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  • Les Collectionnistes, une comédie impressionniste enlevée et lumineuse

    Les impressionnistes ont révolutionné l’histoire de l’art, mais sans Paul Durand-Ruel, auraient-ils seulement existé aux yeux du monde ? Les Collectionnistes nous entraîne au cœur du tumulte artistique de la fin du XIXe siècle, aux côtés de ce marchand d’art visionnaire prêt à tout risquer pour soutenir Monet, Renoir et Pissarro. Dans cette pièce finement écrite et remarquablement rythmée, François Barluet nous offre un voyage ludique et érudit au cœur d’une époque en mutation, porté par des comédiens impeccables et une mise en scène subtilement orchestrée par Christophe Lidon. Une fresque historique vivante, palpitante et accessible L’art impressionniste fait scandale. Ces jeunes peintres que Durand-Ruel défend avec ferveur sont moqués, leurs toiles jugées inachevées, leurs couleurs absurdes. Pourtant, il y voit du génie et n’hésite pas à investir toute sa fortune pour les acheter, au grand dam de son épouse Jeanne. Entre négociations tendues et situations cocasses, la pièce nous entraîne avec malice dans les coulisses du marché de l’art avec une légèreté réjouissante. Loin d’une simple leçon d’histoire, Les Collectionnistes redonne vie aux débuts incertains de ces artistes révolutionnaires et met en lumière le rôle clé des collectionneurs dans leur ascension. On partage leurs doutes, on vibre avec eux face aux refus, on admire leur ténacité à imposer un nouveau regard sur la peinture. Un duo éclatant : Christophe de Mareuil et Christelle Reboul Au centre de cette effervescence, Christophe de Mareuil campe un Paul Durand-Ruel passionné et obstiné, vibrant de foi en ses peintres malgré les revers financiers. Face à lui, Christelle Reboul est tout simplement éblouissante en épouse espiègle et survoltée. Drôle, charmeuse, elle joue avec finesse et un timing comique impeccable, notamment dans cette scène magique où, usant de son pouvoir de persuasion, elle parvient à vendre une toile que personne ne voulait. Autour d’eux, une galerie de personnages hauts en couleur anime la fresque avec brio : Victor Bourigault campe un Renoir tourmenté, Frédéric Imberty incarne un journaliste sceptique mais intrigué par cette révolution artistique naissante. La galerie de personnages donne à l’ensemble une dynamique vive et plaisante. Une mise en scène tout en nuances et une scénographie inspirée Christophe Lidon signe une mise en scène fluide et élégante, où chaque détail fait écho à l’univers impressionniste. Les jeux de lumière magnifient les toiles projetées en arrière-plan, transportant le spectateur du Havre avec Monet aux bords de Marne avec Renoir. Le décor, un salon bourgeois où les artistes se croisent et débattent, devient un véritable carrefour d’idées et de passions. Avec des contrastes subtils entre clair-obscur et éclats de couleur, la scénographie illustre à merveille le passage des impressionnistes de l’ombre à la lumière, de l’exclusion à la reconnaissance. Un procédé visuel qui confère à la pièce une atmosphère unique et un charme pictural saisissant. Un hommage finement écrit et savoureusement interprété Les Collectionnistes dépasse la simple reconstitution historique. François Barluet signe une comédie élégante, rythmée et savoureuse, où l’humour s’entrelace habilement avec une réflexion profonde sur l’art, le goût et la place des mécènes. Avec une écriture vive, des dialogues incisifs et une modernité qui insuffle un vent de fraîcheur au théâtre classique, la pièce amuse autant qu’elle captive. On rit, on s’émeut, on apprend, et l’on ressort avec un regard neuf sur ces artistes révolutionnaires et leur intrépide défenseur. Un spectacle lumineux, intelligent et jubilatoire. À ne surtout pas manquer ! Avis Foudart 🅵🅵🅵 « LES COLLECTIONNISTES »    Une comédie de  François BARLUET Mise en scène   et scénographie Christophe LIDON Avec Christelle REBOUL, Christophe de MAREUIL, Frédéric IMBERTY et Victor BOURIGAULT Vidéo LÉONARD • Costumes Jean-Daniel VUILLERMO • Lumières Moïse HILL • Musique Cyril GIROUX Crédit photo © Fabienne Rappeneau THÉÂTRE DU PETIT MONTPARNASSE    À partir du 15 janvier 2025 • Le mardi à 19h – du mercredi au samedi à 21h • le dimanche à 15h • Durée 1h20

