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  • Le Mois Molière 2025 : un festival vivant, populaire et inspiré

    Théâtre dans les rues, opéra sous les étoiles, tragédies modernes et comédies burlesques… En juin, Versailles devient une scène à ciel ouvert. Le Mois Molière 2025 affirme avec éclat que le théâtre est plus que jamais un art du présent, de la rencontre et du partage. Un mois de théâtre, de musique et de liberté Depuis 29 ans, le Mois Molière transforme Versailles en capitale du spectacle vivant. Dans plus de 60 lieux — places, jardins, cours, chapelles —, ce sont plus de 300 représentations qui s’enchaînent tout au long du mois de juin. La plupart gratuites ou à très bas prix, elles rassemblent grands classiques, créations contemporaines, opéras déjantés, cabarets rock et récits intimes. François de Mazières, maire et fondateur du festival, y voit une réponse joyeuse à un monde inquiet : « Dans cette période tendue, il faut plus que jamais défendre la création, la parole, la pensée. » Des récits d’aujourd’hui dans les mots d’hier Si Molière plane bien sûr sur l’ensemble de la programmation, il partage l’affiche avec Pascal, Dostoïevski, Maupassant, Sansal ou Matéi Visniec. Le Mois Molière 2025 frappe par l’intelligence de ses croisements : • Les Dactylos , comédie sociale et romantique dans un bureau new-yorkais en 1964, mêle humour mordant et mélancolie douce. • Les Nuits Blanches , d’après Dostoïevski, déploie une poésie tendre et drôle, dans une mise en scène délicate à deux voix et un piano. • Le Village de l’Allemand , adapté du roman de Boualem Sansal, interroge la mémoire et l’héritage familial avec la force d’une tragédie moderne. • Monsieur Jean ou l’homme poubelle , de Visniec, dissèque l’absurde avec une jubilation noire et limpide. Un théâtre festif et grand public, sans rien céder à l’exigence Le Mois Molière est aussi un terrain de jeu joyeux. On y croise : • des opéras devenus sitcoms ( La Belle Hélène et les garçons ), • des tragédies grecques transformées en cabaret burlesque ( Cabaret Mythique ), • des monologues d’archives littéraires ( Un cœur simple , Camus/Sartre : miroir d’enfances ), • et même des seuls-en-scène épiques ( Ruy Blas, la folie des grandeurs ). L’esprit de troupe y est fort, le travail scénique soigné, et la volonté de partage omniprésente. Versailles x Avignon : l’alliance des festivals En parallèle de sa présence au théâtre Le Petit Carmel, le Mois Molière s’invite cette année au mythique Petit Louvre , en plein cœur du Festival OFF d’Avignon. Une trentaine de spectacles feront ainsi le pont entre les deux villes, portés par la même philosophie : faire vivre un théâtre exigeant et accessible, pour tous les publics. Un pari réussi pour une utopie collective Avec cette édition 2025, le Mois Molière confirme qu’il est bien plus qu’un simple estival : un manifeste artistique , une fabrique de sens et une fête populaire . À Versailles, le théâtre n’est pas un privilège réservé aux initiés : il est à la portée de tous, partout, tout le temps. Infos pratiques Dates : 1er au 30 juin 2025 Lieux : 60 lieux dans toute la ville de Versailles (cours, places, jardins, théâtres) Tarifs : Entrée libre pour la majorité des spectacles, ou tarifs très accessibles Programme complet : moismoliere.com Versailles au Festival Off d’Avignon : du 5 au 26 juillet au Petit Louvre et au Carmel

