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1955 résultats trouvés avec une recherche vide

  • COMMENT NICOLE A TOUT PÉTÉ - Grand barnum climatique, petite secousse

    🅵 FOUD’ART - Une machine scénique XXL, une troupe survoltée, des fulgurances comiques… mais un spectacle qui “voit grand” au point d’écraser ce qu’il promet : du vertige, on repart surtout avec un constat un peu plat. ⸻ Un débat public qui part en vrille (et c’est le concept) Frédéric Ferrer fabrique un faux débat participatif : micros, prises de parole, experts, opposants, habitants, élus, et même quelques espèces invitées au micro. Au centre : une mine de lithium, la transition écologique, et le grand théâtre de nos bonnes intentions. Le dispositif alterne réunions et “plongées” dans l’histoire du climat — du temps long au temps court, du local au global. Sur le papier, c’est une idée redoutable : montrer comment nos décisions minuscules s’écrasent sur l’immensité du vivant. ⸻ Ce qui fonctionne : le plateau, l’énergie, la satire Là, rien à dire : l’équipe est électrique . Ça court, ça change de peau, ça relance. Ferrer a ce talent précis : faire rire avec la langue administrative, les postures de pouvoir, la violence polie du “management responsable”. Certaines scènes sont franchement savoureuses - notamment quand le spectacle croque la figure corporate : la cheffe de projet, sûre d’elle, impeccable… et terrifiante de normalité. C’est drôle parce que c’est vrai. Et, pendant quelques instants, la satire devient une arme. Et puis il y a des éclats plus précieux : quand le vivant cesse d’être un décor et redevient une fragilité - faune, flore, sol, eau. Là, on se réveille. Là, ça mord. ⸻ Ce qui coince : “tout ça pour ça” Mais voilà : ça en fait beaucoup . Beaucoup de dispositif, beaucoup de monde, beaucoup d’images, beaucoup d’intentions. Et au bout d’un moment, le spectacle semble tourner autour d’une conclusion qu’on a déjà : ces débats participatifs peuvent être bruyants, dilués, et parfois… franchement inutiles. C’est là que la frustration arrive. Parce que la pièce annonce une dystopie, une complexité, un trouble. Or on apprend finalement assez peu - et surtout, on ne sent pas le choc . Le spectacle parle de l’extractivisme version “verte”, de la transition qui déplace les dégâts… mais l’écriture, très orientée, simplifie parfois son adversaire. À force de vouloir être clair, ça devient un peu “pensée unique”. Intéressant, oui. Déstabilisant ? Pas assez. ⸻ Le paradoxe Ferrer : l’humour qui éclaire… et l’empathie qui adoucit Comparé à Le Problème lapin (déjanté, instructif, sans morale), Nicole paraît plus lourd. Plus démonstratif. Plus “grand format”. Et ce grand format finit par lisser : trop de bons sentiments enlèvent de la profondeur à un sujet grave. On rit, on suit, on admire parfois la machine. Mais on attend cette bascule - celle où le théâtre ne décrit plus le monde : il le fait vaciller. Et elle n’arrive pas tout à fait. ⸻ FOUD’ART 🅵 Une proposition ambitieuse, portée par une troupe au cordeau et des scènes très drôles. Mais une fresque qui confond parfois ampleur et impact : beaucoup d’énergie pour une secousse trop courte. On s’attendait à mieux. On ressort un peu déçu - et c’est rageant, parce que le sujet, lui, mérite un uppercut. ⸻ Infos pratiques Comment Nicole a tout pété Conception et mise en scène Frédéric Ferrer Recherches et écritures Clarice Boyriven et Frédéric Ferrer Avec Karina Beuthe Orr, Clarice Boyriven en alternance avec Caroline Dubikajtis Patosz, Guarani Feitosa, Frédéric Ferrer, Militza Gorbatchevsky, Hélène Schwartz Crédit photo Vincent Beaume THÉÂTRE DU ROND POINT 21 janvier - 7 février 2026 • Mardi au vendredi, 19h30 - samedi, 18h30 - dimanche, 17h

  • MONARQUES - Quand la beauté déborde le tragique

    🅵🅵 FOUD’ART - Un grand poème scénique au décor sublime, porté par une émotion réelle… mais minée par une narration trop longue et un symbolisme parfois saturé, qui finit par “adoucir” un sujet pourtant brûlant. ⸻ Deux migrations, un même vertige Monarques croise deux odyssées : celle d’un parapentiste qui suit la migration des papillons monarques, espèce aujourd’hui menacée, et celle d’un candidat à l’exil accroché à La Bestia , ce train de marchandises qui traverse le Mexique jusqu’à la frontière américaine. Deux trajectoires Nord/Sud – Sud/Nord, deux corps en lutte, deux façons de défier le réel. Sur le papier - et dans l’intention - l’idée est puissante : faire dialoguer le vivant et l’humain , célébrer “tous les migrateurs”, dévoiler les invisibles, transformer un trajet en geste de mémoire et de consolation. Un théâtre-jardinier, dit le dossier, qui “reboise l’âme”. Et, par moments, oui : le spectacle ouvre de vraies fenêtres. ⸻ Le choc visuel : un décor sublime, une fable en grand format Dès les premières images, on comprend ce que cherche Emmanuel Meirieu : un théâtre qui fonctionne comme une symphonie d’images , presque un conte épique. Le décor est magnifique. Il y a une beauté plastique qui enveloppe l’ensemble, et des tableaux qui frappent. Mais cette beauté, si elle hypnotise, installe aussi un risque : celui de faire glisser la tragédie vers la fable , comme si l’horreur du réel devait absolument passer par un filtre d’enchantement. Or Monarques parle de migration, de frontières, de morts - un terrain où la poésie peut éclairer… mais aussi anesthésier. ⸻ “Tout ça pour ça” : une histoire vraie passionnante… longue à raconter Ton impression est nette : “Tout ça pour ça !” Et c’est exactement la fracture du spectacle. Oui, l’histoire est vraie, captivante, riche. Oui, le croisement entre le réfugié et cet homme “un peu fou” aux ailes d’un monarque géant a quelque chose d’inédit, de romanesque, de symbolique. Mais la narration s’étire. Elle se répète. Elle insiste. À force de vouloir tout dire, tout relier, tout sublimer, le récit perd en tranchant. Le spectacle devient “bourré de symboles” - forts, parfois magnifiques - mais si nombreux qu’ils finissent par faire écran . On admire, on suit, on reçoit… puis on attend que ça atterrisse. ⸻ Émotion, oui. Profondeur, moins. L’émotion est bien là. On se laisse emporter par l’odyssée. Il y a des moments de grâce, une mélancolie, un souffle qui attrape. Mais quelque chose se dérègle : trop de bons sentiments, trop de sentimentalisme . Comme si le spectacle voulait à tout prix consoler - et qu’en consolant, il atténuait la violence politique du sujet. Résultat : au lieu d’ajouter de la profondeur, cette couche de douceur enlève parfois de la force. La migration devient un conte. La tragédie devient “merveilleuse”. Et le merveilleux, ici, finit par simplifier ce qui devrait rester rugueux, complexe, inconfortable. ⸻ Le symbole “Monarque” : poésie utile ou image programmatique ? Le monarque-papillon est un symbole magnifique : fragile, migrateur, collectif, menacé. Et le spectacle le charge d’une valeur presque totémique - jusqu’à en faire une figure de “passage”, de survie, d’espoir. Sauf que l’accumulation symbolique peut donner l’impression d’un spectacle qui “sait déjà” ce qu’il veut faire ressentir. Là où Meirieu vise le réel “le moins fictionnel possible”, la forme grand format ⸻ 🅵🅵 FOUD’ART Un grand récit scénique, visuellement somptueux, traversé d’émotions et d’une intention généreuse… mais trop long, trop symbolique, trop “bon sentiment”. À vouloir faire consolation, Monarques perd une part de sa puissance politique : la tragédie, traitée comme un conte, finit par lisser ce qui devrait brûler. ⸻ Infos pratiques Monarques - Emmanuel Meirieu Théâtre des Quartiers d’Ivry (TQI) – Manufacture des Œillets 16 → 21 janvier 2026 • Durée : 1h30 - Dès 11 ans Texte & mise en scène Emmanuel Meirieu et Jean-Erns Marie-Louise (avec la complicité de Julien Chavrial et Odille Lauria) Avec Julien Chavrial, Jean-Erns Marie-Louise Création lumière / décor Seymour Laval (avec Emmanuel Meirieu) • Son & musique Félix Mulhenbach • Sculptures / marionnettes / mannequins / accessoires Émily Barbelin • Costumes Moïra Douguet Crédit photo Christophe Raynaud de Lage