  • Faire semblant d’être moi, Luce Mouchel, une actrice hors pair

    Certains spectacles vous happent dès les premières secondes et vous laissent sans voix bien après que les lumières se rallument. Faire semblant d’être moi , de et avec Luce Mouchel, fait partie de ces instants suspendus. Un seule-en-scène bouleversant, tendre et drôle, où l’actrice se livre avec une sincérité absolue. Une plongée dans l’enfance, entre éclats de rire et fêlures du passé Tout commence par une phrase qui claque : « J’aurais pu ne jamais exister, être tout le temps morte. » Dès cet instant, on comprend que le voyage sera aussi lumineux que poignant. Luce Mouchel nous fait revivre ses souvenirs d’enfance et d’adolescence, de ses 5 ans à ses 18 ans, à travers le regard d’une petite fille qui tente de comprendre le monde qui l’entoure. Petit à petit, Lulu grandit sous nos yeux Elle change, se cherche, se confronte à la vie, oscillant entre rires et douleurs familiales. Chaque souvenir est un fragment d’identité en devenir, une pièce d’un puzzle émotionnel qu’elle tente d’assembler. Et puis un jour, le théâtre surgit dans sa vie. Comme une évidence, une révélation. Un refuge et un espace de liberté où elle peut tout être et tout ressentir. Un texte ciselé, percutant et infiniment juste Avec une écriture ciselée et empreinte de poésie, Luce Mouchel nous embarque dans sa quête d’identité, entre les silences d’une mère marquée par un deuil, les maladresses d’un père monolithique et les éclats de rire d’une fratrie haute en couleur. Chaque souvenir devient une fenêtre ouverte sur des instants de vie universels, où chacun peut retrouver un écho de son propre passé. La plume est vive, tour à tour drôle et poignante, mais toujours d’une justesse bouleversante. Faire semblant d’être moi capte ces petits riens qui font basculer une vie, ces sensations fugitives qui construisent l’enfance et résonnent encore à l’âge adulte. Luce Mouchel, un talent hors du commun Si Faire semblant d’être moi marque autant, c’est avant tout grâce à l’interprétation magistrale de Luce Mouchel. Ce n’est pas seulement un jeu d’actrice, mais une véritable performance, où elle incarne avec une aisance fascinante chaque personnage qui a traversé sa vie. En un regard, une posture, une intonation, elle devient une fillette espiègle, une adolescente en quête de repères, une mère dépassée ou un père protecteur. Elle ne joue pas, elle est. On est littéralement aspiré dans son histoire, comme si elle nous prenait par la main pour nous faire revivre avec elle ces moments fondateurs. Son talent est polymorphe : tour à tour clown, danseuse, musicienne et tragédienne, elle passe du rire aux larmes avec une fluidité impressionnante. Elle nous fait éclater de rire en évoquant son premier baiser catastrophique, puis nous serre le cœur en abordant les fêlures familiales et la schizophrénie de son frère. Une mise en scène sobre et inventive Ici, pas d’artifices. Xavier Maurel met en scène l’essentiel : l’actrice et son récit. Quatre chaises, un ballon, et voilà que la scène devient une chambre d’enfant, une maison, un grenier... La simplicité du décor laisse toute la place à l’imaginaire, au mouvement, à l’émotion pure. Une poésie visuelle indéniable accompagne cette mise en espace. Rien n’est figé, tout bouge, évolue, respire, comme une mémoire qui se reconstruit au fil du récit. La scène devient un espace mental, où passé et présent coexistent, où l’enfance et l’âge adulte se superposent. Un moment de théâtre inoubliable Faire semblant d’être moi est bien plus qu’un spectacle : c’est une expérience, une rencontre avec une artiste d’exception, une plongée dans l’intime qui touche à l’universel. On rit, on pleure, on est émerveillé par tant de maîtrise et de sincérité. Luce Mouchel nous offre ici un moment de théâtre rare, où l’intelligence du texte se mêle à la puissance du jeu et à la finesse de la mise en scène. Un coup de cœur absolu. Une pièce à voir, à vivre, à ressentir. Comme un doux vertige, un retour à l’enfance, un instant suspendu dont on ne voudrait jamais sortir. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 FAIRE SEMBLANT D'ÊTRE MOI De et avec Luce Mouchel Mise en scène Xavier Maurel Création vidéo Véronique Caye • Chorégraphie Caroline Marcadé • Collaboration artistique Pierre-Alain Chapuis • Lumières Tom Bouchardon Crédit photo Alexander Kashkaev THÉÂTRE LA FLÈCHE Du 11 janvier au 15 mars 2025. Les samedis à 19h • Durée 1h15

  • Le Voyage de Paula S. Un tourbillon d’émotions, entre rire et poésie

    Un peu de poésie, une touche de burlesque, un soupçon d’absurde et, surtout, une immense tendresse : voilà ce que nous offre Le Voyage de Paula S. , la nouvelle création de Marc Citti, véritable “farce sépulcrale” où la mort elle-même n’a pas le dernier mot. Dans cette cavale post-mortem aussi hilarante que bouleversante, une mère refuse obstinément de disparaître. Le spectateur est embarqué dans un périple hors du commun, porté par deux comédiens éblouissants qui font vibrer le plateau avec une intensité rare. Une fugue burlesque et onirique Paula S. est officiellement décédée. Mais s’incliner devant l’inévitable ? Jamais ! Aidée par son fils Mathieu, elle s’élance dans une course effrénée pour échapper à son propre trépas. Funérarium, hôpital, services administratifs : rien ne lui résiste dans cette odyssée fantasque qui l’entraîne bien au-delà du périphérique… et même des limites du réel. Ce road-movie théâtral, oscillant entre comédie absurde et conte fantastique, interroge une question universelle : comment dire adieu à ceux qu’on aime ? Citti, puisant dans son propre vécu, joue avec l’inexorabilité de la mort en y insufflant une touche de merveilleux. Ici, le deuil n’est pas une fatalité mais une aventure, un voyage où l’humour et la poésie transforment la douleur en éclats de rire. Un duo magistral Sur scène, Marc Citti et Julie Delarme forment un tandem d’une justesse et d’une énergie remarquables. Lui, en fils dépassé, tantôt attendri, tantôt exaspéré par cette mère insoumise à son sort, manie l’humour avec une finesse subtile. Elle, en Paula S. indomptable, insuffle à son personnage une humanité bouleversante, oscillant entre fantaisie débridée et profonde mélancolie. Leur complicité éclate à chaque instant, et c’est cette alchimie qui donne à la pièce toute sa force émotionnelle. Une sublime surprise Rarement une pièce aura su marier avec autant de finesse l’humour et l’émotion. Le Voyage de Paula S. est un spectacle d’une délicatesse infinie, une épopée lumineuse qui transcende le deuil pour en faire une véritable célébration de la vie . Drôle, touchant, virtuose : un spectacle inoubliable et une des plus belles thérapies du deuil que l’on puisse voir sur une scène parisienne. À ne pas manquer ! Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 Le Voyage de Paula S. De Marc CITTI Mise en scène Stéphane COTTIN Avec Julie DELARME & Marc CITTI Décor Stéphane COTTIN • Costumes Chouchane ABELLO-TCHERPACHIAN • Lumières Moïse HILL • Vidéo LÉONARD • Chorégraphie Cécile BON • Musique Alexandre MEYER THÉÂTRE DU PETIT MONTPARNASSE Depuis le 08 février 2025 • Du mercredi au samedi à 19h • Dimanche à 17h • Durée 1h20