  • Révolution pop et queer : Hortense Belhôte rallume la mèche

    Avec “Portraits de famille”, l’historienne performeuse exhume les oublié·e·s de 1789 dans un solo aussi érudit que jubilatoire. Et si nos ancêtres les Français·es étaient noir·es, trans, artistes ou enfants perdus ? Dans “Portraits de famille : les oublié·e·s de la Révolution française”, Hortense Belhôte signe un OVNI scénique qui mêle conférence, stand-up et karaoké politique. Le résultat : une relecture pop, queer et résolument joyeuse de l’Histoire officielle. Les Invisibles en haut de l’affiche Oubliez Robespierre et les grands hommes des manuels scolaires. Hortense Belhôte convoque une toute autre équipe de France : Jeanne du Barry réincarnée en Édith Piaf, Zamor, Thomas Alexandre Dumas éclipsé par la gloire de son fils…Tous et toutes trop noirs, trop féminins, trop atypiques pour le Panthéon – mais ici, pleinement vivants. Dans un Louvre revisité façon jeu vidéo, Belhôte ressuscite ces figures marginales avec tendresse, humour et flamboyance. Une généalogie queer, entre archives et autofiction Le point de départ ? L’arbre généalogique de la performeuse. “Une dynastie de nobodies sédentaires”, plaisante-t-elle. À partir de là, elle remonte les courants souterrains de nos héritages collectifs et personnels, entremêlant anecdotes familiales et récits oubliés de la Révolution. L’Histoire devient terrain de jeu, l’archive un escape game, la mémoire une enquête queer. Conférence spectaculaire, savoir en fête Debout, en mouvement, en images, Belhôte transforme la conférence en show. Son style : drôle, limpide, furieusement documenté. On pense à un croisement entre C’est pas sorcier , un cabaret féministe et une playlist révolutionnaire. Le savoir devient incarné, le passé se performe. Elle nous fait réfléchir sans lourdeur, rire sans cynisme. Réparer sans moralisme, relier sans simplifier Plutôt que de dénoncer, Belhôte tisse. Son casting de “raté·e·s magnifiques” nous invite à redéfinir ce qu’est un héros, une ancêtre, un récit national. Loin du prêchi-prêcha, son geste est tendre, drôle, critique et profondément politique. On ressort secoué·e, réjoui·e, un peu plus instruit·e – et avec une furieuse envie de hacker nos propres archives. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Un théâtre d’émancipation joyeuse Ni stand-up ni conférence, mais un peu tout ça à la fois, Portraits de famille s’affirme comme un objet scénique précieux. À la croisée des disciplines, Hortense Belhôte invente un nouvel art de la filiation désobéissante, qui réconcilie mémoire collective et récits personnels. Un spectacle rare, vivifiant, aussi engagé que festif. Infos pratiques Portraits de famille : les oublié·e·s de la Révolution française Conception, texte et performance Hortense Belhôte Chant et créations musicales Nabila Mekkid, Gérald Kurdian, Aitua Igeleke, Sébastien Richelieu, Anaïs Rosso, Mathieu Grenier et Celia Marissal, Mexianu Medenou Création vidéo Theodora Fragiadakis Crédit Photos © Fernanda Tafner THÉÂTRE DE L’ATELIER Du 30 avril au 18 juin • Les mercredis à 19h • Durée 1h • Conseillée à partir de 15 ans

  • « Que d’Espoir ! » : un cabaret queer et cruel sous les paillettes de Valérie Lesort

    Sur la scène du Théâtre de l’Atelier, Valérie Lesort orchestre un tourbillon burlesque à partir des cabarets d’Hanokh Levin. Entre satire sociale, transformisme outrancier et tendresse déformée, Que d’Espoir ! signe un théâtre joyeusement monstrueux où le rire naît du tragique. Une performance jubilatoire. Un miroir déformant de l’humanité Dans Que d’Espoir ! , il n’y a pas de récit linéaire. Plutôt une suite de tableaux, comme autant d’instantanés grinçants et absurdes de la vie humaine. Un homme se plaint qu’on ne le borde pas à l’hôtel. Une femme exhibe ses douleurs comme un trophée. Un couple s’enlise dans la médiocrité affective. Sous des airs de sketches, c’est notre condition qu’on ausculte - sans fard, mais avec panache. L’auteur israélien Hanokh Levin, maître de l’humour désespéré, tend à ses personnages une loupe qui les ridiculise autant qu’elle les rend touchants. Ce théâtre de l’absurde et du dérisoire devient, entre les mains de Valérie Lesort, un cabaret halluciné, à la fois trash et profondément humain. Un cabaret pop, queer et plastique Le plateau se transforme en piste de jeu psychédélique. Costumes gonflés, perruques XXL, prothèses grotesques : tout est exagéré, comme un cartoon sous acide. Les métamorphoses à vue, conçues par la plasticienne Carole Allemand, font surgir des créatures hybrides, entre marionnettes vivantes et figures de drag-show. L’univers évoque Roy Lichtenstein autant qu’un cabaret berlinois. Valérie Lesort dirige ce chaos avec une précision millimétrée. L’outrance n’est jamais gratuite : elle accentue la lucidité du propos. Le grotesque révèle le vrai. Une distribution incandescente Valérie Lesort partage l’affiche (en alternance) avec Céline Milliat-Baumgartner, également remarquable. À leurs côtés, Hugo Bardin, alias Paloma, crève la scène. Lauréat de Drag Race France , il enchaîne les personnages avec une fluidité jubilatoire. David Migeot, caméléon virtuose, impressionne par sa maîtrise des ruptures de ton. Et la révélation du spectacle, c’est Charly Voodoo : pianiste, compositeur et désormais comédien, il insuffle à chaque chanson une énergie tragico-burlesque inédite. Un théâtre qui fait rire… et grince Derrière les paillettes, Que d’Espoir ! est une méditation déjantée sur nos illusions, nos limites, nos désirs avortés. Le spectacle joue avec le mauvais goût pour mieux en faire émerger une vérité : nous sommes toutes et tous faits de rêves tordus, d’espérances minables, d’humanité désaxée. Et c’est précisément ce mélange de cruauté joyeuse et de tendresse grotesque qui rend ce cabaret si précieux. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 INFOS PRATIQUES Que d’Espoir ! — Cabaret théâtral Texte Hanokh Levin (traduction Laurence Sendrowicz) Mise en scène Valérie Lesort Avec Valérie Lesort / Céline Milliat-Baumgartner (en alternance), Hugo Bardin (Paloma), David Migeot, Charly Voodoo Crédit Photo ©Fabrice Robin Théâtre de l’Atelier Du 24 avril au 13 juillet 2025 • Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 16h • Durée :1h10

