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- “Les Petites Bêtes” : Un monde de brutes dans un univers de douceur
“ Les Petites Bêtes ” de Delphine Théodore est une pièce de théâtre qui se présente comme un conte moderne, mêlant onirisme et drame psychologique, et entraîne le spectateur dans les profondeurs des relations humaines, à la fois complexes et inextricables. À travers un trio féminin bouleversant, l’autrice et metteuse en scène dissèque les mécanismes insidieux de l’emprise, ce lien invisible et toxique qui se dissimule sous le masque de l’amour. La scénographie est d’une poésie rare, jouant sur l’apparence trompeuse d’un univers doux et gracieux. Tout semble délicat, mais tout est danger. Une forêt mystérieuse s’approche, les bruits s’amplifient, les ombres s’allongent. C’est comme si l’on regardait à travers un trou de serrure, fascinés et terrifiés à la fois. Cette mise en scène, ciselée et minutieuse, évoque avec une force visuelle remarquable les souvenirs d’enfance qui hantent les personnages, cristallisant leurs douleurs et leurs désirs. Le jeu des actrices et les chorégraphies, parfaitement accordé, propose une expérience à mi-chemin entre théâtre et danse. Par moments, le temps semble s’arrêter, les gestes deviennent des images suspendues, comme des souvenirs marquants surgissant d’un passé enfoui. Cette oscillation entre mouvement et immobilité, entre rêve et réalité, donne à la pièce une dimension profondément poétique, presque hypnotique. La voix de Mathieu Amalric, douce et grave, agit comme un fil narratif bienveillant mais ambigu. Elle accompagne les spectateurs dans cette exploration intime et troublante, jouant sur le contraste entre la douceur du conte et la menace larvée qu’il contient. Une menace amplifiée par la masculinité qui rôde discrètement dans cet univers féminin, comme une ombre silencieuse et ambiguë. Le texte regorge de doubles sens et de nuances. La grand-mère, sous des airs bienveillants, est une figure tyrannique ; la mère, dévouée à outrance, est prisonnière de son rôle ; et la petite fille, loin d’être une victime passive, finit par trouver en elle la force de briser ce cycle destructeur. Ici, tout est ambiguïté : les gentils ne sont pas si gentils, les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit, et le salut réside souvent là où on ne l’attend pas. La symbolique du Petit Chaperon rouge traverse l’œuvre, convoquant l’imaginaire collectif pour mieux le détourner. La forêt devient le théâtre des premières peurs, des premiers choix, mais aussi de la première libération. La petite fille, qui croyait devoir sauver sa mère, découvre finalement ses propres désirs et apprend à les suivre, au prix d’une transformation aussi inquiétante que libératrice. “Les Petites Bêtes” est un spectacle tout en nuances, où la violence sous-jacente est contrebalancée par une esthétique d’une rare délicatesse. Ce jeu constant entre douceur et brutalité, entre rêve et cauchemar, confère à la pièce une puissance émotionnelle qui marque profondément. Delphine Théodore offre ici une œuvre d’une grande justesse, touchant à l’intime et à l’universel, et rappelle combien nos “petites bêtes” intérieures peuvent être à la fois des chaînes et des forces libératrices. Un spectacle, pour tous ceux qui veulent plonger dans un théâtre qui explore avec une grâce infinie les recoins les plus troubles de l’âme humaine. Avis de Foudart 🅵🅵 Les Petites Bêtes Texte et mise en scène Delphine Théodore Dramaturgie Valérie Théodore Avec Mathieu Amalric (voix enregistrée), Claire Aveline, Amandine Dewasmes, Louise Legendre Collaboration artistique Sandra Choquet • Chorégraphie Rémi Boissy • Scénographie James Brandily • Création lumières Pascal Noël • Costumes Siegrid Petit-Imbert • Création son Lucas Lelièvre • Création marionnettes Sébastien Puech • Marionettes te Delphine Théodore Crédit photo © Anne-Cécile Pistenon Théâtre 13 - Site Bibliothèque Du mercredi 8 au vendredi 24 janvier 2025 du lundi au vendredi à 20h, le samedi à 18h, relâche le dimanche • Durée 1h40 • À partir de 14 ans TOURNÉE 25 Les 29 et 30 janvier 2025 Grand R Scène nationale de La Roche-sur-Yon
- Un souffle d’audace sur scène : « Birgit Kabarett #6 – Joyeuses Fêtes »
Avec « Birgit Kabarett # 6 – Joyeuses Fêtes », le Birgit Ensemble frappe encore un grand coup. Ce cabaret politique, conçu avec une énergie détonante, mêle satire, burlesque et musique pour dresser un portrait acéré de l’actualité politique française et européenne. Conçu en quelques semaines seulement, le spectacle incarne un défi artistique et organisationnel digne des funambules qu’il caricature sur scène. Un pari fou, brillamment relevé Le concept du Birgit Kabarett repose sur une réinvention perpétuelle. Chaque opus est un miroir de l’actualité, remodelé à partir d’une trame fixe. Écriture, composition musicale, répétitions : tout est orchestré dans un temps record, donnant au spectacle une spontanéité rafraîchissante. Ce sixième épisode, créé à l’occasion des fêtes de fin d’année, s’attaque aux grands noms de la politique avec un humour mordant et une légèreté savamment dosée. Le spectacle s’ouvre sur les vœux présidentiels d’Emmanuel Macron, rapidement détournés en une réjouissante farce où Bernard Arnault et Vincent Bolloré s’invitent sur scène, symboles d’un capitalisme effréné. La caricature s’intensifie avec l’arrivée de figures politiques comme Éric Ciotti, François Bayrou ou encore une délégation fictive de la GAD (Gauche en Danger) menée par Marine Tondelier. Ce casting bigarré est incarné par des comédiennes aux transformations époustouflantes, capables de passer d’un personnage à l’autre en un clin d’œil. Un cabaret au croisement des genres Inspiré des cabarets brechtiens, Birgit # 6 réactualise le genre en mêlant théâtre, chanson, et satire. La musique, composée par Grégoire Letouvet sur des paroles de Romain Maron, est le pilier du spectacle. Ces chansons originales, oscillant entre critique acerbe et absurdité festive, captivent par leur précision textuelle et leur finesse musicale. Les deux maîtresses de cérémonie, Julie