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- Les Parallèles : Une comédie romantique explorant la rencontre entre deux âmes égarées
Dans " Les Parallèles ", après la très jolie pièce Main dans la Main ou encore T.REX (m.e.s de Marie Guibourt) l'auteur Alexandre Oppecini nous offre une histoire délirante entre deux parallèles, empreinte de romantisme contemporain. Lors d'une nuit dans une ville anonyme, Elle et Lui se croisent sur le seuil d'une porte. Elle est piquante et sexy, tandis que Lui est hypersensible et timide. Maladroits dans leurs relations avec les autres, ils se découvrent mutuellement et se cherchent dans le présent. Bien que différents, ils suivent des trajectoires de vie parallèles, incapables de se rencontrer. Cependant… À travers une mise en scène subtile et l’interprétation magistrale des comédiens Marie-Pierre Nouveau et Benjamin Wangermée , " Les Parallèles " offre une réflexion profonde sur la nature même de l'amour et de la rencontre. Une histoire de rencontre Dans un monde où les applications de rencontre se multiplient et où la solitude semble frapper de nombreux individus, Alexandre Oppecini a ressenti le besoin d'écrire une comédie romantique contemporaine. Cependant, le paradoxe entre le romantisme et la contemporanéité émerge rapidement. Au lieu de parler d'amour, Oppecini décide de se pencher sur la notion de rencontre . Ainsi, il cherche à définir ce qu'est réellement une rencontre, ce moment où deux êtres se rejoignent en un point donné dans l'espace et le temps. Les parallèles comme symbole L'image des lignes parallèles qui ne se croisent jamais devient le symbole central de la pièce. Les deux personnages principaux, Elle et Lui , sont à la fois différents et semblables. Tous deux sont tourmentés par un équilibre émotionnel précaire et ont peur de la rencontre avec l'autre. Lui est bloqué par son passé, tandis qu'Elle est constamment à la recherche d'une version améliorée d'elle-même dans le futur. Sur scène, un sol gris béton fendu de lignes parallèles noires réfléchissantes symbolise cette dualité. La lumière, diffusée par un tulle laser, épouse les émotions des personnages et les pulsations de la ville, créant une atmosphère saisissante. Marie-Pierre Nouveau et Benjamin Wangermée parviennent à exprimer avec finesse et subtilité la faille spacio-temporelle qui sépare leurs solitudes. À travers des moments drôles et émouvants, ils dépeignent des personnages complexes et attachants. L'auteur, Oppecini , souligne que les deux comédiens ont été une source d'inspiration dès le processus d'écriture, ce qui a permis de conserver la complexité des personnages tout en élaguant certaines parties de la pièce lors des lectures. " Les Parallèles " est une comédie romantique touchante et cynique qui explore la rencontre entre deux âmes égarées. En mettant en scène une histoire de rencontre plutôt qu'une histoire d'amour, " Les Parallèles " souligne que c'est dans la rencontre avec l'autre que se trouve l'essence même de l'amour. Avis Foudart 🅵🅵🅵 LES PARALLÈLES Texte et mise en scène Alexandre Oppecini Avec Marie Pierre Nouveau et Benjamin Wangermée Lumières Dominique Bruguière Scénographie Cécilia Delestre Musique Pasqua Pancrazi Crédit photo @Pascal Gely LA SCALA Du 3 décembre 2024 au 27 mars 2025 • les jeudis et vendredis à 19h • Durée 1h10 Spectacle vu à la La Scala Provence - Festival Off d’Avignon
- Un Bourgeois Gentilhomme Déjanté et Moderne: Un Voyage Théâtral Inoubliable
De mémoire de passionné de théâtre, jamais ce classique de Molière n’avait été présenté de façon aussi folle, aussi déjantée et décalée. Le Théâtre Les Pieds Nus a réussi l'exploit de réinventer "Le Bourgeois Gentilhomme" avec une audace qui puise ses inspirations multiples dans le manga, le dessin animé, l’opéra baroque, et la comédie musicale délurée. Le spectacle intègre du rock, du disco, et une touche hollywoodienne, tout en conservant l'essence et la beauté du texte original de Molière, le rendant résolument moderne et dans l'air du temps. Une Fusion Éblouissante de Genres La troupe chante, danse, virevolte et se transforme à une vitesse fulgurante, tout en maintenant une grâce magnifique, une poésie délicate, et une sensibilité à fleur de peau. C’est un grand spectacle, foutraque et délicieusement subversif, où chaque élément est parfaitement orchestré pour nous captiver du début à la fin. Les costumes éclatants de couleur, les maquillages chamarrés, et un ensemble qui mêle cirque, comédie musicale et théâtre baroque créent un univers visuel époustouflant. Une Réinvention du Théâtre Total Ce Bourgeois Gentilhomme est conçu comme une véritable partition musicale, nous immergeant dans un tourbillon de chants, danses, et jeux d’acteurs tout en préservant l’esprit de la comédie-ballet de Molière et Lully. Les codes baroques sont repensés avec une touche contemporaine et un brin de folie. Chaque comédien, véritable artiste polyvalent, chante, danse et joue, maîtrisant les codes du théâtre baroque tout en les fusionnant avec les éléments du théâtre musical moderne. Une Réussite Éclatante Le Théâtre Les Pieds Nus nous offre une performance qui dépasse les attentes, redéfinissant ce classique intemporel avec une fraîcheur et une créativité inégalées. "Le Bourgeois Gentilhomme" devient une œuvre vivante, dynamique et profondément actuelle, rendant hommage à Molière tout en séduisant un public contemporain. Cette production, véritable chef-d'œuvre de réinvention théâtrale, promet de rester dans les mémoires comme un voyage théâtral inoubliable et une célébration éclatante du génie de Molière. