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  • Les Suppliques : L'Histoire Intime des Juifs de France sous Vichy Resurgit au Théâtre

    Au cœur du théâtre contemporain, le Birgit Ensemble illumine l'histoire méconnue des juifs de France durant l'ère de Vichy à travers la production poignante baptisée "Les Suppliques". Plongeant dans ces lettres désespérées et déchirantes, adressées aux autorités vichystes et au Maréchal Pétain lui-même, cette pièce devient une œuvre théâtrale inoubliable. Un projet audacieux qui exhume la mémoire collective de cette période sombre de l'histoire française avec une profonde émotion. Depuis sa naissance en 2013, le Birgit Ensemble a tissé avec passion des récits politiques, historiques et intimes, explorant les liens subtils entre la mémoire individuelle et collective. Cependant, en 2020, une conversation téléphonique allait bouleverser le cours de leur création. Alexandre Hallier, producteur de cinéma, et l'historien Laurent Joly donnaient vie à un documentaire intitulé "Les Suppliques". Ce documentaire révélait au grand jour des milliers de lettres adressées au Commissariat général aux questions juives (CGQJ) durant l'ère de Vichy. La compagnie fut immédiatement intriguée par ce trésor historique et décida de s'engager dans une adaptation théâtrale de ces lettres, un projet d'une ampleur exceptionnelle. Six Lettres, Six Destins "Les Suppliques" se plonge dans l'intimité de six lettres bouleversantes, écrites entre 1941 et 1944 par Edith Schleifer, Gaston Lévy, Renée Haguenauer, Alice Grunebaum, Léon Kacenelenbogen et Charlotte Lewin. Chacune de ces lettres révèle une personnalité unique et émouvante, offrant un aperçu saisissant de leur vie dans cette période troublée. Le Birgit Ensemble a choisi de tisser habilement les extraits de ces lettres avec leur propre écriture pour donner vie à ces témoignages qui avaient été injustement oubliés. L'Enquête et la Mémoire La compagnie s'est lancée dans une enquête minutieuse pour traquer les traces des auteurs de ces lettres. Avec l'aide précieuse de l'historien Laurent Joly et de la documentaliste Aude Vassallo, ils ont fouillé les archives, dévoilé des photographies, examiné les cartes d'identité et exploré les documents préfectoraux pour reconstituer les destins brisés de ces victimes. Cette enquête devient un élément central de la narration théâtrale, permettant au public de marcher aux côtés des protagonistes à travers les années et de combattre vaillamment l'oubli. Le Hors-Champ de l'Archive Malgré des mois d'enquête minutieuse, certains secrets restent enfouis, ajoutant un voile de mystère autour de ces destins tragiques. Le Birgit Ensemble a choisi de plonger dans ce mystère en utilisant la fiction documentée. Ils ont imaginé des scènes fictives et dialoguées pour recréer l'atmosphère intime qui entourait l'écriture de ces lettres. Cette approche permet de mieux saisir la vie quotidienne de ces victimes oubliées, ajoutant une couche d'émotion à leur récit. Une Constellation de Projets "Les Suppliques" s'inscrit dans une constellation de projets visant à partager ces milliers de lettres avec le plus grand nombre. Outre la pièce de théâtre, un documentaire co-écrit par Laurent Joly et Jérôme Prieur, ainsi qu'une œuvre radiophonique, ont été créés pour transmettre la mémoire de cette période sombre de l'histoire française. "Les Suppliques" du Birgit Ensemble offre une plongée profonde dans l'histoire intime des juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette pièce, qui mêle habilement des éléments documentaires et la fiction, joue un rôle vital dans la préservation de la mémoire collective de cette période tragique. Grâce à cette œuvre émouvante, les victimes de ces persécutions reprennent leur voix et leur humanité, nous permettant de ressentir intensément l'impact de cette sombre période de l'histoire. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 LES SUPPLIQUES Conception, écriture et mise en scène Julie Bertin et Jade Herbulot / Le Birgit Ensemble D’après les lettres d'Édith Schleifer, Gaston Lévy, Renée Haguenauer, Alice Grunebaum, Léon Kacenelenbogen et Charlotte Lewin Avec Salomé Ayache, Marie Bunel, Pascal Cesari, Vincent Winterhalter et les voix de Bénédicte Cerutti et d’Éric Charon Conseil historique Laurent Joly • Enquêtes généalogiques Aude Vassallo • Scénographie James Brandily • Lumières Jérémie Papin • Son Lucas Lelièvre • Collaboration chorégraphique Thierry Thieû Niang • Costumes Pauline Kieffer Crédit Photo de répétitions © Virgile Gemonet • Crédit photo © Simon Gosselin Théâtre La Tempête Du 31 jan. au 16 fév. 2025 • Du mardi au samedi 20 h dimanche 16 h • Durée estimée 1h45 Extrait d’une lettre de Léon Kacenelenbogen, Archives nationales