  • 5 SECONDES - Un fait divers minuscule, une onde de choc immense

    🅵🅵🅵 FOUD’ART - Un seul-en-scène saisissant, porté par un acteur caméléon et une scénographie bleue envoûtante. Une traversée qui bouscule et laisse un mystère en bouche… malgré quelques longueurs et un détour autobiographique parfois dispensable. ⸻ Cinq secondes : le temps d’une porte, le temps d’une vie Cinq secondes, c’est l’intervalle où tout bascule : la fermeture des portes du RER, une femme en désarroi, un bébé “passé” à un inconnu - et le train qui repart. Lui reste là. Le monde aussi. Mais décalé, fêlé, comme si le réel venait de perdre son mode d’emploi. Le spectacle d’Hélène Soulié choisit alors le bon point de vue : non pas l’événement brut, mais l’après . Cette zone où il faut trouver des mots “respirables” - pas ceux qui condamnent, ceux qui permettent de tenir debout. Le narrateur devient un “frère d’accident”, dépositaire d’un récit qu’il n’a pas choisi… mais qu’il va devoir fabriquer pour survivre, et pour que l’enfant, un jour, sache. ⸻ Une chambre bleue : espace mental, intime, émotionnel Au centre, un espace circulaire , baigné de bleu. Et au milieu, ce piano/clavecin bleu - objet-symbole, presque un îlot d’intimité. On a l’impression d’entrer dans une chambre mentale , une zone de rêve, de fantasme, de mémoire où l’histoire se rejoue autant qu’elle se raconte. Ce dispositif, très réussi visuellement, installe d’emblée une promesse : ici, on ne va pas “illustrer” un fait divers. On va entrer dans une fabrique intérieure , un endroit où le réel et la fiction se réorganisent, où l’évidence vacille. L’intime devient politique sans pancarte, juste par la manière dont la parole cherche sa route. ⸻ Le texte : une parole qui trébuche, et c’est sa force Le texte original de Catherine Benhamou n’est pas seulement un point de départ narratif : c’est une écriture de l’urgence , une langue qui déborde, revient, hoquette, se relance - comme si parler était déjà une lutte contre l’abandon. Tout se joue dans cette tension : comment dire sans écraser ? comment raconter sans reproduire “la langue des dominants” (celle du tribunal, des cases, des jugements) ? Dans 5 secondes , la parole ressemble à une tentative de réparation : dire avant que certains mots (“abandon”, “faute”, “monstre”) ne fassent leur poison. Et ça, la mise en scène le respecte : on sent un théâtre qui croit encore que la langue peut être un acte, un passage, un souffle. ⸻ Maxime Taffanel : le choc du comédien La vraie surprise - celle qui te rattrape et te tient - c’est le talent inouï de Maxime Taffanel. Un acteur total, qui semble capable de tout : changer d’âge, de texture, de rythme, de regard ; devenir “elle”, devenir “lui”, devenir l’entourage - en un clin d’œil, sans exhiber la performance. Il y a quelque chose de lumineux et de très organique dans sa manière d’attraper le texte : il ne le “joue” pas, il le traverse. Et c’est précisément ce qui rend l’histoire énigmatique et bouleversante : parce qu’on ne reste pas spectateur d’un récit, on devient témoin d’un corps qui cherche une issue. ⸻ Là où ça résiste : longueurs, démonstrations, détour d’enfance Tout n’est pas parfaitement ajusté. Par moments, le spectacle s’autorise des longueurs , quelques démonstrations un peu appuyées . Et le passage sur l’enfance du narrateur - intéressant sur le principe (héritages, pères absents, masculinité qui se fabrique dans les failles) - paraît parfois moins indispensable dramaturgiquement : comme si l’œuvre hésitait entre la trajectoire de l’accident et le portrait complet d’une vie. Il y a aussi cette zone trouble, volontaire ou non, qui laisse le spectateur se débattre : qui est la victime ? qui est l’enfermé ? Le spectacle ne distribue pas des rôles simples - et c’est une qualité - mais cette ambiguïté peut parfois devenir floue au lieu d’être tranchante. ⸻ Ce que ça laisse : un mystère qui travaille après 5 secondes est un spectacle qui ne te laisse pas ressortir serein . Il faut du temps pour digérer, pour remettre les pièces en place, pour accepter qu’une histoire reste mystérieuse - et pourtant profondément humaine. C’est peut-être ça, la réussite la plus nette : la sensation d’avoir été attrapé, déplacé, forcé à regarder autrement. Pas un “bonheur absolu”, non. Mais un théâtre vivant, qui bouscule, qui questionne, qui insiste - et qui, malgré ses aspérités, touche juste. ⸻ 🅵🅵🅵 FOUD’ART Un objet théâtral intense : scénographie superbe, acteur sidérant, texte qui pulse comme une nécessité. Quelques longueurs et un détour d’enfance un peu trop démonstratif… mais un choc sensible qui continue de résonner après les portes refermées. ⸻ Infos pratiques Les Plateaux Sauvages (Paris) - Création 19 → 31 janvier 2026 • Dès 14 ans • Durée : 70 min Texte Catherine Benhamou (éd. des femmes – Antoinette Fouque, 2024) Adaptation & mise en scène Hélène Soulié Avec Maxime Taffanel Scénographie Hélène Soulié & Emmanuelle Debeusscher • Création son Jean-Christophe Sirven • Lumières Juliette Besançon Tournée 2025–2026 : Villeneuve-lès-Maguelone (Th. Jérôme Savary) - Grand-Quevilly (Th. Charles Dullin) + formes hors-les-murs.