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Le Bourgeois Gentilhomme De Molière Adaptation et mise en scène Bastien OSSART Avec Bastien OSSART , Iana Serena DE FREITAS , Mathilde Guêtre-Rguieg , Benoît MARTINEZ , Nicolas QUELQUEJAY , Liwen LIANG Costumes Théâtre Les Pieds Nus • Lumières Florian DERVAL Théâtre le Lucernaire Du 12 février au 18 mai 2025 • Du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 18h • Durée 1h30 • À partir de 6 ans Spectacle vu au Mois Molière à Versailles
- Le journal - Dans les coulisses du pouvoir : un thriller théâtral haletant
Avec Le Journal , le spectateur est invité à explorer un univers où vérité et manipulation s’entrelacent, où les convictions personnelles vacillent face aux enjeux humains, et où le pouvoir politique, médiatique et financier se livrent une guerre impitoyable. Sous la direction magistrale d’Anne Bouvier, cette œuvre oscille brillamment entre drame personnel et thriller politique, captivant son public jusqu’à la dernière réplique. Une intrigue puissante et universelle L’histoire, à la fois simple et redoutablement efficace, repose sur un dilemme moral saisissant : Edmond, directeur d’un prestigieux journal d’investigation, s’apprête à publier des révélations compromettantes sur Jacques Flamm, un ministre aux ambitions dévorantes. Mais le sort de sa fille Apolline, incarcérée pour trafic de drogue à Jakarta, vient bouleverser ses plans. Flamm est son seul espoir de la sauver, mais au prix d’un renoncement à ses principes journalistiques. Une décision cornélienne où devoir professionnel et responsabilité paternelle s’affrontent. Une œuvre ancrée dans l’actualité Cette pièce résonne profondément avec le monde d’aujourd’hui, où la vérité est souvent confrontée aux pressions du pouvoir. Elle questionne : jusqu’où peut-on aller pour protéger ses proches ? Quels compromis sommes-nous prêts à accepter au nom de nos valeurs ? À travers une critique incisive des liens troubles entre presse et politique, Le Journal explore les dilemmes moraux et les tensions inhérentes à nos institutions contemporaines. Un suspense sous haute tension L’écriture de cette pièce est un modèle du genre, alternant entre moments de tension extrême et vérités qui éclatent comme des bombes. Les retournements de situation, inattendus et captivants, tiennent le spectateur en haleine tout en l’invitant à une réflexion profonde. La mise en scène, inspirée du rythme des séries ou des thrillers cinématographiques, accentue cette tension et confère une modernité frappante à l’ensemble. Des performances à couper le souffle Le casting réunit des comédiens d’exception : Bruno Putzulu, remarquable en directeur de journal tiraillé entre ses idéaux et son rôle de père, livre une interprétation poignante. Carolina Jurczak, dans le rôle d’Apolline, incarne avec intensité une jeune femme pleine d’émotions, touchant le public par sa fragilité, Bruno Debrandt, Bernard Malaka et Olivier Claverie apportent chacun une profondeur et une nuance remarquables à leurs personnages, offrant un quintette théâtral impressionnant. Une mise en scène magistrale Anne Bouvier orchestre cette pièce avec une précision remarquable, mêlant liberté d’interprétation et rigueur dans la direction des acteurs. Les décors et les transitions fluides entre les scènes renforcent l’immersion du spectateur, le plongeant dans un univers à la fois réaliste et symbolique. Une expérience théâtrale inoubliable Le Journal est une œuvre captivante, décapante et profondément humaine, où manipulations, trahisons et dilemmes moraux s’entrelacent pour offrir un moment de théâtre mémorable. À travers une intrigue riche en suspense et des performances de haute volée, cette pièce interroge autant qu’elle émeut. Une œuvre incontournable pour tous les amateurs de théâtre et de réflexion sur les arcanes du pouvoir. Avis de Foudart 🅵🅵 Le journal Texte d’ Antoine Beauquier Mise en scène d’ Anne Bouvier Avec Bruno Putzulu , Bruno Debrandt , Bernard Malaka , Carolina Jurczak et Olivier Claverie Assistant mise en scène César Duminil Décor Citronelle Dufay Lumière Denis Koransky Costumes Claire Schwartz Musique Julien Vasnier Crédit photo © Béatrice Livet Théâtre de Paris Jusqu’au 30 avril 2025. Du mercredi au vendredi à 20h30. Les samedis à 17h et 20h30 Les dimanches à 15h30 • Durée 1h30
- Colorature, Mrs Jenkins et son Pianiste : un sublime naufrage lyrique