Bertin et Jade Herbulot, insufflent une énergie débordante à la soirée, tout en établissant une proximité chaleureuse avec le public. L’inclusion des spectateurs est d’ailleurs l’une des forces du dispositif. Selon les lieux, la mise en scène peut prendre des formes variées : du café-concert intimiste aux plateaux théâtraux plus classiques. Cette modularité renforce l’impression d’assister à une performance unique, en prise directe avec l’actualité. Entre satire et réflexion : un spectacle nécessaire « Joyeuses Fêtes » séduit par sa capacité à croquer avec malice les travers de nos dirigeants tout en évitant les écueils du pastiche simpliste. À la manière des Guignols de l’info ou de l’esprit de Coluche, le cabaret offre un regard critique et distancié sur le théâtre politique. Julie Bertin et Jade Herbulot, loin de sombrer dans la caricature grossière, adoptent une posture d’observatrices naïves, jouant avec intelligence sur les absurdités des discours et des décisions. Cette satire équilibrée, qui égratigne autant la droite que la gauche, constitue un espace rare où les divergences politiques peuvent coexister. Le spectacle pose une question essentielle : comment rire ensemble dans une société de plus en plus polarisée ? En réponse, le Birgit Kabarett propose une détente salvatrice, tout en maintenant une réflexion critique. Un théâtre au féminin, un engagement subtil Fait remarquable, le cabaret est intégralement porté par des femmes, un choix revendiqué comme un clin d’œil à la place souvent marginalisée des femmes dans la satire politique. Les comédiennes, virtuoses dans leurs interprétations, donnent vie à des personnages variés, passant de la sobriété grinçante à la folie douce. Une ode à l’audace Birgit Kabarett # 6 n’est pas seulement une soirée de rires et de chansons, c’est une expérience théâtrale à part entière. Entre humour corrosif, critique sociale et célébration festive, ce cabaret politique réaffirme le rôle du théâtre comme miroir de son époque. Une performance à ne pas manquer pour ceux qui cherchent à se délecter de l’actualité tout en se questionnant sur ses absurdités. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Birgit Kabarett # 6 – Joyeuses Fêtes Conception, écriture et mise en scène Julie Bertin et Jade Herbulot / Le Birgit Ensemble Composition et arrangements Grégoire Letouvet , Paroles Romain Maron Comédiennes et chanteuses Pauline Deshons, Anna Fournier, Morgane Nairaud en alternance avec Manika Auxire, Marie Sambourg Musiciens Grégoire Letouvet et Alexandre Perrot Crédit photo ©Christophe Raynaud de Lage Théâtre Gérard Philipe – Centre Dramatique National de Saint-Denis Du 8 au 19 janvier 2025 • Du lun. au ven. à 20h, sam. à 18h, dim. à 15h30, relâche le mardi • Durée estimée 1h45 • À partir de 15 ans Tournée 17 et 18 décembre 2024, L'Azimut, Châtenay-Malabry (92) 20 et 21 décembre 2024 , Le Volcan, Le Havre (76) 23 et 24 janvier 2025, Théâtre de Châtillon (92)
- L'Événement: Une Pièce de Théâtre Poignante Tirée de l'Œuvre d'Annie Ernaux
Dans une mise en scène sobre et puissante, Marianne Basler donne vie sur les planches du Théâtre de l'Atelier à "L'Événement", adapté du livre éponyme d'Annie Ernaux, lauréate du Prix Nobel de Littérature 2022. Cette pièce, par sa simplicité scénique - une femme en noir, une table, une chaise, sur un fond tout aussi noir - met en lumière le combat solitaire et douloureux d'Ernaux face à une grossesse non désirée et à un avortement clandestin dans la France des années 60, époque où ces actes étaient illégaux et socialement réprouvés. La force de cette adaptation réside dans sa capacité à transposer avec fidélité et intensité le récit autobiographique d'Ernaux, transformant son expérience personnelle en un message universel sur le droit des femmes à disposer de leur corps. La prestation de Basler, tout en retenue et profondeur, capte l'essence du texte d'Ernaux, rendant palpable la douleur, la peur, et la détermination de l'auteure. Annie Ernaux: Une Vie, Un Combat Annie Ernaux, née en 1940, a grandi en Normandie dans un milieu modeste. Son œuvre, profondément ancrée dans son expérience personnelle, explore les thèmes de la classe sociale, de la sexualité, de l'autonomie corporelle et de la condition féminine. "L'Événement", publié en 2000, représente un jalon clé dans son parcours d'écriture, offrant un témoignage cru et direct sur l'avortement clandestin qu'elle a subi dans sa jeunesse. Le Spectacle: Un Choc et un Bonheur La mise en scène de "L'Événement" par Marianne Basler est une leçon de théâtre par sa maîtrise parfaite des éléments scéniques et de la narration. Le spectacle engage le public dans une réflexion sur les droits des femmes et la fragilité des acquis sociaux, dans un contexte où l'avortement et la liberté de choix restent des sujets de débat. La performance épurée mais captivante invite à un dialogue nécessaire sur ces questions toujours d'actualité. Un Message Universel et Actuel Au-delà du récit personnel d'Annie Ernaux, "L'Événement" au théâtre de l'Atelier réaffirme l'importance de la liberté de choix et la lutte contre le silence imposé aux femmes. Dans une époque où les droits acquis sont sans cesse remis en question, la pièce rappelle avec force que le ventre des femmes ne peut être le réceptacle d'une vie non choisie et souligne l'importance de défendre cette liberté fondamentale. La lecture publique de ce texte, l'été dernier, a révélé la richesse des dialogues qu'il suscite, inspirant Basler à partager cette histoire sur scène. "L'Événement" est ainsi devenu un espace de mémoire et de réflexion, un lieu où la parole se libère et où le passé éclaire le présent. Aujourd’hui, en portant "L'Événement" d'Annie Ernaux sur scène, Marianne Basler ne se contente pas de rendre hommage à l'œuvre de l'auteure; elle nous engage aussi dans une réflexion profonde sur les enjeux sociétaux et les droits des femmes. Cette adaptation théâtrale, par sa force évocatrice et son interprétation magistrale, marque les esprits et rappelle l'importance du théâtre comme lieu de dialogue et de prise de conscience collective. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 L’ÉVÈNEMENT D’après le texte d’Annie Ernaux Édité aux éditions Gallimard Mise en scène et interprétation Marianne Basler Collaboration artistique Jean-Philippe Puymartin Création lumière Robin Laporte Voix et sons Célestine de Williencourt Photographie © Pascal Gély THÉÂTRE DE L’ATELIER Du 13 février au 27 mars 2024 • Le mardi et mercredi à 19h • Durée 1h