  • Cuir et Rapprochons-nous – Quand l’acrobatie explore l’intime

    Dans l’univers du cirque contemporain, la compagnie Un Loup pour l’Homme continue de surprendre en repoussant les limites du langage acrobatique. Avec Cuir et Rapprochons-nous , deux propositions audacieuses et complémentaires, les artistes s’attaquent aux relations humaines avec une puissance corporelle et une subtilité narrative saisissantes. Ces spectacles, portés par des interprètes ayant travaillé avec Alexandre Fray, traduisent une volonté de mettre l’humain – et ses fragilités – au cœur de la scène. Cuir : une lutte à la frontière du sauvage et du sensuel Dans Cuir , deux hommes vêtus de slips et de harnais équestres explorent les limites du corps à corps. À mi-chemin entre lutte rituelle et jeu complice, leur performance mêle force brute et délicatesse. Les harnais, outils archaïques d’ordinaire réservés aux travaux agricoles, deviennent ici des agrès acrobatiques, symboles d’une tension constante entre domination et attraction. Les corps, dénudés et sculpturaux, s’affrontent et s’enlacent dans une chorégraphie où la séduction n’est jamais loin de la confrontation. Cette proximité érotique, amplifiée par les grognements et la sueur des interprètes, déstabilise autant qu’elle fascine. Pourtant, une distance subtile est maintenue grâce à une scénographie épurée – des néons blafards et un sol dépouillé – qui empêche toute ambiguïté excessive. Cuir est un spectacle où l’animalité côtoie l’introspection, où chaque geste questionne nos instincts et notre rapport à l’autre. Rapprochons-nous : l’équilibre précaire des relations humaines Avec Rapprochons-nous , la compagnie change de registre sans perdre son fil conducteur : l’exploration des relations humaines. Ici, deux interprètes investissent une poutre bien trop petite pour accueillir deux pieds à la fois. Le dispositif, aussi minimaliste qu’ingénieux, devient le lieu d’un équilibre précaire où les corps s’ajustent et se déséquilibrent, traduisant en gestes les complexités du vivre-ensemble. Le texte, mêlant blagues légères et réflexions philosophiques, renforce le contraste entre la virtuosité des acrobates et la drôlerie de leurs échanges. On rit, on réfléchit, on s’interroge. Que signifie être ensemble dans un espace contraint ? Comment nos corps et nos esprits négocient-ils l’intimité, la dépendance, ou encore la peur de l’effondrement ? Ces questions trouvent leur écho dans des gestes millimétrés, où la fragilité des relations est mise à nu avec une sincérité désarmante. Une vision unifiée de l’humain Ce qui lie ces deux spectacles, c’est l’approche unique de la compagnie Un Loup pour l’Homme : un cirque pensé comme une métaphore des relations humaines. À travers des portés acrobatiques, des mouvements instinctifs et des scénographies minimalistes, la compagnie parvient à faire émerger des émotions universelles. Cuir séduit par sa puissance et sa sensualité, tandis que Rapprochons-nous touche par son humour et sa profondeur. Ensemble, ces œuvres tissent un dialogue entre le corps et l’esprit, entre le jeu et la réflexion, entre l’homme et l’animal. Ces deux propositions méritent d’être vues ensemble, tant elles se répondent dans leur exploration des interactions humaines. Cuir nous confronte à notre animalité, tandis que Rapprochons-nous nous rappelle que la vie à deux – qu’elle soit amoureuse, amicale ou sociale – est un équilibre fragile et toujours à réinventer. Une expérience théâtrale et acrobatique à la fois troublante, réjouissante et profondément humaine. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 CUIR / RAPPROCHONS-NOUS Cuir Interprètes, créateurs Arno Ferrera et Gilles Polet Auteurs Arno Ferrera, Mika Lafforgue Lumière Florent Blanchon Costumes Jennifer Defays Vidéo Romain Vennekens Rapprochons-nous Un spectacle de Alexandre Denis, Frédéric Arsenault Avec Alexandre Denis, Frédéric Arsenault et en alternance Julien Vadet, Christophe Bruyas, Rebecca Chamouillet Création sonore Julien Vadet L’Azimut - Théâtre Firmin Gémier / Patrick Devedjian Les 21 et 22 janvier 2025 à 20h • Durée 1h45 avec entracte • Dès 12 ans Tournée Rapprochons-nous / Cuir Les 21 et 22 janvier 2025 à L’Azimut / Châtenay-Malabry - Théâtre Firmin Gémier / Patrick Devedjian Rapprochons-nous Le 12 février 2025 au Cratère scène nationale d’Alès Le 17 mai 2025 au Service culturel de Talence Les 7 et 8 juin 2025 à la Fête du Cirque - Le Havre Seine Métropole, Saint-Romain-de-Colbosc

  • Arthur et Ibrahim : une amitié mise à l’épreuve des identités

    Avec Arthur et Ibrahim , Amine Adjina livre un premier volet de trilogie jeunesse où racisme, quête identitaire et héritage historique s’entrelacent avec audace et sensibilité. Créée en 2018, cette comédie explore les forces et fragilités d’une amitié entre deux collégiens, confrontée aux discours des adultes et aux silences de l’Histoire. Une œuvre drôle et poignante, qui ne laisse personne indifférent. Une intrigue simple pour un propos percutant Le récit commence par un acte à la fois banal et déstabilisant : Ibrahim, influencé par les idées de son père, décide de s’éloigner d’Arthur, son meilleur ami, sous prétexte qu’il n’est pas arabe. Désorientés mais pleins de ressources, les deux garçons imaginent alors une solution aussi absurde que drôle : transformer Arthur en Arabe. Ce point de départ, à la fois naïf et désarmant, ouvre la voie à des situations cocasses où les maladresses enfantines se mêlent aux incompréhensions des adultes. Derrière cette légèreté apparente, la pièce aborde des thèmes essentiels avec une rare finesse : les tensions identitaires, les cicatrices laissées par la colonisation, et le poids des héritages familiaux. Sans jamais perdre de vue l’accessibilité pour un jeune public, Arthur et Ibrahim parvient à traiter ces sujets complexes avec humour, émotion et une profonde humanité. Une écriture juste et engagée Amine Adjina s’inspire de son expérience personnelle pour offrir un texte d’une authenticité saisissante. Français d’origine algérienne, il fait dialoguer cultures et identités avec une plume à la fois incisive et poétique. Loin de tout manichéisme, les personnages sont riches et nuancés : Ibrahim, tiraillé entre l’amour pour son père et son amitié pour Arthur, et ce dernier, en quête d’un sentiment d’appartenance qu’il ne maîtrise pas encore. Le rire est ici un outil puissant, un vecteur d’émancipation qui désamorce les peurs et invite à la réflexion. Sans jamais tomber dans le piège de la moralisation, Adjina propose une œuvre qui ouvre des espaces de dialogue et de compréhension, pour les jeunes comme pour les adultes. Une mise en scène ludique et inventive Sur scène, un décor minimaliste – des coussins empilés, une carte géographique – devient un terrain de jeu propice à l’imaginaire. Les mouvements dynamiques des comédiens, qui se déplacent en trottinette ou sur une rampe de skate, insufflent une énergie contagieuse, en parfaite adéquation avec la fraîcheur de l’enfance. Les acteurs, Mathias Bentahar et Romain Dutheil, incarnent Arthur et Ibrahim avec une complicité palpable, rendant leurs dilemmes identitaires d’autant plus poignants. Les personnages secondaires, comme la mère d’Arthur et le père d’Ibrahim, apportent une profondeur supplémentaire, illustrant les contradictions des adultes face aux rêves et aux espoirs des enfants. Un message universel et essentiel Bien plus qu’une pièce pour la jeunesse, Arthur et Ibrahim est une ode à l’amitié comme rempart contre les clivages et les préjugés. En posant un regard tendre et lucide sur les héritages aliénants, Adjina invite à construire des ponts là où l’Histoire a érigé des murs. À travers le rire, la tendresse et une profonde intelligence, cette pièce nous interroge sur l’identité, l’altérité et la transmission. Une œuvre lumineuse et nécessaire, à partager sans hésitation. Avis Foudart 🅵🅵🅵 ARTHUR ET IBRAHIM Texte et mise en scène Amine Adjina Collaboration artistique Emilie Prévosteau Avec Mathias Bentahar, Anne Cantineau (en alternance avec Pauline Dubreuil), Romain Dutheil (en alternance avec Antoine Chicaud), Kader Kada et la voix de Xavier Fagnon Création lumière et régie générale Azéline Cornut Scénographie Maxime Kurvers Création sonore Fabien Aléa Nicol Costumes Majan Pochard Spectacle vu au théâtre Le Tangram, scène nationale Évreux Mardi 21 janvier 10h & 14h30 Mercredi 22 janvier 15h Jeudi 23 janvier 10h & 14h30 Vendredi 24 janvier 10h & 14h30 Spectacle tout public à partir de 9 ans • Durée 1h10 TOURNÉE 2024/2025 6, 7, 8 FÉVRIER 2025 • Théâtre 71, SN Malakoff 18, 19, 20 FÉVRIER 2025 • Bonlieu, scène nationale, Annecy