Une odyssée musicale entre éclats de rire et émotion Il fallait oser ! Raconter l’histoire vraie d’une cantatrice incapable de chanter juste, et pourtant persuadée d’être une grande soprano colorature, est un pari risqué. Colorature, Mrs Jenkins et son Pianiste , adapté par Stéphane Laporte et mis en scène par Agnès Boury, relève ce défi avec brio. Plus qu’un simple pastiche, la pièce met en lumière un duo fascinant et nous plonge dans une comédie aussi irrésistiblement drôle qu’émouvante. Florence Foster Jenkins : une icône du chant… approximatif On pourrait se contenter de se moquer de Florence Foster Jenkins, cette riche héritière américaine qui, dans les années 1930-40, massacrera avec une ferveur inébranlable les plus grands airs d’opéra. Mais la magie de ce spectacle est de ne jamais tomber dans la caricature facile. Colorature ne se contente pas de railler les prouesses vocales improbables de la diva : il en dresse un portrait nuancé, mêlant autodérision, tendresse et une subtile réflexion sur l’aveuglement artistique. Agnès Bove incarne cette figure hors norme avec un mélange de conviction et de naïveté désarmante. Son interprétation est d’une précision redoutable : il faut un talent immense pour chanter aussi faux avec une telle justesse ! Là où d’autres auraient pu verser dans l’exagération, elle trouve le ton parfait, oscillant entre assurance candide et fragilité touchante. On rit, bien sûr, mais on s’attache surtout à cette femme qui, coûte que coûte, s’accroche à son rêve. Cosme McMoon : l’alter ego malheureux mais indispensable Car une diva ne peut exister sans un pianiste, et en l’occurrence, c’est Cosme McMoon, son accompagnateur et complice malheureux, qui tient le cap dans ce naufrage lyrique. Interprété tour à tour par Cyril Romoli ou Grégori Baquet, ce personnage porte en lui toute l’ambiguïté de cette histoire. Fasciné, horrifié, impuissant, il tente tant bien que mal de sauver la musique, tout en restant fidèle à cette femme qui, malgré tout, l’émeut profondément. Son jeu, entre exaspération et affection, est un pur régal. Il est la clé qui nous empêche de rire trop cruellement de cette diva à contretemps. Une mise en scène subtile et une écriture intelligente Agnès Boury signe une mise en scène qui laisse respirer les personnages, évitant tout effet de lourdeur. Loin d’un simple enchaînement de morceaux chantés faux, la pièce raconte avant tout une histoire : celle d’un lien unique entre deux artistes improbables. Le texte de Stephen Temperley, brillamment adapté par Stéphane Laporte, est un bijou d’équilibre entre humour et émotion. Il aurait été facile de réduire Florence Foster Jenkins à une simple farce, mais Colorature en fait un personnage profondément humain. Un final triomphal malgré tout Le sommet de cette odyssée vocale reste, bien sûr, la reconstitution du fameux concert au Carnegie Hall. Alors que la salle est en liesse, Florence, elle, ne perçoit que l’adoration de son public. C’est peut-être là le plus grand mystère de cette femme : où s’arrête l’aveuglement, où commence la lucidité ? Le spectacle ne tranche pas, et c’est tant mieux. On ressort de la salle avec cette même interrogation et, surtout, avec une tendresse immense pour ce personnage. Un triomphe mérité On hurle de rire, certes, mais on est aussi ému. L’incroyable complicité entre les comédiens, la finesse de l’écriture et la délicatesse de la mise en scène font de Colorature une pièce exceptionnelle. Florence Foster Jenkins n’était sans doute pas une grande chanteuse, mais elle était une artiste à sa manière. Et plus de soixante-dix ans après sa disparition, elle continue d’enflammer le cœur du public, faux vibratos inclus. Un spectacle à voir absolument ! Avis de Foudart 🅵🅵🅵 COLORATURE Une pièce de Stephen Temperley Adaptation Stéphane Laporte Mise en Scène Agnès Boury Avec Agnès Bove et Grégori Baquet ou Cyril Romoli et la participation de Eymeric François Lumières Laurent Béal , Costumes Eymeric François , Décor Claude Plet Photo Marie Dicharry, Paule Thomas Théâtre Actuel la Bruyère À partir du 25 janvier 2025 • Samedi à 15h, dimanche et lundi à 19h30, mardi à 21h • Durée 1h20
- La Vérité de Florian Zeller : une comédie délicieusement perfide
Il y a des pièces qui traversent le temps sans jamais perdre leur éclat, et La Vérité de Florian Zeller en fait incontestablement partie. Créée en 2011 au Théâtre Montparnasse avant d’être jouée dans plus d’une trentaine de pays, cette comédie jubilatoire revient sur les planches du Théâtre Édouard VII avec une distribution éclatante : Sylvie Testud, Stéphane De Groodt, Clotilde Courau et Stéphane Facco, sous la direction précise de Ladislas Chollat. Un Vaudeville Contemporain, diaboliquement efficace Avec La Vérité , Florian Zeller signe une comédie de boulevard qui joue à cache-cache avec le spectateur. Ici, le mensonge est un art de vivre, un fil ténu entre trahison et légèreté. Vincent, interprété avec une énergie débordante par Stéphane De Groodt, est un menteur invétéré qui jongle entre sa femme Sophie (Clotilde Courau) et sa maîtresse Alice (Sylvie Testud), elle-même mariée à son meilleur ami Paul (Stéphane Facco). Mais dans ce petit monde où tout le monde trompe tout le monde, qui détient réellement la vérité ? Zeller s’amuse à brouiller les pistes et à faire vaciller les certitudes. À travers un jeu de quiproquos et de faux-semblants, il compose une partition rythmée où la morale est aussi floue que la réalité. L’intrigue, bien que classique dans son dispositif (adultère, cachotteries, aveux feints), brille par sa finesse d’écriture et sa capacité à se renouveler. La mécanique du vaudeville est ici transcendée par un texte vif, piquant et redoutablement habile. Un quatuor de haut vol Si la force de La Vérité réside dans son écriture acérée, elle doit également beaucoup à son casting. Stéphane De Groodt incarne à merveille cet