  • WOLF - La meute humaine à l’état brut

    🅵🅵🅵 FOUD’ART - Une transe physique d’une puissance animale saisissante, dont la virtuosité fascine autant qu’elle interroge la dramaturgie ⸻ Quand le cirque renoue avec l’instinct Avec Wolf , la compagnie australienne Circa livre une création féroce, primitive, entièrement guidée par le corps. Présenté pour la première fois en France, ce spectacle sans parole s’impose comme une expérience sensorielle intense, où l’énergie brute supplante toute narration classique. Sur le plateau presque nu, dix interprètes surgissent, se croisent, se heurtent, s’agrègent. Sauts vertigineux, portés fulgurants, courses circulaires : les corps dessinent une cartographie instinctive, celle d’une meute en perpétuel réajustement. Le regard du spectateur est happé par cette avalanche de gestes où la performance physique devient langage. ⸻ Le loup comme métaphore contemporaine Sous la direction de Yaron Lifschitz, le loup n’est jamais figuratif : il est symbole. Symbole d’une nature indomptable, anarchique, mais aussi profondément collective. Wolf observe le groupe humain comme une meute : tensions, rivalités, élans de solidarité, chaos fécond. En deux grands mouvements, la pièce bascule d’une énergie perturbatrice à une organisation collective plus structurée. Les corps deviennent appuis, relais, transmissions de poids. Cette écriture scénique fondée sur la vigilance partagée évoque un organisme vivant, en alerte constante, comme si chaque interprète respirait au rythme du groupe. ⸻ Une esthétique du corps poussé à l’extrême Circa excelle dans ce qu’elle fait de mieux : un cirque épuré, radical, où l’extrême physicalité engendre une émotion presque viscérale. La bande-son électronique de Ori Lichtik agit comme un moteur interne : pulsations sourdes, montées de tension, respirations suspendues. Elle propulse les corps, accentue la frénésie, enveloppe le spectateur dans une transe collective. La scénographie minimaliste et les lumières ciselées d’Alex Berlage renforcent cette sensation d’abstraction : ici, pas de décor rassurant, pas de récit balisé. Le spectacle se vit davantage qu’il ne se comprend, convoquant une attention sensorielle totale. ⸻ Là où la virtuosité questionne Si Wolf impressionne durablement par son athlétisme et sa précision, une légère réserve s’installe à mesure que les séquences s’enchaînent. La répétition de certaines intensités et motifs corporels peut parfois atténuer la progression dramaturgique. On admire, on ressent, mais on cherche parfois une transformation émotionnelle plus marquée, un basculement clair qui viendrait renouveler l’impact. C’est là toute l’ambiguïté de la proposition : Wolf est moins un récit qu’un état, moins une histoire qu’une expérience. Une force - pour qui accepte de lâcher prise - mais aussi une limite pour les spectateurs en quête d’un arc dramatique plus lisible. ⸻ 🅵🅵🅵 FOUD’ART Wolf s’impose comme un manifeste du cirque contemporain : radical, physique, organique. Une œuvre qui rappelle que le corps peut être un langage total, capable de dire le monde sans mots. Fascinant dans sa maîtrise, hypnotique dans son énergie, le spectacle marque durablement les sens, même s’il laisse volontairement l’intellect à la porte. Un rituel scénique puissant, animal, où l’humain se révèle dans ce qu’il a de plus brut… et de plus fragile. ⸻ Infos pratiques WOLF Direction artistique & scénographie : Yaron Lifschitz Interprètes : Ensemble Circa Création sonore : Ori Lichtik Création lumière : Alex Berlage Costumes : Libby McDonnell Théâtre Silvia Monfort 14 -> 24 janvier 2026 • Durée : 1h25 - Dès 12 ans

  • PARADOXE - Rire au bord du chagrin

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART - Un théâtre de l’intime d’une générosité bouleversante, où l’humour devient un geste d’amour face à la perte ⸻ Peut-on rire du deuil sans le trahir ? C’est la question - vertigineuse, presque indécente - à laquelle s’attaquent Florence Janas et Guillaume Vincent avec Paradoxe. Et la réponse, loin d’être cynique, se déploie ici avec délicatesse, tendresse et une nostalgie lumineuse. Présenté au T2G Théâtre de Gennevilliers, le spectacle prend le parti d’un théâtre volontairement foutraque, fragile, mouvant - à l’image de ce qu’il raconte : la perte, le lien à la mère, la maladie, la mémoire, et cette quête de soi qui traverse toute une vie. ⸻ Autofiction sensible, joyeusement instable Paradoxe refuse la ligne droite. Pas d’arc narratif classique, pas de récit balisé. La pièce avance par fragments, bifurcations, glissements. Réalité et fiction se confondent, le masculin et le féminin se brouillent, les codes de genre et d’apparence explosent, la « vraie histoire » se mêle à la fantaisie. On peut parfois perdre le fil, décrocher un instant, puis le retrouver. Raccrocher les wagons. Mais jamais le regard ne se ferme. Au contraire : on reste les yeux écarquillés devant tant de liberté, de créativité et d’invention scénique. Ce théâtre-là accepte le désordre comme une forme de vérité. ⸻ Derrière la farce, l’émotion à nu Car sous les jeux, l’humour, le décalage presque clownesque, Paradoxe est un spectacle profondément touchant. Derrière la dérision, quelque chose affleure - lentement, inexorablement : l’émotion. Ce que raconte la pièce, au fond, nous concerne tous : le lien à la mère. La maladie. Ce que nous avons été, ce que nous sommes, ce que nous deviendrons. Janas et Vincent se cherchent, se provoquent, se chamaillent parfois. Ils se mêlent, se désaccordent, puis s’accordent à nouveau. Et une chose devient évidente : ils s’aiment profondément. Pas seulement sur scène, mais dans ce qu’ils partagent avec le public. ⸻ Le duo comme cœur battant La grande force de Paradoxe réside dans cette alchimie rare entre les deux interprètes. Leur complicité n’est pas un artifice : elle est la matière même du spectacle. Chaque rire semble retenir des larmes, chaque éclat cache une faille. Et c’est précisément là que le théâtre devient cathartique. La scénographie épurée, pensée avec Daniel Jeanneteau, laisse toute la place aux corps, aux mots, aux silences. La création sonore, les lumières, les surgissements visuels accompagnent cette traversée intérieure sans jamais l’écraser. ⸻ 🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART Paradoxe est un spectacle imparfait - et c’est précisément pour cela qu’il est si beau. Il trébuche parfois, se disperse, s’égare… mais ne ment jamais. Derrière la forme ludique, il parle d’un amour pur, profond, unique. Un amour qui survit à la perte, à la peur, au temps. Un théâtre du lien, du vivant, de la fragilité assumée. Un théâtre qui ose rire pour ne pas sombrer. Un théâtre qui, longtemps après, continue de vibrer en nous. ⸻ Infos pratiques PARADOXE Création et interprétation : Florence Janas & Guillaume Vincent Dramaturgie Marion Stoufflet • Scénographie Daniel Jeanneteau & Guillaume Vincent • Son Yoann Blanchard • Lumière Sébastien Michaud • Costumes Fanny Brouste Crédit photo © Gwendal Le Flem T2G Théâtre de Gennevilliers Du 15 au 26 janvier 2026 • Durée : 1h20