  • Avec plaisirs – Une comédie fine et captivante sur l’amour et le désir

    Peut-on vraiment tout se dire en amour ? Peut-on aimer sans jamais se perdre ? Désirer sans jamais s’attacher ? Avec plaisirs est une pièce qui explore avec finesse nos émotions, nos contradictions et nos vérités les plus profondes. Un spectacle où humour, émotion et sensualité s’entrelacent, porté par un duo de comédiens en parfaite harmonie : Sandie Masson et Benoît Giros. Un théâtre dans le théâtre : une mise en abyme ingénieuse Paul et Julie s’installent pour assister à un spectacle. Sur scène, des couples se battent, s’aiment, se cherchent, se brisent… mais au fil des scènes, le théâtre devient un miroir, et ce qui semblait être une simple soirée se transforme en un face-à-face intime avec leurs propres histoires. Peu à peu, les frontières entre le jeu et la réalité s’estompent, révélant les failles, les espoirs et les désillusions de chacun. Un texte ciselé et percutant Sandie Masson livre une écriture fine et vibrante, capturant avec une justesse troublante les nuances du lien amoureux : ces relations qui s’effilochent, ces passions qui renaissent, ces désirs inavoués et ces peurs qui paralysent. À travers une succession de scènes, elle donne vie à des couples en crise, des amants qui se cherchent, se frôlent, se désirent ou s’éloignent inexorablement. Les personnages oscillent entre la brûlure de la passion et le vertige du vide, entre l’élan du fantasme et la pesanteur de la routine. Un regard acéré et profondément humain sur ce qui unit et ce qui sépare. Un duo de comédiens en parfaite harmonie Le pari audacieux de la pièce ? Confier tous ces rôles à un seul couple d’acteurs. Sandie Masson et Benoît Giros incarnent tour à tour les multiples facettes du lien amoureux, changeant de posture, de ton et d’énergie avec une fluidité impressionnante. Leur jeu est d’une justesse remarquable : tantôt drôles et légers, tantôt graves et poignants, ils donnent vie à des personnages d’une authenticité saisissante. Leur complicité sur scène renforce l’impact des dialogues, et leur capacité à passer du rire à l’émotion en un instant fait toute la richesse du spectacle. Une mise en scène fluide et subtile Denis Lachaud accompagne cette écriture vibrante avec une mise en scène épurée et percutante. Pas d’artifices inutiles, mais un travail minutieux sur la lumière et le son, qui souligne les évolutions des personnages et intensifie progressivement l’émotion. Peu à peu, ces éléments tissent un fil invisible entre les différents univers du spectacle, faisant monter la tension dramatique et amplifiant l’intimité du récit. Le résultat ? Une immersion totale, où chaque nuance scénique accentue la force du texte et l’intensité du jeu des acteurs. Un spectacle qui fait du bien Avec plaisirs est un concentré d’émotions, de sensualité et d’intelligence. On rit, on s’interroge, on est parfois troublé, mais surtout, on ressort avec cette impression d’avoir vécu quelque chose de profondément humain. Si les couples sur scène se cherchent sans toujours se trouver, Sandie Masson et Benoît Giros, eux, sont en parfaite harmonie. Avec élégance, tendresse et une pointe d’espièglerie, ils nous embarquent dans un voyage théâtral où l’amour se dit sous toutes ses formes. Pourquoi faut-il voir Avec plaisirs ? Parce que c’est cru, drôle, bouleversant et infiniment juste. Parce qu’on s’y reconnaît. Parce que ça parle d’amour, de désir, de compromis, de ce qui nous unit et de ce qui nous échappe. Un spectacle qui nous touche, qui nous ressemble et qui nous séduit. À ne pas manquer ! Avis Foudart 🅵🅵🅵 « Avec plaisirs » De Sandie Masson Mise en scène de  Denis Lachaud Avec  Sandie Masson  et  Benoît Giros Lumières  Eric Schoenzetter Photo © Franck Harsouët Théâtre de la Huchette les samedis 15 et 22 février 2025 et le samedi 1er mars 2025, à 16h30 • Création  festival d’Avignon Off  2025 / Artéphile • Durée 1h10 / Tout public à partir de 16 ans

