faille en un moment unique et bouleversant. C’est dans ces failles qu’émergent une sincérité brute et une authenticité désarmante. Comme un clown ou un fou du village, elle nous rappelle que nos ombres sont souvent le lieu où réside notre lumière. À travers ses maladresses et ses éclats de génie, elle tend un miroir à son public, l’invitant à une catharsis collective. Une cérémonie interactive GILDAA n’est jamais seule sur scène : son public est son complice. Les spectateurs fredonnent, battent la mesure, rient ou pleurent. Ils deviennent acteurs d’une cérémonie où se mêlent l’humour, la douleur et la spiritualité. Chaque objet du quotidien, réinterprété par GILDAA, devient une porte ouverte sur l’extraordinaire. Une performance magistrale La voix de Camille Constantin Da Silva, tantôt douce, tantôt vibrante, oscille entre fragilité et puissance, faisant écho aux blessures et aux espoirs d’un personnage complexe. Accompagnée de musiciens virtuoses, elle crée une alchimie sonore qui transporte. Les percussions, guitares et tambours d’eau rythment un voyage intérieur, une transe où chaque son porte une mémoire. Une œuvre engagée et universelle Au-delà de sa poésie, GILDAA est une œuvre profondément engagée. À travers le prisme de Perséphone, Camille Constantin Da Silva explore les luttes des femmes réduites au silence, les identités opprimées et les frontières qui enferment. GILDAA est un cri pour les marginalisés, une célébration des différences et une invitation à réinventer notre regard sur l’autre et sur nous-mêmes. Un voyage inoubliable Entre rire et larmes, entre absurdité et mysticisme, Camille Constantin Da Silva nous offre une expérience rare et bouleversante. Une œuvre qui touche, questionne, libère et illumine. GILDAA est une invitation à embrasser le chaos de la vie pour en découvrir la beauté cachée. Une performance nécessaire, qui reste ancrée bien après que les lumières se soient éteintes. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 GILDAA Camille Constantin Da Silva Écriture, composition, direction artistique Camille Constantin Da Silva Avec GILDAA, Antonin Fresson et Mathias Durand en alternance (guitare et basse), Jouhara Ismaïli (percussions) Crédit photo © Pierre Nativel THÉÂTRE DU ROND POINT 21 — 30 janvier 2025• Du mardi au vendredi, 20h - samedi, 19h • Relâche les 26 et 27 janvier • Durée 1h20 En tournée 15 — 17 janvier 2025 Le CENTQUATRE / Paris (75) ET AUSSI LA CUISINE DE GILDAA Concert hybride 25 octobre, 22 novembre et 13 décembre 2024 La Petite Halle de la Villette / Paris (75) CONCERT Création en solo 4 — 9 décembre 2024 L'Aire libre Festival transes musicales / Rennes (35)