  • L’Art de ne pas dire de Clément Viktorovitch : Une leçon de rhétorique au théâtre, entre satire et prise de conscience

    Clément Viktorovitch, figure incontournable de la vulgarisation politique, fait une entrée remarquée sur la scène théâtrale avec L’Art de ne pas dire . Entre fiction glaçante et satire mordante, ce premier spectacle, prolongé au Théâtre 13ème Art jusqu’en avril 2025, s’impose comme un incontournable pour qui s’interroge sur le rôle et les dérives du langage dans nos démocraties contemporaines. Une fiction profondément ancrée dans la réalité Dans ce seul-en-scène, Viktorovitch endosse le rôle d’un conseiller en communication politique, brutalement évincé par le Président qu’il servait avec dévouement. Rongé par le rejet et le désenchantement, ce personnage fictif se lance dans un acte de confession : révéler les stratégies de manipulation et les rouages d’une communication qui vide le discours de tout contenu pour mieux contrôler les masses. Si la pièce est clairement une œuvre de fiction, le spectre de notre réalité contemporaine plane sur chaque mot, chaque situation. La référence à une ère politique marquée par l’essor de la post-vérité et la perversion du débat public est évidente, mais toujours suffisamment distanciée pour laisser place à l’interprétation du spectateur. Un théâtre engagé et accessible À travers une mise en scène sobre mais percutante, Clément Viktorovitch déploie un véritable cours de rhétorique, où le rire devient une arme de sensibilisation. Fidèle à sa démarche de démocratisation des outils critiques, l’auteur et interprète nous pousse à interroger notre rapport au discours politique. Les manipulations du langage, souvent insidieuses, sont ici exposées avec une clarté redoutable, transformant le théâtre en espace d’éveil citoyen. Ce spectacle, loin d’être une simple performance pédagogique, est également un geste artistique puissant. Le mélange de comédie grinçante et de gravité donne lieu à des moments de tension, où le spectateur oscille entre le rire et une certaine gêne face à la brutalité du constat. Viktorovitch nous rappelle ainsi que le théâtre peut, comme le voulait la tradition grecque, être un lieu de catharsis et de débat démocratique. Un cri d’alarme et une invitation au débat Si l’intention de L’Art de ne pas dire est de révéler les travers d’une communication politique dévoyée, elle est aussi de susciter un questionnement collectif sur le rôle de la parole dans une démocratie. Que reste-t-il du débat public lorsque les mots perdent leur sens ? Comment se forger une opinion dans un univers saturé de discours creux ? Viktorovitch ne fournit pas de réponses toutes faites, mais invite les spectateurs à se poser ces questions, à échanger, à objecter. Une performance à saluer Sur scène, Clément Viktorovitch impressionne par sa présence et son aisance. Habitué aux plateaux télévisés, il parvient ici à captiver son auditoire sans artifices, jouant habilement sur les silences, les ruptures de ton et l’interaction implicite avec le public. Sa maîtrise du verbe, à la fois érudite et accessible, confère à ce spectacle une profondeur rare. L’Art de ne pas dire est une œuvre hybride, à mi-chemin entre la satire politique et le plaidoyer citoyen. Clément Viktorovitch y démontre une fois de plus sa capacité à rendre la rhétorique vivante et accessible, tout en lançant un cri d’alarme face aux dangers d’un langage vidé de sa substance. Drôle, percutant et profondément actuel, ce spectacle est une expérience à ne pas manquer pour quiconque s’interroge sur l’état de notre démocratie et le pouvoir des mots. Avis Foudart 🅵🅵 L’ART DE NE PAS DIRE Un spectacle de Clément Viktorovitch Auteurs  Ferdinand Barbet et Clément Viktorovitch Mise en scène et Scénographie Ferdinand Barbet Création lumière Gautier Devoucoux Musiques Hugo Sempé   Théâtre 13eme ART Du 13 janvier au 28 avril 2025 • Les Dimanches et lundis à 19h • durée 1h15 • À partir de 14 ans   TOURNÉE 16/01/25 TOULOUSE 17/01/25 TOULOUSE 28/01/25 TROYES (10) - Théâtre de Champagne 29/01/25 METZ (57) - L’Arsenal 30/01/25 BESANÇON (25) - Théâtre Ledoux 18/02/25 BORDEAUX 19/02/25 OLORON STE MARIE 21/02/25 LONS 28/02/25 AULNOYE-AYMERIES (59) - Théâtre Leo Ferré 06/03/25 MARSEILLE (13) - Le Silo 11/03/25 BRUXELLES 13/03/25 NANTES 14/03/25 TOURS 16/03/25 MONTPELLIER (34) - Le Corum 18/03/25 CLERMONT-FERRAND 01/04/25 GOUSSAINVILLE (95) - Théâtre Sarah Bernhardt 03/04/25 VERVIERS 04/04/25 ARLON 11/04/25 RENNES 24/04/25 DIJON 25/04/25 MULHOUSE 26/04/25 EPINAL (88) - Auditorum de la Louvière 29/04/25 LILLE 30/04/25 SARCELLES