- Différente – Une ode flamboyante à la vie et à l’acceptation de soi
Carolina, la diva internationale à la mèche rouge, signe un retour éclatant sur les scènes parisiennes avec Différente , un seul en scène qui transcende les frontières entre théâtre, cabaret et confession publique. Couronné du prix du Meilleur Seul en Scène au Festival Off d’Avignon 2024, ce spectacle marque un tournant dans la carrière d’une artiste qui n’a jamais cessé de célébrer l’amour, la différence et la liberté d’être soi-même. Dès les premières minutes, Carolina nous emporte dans son univers bigarré, un maelstrom d’émotions mêlant chansons populaires, anecdotes personnelles et éclats de rire. Sa voix chaude et puissante, aux accents qui roucoulent, revisite avec malice et émotion le répertoire de la chanson française, de grands classiques à des titres contemporains, auxquels elle insuffle une touche unique en réécrivant parfois les paroles. Elle joue avec son public, entre confidences sincères et humour piquant, dans un jeu de séduction irrésistible qui captive du début à la fin. Un spectacle riche en couleurs et en profondeur Le spectacle brille par son équilibre entre légèreté et gravité. Derrière les paillettes, les plumes et les tenues extravagantes, Carolina dévoile une sensibilité à fleur de peau. Elle nous parle de son enfance en Espagne, de ses amours contrariées, de ses mésaventures à l’étranger et, surtout, de sa quête d’acceptation dans un monde souvent prompt à juger. Ces récits, entrecoupés de chansons et de moments burlesques, touchent au cœur. Mention spéciale à l’hommage émouvant qu’elle rend à son père, un moment suspendu qui contraste avec l’énergie explosive du reste du show. Une mise en scène inventive La mise en scène signée Rémi Cotta est un véritable écrin pour l’univers de Carolina. Jeux de lumières, scénographie dynamique et transitions fluides entre narration et chansons subliment la performance de l’artiste. Chaque détail semble pensé pour amplifier la magie du spectacle, sans jamais tomber dans l’excès. Une performance totale Miguel-Ange Sarmiento, qui prête son corps et sa voix à Carolina depuis 2009, livre ici une performance magistrale. Son talent protéiforme – il est chanteur, acteur et auteur – s’exprime pleinement dans ce rôle. Carolina, loin d’être une simple caricature, devient un personnage profondément humain et universel, incarnant la résilience et la joie de vivre. Une invitation à la tolérance Différente est une déclaration d’amour à la vie, une célébration de la tolérance et de l’authenticité. En une soirée, Carolina parvient à illuminer les cœurs, à apaiser les âmes et à rappeler que la différence est une richesse. Différente est un véritable remède contre la morosité. Drôle, émouvant et flamboyant, ce show est une expérience à ne pas manquer. Carolina nous prouve, une fois de plus, qu’elle est bien plus qu’une star internationale : elle est une source d’inspiration, un hymne vivant à la liberté d’être soi-même. À voir sans modération ! Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Différente Un spectacle de Miguel-Ange Sarmiento Mise en scène et scénographie Rémi Cotta Création lumières James Groguelin Collaboration Artistique Claude Monnoyeur PRIX DU MEILLEUR SEUL EN SCENE FESTIVAL OFF AVIGNON 2024 COMEDIE BASTILLE Actuellement • Les mercredis et vendredis à 21h • Durée 1h20
- Élémentaire : Le saut dans le vide de Sébastien Bravard
Dans son seul-en-scène Élémentaire , Sébastien Bravard nous entraîne dans une aventure hors du commun : celle d’un comédien qui se transforme en professeur des écoles. Inspiré par son propre parcours, il offre un récit bouleversant et lumineux, à mi-chemin entre humour, tendresse et réflexion sur l’art de transmettre. Une double vocation, un récit inspirant Comédien confirmé, habitué aux planches des grands théâtres, Sébastien Bravard ressent, après les attentats de 2015, un besoin impérieux : celui de “se rendre utile” . En 2017, il échange les projecteurs de la scène pour le tableau blanc d’une classe de CM1 en tant que professeur stagiaire. Ce saut dans l’inconnu devient le fil conducteur d’un spectacle profondément humain, où il raconte avec une sincérité désarmante ses premiers pas dans le monde de l’éducation. Mais Élémentaire n’est pas un simple florilège d’anecdotes scolaires – bien qu’elles soient souvent savoureuses et émouvantes. Bravard explore bien plus : il tisse un parallèle fascinant entre l’art théâtral et l’enseignement. Dans les deux mondes, il s’agit de captiver, de transmettre, d’unir. Une mise en scène sobre et puissante Sous l’œil attentif de Clément Poirée, la mise en scène se fait discrète pour mieux laisser place à l’essentiel : l’élégance et l’intensité de l’acteur . Une scénographie minimaliste met en lumière son talent brut et son regard empreint de poésie sur l’enfance. Bravard décrit ce moment de la vie comme un “âge des possibles” , un terrain fertile où l’imaginaire et l’apprentissage se croisent. Les parallèles qu’il trace entre la classe et la scène sont d’une justesse captivante. Il compare le silence respectueux d’élèves absorbés par une lecture à celui d’un public suspendu aux mots d’un comédien. Ces moments suspendus, où la magie opère, sont le cœur vibrant d’Élémentaire . Un acteur touchant, un propos universel Sébastien Bravard éblouit par sa capacité à mêler sensibilité, humour et profondeur. Il incarne avec authenticité cette double identité : celle d’un artiste passionné et d’un enseignant investi. Ses anecdotes – des absurdités administratives de l’Éducation nationale aux remarques candides et désarmantes de ses élèves – sont racontées avec une simplicité qui touche au cœur. Mais Élémentaire