antihéros arrogant, manipulateur, d’une mauvaise foi notoire, mais terriblement attachant. Son sens du rythme et son talent pour l’ironie font des merveilles. Face à lui, Sylvie Testud excelle dans un rôle de femme à la fois blessée et impénétrable, maniant avec brio les silences lourds de sous-entendus. Clotilde Courau apporte une touche de sensualité et d’ambiguïté, tandis que Stéphane Facco, dans le rôle du mari trahi, fait preuve d’une justesse remarquable. La mise en scène de Ladislas Chollat est fluide et efficace, laissant place au texte et au jeu des comédiens sans jamais alourdir l’ensemble. Il parvient à insuffler un dynamisme constant, en jouant avec les entrées et sorties de scène, les silences pesants et les répliques qui fusent avec une précision chirurgicale. Un jeu de dupes réjouissant Derrière le rire, La Vérité interroge subtilement notre rapport au mensonge. Florian Zeller ne se contente pas de faire rire, il dissèque avec malice les faux-semblants qui régissent nos relations humaines. Où se situe la vérité lorsque chacun façonne sa propre version des faits ? Le mensonge est-il un mal nécessaire ? À travers des dialogues ciselés et un enchaînement de rebondissements savamment orchestrés, la pièce nous invite à une réflexion légère mais pertinente sur l’hypocrisie sociale et la subjectivité des vérités individuelles. La Vérité est un pur régal de théâtre, une comédie élégante et mordante qui jongle avec le mensonge et la sincérité avec une aisance déconcertante. Entre éclats de rire et soupçons de malaise, elle nous prend dans son piège avec une intelligence redoutable. Servie par une jolie troupe et une mise en scène dynamique, cette pièce est un très bon moment de la saison théâtrale. Avis de Foudart 🅵🅵 LA VERITÉ Une pièce de Florian Zeller Mise en scène Ladislas Chollat Avec Stéphane De Groodt, Sylvie Testud, Clotilde Courau, Stéphane Facco Assistant à la mise en scène Éric Supply Décors William Mordos Lumière Dimitri Vassiliu Costumes Jean-Daniel Vuillermoz THÉÂTRE EDOUARD 7 À partir du 23 janvier 2025 • Du mardi au samedi à 21h00 • Le samedi à 16h30 • Le dimanche à 16h00
- La Gaîté Lyrique en crise : le cri de coeur des salarié·es
Paris, le 30 janvier 2025 – Après 52 jours d’occupation par un collectif de jeunes en attente de reconnaissance de leur minorité par la justice, la Gaîté Lyrique est en pleine impasse. Dans un communiqué publié ce jour, les salarié·es du lieu culturel dénoncent une situation intenable et interpellent les autorités pour une intervention urgente, permettant la réouverture du lieu et la reprise de ses activités. Un lieu de culture paralysé par une crise sociale Depuis le 10 décembre 2024, la Gaîté Lyrique – Fabrique de l’époque est occupée par plus de 400 jeunes en situation précaire, dont la minorité n’a pas été reconnue et qui attendent une décision judiciaire. Si l’occupation est motivée par des enjeux sociaux urgents, elle place les salarié·es et la direction du lieu dans une position délicate. Ces derniers réaffirment aujourd’hui leur engagement aux côtés des plus vulnérables, tout en soulignant que la Gaîté Lyrique n’est pas un centre d’hébergement d’urgence et que les conditions sanitaires et sécuritaires sur place se dégradent de jour en jour. « Il est impensable de rejeter plus de 400 personnes à la rue sans solution de mise à l’abri, et de surcroît en hiver » , déclarent les salarié·es. Toutefois, ils soulignent que leur mission première reste culturelle et que l’occupation rend impossible l’exercice de leur métier. Une institution en péril Alors que la crise dure depuis plus de sept semaines, l’impact économique et organisationnel devient de plus en plus lourd pour la Gaîté Lyrique. La programmation est à l’arrêt, avec de nombreuses annulations, reports et délocalisations d’événements. La baisse d’activité a conduit la direction à mettre en place du chômage partiel, tout en s’efforçant de protéger ses salarié·es et de maintenir l’esprit du projet. Malgré ces difficultés, l’équipe assure ne pas se considérer comme « prise en otage » par la direction, contrairement à ce qui a pu être relayé dans certains médias. Elle insiste sur la transparence et la responsabilité dont a fait preuve la direction depuis le début de la crise. Un appel à l’intervention des autorités L’occupation de la Gaîté Lyrique n’est pas un cas isolé : il s’agit de la dixième occupation d’un lieu public à Paris en un an et demi. Pour les salarié·es, l’absence de réponse rapide des pouvoirs publics envoie un signal inquiétant à l’ensemble des institutions culturelles. Face à l’impasse, ils en appellent aujourd’hui à la Ville de Paris pour qu’elle prenne ses responsabilités et trouve une solution d’hébergement pour ces jeunes. « Nous appelons à l’urgence d’une résolution rapide de la situation par une mise à l’abri des jeunes afin que nous, salarié·es, puissions reprendre nos métiers et ainsi permettre à la Gaîté Lyrique d’assurer ses missions, sa vocation culturelle et l’accueil de ses publics », conclut le communiqué. Alors que la culture traverse une période de crise profonde, l’issue de cette occupation sera un test décisif pour l’avenir du projet de la Fabrique de l’époque et plus largement pour la place des institutions culturelles dans la gestion des crises sociales.