  • Un théâtre qui déchire le silence : « Surveillée et punie », un cri cathartique contre la haine en ligne

    Dans le huis clos vibrant des Plateaux Sauvages à Paris, Safia Nolin et Philippe Cyr livrent une œuvre théâtrale et musicale profondément dérangeante, mais ô combien nécessaire. Surveillée et punie est un spectacle mais surtout une plongée vertigineuse dans l’abîme de la haine, une mise à nu collective qui force à regarder l’inacceptable en face. Sublimer le dégoût S’appuyant sur des milliers d’insultes réelles reçues par Nolin — qu’elles soient misogynes, homophobes ou racistes — le spectacle pose une question cruciale : que signifie vraiment la liberté d’expression lorsque celle-ci devient une arme de destruction ? Avec l’aide du metteur en scène Philippe Cyr, Nolin transforme ce matériau brut et violent en un objet artistique sidérant, où la musique se fait bouclier et exutoire. Sur scène, un chœur imposant chante à l’unisson les invectives les plus abjectes adressées à l’artiste. La puissance de cette configuration est insoutenable : une femme seule, assise face à un mur sonore d’insanités. Pourtant, c’est dans cette confrontation qu’émerge la force du spectacle. Les insultes, terriblement réelles, deviennent une matière à transcender, un écho des blessures infligées mais aussi une invitation à les soigner. Un espace réapproprié La scène devient ici un lieu de réparation. Armée de sa guitare, Safia Nolin, accompagnée de son alter ego incarné par Debbie Lynch-White, finit par renverser les rapports de force. Le flot de haine se désagrège peu à peu sous l’impulsion de la musique. La chanteuse s’approprie les mots, les détourne, et finit par les posséder dans une scène finale libératrice, presque carnavalesque. Ce renversement cathartique rappelle que l’art a le pouvoir unique de transformer la souffrance en résistance. La mise en scène de Cyr, minimaliste et percutante, offre une épure qui laisse toute la place à la musique et à l’émotion brute. Un miroir pour la société Mais Surveillée et punie ne se contente pas d’être un geste artistique : il est aussi un acte politique. En exposant la violence omniprésente sur les réseaux sociaux, le spectacle nous tend un miroir brutal. Il interroge notre responsabilité collective dans la propagation de cette haine : sommes-nous complices par notre silence ou nos réactions insuffisantes ? Le parallèle avec le célèbre essai de Michel Foucault, dont le titre est librement inspiré, est frappant. Si Foucault analysait le contrôle des corps par les institutions, ici, c’est l’espace numérique qui devient un lieu de surveillance et de punition. Safia Nolin, avec son identité queer, son corps hors des normes, et son franc-parler, incarne la cible parfaite d’une société où les différences sont punies sans appel. Un cri universel Malgré l’origine profondément personnelle de ce projet, Surveillée et punie dépasse le cadre de l’expérience individuelle. La violence décrite n’est pas seulement celle subie par Nolin : elle est celle que des millions de femmes, de minorités et de personnalités publiques affrontent quotidiennement. Ce spectacle nous rappelle l’urgence de repenser notre rapport à la parole publique, de réaffirmer l’importance de la bienveillance, et de refuser la banalisation du harcèlement. Une œuvre essentielle Audacieux, choquant, mais éminemment beau, Surveillée et punie est une œuvre qui dérange autant qu’elle élève. Safia Nolin y déploie une vulnérabilité désarmante, tandis que Philippe Cyr orchestre avec brio une réflexion sur la responsabilité et le pouvoir des mots. Ce spectacle est une claque salutaire, un appel à l’empathie et à l’action. À voir absolument : pour comprendre, ressentir, et surtout, ne plus jamais détourner le regard. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 SURVEILLÉE ET PUNIE Livret Safia Nolin et Jean-Philippe Baril Guérard Création musicale Safia Nolin et Vincent Legault Mise en scène Philippe Cyr Conseil dramaturgique  Anne-Marie Voisard Scénographie et costumes Odile Gamache Création lumière Cédric Delorme-Bouchard Avec Safia Nolin , Debbie Lynch-White et un chœur composé de professionnel·le·s et des amateurices du projet de transmission artistique Battre le chœur mené par Gérald Kurdian et Philippe Cyr Crédit photo © Kelly Jacob, Maxim Paré Fortin   Les Plateaux Sauvages Du 16 au 18 janvier 2025 • Jeudi et vendredi à 20h. Samedi à 17h30 • Dès 16 ans • Durée 1h20

  • Entre les deux de Panayotis Pascot – Un Voyage Drôle et Touchant dans l’Entre-deux

    Panayotis Pascot, à seulement 26 ans, s’impose comme une des figures les plus captivantes de la scène humoristique française avec son dernier spectacle Entre les deux . Entre introspection sincère et humour décalé, ce jeune prodige livre une performance qui conjugue éclats de rire et réflexion profonde, à la hauteur des attentes élevées laissées par son premier one-man-show, Presque . Un thème universel sublimé par une perspective personnelle Avec Entre les deux , Panayotis explore cette zone floue entre l’insouciance de l’enfance et les responsabilités écrasantes de l’âge adulte. « La vie, c’est pas ouf », dit-il avec une ironie désarmante. Mais derrière cette phrase se cache une véritable réflexion sur les contradictions et absurdités de la vie moderne : la peur de grandir, l’anxiété de devenir adulte, ou encore le désir de transmission face à ses propres limites. Avec finesse, l’humoriste parvient à transformer ces questionnements intimes en véritables moteurs comiques, tout en conservant une profondeur émotive qui touche en plein cœur. Un spectacle rythmé et brillant Dès son entrée en scène, Panayotis impose un rythme effréné, où les rires fusent sans relâche. Son écriture, précise et ciselée, allie une fluidité narrative à des punchlines percutantes. Il excelle dans l’art de jongler entre les registres : une anecdote hilarante sur son chat peut laisser place à une réflexion bouleversante sur la dépression, sans jamais briser l’équilibre délicat de son spectacle. Cette fluidité est renforcée par une mise en scène épurée qui met en lumière son jeu d’acteur remarquable, oscillant entre mimiques irrésistibles et une gestuelle parfaitement maîtrisée. Une authenticité désarmante Si Presque abordait déjà des thèmes intimes comme la figure paternelle ou les affres de l’enfance, Entre les deux pousse encore plus loin l’introspection. Le jeune humoriste se dévoile sans artifice, abordant avec humour et honnêteté des sujets difficiles tels que la dépression et la solitude. Loin d’être lourd, son traitement de ces thématiques est d’une légèreté émouvante, permettant au public de rire de ses propres angoisses et de se reconnaître dans ses mots. Un talent pluriel Au-delà de son texte et de son jeu scénique, Panayotis Pascot brille par sa capacité à établir une connexion immédiate avec son public. Son énergie débordante et son charisme naturel créent une ambiance chaleureuse et immersive. La salle, captivée du début à la fin, alterne entre rires tonitruants et silences méditatifs, témoignant de l’impact émotionnel de sa performance. Un humoriste qui grandit avec son public Avec Entre les deux , Panayotis Pascot confirme son statut d’artiste singulier et prometteur. En mariant avec brio humour, introspection et émotion, il offre bien plus qu’un simple spectacle comique : une expérience humaine, universelle et inoubliable. Si l’humour est souvent un miroir de nos propres absurdités, Panayotis le polit avec une intelligence rare, laissant entrevoir une maturité artistique qui ne demande qu’à s’épanouir davantage. Un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte ! Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 Entre les deux Texte de Panayotis PascotPhotographie Idriss ‘Yagooz’ Tidjani THÉÂTRE FONTAINE Du 14 janvier au 1er mars 2025 • Du mercredi au samedi à 19h • Durée 80 min À voir également en tournée le 22 janvier 2025 La Filature, Scène nationale de Mulhouse