  • Fin de partie : L’histoire de la vie... ou de la mort

    « Tant qu’il reste en lui des choses que je ne comprends pas, qui me sont obscures, étrangères, je crois que je peux le mettre en scène ». Pour la quatrième fois, après Cap au pire en 2017, La dernière bande en 2019 et L'Image en 2021, Jacques Osinski collabore avec Denis Lavant et met en scène Beckett. « Sans doute la plus métaphysique et la plus concrète de ses pièces, la plus méchante et la plus tendre, la plus mystérieuse et la plus drôle… une pièce que l’on n’ose pas aborder sans un certain bagage ». Fin de partie est, tout d’abord la deuxième pièce de Samuel Beckett créée en 1957, mais aussi sa dernière pièce où il y a encore un semblant de récit. Et pourtant, l’histoire regorge de mystères et soulève en nous, beaucoup de questions et d’incertitudes. « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir ». La première réplique de Clov, au début de la pièce Où sommes-nous ? Sur la terre ? Au ciel ? Quand sommes-nous ? À la fin de quelque chose ? De la vie ? D’un monde ? De notre monde ? Revivons-nous toujours la même journée, la même partie qui n’en finirait jamais de finir ? Le même rituel familial, inlassablement, avec ses drames et ses espoirs ? Quel sont les rapports véritables entre chacun des personnages ? Après un long noir mystérieux, comme un sas pour nous permettre d’entrer dans ce monde… différent et effrayant, la lumière révèle un espace indéfini, un « intérieur » a dit Beckett . Un intérieur gris, doté de deux fenêtres donnant sur l’extérieur. L’une sur la mer, l’autre sur la terre. Clov, un homme, immobile va, peu à peu, se retrouver entouré par Hamm, son maître (peut-être son père), un personnage très théâtral, aveugle, acariâtre et tyrannique ainsi que Nell et Nagg, les parents de Hamm, cul-de-jatte, enfermés dans des poubelles. Ces quatre créatures, sans doute à la fin de leur propre partie, résistent et s'accrochent encore peu à leur semblant d’humanité. Une œuvre ennuyante à en mourir, hypnotisante et fascinante Un rendez-vous tragique et douloureux entre dominant et dominé. Un huit clos étouffant aussi loufoque que mélancolique, aussi exigeant et complexe que vertigineux. Épaulé par le duo merveilleux composé de Frédéric Leidgens et Denis Lavant , l’un magnétique, sombre et imposant et l’autre inventif, virtuose et solaire, Jacques Osinski , avec son humour, sa folie et son intelligence nous offre une lecture rare et passionnante du chef d’œuvre de Beckett . Une tragédie philosophique, désopilante et passionnante faite de nombreux silences et de répétitions. Un spectacle noir qui nous permet de partir à l'exploration de nos frayeurs les plus intimes et nous confronte à notre question la plus existentielle : à quoi sert la vie ? Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 FIN DE PARTIE Texte Samuel BECKETT (Éditions de Minuit) Mise en scène Jacques OSINSKI Avec Denis LAVANT (Clov), Frédéric LEIDGENS (Hamm), Claudine DELVAUX (Nell), Peter BONKE (Nagg) Scénographie Yann CHAPOTEL Lumière Catherine VERHEYDE Costumes Hélène KRITIKOS Photographies Pierre GROSBOIS Spectacle vu au Théâtre de l’Atelier

  • Du Charbon Dans Les Veines : 5 Molières pour une ode bouleversante à la vie minière