- Festival Faits d’Hiver 2025 : Un voyage chorégraphique au cœur de la mémoire
La 27ᵉ édition du Festival Faits d’Hiver, qui se tiendra du 20 janvier au 15 février 2025, marque un tournant dans l’histoire de cet événement incontournable de la scène chorégraphique contemporaine. Cette année, le festival s’articule autour d’un thème inédit : la mémoire, ou plus précisément l’« hier contemporain ». Un fil conducteur qui questionne la transmission, la réinterprétation et la réactualisation des œuvres passées dans une dynamique de renouveau. Un programme riche en créations et recréations Avec 23 spectacles, 9 créations et recréations, 20 lieux et 50 représentations , cette édition se veut un hommage vibrant à la danse et à son patrimoine en perpétuelle évolution. Parmi les temps forts, plusieurs chorégraphes de renom exploreront le rapport entre passé et présent à travers des œuvres revisitées. Parmi eux, Jean-Claude Gallotta et Josette Baïz proposent une recréation d’Ulysse , pièce fondatrice de la nouvelle danse française. Cette version sera portée par les jeunes danseurs du Groupe Grenade , qui insuffleront une énergie renouvelée à ce chef-d’œuvre chorégraphique. L’empreinte du passé se retrouve également dans le projet d’ Aurélie Berland et Christine Gérard , qui font revivre trois œuvres de cette dernière dans Automnales, Nu perdu, La Griffe , en interrogeant la transmission du geste chorégraphique à travers les générations. Enfin, Raphaël Cottin poursuit cette réflexion avec L’Éloge des possibles , une transformation en quatuor d’un solo de Christine Gérard, illustrant ainsi le passage d’un langage chorégraphique à un autre. Hommage à Carlotta Ikeda : Une mémoire dansée Le festival consacrera également une grande rétrospective à Carlotta Ikeda , figure majeure du butô en France. Plusieurs événements viendront célébrer son héritage : • Looking for Carlotta , de Maëva Lamolière , une conférence dansée qui explore la mémoire de la chorégraphe à travers une quête intime et immersive. • Un hommage chorégraphique signé Yumi Fujitani et Naomi Mutoh , deux anciennes danseuses de la compagnie Ariadone, qui proposeront une relecture de l’univers d’Ikeda. • Une exposition immersive , « Carlotta Ikeda : du Japon vers la France, du cabaret au butô » , qui retracera l’évolution artistique de la chorégraphe à travers des archives rares. Création et transmission : une danse en mouvement Au-delà des hommages et des reprises, Faits d’Hiver 2025 met aussi en avant de nouvelles créations portées par des artistes émergents et confirmés. Parmi les propositions phares : • About Love and Death , d’ Emmanuel Eggermont , une élégie chorégraphique inspirée de son mentor Raimund Hoghe. • Histoire(s) Décoloniales , de Betty Tchomanga , un projet qui interroge l’héritage colonial à travers le corps et le mouvement. • Wakan - Un Souffle , de Nathalie Pernette , qui convoque la dimension rituelle de la danse. Un festival ancré dans son époque À travers cette édition, Faits d’Hiver montre que la danse n’est pas qu’un art de l’instant présent, mais aussi un lieu de mémoire, d’héritage et de transformation . En tissant un dialogue entre passé et futur, le festival offre un espace de réflexion sur ce qui nous constitue en tant que société et sur les moyens d’explorer de nouvelles écritures artistiques. Entre créations inédites, recréations audacieuses et hommages poignants, cette 27ᵉ édition s’annonce comme un moment fort de la saison chorégraphique. Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les amoureux de la danse et de son histoire en perpétuelle réinvention.
- Fête des Mères : Une tragi-comédie familiale mordante et brillamment orchestrée
Adèle Royné signe avec Fête des Mères une pièce qui oscille entre boulevard moderne, stand-up et comédie douce-amère à la Jaoui/Bacri. Ce spectacle, qui a triomphé au Festival d’Avignon, débarque à Paris avec l’ambition de faire rire et grincer des dents . Si son écriture, nourrie de nombreuses références, peut parfois sembler emprunter à ses influences, elle parvient néanmoins à imposer un regard unique. L’énergie du jeu et la finesse de son exploration des relations familiales en font un moment de théâtre aussi réjouissant que piquant. Un huis clos familial sous tension Dans cette comédie chorale, la fratrie se réunit à l’occasion de la Fête des Mères. Gabriel, l’aîné, saisit cette opportunité pour présenter son compagnon, Arthur. Ziggy, le cadet, toujours installé chez leur mère, peine à prendre son indépendance. Quant à Louise, elle revient après une longue brouille avec la matriarche, provoquée par un sketch de stand-up trop acide. Mais l’absence inexpliquée de la mère devient rapidement une source d’inquiétude et de tensions sous-jacentes. Le texte d’Adèle Royné et Vincent Gardet brille par son rythme maîtrisé, ses dialogues acérés et une mécanique bien huilée qui rappelle autant Labiche et Feydeau que les comédies du Splendid. Entre non-dits, quiproquos et répliques mordantes, les échanges fusent avec une efficacité jubilatoire. Un équilibre réussi entre comédie et émotion Là où Fête des Mères excelle, c’est dans sa capacité à osciller avec justesse entre satire mordante et moments de sincérité. Derrière des dialogues percutants et un humour acéré, la pièce explore des thématiques profondes : la place de chacun au sein de