va bien au-delà de l’histoire personnelle. Le spectacle pose des questions essentielles : Qu’est-ce que transmettre ? Comment accompagner l’enfance, ce moment fragile où tout se joue ? Bravard ne donne pas de réponses toutes faites, mais invite le spectateur à réfléchir sur le rôle fondamental de l’éducation dans la construction de la société. Une transition lumineuse entre deux mondes Entre défis et accomplissements, Élémentaire est bien plus qu’un témoignage : c’est une célébration des liens humains et des vocations qui façonnent le monde. Bravard nous rappelle que l’enseignement, comme le théâtre, est un art de la rencontre, un espace où se tissent des histoires, des émotions et des souvenirs. À la fin de la représentation, on quitte la salle avec une double émotion : celle de regretter de ne pas avoir eu un professeur comme lui, et celle de la gratitude pour cette expérience théâtrale unique. Élémentaire est une véritable leçon d’humanité, une invitation à redécouvrir la vie avec des yeux d’enfant, et un hommage vibrant à la transmission. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Élémentaire Texte & interprétation Sébastien Bravard Mise en scène Clément Poirée Scénographie Erwan Creff Éclairagiste Carlos Perez Musique et son Stéphanie Gibert Crédit photo Bernard-Michel Palazon THÉÂTRE DE BELLEVILLE Du dimanche 5 janvier au dimanche 30 mars 2025 • Mer. 19h15, Jeu. 19h15, Ven. 21h15, Sam. 21h15, Dim. 15h • Durée 1h10 • À partir de 10 ans Tournée 6 mai 2025 Théâtre de Charleville-Mezières Charleville-Mézières (8)
- Les ContreSoirées du Contrescarpe, un cabaret burlesque qui renverse les codes
Si vous pensiez que le cabaret burlesque était une simple histoire de plumes et de paillettes, détrompez-vous. Les ContreSoirées du Contrescarpe, qui prennent leurs quartiers chaque dimanche soir, dépoussièrent le genre et insufflent une énergie explosive dans la scène parisienne. À l’affiche, des spectacles où l’effeuillage s’accompagne d’humour, de théâtre, de danse, et même de stand-up. Retour sur une programmation aussi éclectique qu’exaltante. Un vent de fraîcheur burlesque Le concept des ContreSoirées repose sur une volonté de réinventer le cabaret en y mêlant des disciplines variées et des univers singuliers. Miss Glitter Painkiller , avec son « Karao’Boobs », donne le ton en mêlant karaoké et effeuillage dans une ambiance festive et décomplexée. On passe ensuite au Cabaret du Fruit Défendu , une revisite audacieuse du mythe d’Adam et Ève sous la houlette du piquant Vicomte Harbourg , où humour et sensualité s’entrelacent pour mieux défier les codes moraux. Côté humour, Fanny Spinetta et son « Paillettes de Comedy String » nous offrent un mélange inédit de stand-up et de burlesque. Mention spéciale à La Cabarette de Rico Tourky-Brille , un spectacle transgressif qui joue sur les genres et renverse les stéréotypes, tout en conservant ce qui fait la force du burlesque : l’art du teasing et l’effeuillage chic. Un art qui ne se prend pas au sérieux Le burlesque, ici, est bien plus qu’un effeuillage sensuel. Chaque numéro est une déclaration, un manifeste joyeux où les artistes se moquent des conventions tout en célébrant le corps et l’expression individuelle. Valentina Del Pearls , directrice du Burlesque Klub, excelle dans l’art du décalage avec des mises en scène rétro et des personnages subversifs. Un spectacle total Plumes, paillettes, chorégraphies endiablées et costumes somptueux : tout est conçu pour nous transporter dans un univers à la fois enchanteur et insolent. L’esthétique rétro des danseuses, évoquant les pin-ups des années 50, marie glamour et audace avec brio. Les artistes jouent subtilement avec les attentes du public, cultivant un art du tease où la suggestion l’emporte sur l’exhibition. L’effeuillage burlesque, loin de toute vulgarité, se révèle ici comme un art raffiné, misant sur la finesse et l’imaginaire. Les ContreSoirées du Contrescarpe ne cherchent pas seulement à séduire : elles émancipent. Dans une ambiance chaleureuse et inclusive, elles invitent le spectateur à rire, rêver, et s’abandonner à un moment de légèreté et de joie. Bien plus qu’un simple spectacle, c’est une véritable philosophie, une célébration de l’acceptation de soi et de la liberté. Fun, sexy, drôle, et toujours élégant, ce cabaret burlesque revisité est une pépite théâtrale qui promet de réchauffer vos dimanches d’hiver. Une expérience unique à vivre absolument. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Les ContreSoirées du Contrescarpe Le Contrescarpe Une série de spectacle de Valentina del Pearls • Durée 1h15 Jusqu'au 5 janvier, 20h le dimanche
- Le Ring de Katharsy : Une dystopie hybride et percutante
Avec Le Ring de Katharsy , Alice Laloy fait plus que brouiller les pistes entre jeu vidéo et théâtre : elle crée un espace scénique frontal, un ring en suspension où l’affrontement, la consommation et la manipulation s’entremêlent jusqu’à la transe. Ici, les objets — vêtements, meubles, machines — chutent du plafond comme autant de désirs matérialisés, déchaînant les luttes frénétiques de joueurs qui manipulent leurs avatars. Cette mécanique, à la fois simple et implacable, évoque un “Black Friday” permanent, un marché aux illusions qui reflète crûment la brutalité de nos appétits contemporains. Une dystopie du divertissement Laloy pousse le curseur jusqu’à la dystopie pure : tout se joue sur un ring, comme dans un jeu vidéo dont les règles auraient absorbé le vivant. Les avatars, silhouettes déshumanisées, deviennent pions d’un spectacle où le pouvoir et la domination sont instillés par les joueurs. Les rapports de force sont exacerbés, sans concession, jusqu’à ce que la rébellion des créatures manipulées vienne fissurer l’édifice. L’ultime soulèvement renverse la logique établie, rappelant que derrière chaque marionnette se cache une humanité trop longtemps tenue en laisse. Une scénographie froide, des objets-acteurs redoutables La force de cette création réside autant dans son dispositif scénographique que dans son propos. Le choix d’un monochrome gris, neutre et impersonnel, plonge