    Cinq Molières 2025 — dont Meilleure pièce de théâtre privé, Révélation féminine pour Juliette Béhar et Mise en scène pour Jean-Philippe Daguerre — consacrent Du Charbon Dans Les Veines comme l’un des spectacles les plus captivants du Festival OFF Avignon 2024. Et pour cause : cette plongée humaine au cœur des “gueules noires” frappe en plein cœur. Une histoire d’amitié, d’amour et de résilience 1958, Noeux-les-Mines, dans le Nord de la France. Pierre et Vlad, inséparables, partagent leur vie entre la mine, l’élevage de pigeons voyageurs et la musique d’accordéon, sous la houlette de Sosthène, boute-en-train au grand cœur. Leur équilibre vacille avec l’arrivée de Leïla, une jeune Marocaine venue rejoindre leur orchestre. Dans une mise en scène tendre et sensible, Jean-Philippe Daguerre explore l’amitié, l’amour, le racisme, la maladie et la condition féminine dans cet univers âpre, avec une justesse bouleversante. Une œuvre nourrie de mémoire et de vécu Inspiré par les souvenirs de ses amis Frédéric Habera et Raphaëlle Cambray, enfants de mineurs, ainsi que par un documentaire poignant de l’INA, Daguerre sublime la dureté de la vie minière. L’image poétique du contraste entre l’ombre des galeries et la légèreté des pigeons voyageurs traverse toute la pièce comme un souffle d’espérance. Une scénographie vibrante de poésie Pour évoquer la poussière de charbon omniprésente, la scénographie joue sur une infinité de gris, jusqu’à la scène finale, baignée de lumières pastel sur les rives méditerranéennes. Le travail visuel de Virginie H (costumes), Antoine Milian (décors) et Moïse Hill (lumières) compose un écrin puissant aux émotions du spectacle. Une distribution au sommet Raphaëlle Cambray, Jean-Jacques Vanier, Julien Ratel, Théo Dusoulié, Juliette Béhar et Aladin Reibel portent ce récit avec une authenticité bouleversante. Jean-Philippe Daguerre lui-même incarne un médecin humaniste, ajoutant encore à la profondeur de cette fresque sensible. Avec Du Charbon Dans Les Veines , Jean-Philippe Daguerre signe une ode vibrante à l’humanité des mineurs, magnifiée par une mise en scène, des interprètes et une écriture d’une rare sensibilité. Avis de Foudart : 🅵🅵🅵🅵 — À ne manquer sous aucun prétexte. Infos pratiques Du Charbon Dans Les Veines Texte et mise en scène : Jean-Philippe Daguerre Avec : Jean-Jacques Vanier, Julien Ratel, Juliette Béhar, Raphaëlle Cambray, Théo Dusoulié, Aladin Reibel, Jean-Philippe Daguerre Décors : Antoine Milian • Costumes : Virginie H • Lumières : Moïse Hill • Musiques : Hervé Haine Photos : © Grégoire Matzneff Spectacle vu au Festival OFF Avignon Durée : environ 1h30 5 Molières 2025 : • Meilleure pièce du théâtre privé • Comédienne dans un second rôle (Raphaëlle Cambray) • Révélation féminine (Juliette Béhar) • Mise en scène (Jean-Philippe Daguerre) • Auteur francophone vivant (Jean-Philippe Daguerre)

  • « Zourou, au-delà des mots » : un uppercut d’émotion au Théâtre de l’Œuvre

    Depuis le 2 avril 2025, le Théâtre de l’Œuvre accueille Zourou, au-delà des mots , une création bouleversante signée Mélodie Molinaro et François Borand. Un spectacle rare, inspiré d’une histoire vraie, qui pulvérise les clichés sur le handicap et ouvre un chemin lumineux vers l’humanité. Quand les mots échouent, la danse prend le relais À 13 ans, Lola ne parle pas comme les autres. Elle danse. Enfermée dans un monde que son père, Pierre, tente désespérément de rejoindre, elle exprime par le mouvement ce que les mots refusent de dire. Lorsque Jeanne, la nouvelle compagne de Pierre, et Jérémie, un orthophoniste fantasque, entrent dans leur vie, tout vacille. Peu à peu, Lola invente son propre langage : le Zourou, un pont improbable entre deux solitudes. Une claque sensorielle dès les premières minutes Dès l’ouverture, Zourou saisit à la gorge. Morgan L’Hostis, magistrale, incarne Lola avec une intensité rare : chaque geste, chaque silence devient une déclaration vibrante. Autour d’elle, Xavier Lemaître, Sophie Kaufmann et Tristan Garnier livrent des performances d’une justesse bouleversante. La mise en scène précise et sensible de Mélodie Molinaro transforme l’appartement exigu du plateau en un monde en miniature, vibrant d’émotions. La musique poignante de Stéphane Corbin, les chansons tendres de François Borand et les projections vidéos enveloppent le tout d’une atmosphère à la fois délicate et déchirante. Un spectacle engagé et profondément universel Zourou, au-delà des mots dépasse largement la question du handicap. C’est une ode à toutes les formes d’expression, une leçon de résilience, une invitation à écouter autrement. Accessible dès 8 ans, chaque représentation est traduite en langue des signes française, affirmant son engagement pour l’inclusion. Dans un monde où la différence fait encore peur, Zourou nous enseigne qu’écouter, c’est parfois savoir entendre ce qui ne se dit pas. À voir absolument jusqu’au 25 mai 2025 au Théâtre de l’Œuvre. Préparez-vous : vous n’en sortirez pas indemnes. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Infos pratiques Zourou, au-delà des mots Auteurs Mélodie Molinaro & François Borand Mise en scène Mélodie Molinaro Avec Morgan L’Hostis, Xavier Lemaître, Sophie Kaufmann, Tristan Garnier, et Joël Chalude (narrateur LSF) Musique originale Stéphane Corbin Photos © Franck Harscouet Théâtre de l’Œuvre (Paris) Du 2 avril au 25 mai 2025 • Durée 1h10 Traduction en langue des signes française à chaque représentation