  • “Les Petites Bêtes” : Un monde de brutes dans un univers de douceur

    “ Les Petites Bêtes ” de Delphine Théodore est une pièce de théâtre qui se présente comme un conte moderne, mêlant onirisme et drame psychologique, et entraîne le spectateur dans les profondeurs des relations humaines, à la fois complexes et inextricables. À travers un trio féminin bouleversant, l’autrice et metteuse en scène dissèque les mécanismes insidieux de l’emprise, ce lien invisible et toxique qui se dissimule sous le masque de l’amour. La scénographie est d’une poésie rare, jouant sur l’apparence trompeuse d’un univers doux et gracieux. Tout semble délicat, mais tout est danger. Une forêt mystérieuse s’approche, les bruits s’amplifient, les ombres s’allongent. C’est comme si l’on regardait à travers un trou de serrure, fascinés et terrifiés à la fois. Cette mise en scène, ciselée et minutieuse, évoque avec une force visuelle remarquable les souvenirs d’enfance qui hantent les personnages, cristallisant leurs douleurs et leurs désirs. Le jeu des actrices et les chorégraphies, parfaitement accordé, propose une expérience à mi-chemin entre théâtre et danse. Par moments, le temps semble s’arrêter, les gestes deviennent des images suspendues, comme des souvenirs marquants surgissant d’un passé enfoui. Cette oscillation entre mouvement et immobilité, entre rêve et réalité, donne à la pièce une dimension profondément poétique, presque hypnotique. La voix de Mathieu Amalric, douce et grave, agit comme un fil narratif bienveillant mais ambigu. Elle accompagne les spectateurs dans cette exploration intime et troublante, jouant sur le contraste entre la douceur du conte et la menace larvée qu’il contient. Une menace amplifiée par la masculinité qui rôde discrètement dans cet univers féminin, comme une ombre silencieuse et ambiguë. Le texte regorge de doubles sens et de nuances. La grand-mère, sous des airs bienveillants, est une figure tyrannique ; la mère, dévouée à outrance, est prisonnière de son rôle ; et la petite fille, loin d’être une victime passive, finit par trouver en elle la force de briser ce cycle destructeur. Ici, tout est ambiguïté : les gentils ne sont pas si gentils, les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit, et le salut réside souvent là où on ne l’attend pas. La symbolique du Petit Chaperon rouge traverse l’œuvre, convoquant l’imaginaire collectif pour mieux le détourner. La forêt devient le théâtre des premières peurs, des premiers choix, mais aussi de la première libération. La petite fille, qui croyait devoir sauver sa mère, découvre finalement ses propres désirs et apprend à les suivre, au prix d’une transformation aussi inquiétante que libératrice. “Les Petites Bêtes” est un spectacle tout en nuances, où la violence sous-jacente est contrebalancée par une esthétique d’une rare délicatesse. Ce jeu constant entre douceur et brutalité, entre rêve et cauchemar, confère à la pièce une puissance émotionnelle qui marque profondément. Delphine Théodore offre ici une œuvre d’une grande justesse, touchant à l’intime et à l’universel, et rappelle combien nos “petites bêtes” intérieures peuvent être à la fois des chaînes et des forces libératrices. Un spectacle, pour tous ceux qui veulent plonger dans un théâtre qui explore avec une grâce infinie les recoins les plus troubles de l’âme humaine. Avis de Foudart  🅵🅵 Les Petites Bêtes Texte et mise en scène Delphine Théodore Dramaturgie Valérie Théodore Avec Mathieu Amalric (voix enregistrée), Claire Aveline, Amandine Dewasmes, Louise Legendre Collaboration artistique Sandra Choquet • Chorégraphie Rémi Boissy • Scénographie James Brandily • Création lumières Pascal Noël • Costumes Siegrid Petit-Imbert • Création son Lucas Lelièvre • Création marionnettes Sébastien Puech • Marionettes te Delphine Théodore Crédit photo © Anne-Cécile Pistenon Théâtre 13 - Site Bibliothèque Du mercredi 8 au vendredi 24 janvier 2025 du lundi au vendredi à 20h, le samedi à 18h, relâche le dimanche • Durée 1h40 • À partir de 14 ans TOURNÉE 25 Les 29 et 30 janvier 2025 Grand R Scène nationale de La Roche-sur-Yon

  • Un souffle d’audace sur scène : « Birgit Kabarett #6 – Joyeuses Fêtes »