le spectateur dans un univers glacé, sans ancrage ni répit. Les objets, tour à tour accessoires et catalyseurs dramatiques, deviennent des protagonistes à part entière. Ils ne sont pas de simples témoins de la déshumanisation : ils en sont l’instrument, le miroir et la cause, révélant la vacuité du désir consumériste. La musique comme contrepoint sensible Dans cet univers sec et violent, la musique tranche comme une lame inattendue. Les intermèdes chantés par Katharsy, soprano hypnotique, et par les acteurs eux-mêmes, instaurent de brefs moments de répit onirique. Cette parenthèse musicale, en contraste total avec la rugosité des affrontements, rappelle que la sensibilité et l’émotion peuvent surgir au cœur même du chaos. Pourtant, ce souffle poétique ne fait que souligner la mécanique froide et implacable qui reprend aussitôt le dessus. Une réflexion sur la manipulation et le besoin de catharsis Au-delà du spectacle visuel, Le Ring de Katharsy interroge en profondeur nos désirs de divertissement extrême, nos pulsions manipulatrices et notre soif d’émotions fortes. Laloy met en parallèle le théâtre et le jeu vidéo : deux espaces de catharsis où l’on croit pouvoir tout oser sans conséquences. Mais cet exutoire a un prix. La manipulation n’est pas qu’un acte scénique, elle s’infiltre partout — entre créateur et créature, entre société et individu, entre le public et l’œuvre. Qui dirige réellement qui ? Qui tire les ficelles, et à quelle fin ? La pièce ne répond pas directement, mais force le spectateur à s’interroger, à confronter sa propre position de voyeur-joueur. Un théâtre-révélation, à la lisière de l’expérience sensorielle Le Ring de Katharsy ne se laisse pas facilement classer. C’est une œuvre totalisante, un théâtre-objet de la dernière extrémité, où les codes du spectacle vivant fusionnent avec une logique vidéoludique jusqu’à l’absurde. La simplicité des règles apparentes cache une orchestration scénographique minutieuse et des performances d’acteurs-athlètes impressionnantes, qui confèrent au show une grande intensité. De match en match, d’objet en objet, la tension monte, et le spectateur se retrouve prisonnier d’un système dont il ne sait plus s’il doit applaudir ou s’indigner. Une expérience incontournable de théâtre contemporain En créant cette dystopie hybride, Alice Laloy offre plus qu’un spectacle : elle tend un miroir sans concession à notre époque consumériste et ultra-compétitive. Le Ring de Katharsy est un coup de poing scénique, une expérience qui remue, bouscule et force la réflexion. Au-delà de l’esthétique, c’est une parole engagée qui réaffirme la capacité du théâtre à provoquer, à questionner et à bouleverser. Un incontournable pour ceux qui cherchent, dans le chaos des nouvelles formes artistiques, un sens et une émotion à fleur de peau. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Le Ring de Katharsy Conception et mise en scène Alice Laloy Avec Coralie Arnoult, Lucille Chalopin, Alberto Diaz, Camille Guillaume, Dominique Joannon, Antoine Maitrias, Nilda Martinez, Antoine Mermet, Maxime Steffan et Marion Tassou Collaboration artistique Stéphanie Farison • Collaboration chorégraphique Stéphanie Chêne • Scénographie Jane Joyet • Création lumière César Godefroy • Composition musicale Csaba Palotaï • Écriture sonique Géraldine Foucault Crédit photo © Simon Gosselin T2G THÉÂTRE DE GENNEVILLIERS Du 5 au 16 décembre 2024 • lundi, jeudi, vendredi à 20h, samedi à 18h,dimanche à 16h • Durée 1h30 Tournée Les 9 et 10 janvier 2025 La Rose des Vents — Scène Nationale Lille Métropole Villeneuve d’Ascq Du 26 février au 1er mars 2024 Théâtre Olympia — CDN Tours Les 13 et 14 mars 2025 Théâtre 71, Malakoff Scène Nationale, dans le cadre du Festival MARTO Les 20 au 21 mars 2025 Théâtre d'Orléans — Scène Nationale Les 3 et 4 avril 2025 Théâtre de l’Union — CDN Limoges
- Madame Ose Bashung : un cabaret audacieux et envoûtant
Sébastien Vion et ses acolytes osent tout. Avec Madame Ose Bashung , le répertoire sombre et poétique d’Alain Bashung rencontre le glamour exubérant du cabaret. Sur scène, Corinne, Patachtouille et Brenda Mour, parées de talons vertigineux, de perruques apprêtées et d’une audace insolente, réinventent ces chansons intemporelles avec une énergie débordante. Accompagnées par un orchestre électrisant et un quatuor à cordes du Rainbow Symphony Orchestra, ces créatures de la nuit transcendent l’héritage de Bashung pour en faire une célébration unique. Dès les premières notes, le spectacle désarçonne. Pas de simple hommage ici : les chansons de Bashung, des plus célèbres ( Osez Joséphine , Vertige de l’amour ) aux plus confidentielles ( Je tuerai la pianiste , Je fume pour oublier que tu bois ), sont déconstruites, reconstruites, sublimées. La mise en scène, ponctuée de projections vidéo et de décors extravagants, brouille les repères. On passe d’un saloon poussiéreux à un lit gonflable, ou d’un ring de catch à des univers plus oniriques et érotiques. Des performances saisissantes Les trois interprètes ne se contentent pas de chanter : ils incarnent chaque chanson avec une intensité remarquable. Corinne, interprétée par Sébastien Vion, mène la danse avec une gravité sous-jacente et une ironie mordante. Patachtouille, tour à tour hystérique et bouleversante, apporte une folie maîtrisée, tandis que Brenda Mour séduit par sa sensualité rauque et une présence scénique captivante. Les voix, oscillant entre blues, rock et cabaret, rendent hommage au génie de Bashung tout en affirmant une identité propre. Ici, pas d’imitation, mais une réinterprétation audacieuse qui met à nu la profondeur des textes et la complexité des émotions. Sous le strass et les paillettes, on retrouve une authenticité désarmante. L’héritage de Bashung transcendé Le spectacle met en lumière la richesse du répertoire de Bashung, mêlant poésie énigmatique, amour dézingué et douce violence. La scénographie accentue cette dualité, entre glamour et noirceur, dérision et gravité. Les chansons deviennent autant de voyages introspectifs, partagés avec un public tour à tour bouleversé et émerveillé. L’apothéose