  • La disparition de Josef Mengele : Une Exploration Théâtrale Profonde et Urgente

    Mikaël Chirinian, maître conteur, offre une performance saisissante dans "La disparition de Josef Mengele", un spectacle qui plonge profondément dans l’histoire d’un des criminels de guerre les plus insaisissables de l'Histoire. Dès le début, Chirinian capte l’attention avec une sobriété impressionnante, assis seul sur une chaise. Ce calme initial se transforme progressivement en une intensité palpable, les lumières virant au rouge et la musique s’intensifiant, jusqu’à atteindre une confrontation ultime entre Josef Mengele et son fils. Cette scène représente le seul véritable jugement que ce médecin nazi ait jamais affronté. Josef Mengele, surnommé "le médecin d’Auschwitz", est tristement célèbre pour ses expérimentations médicales cruelles sur les déportés, qui n'avaient aucune vocation de soigner. Né en 1911 en Allemagne, Mengele rejoint le parti nazi en 1937, abandonnant ainsi toute ambition médicale vertueuse. À la fin de la guerre, il échappe à l'identification immédiate comme criminel de guerre et s'enfuit en Argentine en 1949, où il vit jusqu'à sa mort en 1979 au Brésil, échappant à la justice pendant des décennies. « L’urgence de dire avant que le chaos ne soit trop grand et que tout soit inaudible » écrivent Benoit Giros et Mikaël Chirinian. Cette citation capture l'essence du spectacle, qui, basé sur une documentation rigoureuse, est captivant et brillamment écrit. Le roman d'Olivier Guez, "La disparition de Josef Mengele" (Prix Renaudot 2017), sert de fondement à cette pièce. Guez s’interroge sur la manière dont Mengele a évité la capture et explore sa vie en Amérique du Sud. La pièce est un récit précis et dépouillé, offrant parfois des incursions dans la psyché de Mengele, un homme arrogant, dépourvu d’émotions et de regrets. Elle aborde également le concept de la "médiocrité du mal". , par son jeu subtil, alterne entre distance et incarnation, racontant les quarante années de cavale de Mengele et dévoilant les soutiens dont il a bénéficié : famille, amis, et États. Ce jeu d’équilibriste entre narration et émotion, entre distanciation et incarnation, maintient le public en haleine tout en exposant la complexité et l’horreur des actes de Mengele. "La disparition de Josef Mengele" est plus qu’un spectacle ; c’est une immersion intense dans l'histoire, un rappel poignant des réalités du passé. Par sa performance saisissante, Mikaël Chirinian nous oblige à affronter les réalités du passé et à réfléchir sur les implications morales de l’inaction et du silence. Ce spectacle, à la fois poignant et dérangeant, est une œuvre essentielle qui interroge notre mémoire collective et notre capacité à faire face aux démons de l'Histoire. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 La disparition de Josef Mengele D’après le roman d’Olivier Guez (Prix Renaudot 2017), publié aux Éditions Grasset Adaptation et mise en scène  Mikaël Chirinian et Benoit Giros  Jeu Mikaël Chirinian Création lumière  Julien Ménard et Eric Schoenzetter  • Conception sonore  Isabelle Fuchs • Costume et scénographie  Sarah Leterrier THÉÂTRE LA PÉPINIÈRE À partir du 24 janvier 2025 • Les vendredis et samedis à 19h00, le dimanche à 15h00 • Durée 1h20 Spectacle vu au Festival OFF Avignon