    Avec « Birgit Kabarett # 6 – Joyeuses Fêtes », le Birgit Ensemble frappe encore un grand coup. Ce cabaret politique, conçu avec une énergie détonante, mêle satire, burlesque et musique pour dresser un portrait acéré de l’actualité politique française et européenne. Conçu en quelques semaines seulement, le spectacle incarne un défi artistique et organisationnel digne des funambules qu’il caricature sur scène. Un pari fou, brillamment relevé Le concept du Birgit Kabarett repose sur une réinvention perpétuelle. Chaque opus est un miroir de l’actualité, remodelé à partir d’une trame fixe. Écriture, composition musicale, répétitions : tout est orchestré dans un temps record, donnant au spectacle une spontanéité rafraîchissante. Ce sixième épisode, créé à l’occasion des fêtes de fin d’année, s’attaque aux grands noms de la politique avec un humour mordant et une légèreté savamment dosée. Le spectacle s’ouvre sur les vœux présidentiels d’Emmanuel Macron, rapidement détournés en une réjouissante farce où Bernard Arnault et Vincent Bolloré s’invitent sur scène, symboles d’un capitalisme effréné. La caricature s’intensifie avec l’arrivée de figures politiques comme Éric Ciotti, François Bayrou ou encore une délégation fictive de la GAD (Gauche en Danger) menée par Marine Tondelier. Ce casting bigarré est incarné par des comédiennes aux transformations époustouflantes, capables de passer d’un personnage à l’autre en un clin d’œil. Un cabaret au croisement des genres Inspiré des cabarets brechtiens, Birgit # 6 réactualise le genre en mêlant théâtre, chanson, et satire. La musique, composée par Grégoire Letouvet sur des paroles de Romain Maron, est le pilier du spectacle. Ces chansons originales, oscillant entre critique acerbe et absurdité festive, captivent par leur précision textuelle et leur finesse musicale. Les deux maîtresses de cérémonie, Julie Bertin et Jade Herbulot, insufflent une énergie débordante à la soirée, tout en établissant une proximité chaleureuse avec le public. L’inclusion des spectateurs est d’ailleurs l’une des forces du dispositif. Selon les lieux, la mise en scène peut prendre des formes variées : du café-concert intimiste aux plateaux théâtraux plus classiques. Cette modularité renforce l’impression d’assister à une performance unique, en prise directe avec l’actualité. Entre satire et réflexion : un spectacle nécessaire « Joyeuses Fêtes » séduit par sa capacité à croquer avec malice les travers de nos dirigeants tout en évitant les écueils du pastiche simpliste. À la manière des Guignols de l’info ou de l’esprit de Coluche, le cabaret offre un regard critique et distancié sur le théâtre politique. Julie Bertin et Jade Herbulot, loin de sombrer dans la caricature grossière, adoptent une posture d’observatrices naïves, jouant avec intelligence sur les absurdités des discours et des décisions. Cette satire équilibrée, qui égratigne autant la droite que la gauche, constitue un espace rare où les divergences politiques peuvent coexister. Le spectacle pose une question essentielle : comment rire ensemble dans une société de plus en plus polarisée ? En réponse, le Birgit Kabarett propose une détente salvatrice, tout en maintenant une réflexion critique. Un théâtre au féminin, un engagement subtil Fait remarquable, le cabaret est intégralement porté par des femmes, un choix revendiqué comme un clin d’œil à la place souvent marginalisée des femmes dans la satire politique. Les comédiennes, virtuoses dans leurs interprétations, donnent vie à des personnages variés, passant de la sobriété grinçante à la folie douce. Une ode à l’audace Birgit Kabarett # 6 n’est pas seulement une soirée de rires et de chansons, c’est une expérience théâtrale à part entière. Entre humour corrosif, critique sociale et célébration festive, ce cabaret politique réaffirme le rôle du théâtre comme miroir de son époque. Une performance à ne pas manquer pour ceux qui cherchent à se délecter de l’actualité tout en se questionnant sur ses absurdités. Avis de Foudart  🅵🅵🅵 Birgit Kabarett # 6 – Joyeuses Fêtes Conception, écriture et mise en scène Julie Bertin et Jade Herbulot / Le Birgit Ensemble Composition et arrangements  Grégoire Letouvet , Paroles  Romain Maron Comédiennes et chanteuses  Pauline Deshons, Anna Fournier, Morgane Nairaud en alternance avec Manika Auxire, Marie Sambourg Musiciens  Grégoire Letouvet et Alexandre Perrot Crédit photo  ©Christophe Raynaud de Lage    Théâtre Gérard Philipe – Centre Dramatique National de Saint-Denis Du 8 au 19 janvier 2025 • Du lun. au ven. à 20h, sam. à 18h, dim. à 15h30, relâche le mardi • Durée estimée 1h45 • À partir de 15 ans Tournée 17 et 18 décembre 2024,  L'Azimut, Châtenay-Malabry (92) 20 et 21 décembre 2024 , Le Volcan, Le Havre (76) 23 et 24 janvier 2025,  Théâtre de Châtillon (92)