survient avec Madame rêve , où les créatures laissent tomber leurs artifices pour offrir une interprétation dépouillée, d’une beauté à couper le souffle. Ce final inattendu vient rappeler que, derrière l’exubérance et la provocation, se cache une sincérité désarmante. Un cabaret politique et universel Au-delà du simple spectacle, Madame Ose Bashung est aussi un geste politique. En confrontant l’univers masculin de Bashung à celui, subversif et transgressif, du cabaret, les artistes remettent en question les normes de genre et les conventions artistiques. Ils démontrent que ces univers, loin de s’opposer, se complètent et s’enrichissent mutuellement. Madame Ose Bashung est bien plus qu’un hommage : c’est une réinvention jubilatoire et poignante du répertoire d’Alain Bashung. Entre humour et émotion, extravagance et profondeur, ce spectacle célèbre la liberté artistique dans tout ce qu’elle a de plus éclatant. Un véritable bijou de cabaret, porté par des artistes incroyablement talentueux. À ne pas manquer. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Madame Ose Bashung Conception et mise en scène Sébastien Vion Arrangements Damien Chauvin Avec Sébastien Vion, Kova Rea, Julien Fanthou, Quentin Signori • Musicien Delphine Dussaux ou Charly Voodoo, Christophe Rodomisto, Juliette Belliard, Adrien Legendre, Laurent Lescane, Vladimir Spach Crédit photo © Monsieur GAC THÉÂTRE DU ROND-POINT 12 — 28 décembre 2024 • Du mardi au vendredi, 21h. Samedi, 20h - dimanche, 17h • Durée 1h15
- Cartoon ou N’Essayez pas ça chez vous : Une plongée tourbillonnante dans l’univers du cartoon
Avec Cartoon ou N’Essayez pas ça chez vous ! , actuellement sur la scène du Théâtre de Paris Villette, préparez-vous à vivre une expérience théâtrale inoubliable en famille. La Compagnie de Louise et la vision inventive d’Odile Grosset-Grange donnent naissance à un spectacle unique, mêlant magie, marionnettes, scénographie graphique et humour pour explorer, avec finesse et légèreté, les grandes questions de la condition humaine à travers une fable captivante et joyeusement décalée. Une histoire déjantée, mais essentielle Le point de départ est aussi absurde que génial : la famille Normal, résidents de Normal-Ville, semble incarner la banalité parfaite, sauf qu’ils sont… des personnages de cartoon. Ils ne vieillissent pas, ne ressentent pas la douleur et recommencent chaque jour à zéro, sans souvenirs ni conséquences. Mais tout bascule lorsqu’une potion transforme Jimmy, le fils, en humain “normal”, capable de grandir, souffrir et, un jour, mourir. Le texte de Mike Kenny brille par sa capacité à enchaîner des situations rocambolesques – des explosions de maison aux aventures spatiales – tout en explorant des questions existentielles universelles : Qu’est-ce qui fait le sel de la vie ? Est-il préférable d’être immortel mais sans passé, ou humain, avec toutes les douleurs et joies que cela implique ? Cette dualité, à la fois hilarante et poignante, trouve un écho puissant dans la mise en scène inventive de Grosset-Grange. Une mise en scène virtuose et audacieuse Odile Grosset-Grange donne vie à cet univers avec une créativité débordante. La scénographie, imaginée par Stephan Zimmerli, plonge le spectateur dans un décor monochrome de kraft et de bleu qui évoque les esquisses en perpétuel mouvement. Le choix de marier des éléments graphiques inspirés de Francis Bacon à des accessoires cartoonesques confère à la pièce une esthétique unique et fascinante. La magie nouvelle, orchestrée par Vincent Wüthrich, est une des grandes réussites du spectacle : des personnages marchant dans le vide, des effets visuels surprenants, tout semble possible. Cette magie soutient la narration tout en amplifiant le caractère irréel des situations. Les marionnettes, créées par Brice Berthoud et Caroline Dubuisson, incarnent le bébé, le chien et le poisson rouge. Elles s’intègrent harmonieusement à la troupe de comédiens, dont le jeu physique impressionne. Chaque acteur, de François Chary à Delphine Lamand, apporte une énergie explosive et un sens du rythme digne des cartoons, oscillant entre accélérations burlesques et pauses comiques. Un spectacle total pour tous les âges Ce qui distingue véritablement Cartoon , c’est sa capacité à parler à toutes les générations. Les enfants s’émerveillent devant les péripéties abracadabrantes et les effets visuels spectaculaires, tandis que les adultes savourent les réflexions philosophiques sur la vie, la mort et la quête de sens. La musique électro émotive de Vincent Hulot, enrichie de bruitages cartoonesques, et les lumières colorées d’Erwan Tassel contribuent à créer une atmosphère immersive, tour à tour hilarante et mélancolique. Un triomphe du théâtre jeune public Avec Cartoon , Mike Kenny et la Compagnie de Louise réussissent un tour de force : un spectacle qui allie virtuosité technique, profondeur narrative et accessibilité. Derrière les éclats de rire et les acrobaties, se cache une réflexion poignante sur ce qui fait la valeur d’une vie. Ce théâtre “tout public” démontre qu’il est possible d’être ambitieux et exigeant, sans perdre de vue la nécessité d’émerveiller. Cartoon est bien plus qu’un divertissement : c’est une ode à la complexité de l’existence, livrée avec une énergie communicative et une générosité sans faille. À ne pas manquer, que l’on soit enfant ou adulte, car, comme le spectacle le rappelle avec malice et profondeur, vivre, c’est aussi accepter de changer, de souffrir et, finalement, de laisser une trace. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 CARTOON OU N’ESSAYEZ PAS ÇA CHEZ VOUS ! Texte Mike Kenny Traduction Séverine Magois Mise en scène Odile Grosset-Grange Avec François Chary, Julien Cigana, Antonin Dufeutrelle, Delphine Lamand, Pierre Lefebvre-Adrien, Pauline Vaubaillon Scénographie Stephan Zimmerli • Lumières Erwan Tassel • Conception machinerie et magie Vincent Wüthrich • Création musicale et son Vincent Hulot • Costumes Séverine Thiebault • Chorégraphe Gianni Joseph Crédit photo Christophe Raynaud de Lage THÉÂTRE PARIS VILLETTE Du 13 décembre 2024 au 5 janvier 2025 • À différents horaires • À partir de 7 ans • Durée 1h10 TOURNÉE Vendredi 4 avril – 10h et 14h30 Samedi 5 avril - 19h • Espace des Arts, Scène nationale / Chalon-sur-Saône (71)