  • LES FEMMES SAVANTES - Emma Dante fait tomber Molière du ciel

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART - Un Molière “contaminant” : la troupe arrive en jeans, les vers prennent possession des corps, et l’époque moliéresque surgit comme une fièvre joyeuse. Grotesque, précis, furieusement vivant. ⸻ Et si on regardait Molière à l’envers ? Et si, plutôt que de “moderniser” un classique, on faisait le trajet inverse : arriver dans le classique. C’est le geste d’Emma Dante : une plongée, une chute - presque littérale - vers Molière. On ne part pas d’un XVIIe poussiéreux pour le rendre fréquentable ; on part de nous, de notre présent, de nos gestes contemporains… et le théâtre, petit à petit, nous contamine. Des sacs tombent des cintres. Des robes apparaissent. Des perruques surgissent. Des malles s’ouvrent comme des chambres d’éternité. Et, dans ce grand basculement, la comédie ne devient pas musée : elle devient moteur. ⸻ Une maison-ventre, une maison-prison : le décor comme piège poétique Emma Dante parle d’un “ventre théâtral”, d’un dedans maternel, d’une maison qui conserve les personnages - et l’on sent cette idée à chaque minute. La scénographie (et les costumes) signés Vanessa Sannino n’illustrent pas : ils racontent. Au début, l’espace respire. Puis il se resserre, se ferme, se rétrécit, comme si la famille se construisait elle-même son propre cachot. Les panneaux bougent, le salon s’impose, la beauté se fait contrainte : plus c’est élégant, plus ça enferme. Et c’est là que le spectacle est particulièrement puissant : la forme devient le fond. Cette maison bourgeoise est superbe - et c’est précisément pour ça qu’elle fait peur. ⸻ Les costumes : la pensée en tissu, l’émancipation en corset Ici, le costume n’est pas une finition : c’est un drame. On assiste à un phénomène rare : les costumes s’accordent “comme jamais” avec le jeu, et l’on a vraiment la sensation que l’étoffe déclenche une mécanique intérieure. Les actrices, d’abord contemporaines, endossent peu à peu des strates d’époque, comme si elles entraient en lutte dans la langue et dans la matière. Emma Dante le dit : pour entrer en relation avec “l’ennemi” patriarcal, il faut le connaître intimement - et donc revêtir ses habits. C’est vertigineux : l’émancipation passe par une appropriation, presque une infiltration. La liberté avance… en se corsetant. ⸻ Grotesque, dérision, folie : la comédie comme arme de précision Dante refuse la leçon, le slogan, la thèse. Tant mieux. Ici, le féminisme n’est pas une bannière : c’est une tension permanente. Les Femmes savantes ne “gagnent” pas contre les hommes : elles déplacent le terrain, fissurent la maison, grippent les rouages. Et surtout, on rit. Beaucoup. Mais ce n’est pas le rire décoratif du boulevard : c’est le rire nécessaire, celui qui sauve du sérieux mortifère. Tout le monde est grotesque. Tout le monde est drôle. Tout le monde est un peu ridicule - et c’est justement ce qui rend l’ensemble humain au lieu d’être démonstratif. La grande réussite, c’est cette alliance : folie + intelligence. Un décalage qui n’écrase jamais la pièce, mais l’ouvre, la rend poreuse, étonnamment proche. ⸻ Trissotin “prince”, Chrysale bourgeois, Philaminte puissance : la troupe en état de grâce Le casting Comédie-Française est ici une machine de guerre, au sens noble : précision, musicalité, virtuosité d’ensemble. On sent un plaisir collectif - et ça compte, car cette famille dysfonctionnelle doit ressembler à une meute. • Trissotin n’est pas un clown : il est “prince”, élégant, désirable - donc dangereux. C’est bien plus troublant : la fascination devient crédible, et le poison plus fin. • Chrysale porte une bourgeoisie qui se croit “raisonnable” mais tremble dès qu’on bouge un meuble : son monologue contre la littérature devient un point névralgique, presque une scène politique. • Philaminte et Armande avancent comme des forces : non pas caricatures, mais puissances contradictoires, parfois touchantes, parfois terribles, toujours vivantes. Et au milieu, Henriette : celle qui voudrait simplement aimer - et se retrouve prise dans une guerre domestique où le langage, la culture, le mariage et le pouvoir se disputent son corps. ⸻ Quand Molière se traduit dans le présent : actuel, proche, moderne C’est sans doute l’effet le plus frappant : Molière n’est pas “actualisé”, il est révélé. Par un court-circuit permanent (jeans/vers, téléphones/alexandrins, pop/poésie), le spectacle fabrique une évidence : ce texte n’a pas vieilli, il a patienté. On entend la lutte féministe sans l’annoncer. On entend la violence du foyer sans la souligner. On entend la guerre culturelle sans la transformer en conférence. Et tout cela arrive avec une énergie truculente, physique, burlesque, comme si la langue retrouvait son usage premier : agir. ⸻ 🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART Emma Dante signe un Molière qui ne s’explique pas : il s’empare. Un théâtre de la contagion, où l’époque moliéresque descend du plafond, où les malles crachent des fantômes, où les costumes pensent, où le rire ouvre la gorge et l’esprit. Un spectacle de troupe, de matière, de mouvement - drôle, dérisoire, génialement décalé, et, surtout : vivant. ⸻ INFOS PRATIQUES Les Femmes savantes - Molière Mise en scène : Emma Dante Avec la troupe de la Comédie-Française Crédit photo @Christophe Raynaud de Lage Théâtre du Rond-Point Du 14 janvier au 1er mars 2026 • mer-sam 20h30 ; dim 15h (jeudi 15 janvier à 19h30) 🎬 Au cinéma en direct : 1er mars 2026 à 15h (Pathé Live, +200 salles)