  • Ground Control : Quand le quotidien devient politique

    À deux pas de la Gare de Lyon, Ground Control s’est imposé depuis près de dix ans comme un espace culturel singulier, niché dans une ancienne halle de tri postal. Plus qu’un lieu de fête ou de rencontre, il est aujourd’hui un carrefour où innovation, engagement et réflexion se croisent. Avec sa nouvelle programmation de 2025, Ground Control affirme son ambition : transformer notre quotidien en un espace d’inspiration et de mobilisation collective. Quand l’ordinaire devient politique : l’exposition « Détournements » Au cœur de la programmation 2025, l’exposition « Détournements » , visible du 22 janvier au 30 mars, interroge une thématique essentielle : comment des objets du quotidien, en apparence anodins, deviennent des symboles puissants des luttes sociales et politiques. Qu’il s’agisse d’un cintre emblématique des revendications féministes, d’un gilet jaune au cœur des manifestations sociales ou d’outils transformés en symboles de résistance, chaque artefact présenté raconte une histoire collective, ancrée dans les tensions et mutations de notre société. À travers une scénographie très documentée, l’exposition révèle le pouvoir subversif de ces objets modestes. Porteurs d’idées, de revendications et d’identités, ils dénoncent les injustices et traduisent les aspirations des communautés qui s’en emparent. Pour prolonger cette réflexion, une table ronde réunissant sociologues, historiens et activistes permettra d’éclairer ce phénomène et d’explorer comment ces objets, devenus « politiques par destination », transforment l’ordinaire en outil de changement. « Détournements » invite ainsi à poser un nouveau regard sur notre quotidien : reconnaître la portée politique de nos gestes et de nos choix, et comprendre comment même les objets les plus simples peuvent refléter les luttes d’hier et inspirer les transformations de demain. Une réflexion stimulante sur le pouvoir de l’ordinaire à questionner, mobiliser et agir. Ground Control : un espace d’expérimentation et d’engagement Mais Ground Control va bien au-delà d’une simple exposition. Fidèle à sa devise « Libres et curieux » , ce lieu hybride offre une programmation où créativité, engagement et convivialité se conjuguent. Débats citoyens, performances artistiques, ateliers participatifs ou rencontres écologiques rythment la saison. Chaque activité reflète une même philosophie : faire de l’art et de la réflexion des outils accessibles et transformateurs. Ce positionnement s’inscrit également dans une démarche écologique et solidaire : alimentation locale et biologique, réduction des déchets, économie circulaire… Ici, le quotidien se réinvente dans une logique durable et collective. À travers ce projet et l’ensemble de sa programmation, Ground Control offre une expérience unique où culture, réflexion et engagement se rencontrent. Plus qu’un lieu, il se positionne comme un laboratoire vivant, un espace où chacun peut contribuer à transformer le monde. Ne manquez pas cette immersion dans un univers où l’art et la politique transforment l’ordinaire en un terrain d’action et d’espoir. Ground Control : là où le quotidien devient politique. Ground Control 81, rue du Charolais 75012 Paris Du mercredi au dimanche • Mer, jeu, ven : 12h-00h • Sam : 11h-00h • Dim : 11h-22h30 Crédit photo @Studio81

  • Les Suppliques : L'Histoire Intime des Juifs de France sous Vichy Resurgit au Théâtre