  • « Le Prix » : Une Confrontation Brûlante de Vérité et d’Humanité

    Dans Le Prix , mis en scène par Tristan Petitgirard, Cyril Gely nous plonge dans un huis clos tendu entre Otto Hahn, chimiste allemand honoré du prix Nobel de chimie en 1946, et Lise Meitner, son ancienne collaboratrice injustement écartée des honneurs. Ce face-à-face, porté par Pierre Arditi et Ludmila Mikaël, résonne avec une force rare, oscillant entre l’intime et l’historique, la colère et la douleur, l’ombre et la lumière. Une joute oratoire magistrale La pièce s’ouvre dans la suite d’un hôtel de Stockholm, quelques heures avant la remise du prix. Otto Hahn attend, seul, avant que ne surgisse Lise Meitner, comme un fantôme venu hanter ses certitudes. Ce décor confiné devient un ring où s’affrontent deux êtres liés par des décennies de travail commun et par une blessure béante : l’effacement de Meitner au profit d’Hahn. Les dialogues fusent, incisifs, entre reproches amers et justifications vacillantes. Otto Hahn est-il un traître ou une victime des circonstances ? Lise Meitner cherche-t-elle réparation ou simplement la vérité ? Il n’y a pas de réponse simple, et c’est toute la force de la pièce. La dramaturgie de Cyril Gely évite le piège du manichéisme, préférant mettre en lumière la complexité des rapports humains et des compromis imposés par l’Histoire. Des interprètes à couper le souffle Si Le Prix est une pièce de texte et d’idées, son intensité repose avant tout sur l’incarnation magistrale de ses deux protagonistes. Pierre Arditi, en Otto Hahn, compose un personnage tiraillé entre honneur et remords. Il oscille entre arrogance et fragilité, sûr de son mérite mais incapable d’affronter pleinement ses responsabilités. Son jeu tout en retenue contraste avec la puissance émotionnelle de Ludmila Mikaël, qui livre une Lise Meitner bouleversante, à la fois dignifiée par la colère et brisée par l’injustice. Sa présence scénique est fascinante. Elle ne crie jamais, mais sa voix, son regard, son silence même, brûlent de rage contenue. Elle incarne ces figures féminines trop longtemps invisibilisées, qui portent en elles à la fois l’éclat du génie et le poids du mépris. Une mise en scène sobre et lumineuse Tristan Petitgirard choisit une mise en scène épurée, fidèle à la sobriété du texte. La lumière joue un rôle essentiel, traduisant l’évolution de la confrontation : froide et crépusculaire au départ, elle s’intensifie au fil du dialogue, jusqu’à plonger les personnages dans un clair-obscur saisissant, métaphore de la vérité qui se fissure. La musique, elle aussi, accompagne subtilement le récit. Le choix de la Mélodie Hongroise de Schubert, réarrangée par Romain Trouillet, résonne comme un écho du passé, un vestige de la complicité entre Otto et Lise, une tendresse enfouie sous les décombres de l’histoire. Une résonance contemporaine Si l’action se situe en 1946, le sujet demeure terriblement actuel. La question de la reconnaissance des femmes scientifiques, longtemps reléguées à l’ombre de leurs collègues masculins, continue d’alimenter les débats. Mais Le Prix ne se limite pas à une dénonciation féministe : il interroge aussi la responsabilité morale face aux compromissions du pouvoir, le prix de la réussite et la solitude des vainqueurs. Un duel mémorable, une pièce essentielle Avec Le Prix , Cyril Gely signe une œuvre élégante et percutante, portée par une interprétation d’une rare intensité. Ludmila Mikaël et Pierre Arditi offrent un moment de théâtre exceptionnel, où le temps semble suspendu, où les mots frappent avec la violence d’une gifle et la délicatesse d’une caresse. Un spectacle d’une grande intelligence, à la fois sobre et bouleversant, qui résonne longtemps après la tombée du rideau. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 LE PRIX Une pièce de Cyril Gely  Mise en scène Tristan Petitgirard  Avec  Pierre   Arditi, Ludmila Mikael , Clara Borras  et Emmanuel Gaury  Assistante mise en scène Léa   Moussy • Décor Juliette Azzopardi et Jean-Benoit Thibaud • Costumes  Virginie H  • Lumières Denis Schlepp • Musique Romain Trouillet • Vidéo Mathias Delfau Crédit Photos Bernard   Richebé THÉÂTRE HÉBERTOT Du 06/02/2025 au 30/03/2025 • Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 16h • Durée : 1h40

  • “Mur Mure” : Clovis Cornillac fait résonner la comédie romantique au théâtre

    Un pari audacieux et une adaptation réussie Dix ans après Un peu, beaucoup, aveuglément , Clovis Cornillac transpose son film sur les planches du Théâtre de la Michodière avec Mur Mure , une comédie romantique mise en scène par Jérémie Lippmann et adaptée par Lilou Fogli. Un défi de taille, tant la force du récit repose sur un concept scénographique singulier : deux inconnus, séparés par un mur mitoyen, développent une relation sans jamais se voir. Une idée ingénieuse qui, loin de se heurter aux contraintes du théâtre, y trouve une nouvelle dimension grâce à une mise en scène astucieuse. Une mécanique bien huilée, portée par des comédiens impliqués L’un des atouts majeurs de la pièce réside dans la dynamique entre les personnages. Clovis Cornillac, dans le rôle de Machin , incarne à merveille ce misanthrope bourru, créateur de casse-têtes improbables, tandis que Laurence Arné ( Machine ), apporte fraîcheur et nuance à son personnage de pianiste timide et excentrique. Leur relation, bâtie sur des échanges sans visuel direct, crée une tension dramatique savoureuse qui capte immédiatement l’attention du public. Si le duo principal fonctionne, on peut regretter un certain déséquilibre dans la distribution. Certains personnages secondaires, comme la sœur délurée ou le professeur de piano tyrannique, frôlent la caricature, poussant parfois les situations à l’extrême. Si cela contribue au ton léger et humoristique, ces excès peuvent aussi donner un sentiment d’artificialité. En revanche, le « meilleur ami », incarné notamment par Arnaud Maillard, se distingue par une justesse et une tendresse rafraîchissantes. Son interprétation, oscillant entre maladresse touchante et humour fin, apporte une belle respiration à l’ensemble. Une scénographie immersive au service du récit Là où la pièce se démarque particulièrement, c’est dans l’utilisation ingénieuse de l’espace et du son. Le décor, qui alterne entre l’appartement sombre et désordonné de Machin et l’univers plus lumineux de Machine , traduit visuellement la confrontation entre ces deux solitudes. Mais c’est surtout le travail sonore qui impressionne : chaque bruit, chaque sonorité contribue à immerger le spectateur dans cette histoire où tout repose sur l’écoute. Des notes cristallines du piano aux bruits les plus agaçants du quotidien, chaque élément est minutieusement pensé pour renforcer l’immersion. Une comédie romantique efficace mais sans révolution Avec Mur Mure , Clovis Cornillac ne cherche pas à révolutionner l’art théâtral, mais plutôt à offrir un divertissement bien ficelé, rythmé et accessible. La pièce joue habilement avec les codes de la comédie romantique, sans toutefois s’éloigner d’une certaine prévisibilité. L’humour fonctionne, les émotions sont au rendez-vous, et l’ensemble séduit par sa sincérité et son efficacité. Cependant, on peut ressentir une légère frustration en sortant du spectacle : si l’idée de départ est excellente et son exécution soignée, le traitement parfois caricatural des personnages secondaires et le manque de surprises narratives peuvent laisser une impression d’inachevé. On rit, on s’attache aux personnages, mais il manque peut-être cette touche de subtilité ou d’audace qui aurait fait de Mur Mure une pièce vraiment marquante. Un divertissement charmant et bien mené Mignon, touchant et drôle , Mur Mure est une comédie romantique efficace, portée par un Clovis Cornillac toujours aussi investi et une mise en scène soignée. Si elle ne prétend pas réinventer le théâtre, elle réussit son pari : offrir un spectacle agréable, bien construit et accessible à tous. Une belle parenthèse théâtrale, idéale pour les amateurs de comédie romantique et de belles histoires portées par des comédiens attachants. Avis Foudart 🅵 MUR MURE Texte Lilou Fogli Mise en scène Jérémie Lippmann Avec Clovis Cornillac, Laurence Arné, Lilou Fogli, Arnaud Maillard et Boris Terral Décors Jacques Gabel • Lumières Jean-Pascal Pracht • Costumes Chouchane Abello Tcherpachian • Musique et son David Parienti Crédit Photo Emilie Brouchon THÉÂTRE DE LA MICHODIÈRE Du mercredi 29 janvier 2025 au dimanche 30 mars 2025 • Du mercredi au vendredi à 20h00 • Le samedi à 16h30 et 20h30 • le dimanche à 15h • Durée 1h45