  • L'Événement: Une Pièce de Théâtre Poignante Tirée de l'Œuvre d'Annie Ernaux

    Dans une mise en scène sobre et puissante, Marianne Basler donne vie sur les planches du Théâtre de l'Atelier à "L'Événement", adapté du livre éponyme d'Annie Ernaux, lauréate du Prix Nobel de Littérature 2022. Cette pièce, par sa simplicité scénique - une femme en noir, une table, une chaise, sur un fond tout aussi noir - met en lumière le combat solitaire et douloureux d'Ernaux face à une grossesse non désirée et à un avortement clandestin dans la France des années 60, époque où ces actes étaient illégaux et socialement réprouvés. La force de cette adaptation réside dans sa capacité à transposer avec fidélité et intensité le récit autobiographique d'Ernaux, transformant son expérience personnelle en un message universel sur le droit des femmes à disposer de leur corps. La prestation de Basler, tout en retenue et profondeur, capte l'essence du texte d'Ernaux, rendant palpable la douleur, la peur, et la détermination de l'auteure. Annie Ernaux: Une Vie, Un Combat Annie Ernaux, née en 1940, a grandi en Normandie dans un milieu modeste. Son œuvre, profondément ancrée dans son expérience personnelle, explore les thèmes de la classe sociale, de la sexualité, de l'autonomie corporelle et de la condition féminine. "L'Événement", publié en 2000, représente un jalon clé dans son parcours d'écriture, offrant un témoignage cru et direct sur l'avortement clandestin qu'elle a subi dans sa jeunesse. Le Spectacle: Un Choc et un Bonheur La mise en scène de "L'Événement" par Marianne Basler est une leçon de théâtre par sa maîtrise parfaite des éléments scéniques et de la narration. Le spectacle engage le public dans une réflexion sur les droits des femmes et la fragilité des acquis sociaux, dans un contexte où l'avortement et la liberté de choix restent des sujets de débat. La performance épurée mais captivante invite à un dialogue nécessaire sur ces questions toujours d'actualité. Un Message Universel et Actuel Au-delà du récit personnel d'Annie Ernaux, "L'Événement" au théâtre de l'Atelier réaffirme l'importance de la liberté de choix et la lutte contre le silence imposé aux femmes. Dans une époque où les droits acquis sont sans cesse remis en question, la pièce rappelle avec force que le ventre des femmes ne peut être le réceptacle d'une vie non choisie et souligne l'importance de défendre cette liberté fondamentale. La lecture publique de ce texte, l'été dernier, a révélé la richesse des dialogues qu'il suscite, inspirant Basler à partager cette histoire sur scène. "L'Événement" est ainsi devenu un espace de mémoire et de réflexion, un lieu où la parole se libère et où le passé éclaire le présent. Aujourd’hui, en portant "L'Événement" d'Annie Ernaux sur scène, Marianne Basler ne se contente pas de rendre hommage à l'œuvre de l'auteure; elle nous engage aussi dans une réflexion profonde sur les enjeux sociétaux et les droits des femmes. Cette adaptation théâtrale, par sa force évocatrice et son interprétation magistrale, marque les esprits et rappelle l'importance du théâtre comme lieu de dialogue et de prise de conscience collective. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 L’ÉVÈNEMENT D’après le texte d’Annie Ernaux Édité aux éditions Gallimard Mise en scène et interprétation Marianne Basler Collaboration artistique Jean-Philippe Puymartin Création lumière Robin Laporte Voix et sons Célestine de Williencourt Photographie © Pascal Gély THÉÂTRE DE L’ATELIER Du 13 février au 27 mars 2024 • Le mardi et mercredi à 19h • Durée 1h

  • Différente – Une ode flamboyante à la vie et à l’acceptation de soi

    Carolina, la diva internationale à la mèche rouge, signe un retour éclatant sur les scènes parisiennes avec Différente , un seul en scène qui transcende les frontières entre théâtre, cabaret et confession publique. Couronné du prix du Meilleur Seul en Scène au Festival Off d’Avignon 2024, ce spectacle marque un tournant dans la carrière d’une artiste qui n’a jamais cessé de célébrer l’amour, la différence et la liberté d’être soi-même. Dès les premières minutes, Carolina nous emporte dans son univers bigarré, un maelstrom d’émotions mêlant chansons populaires, anecdotes personnelles et éclats de rire. Sa voix chaude et puissante, aux accents qui roucoulent, revisite avec malice et émotion le répertoire de la chanson française, de grands classiques à des titres contemporains, auxquels elle insuffle une touche unique en réécrivant parfois les paroles. Elle joue avec son public, entre confidences sincères et humour piquant, dans un jeu de séduction irrésistible qui captive du début à la fin. Un spectacle riche en couleurs et en profondeur Le spectacle brille par son équilibre entre légèreté et gravité. Derrière les paillettes, les plumes et les tenues extravagantes, Carolina dévoile une sensibilité à fleur de peau. Elle nous parle de son enfance en Espagne, de ses amours contrariées, de ses mésaventures à l’étranger et, surtout, de sa quête d’acceptation dans un monde souvent prompt à juger. Ces récits, entrecoupés de chansons et de moments burlesques, touchent au cœur. Mention spéciale à l’hommage émouvant qu’elle rend à son père, un moment suspendu qui contraste avec l’énergie explosive du reste du show. Une mise en scène inventive La mise en scène signée Rémi Cotta est un véritable écrin pour l’univers de Carolina. Jeux de lumières, scénographie dynamique et transitions fluides entre narration et chansons subliment la performance de l’artiste. Chaque détail semble pensé pour amplifier la magie du spectacle, sans jamais tomber dans l’excès. Une performance totale Miguel-Ange Sarmiento, qui prête son corps et sa voix à Carolina depuis 2009, livre ici une performance magistrale. Son talent protéiforme – il est chanteur, acteur et auteur – s’exprime pleinement dans ce rôle. Carolina, loin d’être une simple caricature, devient un personnage profondément humain et universel, incarnant la résilience et la joie de vivre. Une invitation à la tolérance Différente est une déclaration d’amour à la vie, une célébration de la tolérance et de l’authenticité. En une soirée, Carolina parvient à illuminer les cœurs, à apaiser les âmes et à rappeler que la différence est une richesse. Différente est un véritable remède contre la morosité. Drôle, émouvant et flamboyant, ce show est une expérience à ne pas manquer. Carolina nous prouve, une fois de plus, qu’elle est bien plus qu’une star internationale : elle est une source d’inspiration, un hymne vivant à la liberté d’être soi-même. À voir sans modération ! Avis de Foudart  🅵🅵🅵 Différente Un spectacle de Miguel-Ange Sarmiento Mise en scène et scénographie Rémi Cotta Création lumières James Groguelin Collaboration Artistique Claude Monnoyeur PRIX DU MEILLEUR SEUL EN SCENE FESTIVAL OFF AVIGNON 2024 COMEDIE BASTILLE Actuellement • Les mercredis et vendredis à 21h • Durée 1h20