- Kolizion : Une sublime odyssée intime
Dans une mise en scène magistrale signée par Nasser Djemaï, Kolizion transcende les frontières du théâtre traditionnel pour offrir une expérience profondément poétique et existentielle. Portée par le talent remarquable de Radouan Leflahi, cette pièce est une fable moderne qui interroge avec subtilité le sens que nous donnons à nos vies. Une mise en scène millimétrée, une scénographie évocatrice Le spectacle s’ouvre dans un noir total, laissant émerger la voix grave et envoûtante de Radouan Leflahi. Cet instant suspendu donne le ton d’un voyage intérieur riche en émotions et en questionnements philosophiques. La scénographie, conçue avec soin, regorge d’objets du quotidien et de souvenirs d’enfance, chacun porteur d’une charge symbolique puissante. Ces éléments, loin d’être anodins, tissent une toile où le passé et le présent s’entrelacent, créant un univers clair-obscur propice à l’introspection. Djemaï, fidèle à son style, fait de la lumière et du son des personnages à part entière. Les ambiances évoluent avec finesse, transportant le spectateur d’un lieu à l’autre, d’une époque à une autre, sans jamais rompre la fluidité du récit. Cet équilibre subtil entre simplicité et sophistication confère à la pièce une dimension presque sacrée, à mi-chemin entre prière et incantation. Une performance habitée Seul en scène, Radouan Leflahi porte Kolizion avec une intensité rare. Son interprétation de Mehdi, septième enfant d’une lignée de garçons, est un véritable tour de force. Doté d’une présence scénique exceptionnelle, l’acteur fait corps avec ce texte écrit sur mesure pour lui. À travers une gestuelle précise, quasi chorégraphiée, et une diction impeccable, il incarne les multiples facettes de Mehdi : un homme à la fois drôle, touchant, rêveur et lucide. Le texte, dense et poétique, explore les thèmes de l’héritage, de l’identité et de la quête de soi. Mehdi, prédestiné à une existence singulière, voit son parcours bouleversé par un grave accident, un événement qui le pousse à reconsidérer les promesses de sa destinée. Cette rupture devient le point de départ d’un récit initiatique captivant, où chaque mot, chaque silence, résonne comme un écho des voix intérieures qui peuplent son être. Une ode à la transmission et à l’imaginaire Dans Kolizion , les livres jouent un rôle central, symbolisant à la fois l’absence et la renaissance. Le contraste entre les “livres ennemis”, imposés par l’école, et les “livres amis”, compagnons de voyage, reflète la dualité entre l’enfermement et la liberté, la contrainte et l’évasion. Cette thématique, développée avec une sensibilité remarquable, souligne l’importance de la transmission culturelle et de l’imaginaire dans la construction de soi. Par ailleurs, les scènes évoquant le coiffeur – lieu de vie, de rencontres, de souvenirs – ancrent l’histoire dans une réalité collective, presque universelle. Elles rappellent que, malgré les tourments intérieurs, l’individu reste lié à une communauté, à un héritage partagé. Une création bénie des dieux du théâtre Avec Kolizion , Nasser Djemaï signe une œuvre à la fois intime et universelle, où le sacré et le profane se mêlent dans une alchimie parfaite. Cette pièce est bien plus qu’un simple spectacle : c’est une véritable odyssée théâtrale, un voyage introspectif qui questionne, émeut et inspire. Radouan Leflahi, magistral dans ce rôle, confirme son statut de comédien d’exception, tandis que Djemaï prouve une fois de plus son talent pour capturer l’essence de l’âme humaine. Kolizion est une expérience unique, un hymne à la vie et à la résilience, que tout amateur de théâtre se doit de découvrir. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Kolizion Texte et mise en scène Nasser Djemaï Avec Radouan Leflahi et en tournée, en alternance avec Adil Mekki Dramaturgie Marilyn Mattei • Assistanat à la mise en scène Rachid Zanouda • Scénographie Emmanuel Clolus • Lumière Vyara Stefanova • Son Frédéric Minière • Costume Alma Bousquet Crédit photo © Christophe Raynaud De Lage THÉÂTRE DES QUARTIERS D’IVRY Centre dramatique national du Val-de-Marne Du 4 au 20 décembre • Du mardi au vendredi à 20h. Samedi 18h. Dimanche 16h • Durée estimée 1h25 • À partir de 10 ans Tournée 2024-2025 • MC2 : Grenoble, Scène nationale du 4 au 7 février 2025 • Les Passerelles, scène de Paris-Vallée de la Marne – Pontault-Combault le 7 mars 2025 •Théâtre Joliette, Scène conventionnée du 20 au 22 mars 2025 • Scène de Bayssan, Scène en Hérault du 25 au 30 mars 2025 • Théâtre Sartrouville et des Yvelines - CDN du 3 au 4 avril 2025 • Théâtre de Nîmes, Scène conventionnée du 9 au 11 avril 2025
- Les Chroniques, un Zola revisité entre mélodrame social et roman noir
Le metteur en scène Éric Charon nous offre une adaptation audacieuse de deux œuvres majeures d’Émile Zola, L’Assommoir et La Bête humaine , réunies sous le titre Les Chroniques. Dans une mise en scène contemporaine et inventive, le spectacle explore avec intensité la filiation, l’hérédité, et les tourments humains, tout en actualisant les thématiques sociales et psychologiques du cycle des Rougon-Macquart . Une redécouverte de Zola à travers un prisme contemporain Charon réinterprète Zola en l’ancrant dans une lecture moderne. À travers une esthétique résolument actuelle, l’œuvre déploie les tragédies humaines de Gervaise, la blanchisseuse courageuse, et de son fils Jacques Lantier, machiniste et meurtrier hanté par ses pulsions. La mise en scène ne cherche pas à reconstituer le XIXe siècle, mais plutôt à évoquer des problématiques universelles et contemporaines, notamment les violences faites aux femmes. L’ajout du personnage inédit de Denizet, une juge féminine, renforce cette actualité en apportant une dimension analytique et critique. Un théâtre sensoriel et immersif Le dispositif scénique bifrontal, rappelant une arène ou un tribunal, immerge le spectateur dans un espace