    Au cœur du théâtre contemporain, le Birgit Ensemble illumine l'histoire méconnue des juifs de France durant l'ère de Vichy à travers la production poignante baptisée "Les Suppliques". Plongeant dans ces lettres désespérées et déchirantes, adressées aux autorités vichystes et au Maréchal Pétain lui-même, cette pièce devient une œuvre théâtrale inoubliable. Un projet audacieux qui exhume la mémoire collective de cette période sombre de l'histoire française avec une profonde émotion. Depuis sa naissance en 2013, le Birgit Ensemble a tissé avec passion des récits politiques, historiques et intimes, explorant les liens subtils entre la mémoire individuelle et collective. Cependant, en 2020, une conversation téléphonique allait bouleverser le cours de leur création. Alexandre Hallier, producteur de cinéma, et l'historien Laurent Joly donnaient vie à un documentaire intitulé "Les Suppliques". Ce documentaire révélait au grand jour des milliers de lettres adressées au Commissariat général aux questions juives (CGQJ) durant l'ère de Vichy. La compagnie fut immédiatement intriguée par ce trésor historique et décida de s'engager dans une adaptation théâtrale de ces lettres, un projet d'une ampleur exceptionnelle. Six Lettres, Six Destins "Les Suppliques" se plonge dans l'intimité de six lettres bouleversantes, écrites entre 1941 et 1944 par Edith Schleifer, Gaston Lévy, Renée Haguenauer, Alice Grunebaum, Léon Kacenelenbogen et Charlotte Lewin. Chacune de ces lettres révèle une personnalité unique et émouvante, offrant un aperçu saisissant de leur vie dans cette période troublée. Le Birgit Ensemble a choisi de tisser habilement les extraits de ces lettres avec leur propre écriture pour donner vie à ces témoignages qui avaient été injustement oubliés. L'Enquête et la Mémoire La compagnie s'est lancée dans une enquête minutieuse pour traquer les traces des auteurs de ces lettres. Avec l'aide précieuse de l'historien Laurent Joly et de la documentaliste Aude Vassallo, ils ont fouillé les archives, dévoilé des photographies, examiné les cartes d'identité et exploré les documents préfectoraux pour reconstituer les destins brisés de ces victimes. Cette enquête devient un élément central de la narration théâtrale, permettant au public de marcher aux côtés des protagonistes à travers les années et de combattre vaillamment l'oubli. Le Hors-Champ de l'Archive Malgré des mois d'enquête minutieuse, certains secrets restent enfouis, ajoutant un voile de mystère autour de ces destins tragiques. Le Birgit Ensemble a choisi de plonger dans ce mystère en utilisant la fiction documentée. Ils ont imaginé des scènes fictives et dialoguées pour recréer l'atmosphère intime qui entourait l'écriture de ces lettres. Cette approche permet de mieux saisir la vie quotidienne de ces victimes oubliées, ajoutant une couche d'émotion à leur récit. Une Constellation de Projets "Les Suppliques" s'inscrit dans une constellation de projets visant à partager ces milliers de lettres avec le plus grand nombre. Outre la pièce de théâtre, un documentaire co-écrit par Laurent Joly et Jérôme Prieur, ainsi qu'une œuvre radiophonique, ont été créés pour transmettre la mémoire de cette période sombre de l'histoire française. "Les Suppliques" du Birgit Ensemble offre une plongée profonde dans l'histoire intime des juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette pièce, qui mêle habilement des éléments documentaires et la fiction, joue un rôle vital dans la préservation de la mémoire collective de cette période tragique. Grâce à cette œuvre émouvante, les victimes de ces persécutions reprennent leur voix et leur humanité, nous permettant de ressentir intensément l'impact de cette sombre période de l'histoire. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 LES SUPPLIQUES Conception, écriture et mise en scène Julie Bertin et Jade Herbulot / Le Birgit Ensemble D’après les lettres d'Édith Schleifer, Gaston Lévy, Renée Haguenauer, Alice Grunebaum, Léon Kacenelenbogen et Charlotte Lewin Avec Salomé Ayache, Marie Bunel, Pascal Cesari, Vincent Winterhalter et les voix de Bénédicte Cerutti et d’Éric Charon Conseil historique Laurent Joly • Enquêtes généalogiques Aude Vassallo • Scénographie James Brandily • Lumières Jérémie Papin • Son Lucas Lelièvre • Collaboration chorégraphique Thierry Thieû Niang • Costumes Pauline Kieffer Crédit Photo de répétitions © Virgile Gemonet • Crédit photo © Simon Gosselin Théâtre La Tempête Du 31 jan. au 16 fév. 2025 • Du mardi au samedi 20 h dimanche 16 h • Durée estimée 1h45 Extrait d’une lettre de Léon Kacenelenbogen, Archives nationales