  • Élémentaire : Le saut dans le vide de Sébastien Bravard

    Dans son seul-en-scène Élémentaire , Sébastien Bravard nous entraîne dans une aventure hors du commun : celle d’un comédien qui se transforme en professeur des écoles. Inspiré par son propre parcours, il offre un récit bouleversant et lumineux, à mi-chemin entre humour, tendresse et réflexion sur l’art de transmettre. Une double vocation, un récit inspirant Comédien confirmé, habitué aux planches des grands théâtres, Sébastien Bravard ressent, après les attentats de 2015, un besoin impérieux : celui de “se rendre utile” . En 2017, il échange les projecteurs de la scène pour le tableau blanc d’une classe de CM1 en tant que professeur stagiaire. Ce saut dans l’inconnu devient le fil conducteur d’un spectacle profondément humain, où il raconte avec une sincérité désarmante ses premiers pas dans le monde de l’éducation. Mais Élémentaire n’est pas un simple florilège d’anecdotes scolaires – bien qu’elles soient souvent savoureuses et émouvantes. Bravard explore bien plus : il tisse un parallèle fascinant entre l’art théâtral et l’enseignement. Dans les deux mondes, il s’agit de captiver, de transmettre, d’unir. Une mise en scène sobre et puissante Sous l’œil attentif de Clément Poirée, la mise en scène se fait discrète pour mieux laisser place à l’essentiel : l’élégance et l’intensité de l’acteur . Une scénographie minimaliste met en lumière son talent brut et son regard empreint de poésie sur l’enfance. Bravard décrit ce moment de la vie comme un “âge des possibles” , un terrain fertile où l’imaginaire et l’apprentissage se croisent. Les parallèles qu’il trace entre la classe et la scène sont d’une justesse captivante. Il compare le silence respectueux d’élèves absorbés par une lecture à celui d’un public suspendu aux mots d’un comédien. Ces moments suspendus, où la magie opère, sont le cœur vibrant d’Élémentaire . Un acteur touchant, un propos universel Sébastien Bravard éblouit par sa capacité à mêler sensibilité, humour et profondeur. Il incarne avec authenticité cette double identité : celle d’un artiste passionné et d’un enseignant investi. Ses anecdotes – des absurdités administratives de l’Éducation nationale aux remarques candides et désarmantes de ses élèves – sont racontées avec une simplicité qui touche au cœur. Mais Élémentaire va bien au-delà de l’histoire personnelle. Le spectacle pose des questions essentielles : Qu’est-ce que transmettre ? Comment accompagner l’enfance, ce moment fragile où tout se joue ? Bravard ne donne pas de réponses toutes faites, mais invite le spectateur à réfléchir sur le rôle fondamental de l’éducation dans la construction de la société. Une transition lumineuse entre deux mondes Entre défis et accomplissements, Élémentaire est bien plus qu’un témoignage : c’est une célébration des liens humains et des vocations qui façonnent le monde. Bravard nous rappelle que l’enseignement, comme le théâtre, est un art de la rencontre, un espace où se tissent des histoires, des émotions et des souvenirs. À la fin de la représentation, on quitte la salle avec une double émotion : celle de regretter de ne pas avoir eu un professeur comme lui, et celle de la gratitude pour cette expérience théâtrale unique. Élémentaire est une véritable leçon d’humanité, une invitation à redécouvrir la vie avec des yeux d’enfant, et un hommage vibrant à la transmission. Avis de Foudart  🅵🅵🅵🅵 Élémentaire Texte & interprétation Sébastien Bravard Mise en scène Clément Poirée Scénographie Erwan Creff Éclairagiste Carlos Perez Musique et son Stéphanie Gibert Crédit photo Bernard-Michel Palazon THÉÂTRE DE BELLEVILLE Du dimanche 5 janvier au dimanche 30 mars 2025 • Mer. 19h15, Jeu. 19h15, Ven. 21h15, Sam. 21h15, Dim. 15h • Durée 1h10 • À partir de 10 ans Tournée 6 mai 2025 Théâtre de Charleville-Mezières Charleville-Mézières (8)

  • Les ContreSoirées du Contrescarpe, un cabaret burlesque qui renverse les codes

    Si vous pensiez que le cabaret burlesque était une simple histoire de plumes et de paillettes, détrompez-vous. Les ContreSoirées du Contrescarpe, qui prennent leurs quartiers chaque dimanche soir, dépoussièrent le genre et insufflent une énergie explosive dans la scène parisienne. À l’affiche, des spectacles où l’effeuillage s’accompagne d’humour, de théâtre, de danse, et même de stand-up. Retour sur une programmation aussi éclectique qu’exaltante. Un vent de fraîcheur burlesque Le concept des ContreSoirées repose sur une volonté de réinventer le cabaret en y mêlant des disciplines variées et des univers singuliers. Miss Glitter Painkiller , avec son « Karao’Boobs », donne le ton en mêlant karaoké et effeuillage dans une ambiance festive et décomplexée. On passe ensuite au Cabaret du Fruit Défendu , une revisite audacieuse du mythe d’Adam et Ève sous la houlette du piquant Vicomte Harbourg , où humour et sensualité s’entrelacent pour mieux défier les codes moraux. Côté humour, Fanny Spinetta et son « Paillettes de Comedy String » nous offrent un mélange inédit de stand-up et de burlesque. Mention spéciale à La Cabarette de Rico Tourky-Brille , un spectacle transgressif qui joue sur les genres et renverse les stéréotypes, tout en conservant ce qui fait la force du burlesque : l’art du teasing et l’effeuillage chic. Un art qui ne se prend pas au sérieux Le burlesque, ici, est bien plus qu’un effeuillage sensuel. Chaque numéro est une déclaration, un manifeste joyeux où les artistes se moquent des conventions tout en célébrant le corps et l’expression individuelle. Valentina Del Pearls , directrice du Burlesque Klub, excelle dans l’art du décalage avec des mises en scène rétro et des personnages subversifs. Un spectacle total Plumes, paillettes, chorégraphies endiablées et costumes somptueux : tout est conçu pour nous transporter dans un univers à la fois enchanteur et insolent. L’esthétique rétro des danseuses, évoquant les pin-ups des années 50, marie glamour et audace avec brio. Les artistes jouent subtilement avec les attentes du public, cultivant un art du tease où la suggestion l’emporte sur l’exhibition. L’effeuillage burlesque, loin de toute vulgarité, se révèle ici comme un art raffiné, misant sur la finesse et l’imaginaire. Les ContreSoirées du Contrescarpe ne cherchent pas seulement à séduire : elles émancipent. Dans une ambiance chaleureuse et inclusive, elles invitent le spectateur à rire, rêver, et s’abandonner à un moment de légèreté et de joie. Bien plus qu’un simple spectacle, c’est une véritable philosophie, une célébration de l’acceptation de soi et de la liberté. Fun, sexy, drôle, et toujours élégant, ce cabaret burlesque revisité est une pépite théâtrale qui promet de réchauffer vos dimanches d’hiver. Une expérience unique à vivre absolument. Avis de Foudart  🅵🅵🅵 Les ContreSoirées du Contrescarpe Le Contrescarpe Une série de spectacle de Valentina del Pearls • Durée 1h15 Jusqu'au 5 janvier, 20h le dimanche

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