d’observation et de jugement. Ce choix accentue l’oppression ressentie par les personnages et fait écho à la mécanique sociale implacable décrite par Zola. La proximité avec les comédiens renforce l’intensité dramatique et donne vie aux tensions psychologiques et sociales de l’œuvre. La musique, jouée en direct par deux musiciens, ajoute une profondeur émotionnelle et une touche cinématographique au spectacle. Elle ponctue les scènes avec justesse, oscillant entre suspense et mélancolie, tout en évitant de surcharger l’ensemble. Une interprétation brillante et fluide Les comédiens livrent une performance remarquable, jonglant avec fluidité entre les différents rôles. Le rythme particulier de la première partie captive, grâce à une diction travaillée qui souligne la richesse de la langue de Zola. Les scènes s’enchaînent avec une grande cohérence, offrant une exploration subtile des thématiques zoliennes, notamment la transmission des fêlures familiales et l’impact du milieu social. Des partis pris qui divisent Si l’ajout du personnage de Denizet permet d’approfondir la réflexion sur la justice et la violence masculine, il pourrait diviser le public. Certains spectateurs pourraient percevoir cette figure comme une dilution de l’intensité dramatique initiale. Cependant, cette innovation enrichit le spectacle en ouvrant une perspective féministe absente des adaptations classiques de Zola, notamment celles de Renoir ou Fritz Lang. Une relecture nécessaire et audacieuse Avec Les Chroniques , Éric Charon réussit le pari de revisiter Zola tout en respectant son essence. Entre le mélodrame poignant de L’Assommoir et la noirceur oppressante de La Bête humaine , le spectacle s’impose comme une fresque sociale et humaine d’une grande pertinence. L’équilibre entre fidélité à l’œuvre originale et création contemporaine fait de cette adaptation un événement théâtral marquant, une invitation à redécouvrir l’un des plus grands auteurs français à travers un prisme nouveau. Les Chroniques est un grand spectacle, une plongée intense et vibrante dans l’univers de Zola. Entre innovation et respect des classiques, cette adaptation théâtrale nous rappelle la modernité des thématiques zoliennes et leur résonance avec notre époque. Un véritable bijou de théâtre à ne pas manquer. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Les Chroniques D’après l’œuvre de Émile Zola Adaptation et mise en scène Éric Charon Avec Zoé Briau, Éric Charon, Aleksandra de Cizancourt, Magaly Godenaire, David Seigneur, Maxime Perrin, Samuel Thézé et la voix de Olivier Faliez Scénographie Zoé Pautet • Musique Maxime Perrin en collaboration avec Samuel Thézé • Lumière Julie-Lola Lanteri • Costumes Julie Scobeltzine Photo ©Simon Gosselin TGP - Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis Du 29 novembre au 15 décembre, lundi au vendredi à 20h, samedi à 18h, dimanche à 15h, relâche le mardi • DURÉE 2H15
- Je m'appelle Georges : une Comédie Romantique qui Déménage !
La nouvelle comédie de Gilles Dyrek, mise en scène par Éric Bu, "Je m'appelle Georges", propose une exploration originale et déconcertante de l'importance des prénoms. Avec une intrigue surréaliste et poétique, cette pièce nous emmène dans une quête hilarante et émotive aux côtés de Georges, le personnage principal, interprété par le talentueux Gregori Baquet. Une Intrigue Surréaliste et Poétique Un matin, Georges découvre avec stupéfaction que les résidences autour de chez lui portent les prénoms de ses ex-compagnes : Villa Christine, Villa Adriana, Villa Clémentine... Cette étrange coïncidence s'intensifie avec l'annonce d'une nouvelle construction : "Villa Emilie". Ce prénom mystérieux serait-il un présage de son prochain amour ? Georges se lance alors dans une quête pour éclaircir le sens de ces coïncidences, nous entraînant dans une histoire où le surréalisme rencontre la réalité. Une Mise en Scène Audacieuse et Innovante La mise en scène d'Éric Bu, audacieuse, nous plonge dans l'univers mental de Georges. Avec des décors dessinés rappelant l'ambiance d'une bande dessinée géante, la scénographie évolue au rythme de l'histoire d'amour entre Georges et "Elle", incarnée par la lumineuse Mélanie Page. À mesure que leur relation se concrétise, la mise en scène se simplifie, laissant toute la place à l'émotion et à la rencontre amoureuse. Une Distribution Brillante et Désopilante Outre Gregori Baquet et Mélanie Page, la pièce brille par la présence de Marine Dusehu, Stéphane Roux et Étienne Launay. Leur loufoquerie et leur fantaisie ajoutent une touche supplémentaire de charme et de légèreté à cette comédie romantique. Chaque acteur apporte une dimension unique à cette pièce, rendant l'expérience théâtrale à la fois drôle et touchante. Une Célébration de l'Amour et des Mystères de la Vie "Je m'appelle Georges" est bien plus qu'une simple comédie romantique. C'est une célébration de l'amour, de la folie douce et des mystères de la vie. Chaque prénom évoque une histoire, chaque villa, un souvenir. La pièce, malgré un fil rouge narratif qui peut sembler mince, captive grâce à sa scénographie inventive et à l'énergie de ses acteurs. Ne manquez pas "Je m'appelle Georges", une pièce qui promet de déménager vos émotions et de vous faire voyager dans un univers où le surréalisme et la réalité se rencontrent avec une douce folie. Cette comédie romantique vous fera rire, rêver et peut-être même réfléchir sur les mystères des prénoms et de l'amour. Avis de Foudart 🅵🅵 « Je m’appelles Georges » Une comédie de Gilles Dyrek Mise en scène Eric Bu Avec Mélanie Page, Grégori Baquet, Marine Dusehu, Etienne Launay et Stéphane Roux Musique originale Stéphane Isidore • Scénographie Marie Hervé et Marion Auvin • Costumes Christine Vilers • Création lumière Cyril Manetta • Vidéo Stéphane Cottin Festival OFF Avignon Théâtre Actuel Du 29 juin au 21 juillet à 17h40 • Relâches jeudis 4, 11, 18 • Représentations supplémentaires mercredis 3, 10, 17 à 21h20 • Durée 1h30 Spectacle vu au Mois Molière à Versailles ! À l’affiche à Paris à partir en janvier 2025 au Théâtre Actuel La Bruyère


