  • Cuir et Rapprochons-nous – Quand l’acrobatie explore l’intime

    Dans l’univers du cirque contemporain, la compagnie Un Loup pour l’Homme continue de surprendre en repoussant les limites du langage acrobatique. Avec Cuir et Rapprochons-nous , deux propositions audacieuses et complémentaires, les artistes s’attaquent aux relations humaines avec une puissance corporelle et une subtilité narrative saisissantes. Ces spectacles, portés par des interprètes ayant travaillé avec Alexandre Fray, traduisent une volonté de mettre l’humain – et ses fragilités – au cœur de la scène. Cuir : une lutte à la frontière du sauvage et du sensuel Dans Cuir , deux hommes vêtus de slips et de harnais équestres explorent les limites du corps à corps. À mi-chemin entre lutte rituelle et jeu complice, leur performance mêle force brute et délicatesse. Les harnais, outils archaïques d’ordinaire réservés aux travaux agricoles, deviennent ici des agrès acrobatiques, symboles d’une tension constante entre domination et attraction. Les corps, dénudés et sculpturaux, s’affrontent et s’enlacent dans une chorégraphie où la séduction n’est jamais loin de la confrontation. Cette proximité érotique, amplifiée par les grognements et la sueur des interprètes, déstabilise autant qu’elle fascine. Pourtant, une distance subtile est maintenue grâce à une scénographie épurée – des néons blafards et un sol dépouillé – qui empêche toute ambiguïté excessive. Cuir est un spectacle où l’animalité côtoie l’introspection, où chaque geste questionne nos instincts et notre rapport à l’autre. Rapprochons-nous : l’équilibre précaire des relations humaines Avec Rapprochons-nous , la compagnie change de registre sans perdre son fil conducteur : l’exploration des relations humaines. Ici, deux interprètes investissent une poutre bien trop petite pour accueillir deux pieds à la fois. Le dispositif, aussi minimaliste qu’ingénieux, devient le lieu d’un équilibre précaire où les corps s’ajustent et se déséquilibrent, traduisant en gestes les complexités du vivre-ensemble. Le texte, mêlant blagues légères et réflexions philosophiques, renforce le contraste entre la virtuosité des acrobates et la drôlerie de leurs échanges. On rit, on réfléchit, on s’interroge. Que signifie être ensemble dans un espace contraint ? Comment nos corps et nos esprits négocient-ils l’intimité, la dépendance, ou encore la peur de l’effondrement ? Ces questions trouvent leur écho dans des gestes millimétrés, où la fragilité des relations est mise à nu avec une sincérité désarmante. Une vision unifiée de l’humain Ce qui lie ces deux spectacles, c’est l’approche unique de la compagnie Un Loup pour l’Homme : un cirque pensé comme une métaphore des relations humaines. À travers des portés acrobatiques, des mouvements instinctifs et des scénographies minimalistes, la compagnie parvient à faire émerger des émotions universelles. Cuir séduit par sa puissance et sa sensualité, tandis que Rapprochons-nous touche par son humour et sa profondeur. Ensemble, ces œuvres tissent un dialogue entre le corps et l’esprit, entre le jeu et la réflexion, entre l’homme et l’animal. Ces deux propositions méritent d’être vues ensemble, tant elles se répondent dans leur exploration des interactions humaines. Cuir nous confronte à notre animalité, tandis que Rapprochons-nous nous rappelle que la vie à deux – qu’elle soit amoureuse, amicale ou sociale – est un équilibre fragile et toujours à réinventer. Une expérience théâtrale et acrobatique à la fois troublante, réjouissante et profondément humaine. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 CUIR / RAPPROCHONS-NOUS Cuir Interprètes, créateurs Arno Ferrera et Gilles Polet Auteurs Arno Ferrera, Mika Lafforgue Lumière Florent Blanchon Costumes Jennifer Defays Vidéo Romain Vennekens Rapprochons-nous Un spectacle de Alexandre Denis, Frédéric Arsenault Avec Alexandre Denis, Frédéric Arsenault et en alternance Julien Vadet, Christophe Bruyas, Rebecca Chamouillet Création sonore Julien Vadet L’Azimut - Théâtre Firmin Gémier / Patrick Devedjian Les 21 et 22 janvier 2025 à 20h • Durée 1h45 avec entracte • Dès 12 ans Tournée Rapprochons-nous / Cuir Les 21 et 22 janvier 2025 à L’Azimut / Châtenay-Malabry - Théâtre Firmin Gémier / Patrick Devedjian Rapprochons-nous Le 12 février 2025 au Cratère scène nationale d’Alès Le 17 mai 2025 au Service culturel de Talence Les 7 et 8 juin 2025 à la Fête du Cirque - Le Havre Seine Métropole, Saint-Romain-de-Colbosc