  • LA FIN DU COURAGE - Philosophie en pleine lumière, théâtre à mains nues

    🅵🅵🅵 FOUD’ART - Un pari audacieux, porté par des duos d’actrices électrisants (Adjani/Calamy en tête) et de magnifiques éclats de pensée… malgré un enrobage parfois trop “plateau télé”, qui simplifie ce que le texte a de plus vertigineux. ⸻ Tenir, sourire, se tenir prêt Comment faire entrer un essai philosophique - dense, exigeant, parfois aride - dans la chambre d’écho du théâtre ? Rien que la question demande… du courage. Et c’est déjà la première réussite de La Fin du courage : oser le geste. Oser croire que la philosophie peut quitter la page, devenir souffle, présence, friction, rythme. Librement inspirée de l’essai de Cynthia Fleury (Fayard, 2010), cette lecture mise en scène par Jacques Vincey prend la forme d’un dialogue entre deux figures : l’auteure et la journaliste. Deux manières d’habiter le monde, deux façons de « faire œuvre », deux stratégies pour ne pas chuter. Et surtout, une idée qui revient comme un refrain grave : il n’y a pas de courage politique sans courage moral. ⸻ Le coup de génie : des duos féminins inattendus L’autre grand courage du projet, c’est son casting en constellation : six duos d’actrices se relaient, et le spectacle devient une expérience à variations, presque une série de traductions sensibles d’un même texte. Et puis il y a LE duo : Isabelle Adjani et Laure Calamy. Deux trajectoires qu’on n’aurait jamais imaginées sur la même affiche, tant leurs présences semblent venir de mondes opposés. • Adjani, énigmatique, lointaine et pourtant brûlante, avec cette manière unique d’ouvrir l’espace dès qu’elle parle. • Calamy, populaire au sens noble, proche, terriblement vivante, immédiate - comme si elle venait s’asseoir à côté de nous. La rencontre est explosive : complémentarité, frottement, aimantation. Et c’est là que la philosophie prend : quand le texte devient ping-pong, quand les idées se lancent comme des balles qu’on rattrape au vol, avec humour, agacement, tendresse, exaspération parfois. Le courage se met à circuler. Il n’est plus une définition : il devient une énergie. ⸻ Une entrée sans filet : la grâce du texte à mains nues Il y a un moment particulièrement fort : le début, quand, sans filet, Adjani parle du courage sans décor, uniquement portée par la voix, la sensibilité, la présence. Là, on comprend le projet : faire entendre une pensée à hauteur d’être humain. Dans ces instants, La Fin du courage est du théâtre pur : une parole qui ne « joue » pas à être profonde, mais qui cherche, qui se risque, qui s’expose. On sent ce que le spectacle veut provoquer : pas une leçon, mais une mise en mouvement intime. ⸻ Le point de friction : un dispositif “émission culturelle” un peu facile C’est aussi là que le spectacle se fragilise : pour rendre la philosophie « accessible », la pièce installe une situation d’interview et d’enregistrement d’émission culturelle, avec la voix off d’un rédacteur en chef et des commentaires volontairement simplistes. L’idée, on la comprend : la journaliste devient le miroir du spectateur, celle qui pose les questions « à notre place ». Mais l’enrobage peut donner une impression de mise en scène un peu bas de gamme, comme si l’œuvre craignait, par moments, d’aller au bout de sa complexité. Comme si elle prenait peur de « repousser » le public. Résultat : des passages magnifiques, puissants, ciselés… et, autour, une mécanique qui, parfois, simplifie trop, explique trop, au lieu de laisser la pensée faire son vertige. ⸻ Ce que ça réussit malgré tout : transformer la pensée en expérience Malgré ces réserves, le pari tient - et c’est le mot. Parce que, quand la langue de Fleury affleure à nu, elle touche juste. Parce que les duos apportent une pluralité de regards (et c’est précisément le sujet : le courage se fabrique dans le collectif). Parce que le théâtre, même en lecture, a ce pouvoir rare : rendre les idées respirables. On sort avec une sensation paradoxale : • un spectacle parfois trop « pédagogique » dans sa forme, • mais traversé par de vrais éclats, et porté par une proposition de théâtre citoyen : penser autrement pour vivre autrement. ⸻ 🅵🅵🅵 FOUD’ART La Fin du courage est un pari fou - et largement réussi grâce à la beauté du texte et à l’intelligence des duos, capables de faire vibrer une pensée ardue comme une partition vivante. On regrette simplement que le dispositif « plateau télé » choisisse parfois la voie du facile, comme si la philosophie devait s’excuser d’être exigeante. Mais quand ça prend… ça prend fort. Et ça rappelle que « tenir » est peut-être, aujourd’hui, un acte artistique et politique. ⸻ Infos pratiques LA FIN DU COURAGE Librement inspiré de l’essai de Cynthia Fleury (Fayard, 2010) Mise en scène : Jacques Vincey Duos : • Isabelle Adjani / Laure Calamy : 17 → 25 janvier 2026 • Emmanuelle Béart / Sarah Suco : 28 janvier → 1er février 2026 • Emmanuelle Béart / Sophie Guillemin : 3 → 8 février 2026 • Isabelle Carré / Sophie Guillemin : 11 → 22 février 2026 • Lubna Azabal / Sophie Guillemin : 25 → 27 février 2026 + exceptionnelles le 7 mars • Lubna Azabal / Rosa Bursztein : 28 février → 8 mars 2026 Avec : Louis Pencréac’h , et l’aimable participation d’ Alexandre Vizorek Collaboration artistique : Victoria Sitjà • Lumière : Dominique Bruguière (assistant : Pierre Gaillardot )•Scénographie et costumes : Lucie Mazières (costumes dessinés par Alexandre Mattiussi pour Ami Paris ) • Collaboration dramaturgique : Valérie Six avec Arnaud Duprat de Montero Théâtre de l’Atelier Du 17 janvier au 8 mars 2026

  • EN ATTENDANT BOJANGLES - La fête au bord du gouffre

    🅵🅵 FOUD’ART - Un tourbillon tendre et romanesque, porté par une actrice solaire… mais dont la légèreté finit parfois par lisser l’abîme ⸻ Une chanson comme sortilège Tout commence comme un sort. Un couple danse, encore et encore, sur Mr. Bojangles de Nina Simone. Sous le regard émerveillé de leur fils, la vie devient un bal permanent : amis, fantaisie, plaisir, élégance de l’instant. Chez eux, on refuse les contraintes comme on repousse la gravité. La mère, feu follet imprévisible, mène la danse ; le père suit, organise, protège, arrange le monde pour que la fête ne s’interrompe jamais. Et puis, un jour, elle va trop loin. La musique reste, mais quelque chose se fend. Père et fils s’accrochent à la magie, « coûte que coûte », comme si l’amour pouvait négocier avec l’inéluctable. ⸻ Du roman au plateau : une adaptation rusée… mais très narrée Adapter un roman qui embrasse toute une vie est un exercice à haut risque : on coupe, on condense, on trahit forcément un peu. Ici, Victoire Berger-Perrin fait un choix clair : confier le récit au père et au fils, en alternant les points de vue autour de cette femme-météore. Le dispositif est efficace pour traverser le temps, sauter d’un souvenir à l’autre, préserver l’esprit de conte du livre. Mais ce parti pris a un revers : la dimension très narrative finit par alourdir le rythme à certains endroits. Le spectacle est effervescent, oui - mais il respire pleinement lorsqu’il cesse de raconter pour laisser les scènes exister. Là, les dialogues deviennent savoureux, la matière théâtrale s’épaissit, et l’histoire quitte le récit pour devenir présence. ⸻ L’ivresse, le romantisme… et le malaise qui affleure Le pari le plus délicat de Bojangles tient à sa tonalité : aborder un sujet profondément sombre par la légèreté, la poésie, le romantisme. Le spectacle assume la beauté du vertige, la contagion de la joie, la séduction d’une vie vécue « à contre-normalité ». Et pourtant, à force de danser au-dessus du vide, quelque chose grince. Non pas parce que le spectacle serait maladroit - mais parce qu’il flirte longtemps avec l’idée que l’enchantement pourrait suffire à tout expliquer. Le trouble est là : lorsque la fête recouvre l’angoisse, la scène éclaire-t-elle vraiment… ou enjolive-t-elle ? C’est précisément ici que En attendant Bojangles manque parfois de profondeur dans le malheur. Beaucoup de tendresse, de poésie, une mélancolie diffuse - mais l’abîme demeure trop poli, trop « joli » pour mordre pleinement. ⸻ Un trio attachant… et une actrice qui capte toute la lumière La réussite la plus immédiate tient aux interprètes. Les comédiens sont profondément attachants, et le lien familial se ressent dans les regards, les élans, les tentatives désespérées de retenir ce qui échappe. Et surtout, Tania Garbarski emporte tout sur son passage. Elle est le cœur battant du spectacle - radieuse, insaisissable, dangereusement vivante. On comprend pourquoi tout s’organise autour d’elle, pourquoi le père et le fils en viennent à croire qu’aimer, c’est tenir le monde à bout de bras. ⸻ 🅵🅵 FOUD’ART - Ce qui reste en sortant On sort avec une chanson dans la tête, une valse dans le corps, et cette question un peu brutale : jusqu’où peut-on romantiser la folie sans en perdre la nuit ? En attendant Bojangles touche souvent juste - par sa douceur, sa sensualité, son sens du romanesque. Mais son dispositif très narratif et son goût de l’enchantement maintiennent parfois l’obscurité à distance. Une belle danse, oui. Une danse qui tremble. Mais qui n’ose pas toujours regarder le gouffre en face. ⸻ Infos pratiques En attendant Bojangles D’après le roman d’Olivier Bourdeaut Adaptation & mise en scène : Victoire Berger-Perrin (assistée de Cachou Kirsch) Avec : Charlie Dupont, Tania Garbarski, et en alternance Jérémie Petrus / Victor Boulenger Décors : Caroline Mexme • Lumière : Laurent Kaye • Costumes : Chandra Vellut • Chorégraphie : Céline Bon • Musique : Pierre-Antoine Durand Photos : © Gaël Maleux THÉÂTRE DE L’ŒUVRE Du 8 janvier au 7 mars 2026 • jeudi au samedi à 19h • Durée : 1h20