la fratrie, le poids de l’héritage familial et les blessures tues. L’absence de la mère devient un moteur dramatique puissant, mettant en lumière l’incommunicabilité entre les personnages. Ce qui aurait pu rester en surface s’étoffe progressivement grâce à une écriture fine et maîtrisée, qui mêle habilement légèreté et mélancolie. Fête des Mères s’impose ainsi comme une œuvre à la fois drôle et touchante, portée par un regard aiguisé et subtil sur les relations familiales. Une distribution solide portée par une révélation Si le texte oscille entre légèreté et gravité, la mise en scène d’Adèle Royné assure un bel équilibre. Elle insuffle un tempo efficace, jouant habilement sur les ruptures de ton et le rapport direct avec le public, une approche héritée du stand-up qui donne du mordant aux échanges. La distribution est homogène, mais une comédienne se distingue particulièrement : Florence Janas, qui incarne une Florence excentrique et irrésistible, insufflant à la pièce une énergie folle. Adèle Royné, en Louise mordante et désabusée, joue avec justesse, et l’ensemble du casting contribue à cette impression de troupe complice et engagée. Un spectacle abouti, incisif et jubilatoire Fête des Mères ne se contente pas de divertir : elle dresse un portrait grinçant et tendre des liens familiaux, porté par une écriture mature et un sens du rythme impeccable. À seulement 25 ans, Adèle Royné affirme un talent prometteur, prouvant qu’elle maîtrise déjà parfaitement l’art du dialogue et du portrait de groupe. Loin d’être une simple promesse, la pièce s’impose d’ores et déjà comme une réussite. Équilibrée, finement écrite et superbement interprétée, elle témoigne d’un regard affûté et d’une direction d’acteurs efficace. Un spectacle à voir absolument pour son intelligence, son humour corrosif et son humanité. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Fête des mères Un spectacle d’Adèle Royné Collaboration artistique Guillaume Vincent Texte Vincent Gardet et Adèle Royné Avec Aubin Hernandez ou Grégoire Didelot, Florence Janas ou Virginie Colemyn, Cyril Metzger ou Johann Cuny, Adrien Rouyard ou Felix Back, Adèle Royné ou Manon Kneusé Décor James Brandily • Lumière Corentin Favreau Crédit photos @Thibault Camus THÉÂTRE LEPIC À partir du 29 janvier 2024 • Du mercredi au samedi à 21h - Le dimanche à 17h • Durée 1h15 • À partir de 12 ans
- “DÉRAPAGE” des Sea Girls, ou l’Art de Tout Envoyer Valser
Le rideau se lève sur une scène chaotique, où plumes, talons, maquillage et guitares électriques s’entrelacent dans une valse déjantée. Bienvenue dans DÉRAPAGE , le dernier spectacle des Sea Girls, mis en scène par Pierre Guillois à La Scala Paris. Entre Music-Hall, théâtre burlesque et satire sociale, le quatuor revisite ses vingt ans de carrière avec une énergie féroce et un franc-parler décapant. Quand les Sea Girls se dézinguo-fabuleusement Que reste-t-il des strass et des paillettes lorsque les projecteurs s’éteignent ? Les Sea Girls nous offrent une réponse explosive : des corps en souffrance, des talons trop hauts, des chablis-cacahuètes qui pèsent lourd, mais surtout une bonne dose de dérision. Le spectacle fait sauter le vernis, dévoilant l’envers du décor d’une vie d’artiste où tout est spectacle, même les ratés. Sous la baguette de Pierre Guillois, maître de l’absurde et de la narration corporelle, la scène devient un véritable champ de bataille artistique. Entre glamour assumé et désastre contrôlé, les Sea Girls explorent les limites de leur propre représentation, oscillant entre caricature et confession. On rit de leurs chutes – parfois littérales – et on admire leur capacité à se relever avec panache. Un Music-Hall hybride et libre Le pari de DÉRAPAGE est osé : mêler chansons inédites, compositions éclectiques et scènes de coulisses dans un spectacle où tout peut basculer. Prunella Rivière signe des morceaux à la fois drôles et incisifs, orchestrés par Fred Pallem, tandis que trois musiciens multi-instrumentistes insufflent une énergie live irrésistible. La musique, omniprésente, devient le fil conducteur d’une narration éclatée, où l’intime se mêle au politique. Mais ce qui frappe surtout, c’est la liberté totale qui imprègne la mise en scène. Les Sea Girls n’ont pas peur de se montrer telles qu’elles sont : artistes de cinquante ans, à contre-courant des normes de jeunesse et de perfection. Elles revendiquent leur droit à l’imperfection, à l’excès, à la joie. Et c’est là toute la puissance du spectacle : un hymne à la résilience et à la créativité débridée. Quand le théâtre se frotte à la cruauté du monde Sous ses airs de cabaret festif, DÉRAPAGE n’élude pas les questions graves. Comment continuer à faire rire dans un monde marqué par la cruauté et l’actualité glaçante ? Les Sea Girls y répondent par l’ironie et la poésie, transformant leurs chansons en miroirs déformants de notre société. Le spectacle joue sur l’ambivalence : derrière les plumes et les paillettes, une mélancolie sourde perce parfois, rappelant que le rire est souvent une arme contre la douleur. Une traversée à la fois hilarante et bouleversante Au final, DÉRAPAGE , c’est une plongée sans filtre dans l’univers des Sea Girls, où chaque dérapage est une invitation à repenser les codes et à embrasser l’imprévu. Si vous cherchez une expérience théâtrale qui bouscule, émeut et fait