  • Cleeveland – Tout ou Rien : du rire à l’intime, l’éclosion d’un artiste

    Un show entre fous rires, punchlines et vérités qui claquent Il vous a fait exploser de rire sur Insta avec Tania, cette love coach sans filtre qui balance ses punchlines comme des vérités universelles. Aujourd’hui, Cleeveland Roumillac cartonne sur scène avec Tout ou Rien , un spectacle explosif et ultra sincère. Spoiler : on prend tout. Après La seule et l’unique , qui marquait les prémices d’une histoire d’amour entre lui et son public, Tout ou Rien est une véritable déclaration. Une déclaration drôle, désarmante, touchante, qui puise dans l’intime pour mieux faire rire — et réfléchir. Sur scène, Cleeveland ne se cache plus. Il raconte ses galères amoureuses, ses blessures d’enfance, son coming out, sa quête d’amour et de légitimité. Le tout sans jamais perdre le sens du show, ni cette autodérision tendre qui le rend si attachant. Car même quand il parle de solitude, il vous fait pleurer… de rire. Tania, son alter ego culte, est toujours de la partie. Plus tranchante que jamais, elle distribue conseils amoureux et gifles verbales à un public hilare. Mention spéciale au moment interactif « Tania, aide-moi ! » , où les spectateurs deviennent les cibles volontaires de cette coach en talons et vérités frontales. Et ça cartonne. Mais derrière la perruque et le flow déjanté, il y a un artiste. Un vrai. Cleeveland surprend par sa capacité à aller loin dans la vanne comme dans l’émotion, à enchaîner les montagnes russes avec une précision d’orfèvre. Mise en scène millimétrée par Thierno, écriture fine, timing impeccable : ce n’est pas juste un influenceur qui monte sur scène. C’est un comédien, un conteur, un mec qui a quelque chose à dire — et il le dit bien. Avec Tout ou Rien , Cleeveland Roumillac signe un spectacle drôle, percutant et profondément humain. Un seul-en-scène à son image : vibrant, généreux, et furieusement vivant. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 Tout ou Rien De Cleeveland Roumillac Mise en scène Thierno Les mercredis et jeudis à 21h15 au Grand Point Virgule • Durée 1h20 Prolongations exceptionnelles du 14 mai au 19 juin 2025

  • °UP – Un ballon, un violon, et la poésie du geste

    Dans °UP, Fouad Boussouf réunit un freestyler de haut vol et un violoniste hors cadre pour une rencontre aussi ludique que sensible. Un spectacle court et percutant, qui brouille les frontières entre sport, musique et danse, et transforme la scène en un véritable terrain de jeu poétique. Une rencontre inattendue Certaines rencontres relèvent de l’évidence. Celle de Paul Molina, freestyler virtuose, et de Gabriel Majou, violoniste curieux, en fait partie. Sous l’œil complice de Fouad Boussouf, chorégraphe et directeur du Phare – CCN du Havre, les deux artistes inventent un duo inédit où la scène devient espace de jeu. Ralentir, écouter, composer Le freestyle, habituellement explosif et démonstratif, change ici de tempo. Fouad Boussouf invite Paul Molina à ralentir le rythme, à habiter l’espace autrement, à dialoguer avec la musique jouée en direct. Gabriel Majou, quant à lui, compose à partir des sons bruts du ballon — rebonds, frottements, glissements — pour créer une matière sonore organique et vivante. “Le ballon devient ici un partenaire de jeu sensible, presque vivant.” Une poésie du mouvement Ici, aucune hiérarchie entre les disciplines : tout est mis au service de l’échange. Les deux artistes se cherchent, se défient, se répondent. La scène devient alors un espace de rencontre, de réinvention, de jeu. Fouad Boussouf orchestre ce pas de deux inattendu avec une poésie du détail et une véritable tendresse pour ses interprètes. La rue entre en scène Avec °UP, le foot freestyle — souvent cantonné à l’espace public — entre au théâtre. Loin de perdre sa force, il gagne ici en profondeur narrative. Le spectacle interroge les frontières entre sport et art, et donne à voir la scène comme un lieu d’ouverture, d’hybridation et de partage. Il faut voir °UP absolument : Parce que c’est intense, et accessible à tous. Parce que ça fait du bien de découvrir un spectacle qui ne ressemble à aucun autre. Parce que cela parle à tout le monde : amateurs de sport, de musique, de danse, enfants comme adultes. Et surtout, parce que ça rappelle que l’art, c’est aussi cela : créer des ponts là où on ne les attend pas. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 °UP Duo foot freestyle & musique live Direction artistique et chorégraphie Fouad Boussouf Interprétation Gabriel Majou et Paul Molina Musique Gabriel Majou Création lumière Romain Perrillat-Collomb Costumes Salina Dumay Photo Christophe Raynaud de Lage Durée 40 minutes Spectacle vu lors d’une répétition à la Maison de l’Environnement (Magny-les-Hameaux), dans le cadre du week-end hip-hop proposé par la Mission danse de Saint-Quentin-en-Yvelines. À noter : Du 17 au 25 mai 2025, Fouad Boussouf est artiste invité du musée du quai Branly. Mardi 27.05 Festival Après le dégel – Équinoxe, Scène nationale de Châteauroux Vendredi 30.05 Plein Phare Out – CCN du Havre