  • MON JOUR DE CHANCE - Un petit jeu… presque sans conséquence

    🅵🅵🅵 FOUD’ART - Une mécanique comique redoutable, portée par une nouvelle troupe vive et jubilatoire ⸻ Quand le hasard s’invite à la table des regrets Après un an et demi de succès ininterrompu, Mon Jour de chance revient avec un nouveau casting, frais, affûté, et manifestement prêt à en découdre avec le destin. La promesse est simple - et diablement efficace : et si, pour une fois, on pouvait rejouer les dés de sa propre vie ? Sébastien retrouve des amis d’enfance le temps d’un week-end à la campagne. Autrefois, ils laissaient le hasard décider pour eux, lançant un dé pour choisir une drague, une soirée… peut-être un avenir. Sébastien, lui, se souvient d’un lancer précis : ce soir-là, il a fait un quatre. S’il avait fait un six, sa vie aurait été plus belle. Il en est persuadé. Et si le destin lui offrait une seconde partie ? ⸻ Une comédie du possible (et de l’impossible) Écrite par Patrick Haudecoeur et Gérald Sibleyras, la pièce s’inscrit dans la grande tradition de la comédie de situation intelligente : celle qui fait rire tout en laissant affleurer une angoisse existentielle diffuse. Le dispositif, fondé principalement sur le comique de répétition, est classique, limpide - et donc risqué. Mais c’est précisément là que réside la force du texte : la mécanique est d’une précision horlogère. Chaque lancer de dé fracture le temps, rebat les cartes, redistribue les rôles, tandis que Sébastien demeure inchangé, simple spectateur de ce qu’aurait pu être sa vie. Si le procédé de la boucle temporelle n’est pas nouveau, ici tout passe par le théâtre à l’état pur, mis en scène avec une efficacité redoutable par José Paul : rythme, ruptures, entrées et sorties millimétrées. Le rythme ne faiblit jamais. Les vannes sont placées avec une science du tempo remarquable, et les silences - rares - tombent toujours juste. On rit beaucoup, vraiment beaucoup, mais jamais au détriment de la clarté narrative. ⸻ Une nouvelle distribution qui fait mouche L’enjeu majeur de cette reprise était clair : faire oublier une distribution initiale très aimée, sans chercher à la copier. Pari réussi. Avec Marc Citti, Lysiane Meis, Benjamin Egner, Agnès Miguras et Sébastien Pierre, la pièce gagne une énergie neuve, portée par un jeu collectif enthousiaste, précis, sans cabotinage. La troupe fonctionne comme un véritable ensemble choral : personne ne cherche à tirer la couverture à soi, et c’est précisément ce qui rend la partition si savoureuse. Les personnages sont nets, incarnés, nourris de petites ruptures, de colères, d’ébahissements et de tendresses très humaines. On sent le plaisir de jouer - et il est contagieux. ⸻ Une comédie qui ne se contente pas de faire rire Ce qui fait la véritable réussite de Mon Jour de chance , c’est qu’elle ne repose pas uniquement sur son concept. Derrière la mécanique comique se dessine une réflexion douce-amère : était-ce vraiment « mieux avant » ? Le hasard s’est-il trompé… ou nous protège-t-il parfois de nous-mêmes ? Sans jamais alourdir le propos, Haudecoeur et Sibleyras esquissent une exploration sensible des regrets, de l’envie, de la comparaison sociale. On rit, mais on se reconnaît aussi - dans ces petites frustrations, ces fantasmes de vies parallèles que l’on nourrit en silence. ⸻ 🅵🅵🅵 FOUD’ART - La combinaison gagnante Sur le papier, tout était déjà réuni pour convaincre. Sur scène, le plaisir est bien réel. Mon Jour de chance est une comédie truculente, mordante et redoutablement efficace, portée par un texte malin et une troupe aussi drôle qu’attachante. Une idée classique, certes - mais exploitée avec une vraie malice théâtrale. Un spectacle tendre, drôle, parfois émouvant, qui fait déjà salle comble pour de bonnes raisons. Un petit jeu, peut-être… mais aux conséquences redoutables pour nos zygomatiques. ⸻ Infos pratiques Mon Jour de chance Une pièce de Patrick Haudecoeur & Gérald Sibleyras Mise en scène José Paul (assisté de Guillaume Rubeaud) Avec Marc Citti, Lysiane Meis, Benjamin Egner, Agnès Miguras, Sébastien Pierre Décors Édouard Laug • Costumes Ana Belen Palacios Avila • Lumière Laurent Béal • Musique Michel Winogradoff • Vidéo Sébastien Mizermont • Accessoires Betty Lemoine Théâtre Fontaine Depuis le 2 janvier 2026 Du mardi au samedi à 21h • Samedi à 16h30 • Dimanche à 16h • Durée 1h30