  • Arthur et Ibrahim : une amitié mise à l’épreuve des identités

    Avec Arthur et Ibrahim , Amine Adjina livre un premier volet de trilogie jeunesse où racisme, quête identitaire et héritage historique s’entrelacent avec audace et sensibilité. Créée en 2018, cette comédie explore les forces et fragilités d’une amitié entre deux collégiens, confrontée aux discours des adultes et aux silences de l’Histoire. Une œuvre drôle et poignante, qui ne laisse personne indifférent. Une intrigue simple pour un propos percutant Le récit commence par un acte à la fois banal et déstabilisant : Ibrahim, influencé par les idées de son père, décide de s’éloigner d’Arthur, son meilleur ami, sous prétexte qu’il n’est pas arabe. Désorientés mais pleins de ressources, les deux garçons imaginent alors une solution aussi absurde que drôle : transformer Arthur en Arabe. Ce point de départ, à la fois naïf et désarmant, ouvre la voie à des situations cocasses où les maladresses enfantines se mêlent aux incompréhensions des adultes. Derrière cette légèreté apparente, la pièce aborde des thèmes essentiels avec une rare finesse : les tensions identitaires, les cicatrices laissées par la colonisation, et le poids des héritages familiaux. Sans jamais perdre de vue l’accessibilité pour un jeune public, Arthur et Ibrahim parvient à traiter ces sujets complexes avec humour, émotion et une profonde humanité. Une écriture juste et engagée Amine Adjina s’inspire de son expérience personnelle pour offrir un texte d’une authenticité saisissante. Français d’origine algérienne, il fait dialoguer cultures et identités avec une plume à la fois incisive et poétique. Loin de tout manichéisme, les personnages sont riches et nuancés : Ibrahim, tiraillé entre l’amour pour son père et son amitié pour Arthur, et ce dernier, en quête d’un sentiment d’appartenance qu’il ne maîtrise pas encore. Le rire est ici un outil puissant, un vecteur d’émancipation qui désamorce les peurs et invite à la réflexion. Sans jamais tomber dans le piège de la moralisation, Adjina propose une œuvre qui ouvre des espaces de dialogue et de compréhension, pour les jeunes comme pour les adultes. Une mise en scène ludique et inventive Sur scène, un décor minimaliste – des coussins empilés, une carte géographique – devient un terrain de jeu propice à l’imaginaire. Les mouvements dynamiques des comédiens, qui se déplacent en trottinette ou sur une rampe de skate, insufflent une énergie contagieuse, en parfaite adéquation avec la fraîcheur de l’enfance. Les acteurs, Mathias Bentahar et Romain Dutheil, incarnent Arthur et Ibrahim avec une complicité palpable, rendant leurs dilemmes identitaires d’autant plus poignants. Les personnages secondaires, comme la mère d’Arthur et le père d’Ibrahim, apportent une profondeur supplémentaire, illustrant les contradictions des adultes face aux rêves et aux espoirs des enfants. Un message universel et essentiel Bien plus qu’une pièce pour la jeunesse, Arthur et Ibrahim est une ode à l’amitié comme rempart contre les clivages et les préjugés. En posant un regard tendre et lucide sur les héritages aliénants, Adjina invite à construire des ponts là où l’Histoire a érigé des murs. À travers le rire, la tendresse et une profonde intelligence, cette pièce nous interroge sur l’identité, l’altérité et la transmission. Une œuvre lumineuse et nécessaire, à partager sans hésitation. Avis Foudart 🅵🅵🅵 ARTHUR ET IBRAHIM Texte et mise en scène Amine Adjina Collaboration artistique Emilie Prévosteau Avec Mathias Bentahar, Anne Cantineau (en alternance avec Pauline Dubreuil), Romain Dutheil (en alternance avec Antoine Chicaud), Kader Kada et la voix de Xavier Fagnon Création lumière et régie générale Azéline Cornut Scénographie Maxime Kurvers Création sonore Fabien Aléa Nicol Costumes Majan Pochard Spectacle vu au théâtre Le Tangram, scène nationale Évreux Mardi 21 janvier 10h & 14h30 Mercredi 22 janvier 15h Jeudi 23 janvier 10h & 14h30 Vendredi 24 janvier 10h & 14h30 Spectacle tout public à partir de 9 ans • Durée 1h10 TOURNÉE 2024/2025 6, 7, 8 FÉVRIER 2025 • Théâtre 71, SN Malakoff 18, 19, 20 FÉVRIER 2025 • Bonlieu, scène nationale, Annecy

  • L’Art de ne pas dire de Clément Viktorovitch : Une leçon de rhétorique au théâtre, entre satire et prise de conscience