  • Les Parallèles : Une comédie romantique explorant la rencontre entre deux âmes égarées

    Dans " Les Parallèles ", après la très jolie pièce Main dans la Main ou encore T.REX (m.e.s de Marie Guibourt) l'auteur Alexandre Oppecini nous offre une histoire délirante entre deux parallèles, empreinte de romantisme contemporain. Lors d'une nuit dans une ville anonyme, Elle et Lui se croisent sur le seuil d'une porte. Elle est piquante et sexy, tandis que Lui est hypersensible et timide. Maladroits dans leurs relations avec les autres, ils se découvrent mutuellement et se cherchent dans le présent. Bien que différents, ils suivent des trajectoires de vie parallèles, incapables de se rencontrer. Cependant… À travers une mise en scène subtile et l’interprétation magistrale des comédiens Marie-Pierre Nouveau et Benjamin Wangermée , " Les Parallèles " offre une réflexion profonde sur la nature même de l'amour et de la rencontre. Une histoire de rencontre Dans un monde où les applications de rencontre se multiplient et où la solitude semble frapper de nombreux individus, Alexandre Oppecini a ressenti le besoin d'écrire une comédie romantique contemporaine. Cependant, le paradoxe entre le romantisme et la contemporanéité émerge rapidement. Au lieu de parler d'amour, Oppecini décide de se pencher sur la notion de rencontre . Ainsi, il cherche à définir ce qu'est réellement une rencontre, ce moment où deux êtres se rejoignent en un point donné dans l'espace et le temps. Les parallèles comme symbole L'image des lignes parallèles qui ne se croisent jamais devient le symbole central de la pièce. Les deux personnages principaux, Elle et Lui , sont à la fois différents et semblables. Tous deux sont tourmentés par un équilibre émotionnel précaire et ont peur de la rencontre avec l'autre. Lui est bloqué par son passé, tandis qu'Elle est constamment à la recherche d'une version améliorée d'elle-même dans le futur. Sur scène, un sol gris béton fendu de lignes parallèles noires réfléchissantes symbolise cette dualité. La lumière, diffusée par un tulle laser, épouse les émotions des personnages et les pulsations de la ville, créant une atmosphère saisissante. Marie-Pierre Nouveau et Benjamin Wangermée parviennent à exprimer avec finesse et subtilité la faille spacio-temporelle qui sépare leurs solitudes. À travers des moments drôles et émouvants, ils dépeignent des personnages complexes et attachants. L'auteur, Oppecini , souligne que les deux comédiens ont été une source d'inspiration dès le processus d'écriture, ce qui a permis de conserver la complexité des personnages tout en élaguant certaines parties de la pièce lors des lectures. " Les Parallèles " est une comédie romantique touchante et cynique qui explore la rencontre entre deux âmes égarées. En mettant en scène une histoire de rencontre plutôt qu'une histoire d'amour, " Les Parallèles " souligne que c'est dans la rencontre avec l'autre que se trouve l'essence même de l'amour. Avis Foudart 🅵🅵🅵 LES PARALLÈLES Texte et mise en scène Alexandre Oppecini Avec Marie Pierre Nouveau et Benjamin Wangermée Lumières Dominique Bruguière Scénographie Cécilia Delestre Musique Pasqua Pancrazi Crédit photo @Pascal Gely LA SCALA Du 3 décembre 2024 au 27 mars 2025 • les jeudis et vendredis à 19h • Durée 1h10 Spectacle vu à la La Scala Provence - Festival Off d’Avignon