  • LES PETITES FILLES MODERNES

    🅵🅵🅵 FOUD’ART — Un conte adolescent aux images sidérantes, entre émerveillement et manque de chair Deux jeunes filles scellent un pacte d’amitié si absolu qu’il défie les lois du réel et l’autorité des adultes. Avec Les Petites Filles modernes , Joël Pommerat convoque pleinement le fantastique pour interroger l’amour, l’amitié et notre besoin vital de lien. Un spectacle d’une puissance visuelle indéniable, qui fascine autant qu’il interroge ses propres limites dramaturgiques. ⸻ Un basculement assumé vers le merveilleux Longtemps, Pommerat a pris plaisir à fissurer le conte, à en révéler les zones d’ombre et les peurs enfouies ( Cendrillon , Contes et légendes ). Ici, le geste est différent. Le merveilleux n’est plus déconstruit : il est embrassé, revendiqué, utilisé comme un rempart. Face à un monde adulte normatif, séparateur et même absent, Jade et Marjorie opposent les forces mystérieuses de l’enfance. Leur amitié devient une puissance agissante, presque magique, capable de dépasser les frontières du corps, du temps et de l’espace. ⸻ Un théâtre-roman en clair-obscur Pommerat imagine un « théâtre-roman » où les événements se racontent en même temps qu’ils se vivent. Le plateau, volontairement dépouillé, se peuple de noirs, de silences, d’apparitions furtives. Les vidéos de Renaud Rubiano, la scénographie et les lumières d’Éric Soyer, et la création sonore de Philippe Perrin et Antoine Bourgain composent un univers hypnotique, presque mental. Des voix surgissent sans corps, des images apparaissent puis disparaissent comme des éclats de rêve. Le spectateur est invité à une traversée sensorielle dense, où réel et imaginaire se contaminent. L’ensemble est d’une maîtrise technique impressionnante, fidèle à l’esthétique clair-obscur qui fait la signature du metteur en scène. ⸻ Adolescence, lien et interdits Au cœur du spectacle, il y a l’adolescence : ses élans, ses peurs, ses fantasmes, son besoin vital d’absolu. L’amitié entre Jade et Marjorie est posée comme un lien sacré, presque politique, qui vient bousculer l’ordre établi. Pommerat met en miroir plusieurs mondes : celui des adolescents et celui des adultes, celui du réel et celui du fantastique, mais aussi un univers lointain et allégorique où deux êtres sont punis pour avoir commis un crime impardonnable… s’aimer. Une métaphore limpide de l’interdit et de la violence normative. ⸻ Une fascination visuelle… au détriment de la profondeur émotionnelle C’est ici que le spectacle laisse une impression plus ambivalente. Visuellement, Les Petites Filles modernes est une réussite éclatante. Les projections vidéo sont bluffantes, inventives, d’une grande poésie plastique. Chaque tableau semble pensé comme une image mentale, un fragment de cauchemar ou de rêve éveillé. Mais à force de privilégier l’atmosphère et la sensation, la pièce peine parfois à creuser la chair des relations humaines. L’amitié entre les deux héroïnes, pourtant au centre du propos, reste souvent à l’état de principe plus que d’expérience vécue. Le récit, fragmenté, non linéaire, entretient une forme d’opacité qui peut tenir à distance l’émotion, là où l’on attendrait davantage de trouble, de contradictions, de complexité affective. ⸻ Un geste fort, mais inégal Chaque nouvelle création de Joël Pommerat est un événement, et Les Petites Filles modernes ne fait pas exception. Le spectacle impressionne par son ambition esthétique, sa cohérence formelle, et sa capacité à créer un monde. Mais derrière la beauté des images et la puissance du dispositif, subsiste une légère frustration : celle d’un conte adolescent qui effleure ses enjeux plus qu’il ne les traverse pleinement. Un spectacle à voir pour sa force visuelle et son atmosphère envoûtante, mais qui laisse en suspens une question essentielle : jusqu’où le merveilleux peut-il remplacer la profondeur du lien humain ? ⸻ Infos pratiques LES PETITES FILLES MODERNES Création théâtrale Joël Pommerat Avec Éric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias Et les voix de David Charier, Delfine Huot, Roxane Isnard, Pierre Sorais, Faustine Zanardo Scénographie et lumière Éric Soyer • Création vidéo Renaud Rubiano • Création sonore Philippe Perrin, Antoine Bourgain • Musique originale Antonin Leymarie • Costumes Isabelle Deffin • Perruques Julie Poulain Théâtre Nanterre-Amandiers 18 décembre 2025 - 24 janvier 2026 • Du lundi au vendredi 19h30 (18h30 pendant les vacances scolaires) • samedi 18h30 • dimanche 15h30 • Durée 1h20

  • DÉBANDADE - Quand la masculinité se met en mouvement

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART - Une danse joyeusement politique qui fissure le patriarcat à coups de récits, de corps et d’humour ⸻ Sept hommes sur scène, sept façons d’être au monde Avec Débandade , Olivia Grandville orchestre une traversée aussi festive que nécessaire au cœur des masculinités contemporaines. Sept interprètes, tous trentenaires, aux parcours artistiques et culturels multiples, se tiennent sur le plateau comme on se tiendrait dans un cercle de parole — sauf qu’ici, les mots passent aussi par le corps, la danse, la chanson. Le titre annonce la couleur : Débandade , comme un mouvement de fuite, de désordre, mais aussi comme un lâcher-prise salutaire. Il ne s’agit pas de proposer un modèle alternatif clé en main, encore moins une leçon de morale. Grandville préfère le collage, la polyphonie, le frottement des récits intimes avec l’histoire collective. Comment devient-on un homme ? Qu’a-t-on reçu, hérité, subi ? Et que fait-on, aujourd’hui, de ce legs patriarcal qui vacille sans toujours savoir comment s’effondrer ? ⸻ L’unité, peut-être pas ; l’harmonie, assurément À la croisée de la danse contemporaine, du théâtre chorégraphié, de la comédie musicale et du stand-up, Débandade assume pleinement son caractère protéiforme. Les séquences s’enchaînent sans chercher l’unité à tout prix : solos dansés, chœurs explosifs, chansons populaires, confidences presque documentaires, adresses directes au public. Ce foisonnement n’est pas un effet de style gratuit. Il épouse au contraire la complexité du sujet : la masculinité n’est ni monolithique ni stable. Elle est traversée de contradictions, de doutes, d’élans contraires. Le plateau devient alors un espace de circulation permanente entre force et fragilité, dérision et gravité, exhibition et pudeur. La vidéo, utilisée comme un espace de confession ou de mise à distance, dialogue avec une scénographie sobre qui laisse toute la place aux corps. Ici, le mouvement fait dramaturgie. Les gestes racontent autant que les mots. ⸻ Olivia Grandville, l’art de l’indiscipline On retrouve dans Débandade tout ce qui fait la singularité d’Olivia Grandville : une écriture inclassable, nourrie d’une histoire dense de la danse — de l’Opéra de Paris à Dominique Bagouet — mais toujours prête à se contaminer d’autres langages. Chez elle, le texte n’est jamais décoratif : la parole surgit comme un acte chorégraphique à part entière. Depuis plusieurs années, la chorégraphe explore des formes collectives et politiques, traversées par la littérature et le réel. Débandade s’inscrit dans cette continuité, tout en prenant une tonalité particulièrement joyeuse. On sent le plaisir du groupe, l’intelligence du partage, le refus de figer les identités. ⸻ Une pièce en équilibre La grande force de Débandade réside dans son équilibre délicat : drôle sans être cynique, politique sans être démonstratif, émouvant sans jamais forcer l’empathie. On rit souvent, on est touché parfois, on se reconnaît par moments — quel que soit son genre. Car si la pièce parle des hommes, elle parle surtout de rapports, de constructions sociales, de regards croisés. Elle propose une vision de l’homme plus poreuse, plus douce aussi, sans renier l’énergie, la puissance, le désir. Oui, le rythme peut sembler volontairement éclaté, presque foutraque. Mais cette dispersion apparente fait sens : elle empêche toute lecture univoque, toute conclusion confortable. ⸻ 🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART — Quand la danse se mêle aux récits, Débandade ouvre un espace rare. Sept hommes, sept masculinités, toutes différentes, racontent leur parcours avec une sincérité désarmante. On voit l’homme dans ce qu’il a de plus juste, de plus vrai : sa force autant que sa sensibilité, son énergie comme sa douceur. Et si Débandade n’abat pas le patriarcat, elle le fait au moins vaciller. Elle l’ébranle avec joie, intelligence et générosité. Un spectacle drôle, festif, émouvant , d’une créativité contagieuse, qui laisse derrière lui une sensation précieuse : celle d’un monde un peu plus respirable. ⸻ Infos pratiques Débandade Conception et chorégraphie Olivia Grandville Avec Habib Ben Tanfous, Jordan Deschamps, Martín Gil, Adriano Coletta, Matthieu Patarozzi, Matthieu Sinault, Eric Windmi Nebie, Antoine Bellanger Création sonore Jonathan Kingsley Seilman • Création vidéo et regard extérieur César Vayssié • Création lumière Titouan Geoffroy et Yves Godin • Scénographie James Brandily • Costumes : Marion Régnier Crédit photo © Marc Domage Théâtre du Rond-Point 17 → 20 décembre 2025 • Du mercredi au vendredi 19h30 • Samedi 18h30 Durée 1h30 En tournée 11 décembre 2025 — Le Carreau, Scène nationale de Forbach 19 & 20 mars 2026 — Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