    Clément Viktorovitch, figure incontournable de la vulgarisation politique, fait une entrée remarquée sur la scène théâtrale avec L’Art de ne pas dire . Entre fiction glaçante et satire mordante, ce premier spectacle, prolongé au Théâtre 13ème Art jusqu’en avril 2025, s’impose comme un incontournable pour qui s’interroge sur le rôle et les dérives du langage dans nos démocraties contemporaines. Une fiction profondément ancrée dans la réalité Dans ce seul-en-scène, Viktorovitch endosse le rôle d’un conseiller en communication politique, brutalement évincé par le Président qu’il servait avec dévouement. Rongé par le rejet et le désenchantement, ce personnage fictif se lance dans un acte de confession : révéler les stratégies de manipulation et les rouages d’une communication qui vide le discours de tout contenu pour mieux contrôler les masses. Si la pièce est clairement une œuvre de fiction, le spectre de notre réalité contemporaine plane sur chaque mot, chaque situation. La référence à une ère politique marquée par l’essor de la post-vérité et la perversion du débat public est évidente, mais toujours suffisamment distanciée pour laisser place à l’interprétation du spectateur. Un théâtre engagé et accessible À travers une mise en scène sobre mais percutante, Clément Viktorovitch déploie un véritable cours de rhétorique, où le rire devient une arme de sensibilisation. Fidèle à sa démarche de démocratisation des outils critiques, l’auteur et interprète nous pousse à interroger notre rapport au discours politique. Les manipulations du langage, souvent insidieuses, sont ici exposées avec une clarté redoutable, transformant le théâtre en espace d’éveil citoyen. Ce spectacle, loin d’être une simple performance pédagogique, est également un geste artistique puissant. Le mélange de comédie grinçante et de gravité donne lieu à des moments de tension, où le spectateur oscille entre le rire et une certaine gêne face à la brutalité du constat. Viktorovitch nous rappelle ainsi que le théâtre peut, comme le voulait la tradition grecque, être un lieu de catharsis et de débat démocratique. Un cri d’alarme et une invitation au débat Si l’intention de L’Art de ne pas dire est de révéler les travers d’une communication politique dévoyée, elle est aussi de susciter un questionnement collectif sur le rôle de la parole dans une démocratie. Que reste-t-il du débat public lorsque les mots perdent leur sens ? Comment se forger une opinion dans un univers saturé de discours creux ? Viktorovitch ne fournit pas de réponses toutes faites, mais invite les spectateurs à se poser ces questions, à échanger, à objecter. Une performance à saluer Sur scène, Clément Viktorovitch impressionne par sa présence et son aisance. Habitué aux plateaux télévisés, il parvient ici à captiver son auditoire sans artifices, jouant habilement sur les silences, les ruptures de ton et l’interaction implicite avec le public. Sa maîtrise du verbe, à la fois érudite et accessible, confère à ce spectacle une profondeur rare. L’Art de ne pas dire est une œuvre hybride, à mi-chemin entre la satire politique et le plaidoyer citoyen. Clément Viktorovitch y démontre une fois de plus sa capacité à rendre la rhétorique vivante et accessible, tout en lançant un cri d’alarme face aux dangers d’un langage vidé de sa substance. Drôle, percutant et profondément actuel, ce spectacle est une expérience à ne pas manquer pour quiconque s’interroge sur l’état de notre démocratie et le pouvoir des mots. Avis Foudart 🅵🅵 L’ART DE NE PAS DIRE Un spectacle de Clément Viktorovitch Auteurs  Ferdinand Barbet et Clément Viktorovitch Mise en scène et Scénographie Ferdinand Barbet Création lumière Gautier Devoucoux Musiques Hugo Sempé   Théâtre 13eme ART Du 13 janvier au 28 avril 2025 • Les Dimanches et lundis à 19h • durée 1h15 • À partir de 14 ans   TOURNÉE 16/01/25 TOULOUSE 17/01/25 TOULOUSE 28/01/25 TROYES (10) - Théâtre de Champagne 29/01/25 METZ (57) - L’Arsenal 30/01/25 BESANÇON (25) - Théâtre Ledoux 18/02/25 BORDEAUX 19/02/25 OLORON STE MARIE 21/02/25 LONS 28/02/25 AULNOYE-AYMERIES (59) - Théâtre Leo Ferré 06/03/25 MARSEILLE (13) - Le Silo 11/03/25 BRUXELLES 13/03/25 NANTES 14/03/25 TOURS 16/03/25 MONTPELLIER (34) - Le Corum 18/03/25 CLERMONT-FERRAND 01/04/25 GOUSSAINVILLE (95) - Théâtre Sarah Bernhardt 03/04/25 VERVIERS 04/04/25 ARLON 11/04/25 RENNES 24/04/25 DIJON 25/04/25 MULHOUSE 26/04/25 EPINAL (88) - Auditorum de la Louvière 29/04/25 LILLE 30/04/25 SARCELLES