  • Un Bourgeois Gentilhomme Déjanté et Moderne: Un Voyage Théâtral Inoubliable

    De mémoire de passionné de théâtre, jamais ce classique de Molière n’avait été présenté de façon aussi folle, aussi déjantée et décalée. Le Théâtre Les Pieds Nus a réussi l'exploit de réinventer "Le Bourgeois Gentilhomme" avec une audace qui puise ses inspirations multiples dans le manga, le dessin animé, l’opéra baroque, et la comédie musicale délurée. Le spectacle intègre du rock, du disco, et une touche hollywoodienne, tout en conservant l'essence et la beauté du texte original de Molière, le rendant résolument moderne et dans l'air du temps. Une Fusion Éblouissante de Genres La troupe chante, danse, virevolte et se transforme à une vitesse fulgurante, tout en maintenant une grâce magnifique, une poésie délicate, et une sensibilité à fleur de peau. C’est un grand spectacle, foutraque et délicieusement subversif, où chaque élément est parfaitement orchestré pour nous captiver du début à la fin. Les costumes éclatants de couleur, les maquillages chamarrés, et un ensemble qui mêle cirque, comédie musicale et théâtre baroque créent un univers visuel époustouflant. Une Réinvention du Théâtre Total Ce Bourgeois Gentilhomme est conçu comme une véritable partition musicale, nous immergeant dans un tourbillon de chants, danses, et jeux d’acteurs tout en préservant l’esprit de la comédie-ballet de Molière et Lully. Les codes baroques sont repensés avec une touche contemporaine et un brin de folie. Chaque comédien, véritable artiste polyvalent, chante, danse et joue, maîtrisant les codes du théâtre baroque tout en les fusionnant avec les éléments du théâtre musical moderne. Une Réussite Éclatante Le Théâtre Les Pieds Nus nous offre une performance qui dépasse les attentes, redéfinissant ce classique intemporel avec une fraîcheur et une créativité inégalées. "Le Bourgeois Gentilhomme" devient une œuvre vivante, dynamique et profondément actuelle, rendant hommage à Molière tout en séduisant un public contemporain. Cette production, véritable chef-d'œuvre de réinvention théâtrale, promet de rester dans les mémoires comme un voyage théâtral inoubliable et une célébration éclatante du génie de Molière. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Le Bourgeois Gentilhomme De Molière Adaptation et mise en scène Bastien OSSART Avec Bastien OSSART , Iana Serena DE FREITAS , Mathilde Guêtre-Rguieg , Benoît MARTINEZ , Nicolas QUELQUEJAY , Liwen LIANG Costumes Théâtre Les Pieds Nus • Lumières Florian DERVAL Théâtre le Lucernaire Du 12 février au 18 mai 2025 • Du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 18h • Durée 1h30 • À partir de 6 ans Spectacle vu au Mois Molière à Versailles

  • Le journal - Dans les coulisses du pouvoir : un thriller théâtral haletant

    Avec Le Journal , le spectateur est invité à explorer un univers où vérité et manipulation s’entrelacent, où les convictions personnelles vacillent face aux enjeux humains, et où le pouvoir politique, médiatique et financier se livrent une guerre impitoyable. Sous la direction magistrale d’Anne Bouvier, cette œuvre oscille brillamment entre drame personnel et thriller politique, captivant son public jusqu’à la dernière réplique. Une intrigue puissante et universelle L’histoire, à la fois simple et redoutablement efficace, repose sur un dilemme moral saisissant : Edmond, directeur d’un prestigieux journal d’investigation, s’apprête à publier des révélations compromettantes sur Jacques Flamm, un ministre aux ambitions dévorantes. Mais le sort de sa fille Apolline, incarcérée pour trafic de drogue à Jakarta, vient bouleverser ses plans. Flamm est son seul espoir de la sauver, mais au prix d’un renoncement à ses principes journalistiques. Une décision cornélienne où devoir professionnel et responsabilité paternelle s’affrontent. Une œuvre ancrée dans l’actualité Cette pièce résonne profondément avec le monde d’aujourd’hui, où la vérité est souvent confrontée aux pressions du pouvoir. Elle questionne : jusqu’où peut-on aller pour protéger ses proches ? Quels compromis sommes-nous prêts à accepter au nom de nos valeurs ? À travers une critique incisive des liens troubles entre presse et politique, Le Journal explore les dilemmes moraux et les tensions inhérentes à nos institutions contemporaines. Un suspense sous haute tension L’écriture de cette pièce est un modèle du genre, alternant entre moments de tension extrême et vérités qui éclatent comme des bombes. Les retournements de situation, inattendus et captivants, tiennent le spectateur en haleine tout en l’invitant à une réflexion profonde. La mise en scène, inspirée du rythme des séries ou des thrillers cinématographiques, accentue cette tension et confère une modernité frappante à l’ensemble. Des performances à couper le souffle Le casting réunit des comédiens d’exception : Bruno Putzulu, remarquable en directeur de journal tiraillé entre ses idéaux et son rôle de père, livre une interprétation poignante. Carolina Jurczak, dans le rôle d’Apolline, incarne avec intensité une jeune femme pleine d’émotions, touchant le public par sa fragilité, Bruno Debrandt, Bernard Malaka et Olivier Claverie apportent chacun une profondeur et une nuance remarquables à leurs personnages, offrant un quintette théâtral impressionnant. Une mise en scène magistrale Anne Bouvier orchestre cette pièce avec une précision remarquable, mêlant liberté d’interprétation et rigueur dans la direction des acteurs. Les décors et les transitions fluides entre les scènes renforcent l’immersion du spectateur, le plongeant dans un univers à la fois réaliste et symbolique. Une expérience théâtrale inoubliable Le Journal est une œuvre captivante, décapante et profondément humaine, où manipulations, trahisons et dilemmes moraux s’entrelacent pour offrir un moment de théâtre mémorable. À travers une intrigue riche en suspense et des performances de haute volée, cette pièce interroge autant qu’elle émeut. Une œuvre incontournable pour tous les amateurs de théâtre et de réflexion sur les arcanes du pouvoir. Avis de Foudart 🅵🅵 Le journal Texte d’ Antoine Beauquier Mise en scène d’ Anne Bouvier Avec Bruno Putzulu , Bruno Debrandt , Bernard Malaka , Carolina Jurczak et Olivier Claverie Assistant mise en scène  César Duminil Décor Citronelle Dufay Lumière Denis Koransky Costumes  Claire Schwartz Musique  Julien Vasnier Crédit photo © Béatrice Livet Théâtre de Paris Jusqu’au 30 avril 2025. Du mercredi au vendredi à 20h30. Les samedis à 17h et 20h30 Les dimanches à 15h30 • Durée 1h30