  • BIGRE – Burlesque muet, fou rire garanti sous les toits de Paris

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Une tornade de gags, de poésie et de solitude joyeusement déglinguée ⸻ Un phénomène burlesque qui revient hanter Paris Avant Les Gros patinent bien , il y a eu BIGRE . Créé en 2014, auréolé du Molière de la comédie 2017 et joué dans plus de 150 villes, le spectacle de Pierre Guillois (coécrit avec Agathe L’Huillier et Olivier Martin-Salvan) est devenu un objet théâtral non identifié… et pleinement culte. De retour cet automne au Théâtre de l’Atelier, il n’a rien perdu de son énergie tellurique : les zygomatiques trinquent, l’émotion affleure. ⸻ Trois chambres de bonnes, un désastre parfaitement organisé Le principe est simple à formuler, renversant à observer : trois minuscules chambres de bonnes alignées sous les toits. Dans cette maison de poupée bancale vivent : – un geek massif, passionné d’électronique, installé dans une cellule blanche aseptisée ; – un grand maigre lunaire, écolo-bricolo noyé dans son capharnaüm récup’ ; – une blonde pulpeuse, apprentie en tout et experte en rien, qui vient bousculer leurs solitudes. On croit voir poindre une comédie romantique ; surgit plutôt un ballet de catastrophes. Fuites, tempêtes, incendies, lapin hystérique, hamac rebelle, toilettes en avant-scène : tout devient prétexte à un chaos jubilatoire où la logique abdique et où la folie douce règne en maîtresse. ⸻ Un spectacle sans paroles, mais un langage qui crépite Le pari de Pierre Guillois est radical : ôter les mots pour réinventer le récit. Pas de dialogues, pas de tirades : BIGRE est quasi muet. Mais le silence est saturé de vie : bruitages artisanaux, musiques décalées, borborygmes, pets intempestifs, perceuse rageuse, karaoké en perdition… Cette contrainte engendre un langage corporel d’une précision redoutable, une dramaturgie menée par les objets, les gestes, les trajectoires, comme un retour au cinéma muet à la manière de Jacques Tati, passé au filtre de la scène contemporaine. Jamais l’absence de texte ne se fait sentir : tout se comprend, et tout se raconte. ⸻ Rire au bord des larmes Si BIGRE dépasse le simple feu d’artifice burlesque, c’est grâce à sa double tonalité. D’un côté, un rire franc, parfois très “pipi-caca”, qui fait réellement exploser la salle. De l’autre, une mélancolie diffuse : celle de trois clowns modernes qui se débattent dans un monde où il devient de plus en plus difficile de trouver sa place. Ils ratent tout, absolument tout. Ils trébuchent sur le quotidien, se cognent à leurs rêves, manquent leurs chances, sabotent sans le vouloir les rares instants de grâce. D’un gag inventif naît un silence poignant ; la solitude affleure, nue, fragile. Le ridicule flirte avec la tendresse. Et c’est dans ce vertige que le spectacle touche à l’essentiel : la simple difficulté d’exister . ⸻ Un burlesque contemporain, intensément vivant Cette folie n’a rien de gratuite : elle observe avec acuité la solitude urbaine, la cohabitation forcée, le bricolage permanent de nos vies. La scénographie, véritable maison de poupée en état d’urgence, est une prouesse. Machinerie apparente, murs qui tremblent, eau qui déborde, incendies maîtrisés : un Grand-Guignol poétique où l’absurde tutoie le sublime. ⸻ Une troupe au sommet du jeu physique Quelle que soit la distribution en alternance, la troupe fonctionne comme une mini-compagnie burlesque parfaitement réglée. Virtuosité corporelle, précision millimétrée, sens implacable du tempo : chaque geste fuse, chaque raté devient un petit miracle de mécanique comique, chaque regard ouvre une brèche d’émotion. ⸻ 🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Un mélo burlesque irrésistible, entre fou rire et solitude sous les toits Dans cette reprise à l’Atelier, BIGRE confirme son statut de spectacle vraiment à part : • un rire franc, parfois enfantin, nourri d’un univers visuel qui flirte avec le cartoon déglingué ; • une mise en scène d’une densité jubilatoire, véritable ruche dramaturgique ; • trois “bras cassés” bouleversants, bricolant leur dignité à coups de seaux, de lapins et de karaokés ratés. L’humour, volontiers scatologique, peut diviser. Mais la poésie, la sincérité et la précision du travail finissent toujours par triompher. Dans l’intimité chaleureuse de l’Atelier, BIGRE s’impose plus que jamais comme un bijou du burlesque contemporain, un classique déjà culte à (re)découvrir d’urgence. ⸻ Infos pratiques BIGRE Un spectacle de Pierre Guillois Coécrit avec Agathe L’Huillier et Olivier Martin-Salvan Avec en alternance Pierre Guillois ou Bruno Fleury Agathe L'Huillier ou Éléonore Auzou-Connes ou Anne Cressent, Jonathan Pinto-Rocha ou Olivier Martin-Salvan ou Pierre Delage Costumes Axel Aust • Décor Laura Léonard • Lumières Marie-Hélène Pinon et David Carreira • Coiffures / maquillage Catherine Saint-Sever • Son Roland Auffret, Loic Le Cadre • Effets spéciaux Abdul Alafrez, Ludovic Perché, Judith Dubois, Guillaume Junot Crédits photo © Fabienne Rappeneau ou © Frédéric Alber Théâtre de l’Atelier 📅 Du 5 novembre au 4 janvier • Du mercredi au samedi à 21h. Le dimanche à 16h.• Durée 1h25 • Tout public, à partir de 8 ans

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