rire aux éclats, ne manquez pas ce feu d’artifice de créativité. Avec DÉRAPAGE , les Sea Girls et Pierre Guillois nous rappellent que le théâtre, lorsqu’il ose tout montrer – le beau, le moche, le drôle et le tragique – peut encore surprendre et renverser les attentes. Une performance renversante à voir absolument, jusqu’au 23 février 2025 à La Scala Paris. Avis de Foudart 🅵🅵 Les Sea Girls DÉRAPAGE Un spectacle de Judith Rémy, Prunella Rivière, Delphine Simon mise en scène Pierre Guillois Musiciens Vincent Martin (percussions), Dani Bouillard (guitare), Benjamin Pras (piano) Chansons et composition Prunella Rivière • Composition et orchestration Fred Pallem • Costumes Elsa Bourdin • Scénographie Pierre Guillois & Elsa Bourdin Crédit photo ©Cat Gabillon LA SCALA PARIS Du 17 janvier au 23 février 2025 • Du mardi au samedi à 19h. Le dimanche à 15h • Durée 1H30
- Amandine Lourdel : une tornade d’humour qui renverse tout sur son passage
Avec son spectacle Renversée , Amandine Lourdel débarque comme un ouragan sur la scène humoristique parisienne. Armée d’une plume acérée et d’un humour qui décoiffe, elle nous entraîne dans un stand-up explosif où personne ne sort indemne… surtout pas vos zygomatiques. La gouaille made in Lourdel Imaginez une Audiard au féminin, un micro à la main, balançant des punchlines comme d’autres distribuent des claques. Lourdel, c’est ça : une voix rauque qui capte, une présence scénique magnétique et des textes si incisifs qu’on pourrait les graver dans le marbre… si on n’était pas trop occupé à pleurer de rire. Rien n’échappe à son regard : relations homme-femme (« Le mec tellement chiant qu’il a fait son Erasmus en Suisse »), religion, féminisme, drames familiaux et même les toilettes de bar. Elle ne recule devant rien, explorant sans tabou les zones sensibles de nos vies – là où ça pique, là où ça fait hurler de rire. Un humour sans permis, pied au plancher Amandine Lourdel, c’est un road-trip sauvage avec une pote qui n’a pas peur de rouler à contresens. Ça décoiffe, ça secoue, mais on adore. Elle pulvérise vos certitudes sans clignotant, mais toujours avec une tendresse désarmante. Lourdel flirte avec la provocation sans jamais franchir la ligne du vulgaire, trouvant l’équilibre parfait entre sarcasme mordant et émotion sincère. Elle provoque des éclats de rire autant qu’elle suscite une réflexion, ce qui rend son humour aussi percutant qu’inoubliable. Un spectacle qui boxe avec vos émotions Renversée , ce n’est pas juste un stand-up, c’est un véritable match de boxe entre le rire et la réflexion. Lourdel jongle avec nos certitudes, enchaîne les uppercuts humoristiques et, parfois, nous met K.O. avec une anecdote poignante. Tout cela avec une aisance déconcertante et un talent rare pour transformer le quotidien en un moment de pure comédie. Pourquoi il faut y aller (maintenant) Parce qu’elle est déjà partout : entre ses chroniques percutantes sur France Inter et ses apparitions sur les plus grands plateaux d’humour, Amandine Lourdel s’impose comme la nouvelle voix incontournable de la scène humoristique. Avec Renversée , elle ne se contente pas de faire rire, elle touche, bouscule et prouve qu’un bon spectacle, c’est celui qui nous fait voir les choses autrement. Ou, à défaut, qui nous laisse avec des abdos en béton après une heure de fous rires. Alors, si vous aimez les artistes qui osent tout et les spectacles qui frappent là où on ne les attend pas, ne manquez pas Amandine Lourdel. Mais attention : vous risquez de sortir du théâtre renversé… et complètement accro. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Amandine Lourdel Renversée Comédie de paris Actuellement • Les mardis à 21h • Durée 1h10
- Indestructible : La Peugeot 504, mémoire vivante des luttes ouvrières et sociales
Un retour poignant sur les années 60-70 pour questionner notre présent Coécrit et mis en scène par Hakim Bah et Manon Worms, Indestructible s’empare des luttes sociales et ouvrières des Trente Glorieuses pour offrir un regard lucide sur les fractures et espoirs qui continuent de traverser nos sociétés. Inspirée du livre L’Établi du sociologue Robert Linhart, la pièce retrace les trajectoires croisées de Bakary, jeune Malien exilé pour échapper à un régime autoritaire, et de Cathy, intellectuelle maoïste décidée à s’établir en usine. Leur rencontre, dans le tumulte des usines Peugeot de Sochaux, met en lumière une mémoire collective souvent négligée : celle des solidarités naissantes entre immigrés et ouvriers français, et des combats parfois brisés par les mécaniques implacables du capitalisme. La Peugeot 504, un symbole puissant de résistance et d’héritage Au cœur de la pièce trône la Peugeot 504, cette voiture emblématique des Trente Glorieuses, surnommée “l’indestructible”. Véritable protagoniste silencieuse, elle incarne à la fois la robustesse d’une époque industrielle et la fragilité des luttes sociales qui l’ont marquée. À travers un décor composé de ferrailles, pneus, sièges et morceaux de tôle, le véhicule devient une métaphore des espoirs et des désillusions qui ont animé une génération. La mémoire de cette “indestructible” porte les récits des ouvriers et immigrés, mais aussi les tensions, sacrifices et solidarités qui émergent dans un contexte de travail à la chaîne écrasant. Une scénographie immersive et organique La mise