  • Colorature, Mrs Jenkins et son Pianiste : un sublime naufrage lyrique

    Une odyssée musicale entre éclats de rire et émotion Il fallait oser ! Raconter l’histoire vraie d’une cantatrice incapable de chanter juste, et pourtant persuadée d’être une grande soprano colorature, est un pari risqué. Colorature, Mrs Jenkins et son Pianiste , adapté par Stéphane Laporte et mis en scène par Agnès Boury, relève ce défi avec brio. Plus qu’un simple pastiche, la pièce met en lumière un duo fascinant et nous plonge dans une comédie aussi irrésistiblement drôle qu’émouvante. Florence Foster Jenkins : une icône du chant… approximatif On pourrait se contenter de se moquer de Florence Foster Jenkins, cette riche héritière américaine qui, dans les années 1930-40, massacrera avec une ferveur inébranlable les plus grands airs d’opéra. Mais la magie de ce spectacle est de ne jamais tomber dans la caricature facile. Colorature ne se contente pas de railler les prouesses vocales improbables de la diva : il en dresse un portrait nuancé, mêlant autodérision, tendresse et une subtile réflexion sur l’aveuglement artistique. Agnès Bove incarne cette figure hors norme avec un mélange de conviction et de naïveté désarmante. Son interprétation est d’une précision redoutable : il faut un talent immense pour chanter aussi faux avec une telle justesse ! Là où d’autres auraient pu verser dans l’exagération, elle trouve le ton parfait, oscillant entre assurance candide et fragilité touchante. On rit, bien sûr, mais on s’attache surtout à cette femme qui, coûte que coûte, s’accroche à son rêve. Cosme McMoon : l’alter ego malheureux mais indispensable Car une diva ne peut exister sans un pianiste, et en l’occurrence, c’est Cosme McMoon, son accompagnateur et complice malheureux, qui tient le cap dans ce naufrage lyrique. Interprété tour à tour par Cyril Romoli ou Grégori Baquet, ce personnage porte en lui toute l’ambiguïté de cette histoire. Fasciné, horrifié, impuissant, il tente tant bien que mal de sauver la musique, tout en restant fidèle à cette femme qui, malgré tout, l’émeut profondément. Son jeu, entre exaspération et affection, est un pur régal. Il est la clé qui nous empêche de rire trop cruellement de cette diva à contretemps. Une mise en scène subtile et une écriture intelligente Agnès Boury signe une mise en scène qui laisse respirer les personnages, évitant tout effet de lourdeur. Loin d’un simple enchaînement de morceaux chantés faux, la pièce raconte avant tout une histoire : celle d’un lien unique entre deux artistes improbables. Le texte de Stephen Temperley, brillamment adapté par Stéphane Laporte, est un bijou d’équilibre entre humour et émotion. Il aurait été facile de réduire Florence Foster Jenkins à une simple farce, mais Colorature en fait un personnage profondément humain. Un final triomphal malgré tout Le sommet de cette odyssée vocale reste, bien sûr, la reconstitution du fameux concert au Carnegie Hall. Alors que la salle est en liesse, Florence, elle, ne perçoit que l’adoration de son public. C’est peut-être là le plus grand mystère de cette femme : où s’arrête l’aveuglement, où commence la lucidité ? Le spectacle ne tranche pas, et c’est tant mieux. On ressort de la salle avec cette même interrogation et, surtout, avec une tendresse immense pour ce personnage. Un triomphe mérité On hurle de rire, certes, mais on est aussi ému. L’incroyable complicité entre les comédiens, la finesse de l’écriture et la délicatesse de la mise en scène font de Colorature une pièce exceptionnelle. Florence Foster Jenkins n’était sans doute pas une grande chanteuse, mais elle était une artiste à sa manière. Et plus de soixante-dix ans après sa disparition, elle continue d’enflammer le cœur du public, faux vibratos inclus. Un spectacle à voir absolument ! Avis de Foudart 🅵🅵🅵 COLORATURE Une pièce de Stephen Temperley Adaptation Stéphane Laporte Mise en Scène Agnès Boury Avec Agnès Bove et Grégori Baquet ou Cyril Romoli et la participation de Eymeric François Lumières Laurent Béal , Costumes Eymeric François , Décor  Claude Plet Photo Marie Dicharry, Paule Thomas Théâtre Actuel la Bruyère À partir du 25 janvier 2025 • Samedi à 15h, dimanche et lundi à 19h30, mardi à 21h • Durée 1h20