  • Un théâtre qui déchire le silence : « Surveillée et punie », un cri cathartique contre la haine en ligne

    Dans le huis clos vibrant des Plateaux Sauvages à Paris, Safia Nolin et Philippe Cyr livrent une œuvre théâtrale et musicale profondément dérangeante, mais ô combien nécessaire. Surveillée et punie est un spectacle mais surtout une plongée vertigineuse dans l’abîme de la haine, une mise à nu collective qui force à regarder l’inacceptable en face. Sublimer le dégoût S’appuyant sur des milliers d’insultes réelles reçues par Nolin — qu’elles soient misogynes, homophobes ou racistes — le spectacle pose une question cruciale : que signifie vraiment la liberté d’expression lorsque celle-ci devient une arme de destruction ? Avec l’aide du metteur en scène Philippe Cyr, Nolin transforme ce matériau brut et violent en un objet artistique sidérant, où la musique se fait bouclier et exutoire. Sur scène, un chœur imposant chante à l’unisson les invectives les plus abjectes adressées à l’artiste. La puissance de cette configuration est insoutenable : une femme seule, assise face à un mur sonore d’insanités. Pourtant, c’est dans cette confrontation qu’émerge la force du spectacle. Les insultes, terriblement réelles, deviennent une matière à transcender, un écho des blessures infligées mais aussi une invitation à les soigner. Un espace réapproprié La scène devient ici un lieu de réparation. Armée de sa guitare, Safia Nolin, accompagnée de son alter ego incarné par Debbie Lynch-White, finit par renverser les rapports de force. Le flot de haine se désagrège peu à peu sous l’impulsion de la musique. La chanteuse s’approprie les mots, les détourne, et finit par les posséder dans une scène finale libératrice, presque carnavalesque. Ce renversement cathartique rappelle que l’art a le pouvoir unique de transformer la souffrance en résistance. La mise en scène de Cyr, minimaliste et percutante, offre une épure qui laisse toute la place à la musique et à l’émotion brute. Un miroir pour la société Mais Surveillée et punie ne se contente pas d’être un geste artistique : il est aussi un acte politique. En exposant la violence omniprésente sur les réseaux sociaux, le spectacle nous tend un miroir brutal. Il interroge notre responsabilité collective dans la propagation de cette haine : sommes-nous complices par notre silence ou nos réactions insuffisantes ? Le parallèle avec le célèbre essai de Michel Foucault, dont le titre est librement inspiré, est frappant. Si Foucault analysait le contrôle des corps par les institutions, ici, c’est l’espace numérique qui devient un lieu de surveillance et de punition. Safia Nolin, avec son identité queer, son corps hors des normes, et son franc-parler, incarne la cible parfaite d’une société où les différences sont punies sans appel. Un cri universel Malgré l’origine profondément personnelle de ce projet, Surveillée et punie dépasse le cadre de l’expérience individuelle. La violence décrite n’est pas seulement celle subie par Nolin : elle est celle que des millions de femmes, de minorités et de personnalités publiques affrontent quotidiennement. Ce spectacle nous rappelle l’urgence de repenser notre rapport à la parole publique, de réaffirmer l’importance de la bienveillance, et de refuser la banalisation du harcèlement. Une œuvre essentielle Audacieux, choquant, mais éminemment beau, Surveillée et punie est une œuvre qui dérange autant qu’elle élève. Safia Nolin y déploie une vulnérabilité désarmante, tandis que Philippe Cyr orchestre avec brio une réflexion sur la responsabilité et le pouvoir des mots. Ce spectacle est une claque salutaire, un appel à l’empathie et à l’action. À voir absolument : pour comprendre, ressentir, et surtout, ne plus jamais détourner le regard. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 SURVEILLÉE ET PUNIE Livret Safia Nolin et Jean-Philippe Baril Guérard Création musicale Safia Nolin et Vincent Legault Mise en scène Philippe Cyr Conseil dramaturgique  Anne-Marie Voisard Scénographie et costumes Odile Gamache Création lumière Cédric Delorme-Bouchard Avec Safia Nolin , Debbie Lynch-White et un chœur composé de professionnel·le·s et des amateurices du projet de transmission artistique Battre le chœur mené par Gérald Kurdian et Philippe Cyr Crédit photo © Kelly Jacob, Maxim Paré Fortin   Les Plateaux Sauvages Du 16 au 18 janvier 2025 • Jeudi et vendredi à 20h. Samedi à 17h30 • Dès 16 ans • Durée 1h20