  • Œdipe roi d’Éric Lacascade : une chute en pleine lumière

    Un homme au sommet, une cité à genoux, un roi qui s’effondre en une seule journée. Avec Œdipe roi , Éric Lacascade met en scène une descente aux enfers saisissante, entre crise politique, destin implacable et bouleversements intimes. Une tragédie antique qui résonne avec une urgence éminemment contemporaine. Du roi à l’homme Il gouverne depuis quinze ans, a terrassé le Sphinx, fondé une famille. Et pourtant, en quelques heures, tout s’écroule. Le mythe est connu, mais ici, Œdipe ne se contente pas d’être un symbole : il redevient un homme . Un homme qui vacille, qui aime, qui nie, qui cherche, et qui finit par se voir – trop tard. Christophe Grégoire incarne cette trajectoire vertigineuse avec une intensité remarquable. Sa présence scénique, tout en tension contenue, donne au texte une humanité troublante. Karelle Prugnaud, en Jocaste, irradie . Déchirante, magnétique, impossible à quitter des yeux. Otomo de Manuel, dans le rôle du berger, bouleverse par sa justesse désarmante. Théâtre brut, tension vive La mise en scène joue la carte de la sobriété. Pas d’effets superflus : un plateau nu, des corps en présence, une parole brute. Ce minimalisme assumé donne au texte toute sa force. Certaines scènes sont inoubliables – la confrontation initiale avec le peuple, la révélation de la paternité, l’intervention du berger. D’autres moments, en revanche, peinent à maintenir leur densité : la langue s’étire , et le rythme s’égare parfois dans une lenteur presque incantatoire. Mais c’est aussi cela, le théâtre de Lacascade : prendre le temps , creuser les silences, laisser advenir l’effondrement. On est moins dans la démonstration que dans l’expérience partagée. Et cela fonctionne. Car ce n’est pas seulement une tragédie individuelle : c’est un théâtre du collectif, du politique, du commun. Une tragédie pour aujourd’hui Lacascade ne met pas en scène une tragédie solitaire, mais une tragédie collective, où le Chœur, puissamment incarné, devient le double du public. C’est peut-être là le geste le plus politique du spectacle : réactiver un théâtre du commun, où la parole du roi est mise en débat, où une jeune génération (incarnée par les deux comédiens du Chœur) interpelle les anciennes. Une parole qui n’assène pas une vérité, mais pose des questions – et nous invite à y répondre. Œdipe roi devient alors un miroir tragique : celui d’un monde qui chute faute d’avoir su entendre ses propres signaux d’alerte . Une tragédie née du refus d’écouter – les anciens, les dieux, la terre, le peuple. Un spectacle sobre, tendu, parfois inégal, mais intensément habité. Une tragédie antique qui parle à l’oreille d’aujourd’hui. Avis de Foud’art 🅵🅵 ŒDIPE ROI De Sophocle D’après la traduction de Bernard Chartreux Adaptation et Mise en scène Éric Lacascade Avec Alexandre Alberts, Jérôme Bidaux, Jade Crespy, Alain d’Haeyer, Otomo de Manuel, Christophe Grégoire, Christelle Legroux, Karelle Prugnaud Et deux enfants en alternance Ilona Astoul, Ambre Baudry d’Asson, Manon Galliot Verrier, Mayya Goren, Lou Nivet-Liakh, Joséphine Prost Latifah Schmutz Scénographie Emmanuel Clolus • Lumières Stéphane Babi Aubert • Costumes Sandrine Rozier • Son Marc Bretonnière Crédit photo © Frédéric Iovino LA SCALA PARIS Du 3 au 27 avril du mardi au samedi à 21h dimanche à 17h • Durée 1h30