  • La Vérité de Florian Zeller : une comédie délicieusement perfide

    Il y a des pièces qui traversent le temps sans jamais perdre leur éclat, et La Vérité de Florian Zeller en fait incontestablement partie. Créée en 2011 au Théâtre Montparnasse avant d’être jouée dans plus d’une trentaine de pays, cette comédie jubilatoire revient sur les planches du Théâtre Édouard VII avec une distribution éclatante : Sylvie Testud, Stéphane De Groodt, Clotilde Courau et Stéphane Facco, sous la direction précise de Ladislas Chollat. Un Vaudeville Contemporain, diaboliquement efficace Avec La Vérité , Florian Zeller signe une comédie de boulevard qui joue à cache-cache avec le spectateur. Ici, le mensonge est un art de vivre, un fil ténu entre trahison et légèreté. Vincent, interprété avec une énergie débordante par Stéphane De Groodt, est un menteur invétéré qui jongle entre sa femme Sophie (Clotilde Courau) et sa maîtresse Alice (Sylvie Testud), elle-même mariée à son meilleur ami Paul (Stéphane Facco). Mais dans ce petit monde où tout le monde trompe tout le monde, qui détient réellement la vérité ? Zeller s’amuse à brouiller les pistes et à faire vaciller les certitudes. À travers un jeu de quiproquos et de faux-semblants, il compose une partition rythmée où la morale est aussi floue que la réalité. L’intrigue, bien que classique dans son dispositif (adultère, cachotteries, aveux feints), brille par sa finesse d’écriture et sa capacité à se renouveler. La mécanique du vaudeville est ici transcendée par un texte vif, piquant et redoutablement habile. Un quatuor de haut vol Si la force de La Vérité réside dans son écriture acérée, elle doit également beaucoup à son casting. Stéphane De Groodt incarne à merveille cet antihéros arrogant, manipulateur, d’une mauvaise foi notoire, mais terriblement attachant. Son sens du rythme et son talent pour l’ironie font des merveilles. Face à lui, Sylvie Testud excelle dans un rôle de femme à la fois blessée et impénétrable, maniant avec brio les silences lourds de sous-entendus. Clotilde Courau apporte une touche de sensualité et d’ambiguïté, tandis que Stéphane Facco, dans le rôle du mari trahi, fait preuve d’une justesse remarquable. La mise en scène de Ladislas Chollat est fluide et efficace, laissant place au texte et au jeu des comédiens sans jamais alourdir l’ensemble. Il parvient à insuffler un dynamisme constant, en jouant avec les entrées et sorties de scène, les silences pesants et les répliques qui fusent avec une précision chirurgicale. Un jeu de dupes réjouissant Derrière le rire, La Vérité interroge subtilement notre rapport au mensonge. Florian Zeller ne se contente pas de faire rire, il dissèque avec malice les faux-semblants qui régissent nos relations humaines. Où se situe la vérité lorsque chacun façonne sa propre version des faits ? Le mensonge est-il un mal nécessaire ? À travers des dialogues ciselés et un enchaînement de rebondissements savamment orchestrés, la pièce nous invite à une réflexion légère mais pertinente sur l’hypocrisie sociale et la subjectivité des vérités individuelles. La Vérité est un pur régal de théâtre, une comédie élégante et mordante qui jongle avec le mensonge et la sincérité avec une aisance déconcertante. Entre éclats de rire et soupçons de malaise, elle nous prend dans son piège avec une intelligence redoutable. Servie par une jolie troupe et une mise en scène dynamique, cette pièce est un très bon moment de la saison théâtrale. Avis de Foudart 🅵🅵 LA VERITÉ Une pièce de Florian   Zeller  Mise en scène Ladislas   Chollat  Avec Stéphane   De   Groodt, Sylvie   Testud, Clotilde   Courau, Stéphane   Facco  Assistant à la mise en scène Éric Supply  Décors William   Mordos  Lumière Dimitri   Vassiliu  Costumes Jean-Daniel   Vuillermoz THÉÂTRE EDOUARD 7 À partir du 23 janvier 2025  • Du mardi au samedi à 21h00 • Le samedi à 16h30 • Le dimanche à 16h00

  • La Gaîté Lyrique en crise : le cri de coeur des salarié·es

    Paris, le 30 janvier 2025 – Après 52 jours d’occupation par un collectif de jeunes en attente de reconnaissance de leur minorité par la justice, la Gaîté Lyrique est en pleine impasse. Dans un communiqué publié ce jour, les salarié·es du lieu culturel dénoncent une situation intenable et interpellent les autorités pour une intervention urgente, permettant la réouverture du lieu et la reprise de ses activités. Un lieu de culture paralysé par une crise sociale Depuis le 10 décembre 2024, la Gaîté Lyrique – Fabrique de l’époque est occupée par plus de 400 jeunes en situation précaire, dont la minorité n’a pas été reconnue et qui attendent une décision judiciaire. Si l’occupation est motivée par des enjeux sociaux urgents, elle place les salarié·es et la direction du lieu dans une position délicate. Ces derniers réaffirment aujourd’hui leur engagement aux côtés des plus vulnérables, tout en soulignant que la Gaîté Lyrique n’est pas un centre d’hébergement d’urgence et que les conditions sanitaires et sécuritaires sur place se dégradent de jour en jour. « Il est impensable de rejeter plus de 400 personnes à la rue sans solution de mise à l’abri, et de surcroît en hiver » , déclarent les salarié·es. Toutefois, ils soulignent que leur mission première reste culturelle et que l’occupation rend impossible l’exercice de leur métier. Une institution en péril Alors que la crise dure depuis plus de sept semaines, l’impact économique et organisationnel devient de plus en plus lourd pour la Gaîté Lyrique. La programmation est à l’arrêt, avec de nombreuses annulations, reports et délocalisations d’événements. La baisse d’activité a conduit la direction à mettre en place du chômage partiel, tout en s’efforçant de protéger ses salarié·es et de maintenir l’esprit du projet. Malgré ces difficultés, l’équipe assure ne pas se considérer comme « prise en otage » par la direction, contrairement à ce qui a pu être relayé dans certains médias. Elle insiste sur la transparence et la responsabilité dont a fait preuve la direction depuis le début de la crise. Un appel à l’intervention des autorités L’occupation de la Gaîté Lyrique n’est pas un cas isolé : il s’agit de la dixième occupation d’un lieu public à Paris en un an et demi. Pour les salarié·es, l’absence de réponse rapide des pouvoirs publics envoie un signal inquiétant à l’ensemble des institutions culturelles. Face à l’impasse, ils en appellent aujourd’hui à la Ville de Paris pour qu’elle prenne ses responsabilités et trouve une solution d’hébergement pour ces jeunes. « Nous appelons à l’urgence d’une résolution rapide de la situation par une mise à l’abri des jeunes afin que nous, salarié·es, puissions reprendre nos métiers et ainsi permettre à la Gaîté Lyrique d’assurer ses missions, sa vocation culturelle et l’accueil de ses publics », conclut le communiqué. Alors que la culture traverse une période de crise profonde, l’issue de cette occupation sera un test décisif pour l’avenir du projet de la Fabrique de l’époque et plus largement pour la place des institutions culturelles dans la gestion des crises sociales.

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