en scène, sombre et oppressante, immerge les spectateurs dans l’univers brutal des chaînes de production. Sons métalliques, projections vidéos et accessoires suspendus évoquent à la fois la dureté de l’usine et les rêves brisés de ceux qui y ont travaillé. La Peugeot 504 devient un témoin vivant : tantôt décor, tantôt personnage ou mémoire, elle relie les luttes ouvrières françaises et les récits d’immigration. Six comédiens incarnent une multiplicité de voix et de trajectoires, donnant à cette narration polyphonique une richesse humaine et émotionnelle. Entre ferveur et désillusion : les luttes sociales au prisme des espoirs brisés La pièce oscille constamment entre exaltation et désenchantement. Bakary et Cathy, malgré leurs origines et parcours opposés, s’unissent pour organiser une grève et défier l’oppression industrielle. Leur quête d’une convergence des luttes – entre classes sociales, genres et origines – reflète une aspiration universelle, mais se heurte à la dure réalité des divisions internes et des oppressions systémiques. Ce mélange d’idéal et d’échec, cher à Robert Linhart, traverse tout le spectacle, offrant une réflexion brute et lucide sur l’héritage des luttes sociales. Une œuvre âpre, ambitieuse et nécessaire Si Indestructible souffre parfois de quelques longueurs ou d’une densité narrative qui freine son rythme, il n’en reste pas moins un spectacle percutant et nécessaire. Refusant les artifices faciles, Hakim Bah et Manon Worms proposent une œuvre exigeante, ancrée dans l’histoire mais tournée vers l’avenir. En revisitant les luttes et fractures des années 60-70, ils interrogent notre rapport au travail, à la solidarité et à la mémoire collective, tout en explorant les résonances actuelles de ces enjeux. Indestructible est un théâtre de la résistance, qui ne cherche pas à plaire mais à éveiller, à faire réfléchir sur ce que nous pouvons apprendre des combats passés. Une proposition artistique audacieuse qui, à travers l’iconique Peugeot 504, rappelle que les luttes pour la justice sociale et la dignité humaine continuent de rouler, même sur des routes cabossées. Avis de Foudart 🅵🅵 INDESTRUCTIBLE Un spectacle de Manon Worms et Hakim Bah Avec Émilien Audibert, Katell Jan, Adil Laboudi, Julie Moulier, Assane Timbo et Olivier Werner Scénographie et costume Clara Hubert et Ninon Le Chevallier • Vidéo Jean Doroszczuk • Son Marion Cros • Lumière Léa Maris Photographie de répétition © Mathilde Delahaye Théâtre de la Cité internationale 27 JANVIER → 8 FÉVRIER • Lundi, mardi – 20 h. Jeudi, vendredi – 19 h. Samedi – 18 h • Durée 1h45 • À partir de 14 ans
- La Joconde parle enfin : quand l’icône éternelle se dévoile avec humour et panache
Et si la Joconde sortait enfin de son cadre pour parler, chanter, danser et raconter son incroyable histoire avec une audace piquante ? Laurent Ruquier relève ce pari audacieux avec brio. La Joconde parle enfin redonne vie à cette icône figée, la transformant en une héroïne vibrante et profondément humaine, sublimée par la performance éblouissante de Karina Marimon. Une Joconde caustique et érudite Laurent Ruquier déploie ici tout son talent pour marier l’histoire à l’humour. Le texte oscille entre anecdotes historiques méconnues, observations caustiques et réflexions savoureuses sur notre fascination moderne pour l’art. Mona Lisa se livre : ses débuts sous le pinceau de Léonard de Vinci, ses rivalités avec d’autres œuvres, le vol spectaculaire de 1911, ou encore les agressions absurdes qu’elle a subies. Ce mélange d’érudition et de satire s’équilibre à merveille, captivant tout autant qu’il amuse. La mise en scène ingénieuse de Rodolphe Sand renforce l’impact du texte en insufflant un rythme soutenu et une fantaisie décomplexée. Entre surprises scéniques et moments d’émotion, cette pièce se révèle à la fois accessible et palpitante. Karina Marimon : une artiste totale Si le texte brille, Karina Marimon en est l’âme vibrante. Dès ses premières répliques, elle capture l’attention de la salle. Avec une voix puissante et une diction impeccable, elle passe de l’humour à l’émotion avec une fluidité déconcertante. Son charisme, allié à son talent pour établir une complicité instantanée avec le public, fait d’elle une interprète inoubliable. Marimon n’incarne pas seulement la Joconde, elle la réinvente : espiègle, caustique, et d’une humanité désarmante, elle transforme ce personnage iconique en une figure contemporaine proche de nous. Une soirée inoubliable En une heure, La Joconde parle enfin réussit l’exploit d’allier rire, savoir et émotion. La plume incisive de Laurent Ruquier, conjuguée à la performance magistrale de Karina Marimon, fait de cette pièce un incontournable. Après cette expérience théâtrale, impossible de regarder Mona Lisa de la même façon. Si vous cherchez une soirée divertissante, surprenante et enrichissante, La Joconde parle enfin est un spectacle à ne surtout pas manquer. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 LA JOCONDE PARLE ENFIN Un spectacle de Laurent Ruquier Mise en scène Rodolphe Sand Avec KARINA MARIMON Musique Romain Trouillet • Scénographie Lucie Joliot • Lumières Denis Schlepp • Costumes Fleur Demery Crédit photo Fabienne Rappeneau STUDIO DES CHAMPS ELYSEES Jusqu’au 30 mars 2025 • Du jeudi au samedi à 21h. Le dimanche à 16h • Durée : 1h10


