  • Entre les deux de Panayotis Pascot – Un Voyage Drôle et Touchant dans l’Entre-deux

    Panayotis Pascot, à seulement 26 ans, s’impose comme une des figures les plus captivantes de la scène humoristique française avec son dernier spectacle Entre les deux . Entre introspection sincère et humour décalé, ce jeune prodige livre une performance qui conjugue éclats de rire et réflexion profonde, à la hauteur des attentes élevées laissées par son premier one-man-show, Presque . Un thème universel sublimé par une perspective personnelle Avec Entre les deux , Panayotis explore cette zone floue entre l’insouciance de l’enfance et les responsabilités écrasantes de l’âge adulte. « La vie, c’est pas ouf », dit-il avec une ironie désarmante. Mais derrière cette phrase se cache une véritable réflexion sur les contradictions et absurdités de la vie moderne : la peur de grandir, l’anxiété de devenir adulte, ou encore le désir de transmission face à ses propres limites. Avec finesse, l’humoriste parvient à transformer ces questionnements intimes en véritables moteurs comiques, tout en conservant une profondeur émotive qui touche en plein cœur. Un spectacle rythmé et brillant Dès son entrée en scène, Panayotis impose un rythme effréné, où les rires fusent sans relâche. Son écriture, précise et ciselée, allie une fluidité narrative à des punchlines percutantes. Il excelle dans l’art de jongler entre les registres : une anecdote hilarante sur son chat peut laisser place à une réflexion bouleversante sur la dépression, sans jamais briser l’équilibre délicat de son spectacle. Cette fluidité est renforcée par une mise en scène épurée qui met en lumière son jeu d’acteur remarquable, oscillant entre mimiques irrésistibles et une gestuelle parfaitement maîtrisée. Une authenticité désarmante Si Presque abordait déjà des thèmes intimes comme la figure paternelle ou les affres de l’enfance, Entre les deux pousse encore plus loin l’introspection. Le jeune humoriste se dévoile sans artifice, abordant avec humour et honnêteté des sujets difficiles tels que la dépression et la solitude. Loin d’être lourd, son traitement de ces thématiques est d’une légèreté émouvante, permettant au public de rire de ses propres angoisses et de se reconnaître dans ses mots. Un talent pluriel Au-delà de son texte et de son jeu scénique, Panayotis Pascot brille par sa capacité à établir une connexion immédiate avec son public. Son énergie débordante et son charisme naturel créent une ambiance chaleureuse et immersive. La salle, captivée du début à la fin, alterne entre rires tonitruants et silences méditatifs, témoignant de l’impact émotionnel de sa performance. Un humoriste qui grandit avec son public Avec Entre les deux , Panayotis Pascot confirme son statut d’artiste singulier et prometteur. En mariant avec brio humour, introspection et émotion, il offre bien plus qu’un simple spectacle comique : une expérience humaine, universelle et inoubliable. Si l’humour est souvent un miroir de nos propres absurdités, Panayotis le polit avec une intelligence rare, laissant entrevoir une maturité artistique qui ne demande qu’à s’épanouir davantage. Un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte ! Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 Entre les deux Texte de Panayotis PascotPhotographie Idriss ‘Yagooz’ Tidjani THÉÂTRE FONTAINE Du 14 janvier au 1er mars 2025 • Du mercredi au samedi à 19h • Durée 80 min À voir également en tournée le 22 janvier 2025 La Filature, Scène nationale de Mulhouse

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