  • Ça sent l’eucalyptus

    Ou comment un arbre peut vous tomber dessus… et changer votre vie. Une femme. Un arbre. Un choc. C’est absurde ? Oui. C’est vrai ? Aussi. Dans Ça sent l’eucalyptus , Marjolaine Pottlitzer raconte comment sa vie a basculé le jour où un eucalyptus lui est tombé dessus. Littéralement. Ce qui aurait pu rester un simple fait divers devient ici un seul-en-scène d’une force rare — drôle, brutal, profondément humain. Handicap invisible, humour très visible Saviez-vous que 80 % des handicaps ne se voient pas ? Celui de Marjolaine en fait partie. Dans un récit à la fois intime et universel, elle mêle humour noir, tendresse et autodérision pour raconter sa reconstruction , physique et mentale. Elle parle des galères médicales comme d’une série Netflix, de la perte de soi comme d’un stand-up existentiel, et des préjugés comme d’autant de clous à dévisser à coups de vannes bien senties. Une chute spectaculaire, une résilience scénique Sur scène, Marjolaine est bouleversante d’énergie. Elle incarne ses souvenirs, ses douleurs, ses petites victoires — jusqu’à son diplôme d’handicapée (pardon, sa carte officielle), qui lui ouvre bien plus de situations absurdes que de portes. Sa plume, coécrite avec François Szabowski, est acérée, pleine de surprises. La mise en scène d’Éric Desport, sobre et efficace, laisse l’émotion affleurer sans pathos. Résultat : on rit. On pleure. Parfois en même temps. Et surtout, on pense. Un spectacle nécessaire, une claque salutaire Ce seul-en-scène ne cherche pas à faire pleurer dans les chaumières. Il fait rire là où ça fait mal . Il montre sans démontrer. Il dit l’invisible, le quotidien, l’intime, avec une générosité rare. Une performance de résilience joyeuse et rageuse, qui vient nous secouer avec tact et talent. À voir absolument. Pas pour pleurer sur un sort. Mais pour comprendre ce que veut dire vivre avec, malgré, au-delà . Et pour rencontrer une héroïne improbable… devenue bûcheronne malgré elle. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 ⸻ Ça sent l’eucalyptus De Marjolaine Pottlitzer & François Szabowski Mise en scène Éric Desport Avec Marjolaine Pottlitzer Création lumières Luc Khiari Durée 1h12 Au Funambule Montmartre jusqu’au 28 mai (mercredis à 19h ou 21h) Avant son envol pour le Festival d’Avignon – Théâtre Pierre de Lune (Quartier Luna)

  • Le Mystère Ophélia : dans les eaux troubles d’un chef-d’œuvre

    Et si la plus célèbre noyée de l’histoire de l’art n’était pas qu’un personnage de fiction ? Derrière Ophelia de Millais, tableau culte du romantisme britannique, il y a un visage, un corps, une vie. Celle de Lizzie Siddal , muse sublime, artiste effacée, femme oubliée. Avec Le Mystère Ophélia , Céline Devalan lui redonne voix, chair et rage dans un spectacle aussi envoûtant que troublant. Une enquête au cœur du mythe La pièce s’ouvre comme une confession : celle d’une metteuse en scène tombée amoureuse d’un tableau. Puis, très vite, on glisse dans les coulisses du Londres préraphaélite, où Lizzie Siddal, modeste chapelière, devient muse de Rossetti, puis modèle d’Ophélie. À la frontière entre fiction et réalité, le spectacle explore les échos sinistres entre le destin de la muse et celui de l’héroïne shakespearienne. L’une s’est noyée sur scène, l’autre dans la vraie vie. Un théâtre-caméra obscura C’est toute la force de cette création : mêler théâtre, peinture, projections vidéo, poésie et fragments filmés pour construire un dialogue entre les images et les corps , entre l’art et ce qu’il détruit. Sur scène, deux espaces : à l’avant, l’atelier du peintre ; à l’arrière, la déchéance de Lizzie. Entre les deux, un rideau de fils où s’impriment les toiles, les souvenirs, les fantômes. Céline Devalan est Lizzie Siddal : fragile, intense, solaire. Romain Arnaud-Kneisky campe un Rossetti passionné et destructeur. Le duo est magnétique, et leur histoire, aussi toxique que romanesque. Récit d’une effacée Ce que ce spectacle révèle, au fond, c’est un piège. Celui dans lequel tombent tant de femmes artistes : être admirées sans jamais être entendues . Lizzie était peintre, poétesse, pionnière. On l’a figée en muse. On l’a enterrée avec les poèmes qu’elle avait écrits. On l’a exhumée pour mieux les publier. Le Mystère Ophélia rend justice à cette figure trop longtemps ensevelie sous la beauté de son propre portrait. Pourquoi il faut y aller Parce que c’est rare de voir une pièce aussi tendre, intelligente et sensorielle. Parce qu’on y découvre une figure fascinante. Parce que ça parle d’amour, de domination, d’images, de corps, de silences. Et surtout, parce qu’on en ressort avec la sensation étrange et précieuse qu’un tableau peut changer une vie… ou la briser. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 Le Mystère Ophélia Texte et mise en scène Céline Devalan Avec Céline Devalan et Romain Arnaud-Kneisky Lumières/vidéos Antoine Le Gallo crédit photo Céline Sereyn Vu lors de l’Avant-première au Théâtre du Lucernaire Festival Off d’Avignon Théâtre des Corps Saints Du 5 au 26 juillet à 10h • Relâche le mardi • Durée 1h15

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