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1982 résultats trouvés avec une recherche vide

  • Mickey and the Bear. Festival de Deauville

    C'est fou. Le hasard de la programmation ? Ce Matin on a vu deux films très proches. Bull et Mickey and the Bear. Les tons, le rythme. Ces deux filles perdues, l'atmosphère, mais c'est dommage, car du coup, on est obligé de comparer et ceci ne va pas en faveur de Mickey and the Bear. Ce film m'a vraiment agacé. Je comprends la difficulté de quitter ce père toxique. Le personnage de la fille est aussi à bout que moi en tant que spectateur. J'avais envie de rentrer dans l'écran pour leur donner à tous les deux un bon pied au cul (Pardonnez -moi). C'est certainement la sensation qu'a voulu nous transmettre la réalisatrice et c'est parfaitement réussi. Ce qu'il m'a dérangé le plus, en vérité, c'est la mise en scène très classique, presque théâtrale et ces foutus lumières rouges et bleu. Je n'en peux plus de ces scènes avec touches colorées. Mesdames, messieurs les réalisateurs de cinéma indépendant américains. Prévoyez de faire de stage de design avec Pedro Almadovar. Lui, c'ait utiliser les couleurs à merveille. Du coup, avec tout ça, on est totalement focus sur les acteurs (c'est peut-être le but, également). J'ai un coup de cœur pour Camilla Morrone. Est-elle trop belle, trop lumineuse ? Paraît-elle trop intelligente, trop classe pour ce monde de brutes ? Ces questions peuvent se poser. Le sujet, au départ, était bien plus fort que the Bull mais le traitement beaucoup moins. C'est dommage, car ce n'est pas un film raté, mais on est, quand même vraiment content d'en sortir. J'ai bien conscience que le ressenti émotionnel est très subjectif, mais le plus clairement du monde, ce film ne m'a pas du tout touché et j'en suis triste.

  • BULL. Grand vainqueur Festival de Deauville 2019

    Sincèrement, j'ai beaucoup aimé le film d'Annie Silverstein. On ne peut pas dire que le scénario soit d'une originalité incroyable, mais son traitement cinématographique est vraiment intéressant. Annie Silverstein ne s'est pas embarrassée d'artifice et cette sobriété fait un bien fou. Je trouve que les images et l'atmosphère sont fantastiques dans ce film. On y est, au fin fond des States et je le dis d'autant plus que j'ai eu la chance d'assister à un rodéo de ce type. Les acteurs géniaux sont parfaitement dirigés. Même la petite fille est au top. Le duo de ces deux êtres écorchés qui ne savent plus vraiment communiquer fonctionne à merveille. Les regards sont si forts et intenses. J'ai un coup de foudre absolu pour la jeune actrice Amber Havard et, même si la fin en a dérangé quelques-uns. Moi, personnellement, j'ai beaucoup aimé. Ce film est à voir absolument

  • I AM EUROPE. ATELIERS BERTHIER. ODEON

    Je viens tout juste de sortir des ateliers Berthier pour voir la nouvelle création de Falk Richter, le génial créateur de « je suis Fassbinder », "I am Europe". Cette œuvre est un spectacle ultime. Joué, dansé, chanté. Ces 8 jeunes (pas si jeunes) comédiens venus de plusieurs pays européens ont une grâce époustouflante. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce spectacle donne envie de parler, d’échanger. J’adore me confronter à l’avis des autres et je ne m’en suis pas privé à la sortie du théâtre. J’ai un peu tout entendu. Du positif comme du négatif. Le moins que l’on puisse dire, c’est que « I am Europe » ne laisse personne insensible. Pour ma part, j’en suis sorti plutôt très content, avec une belle énergie et le sourire aux lèvres. C’est étonnant, car le sujet est plutôt sombre, les mots sont souvent durs et désabusés, mais je n’ai pas voulu m’arrêter à cette première lecture et j’ai fait le choix délibéré de prendre du recul sur ce que j'entendais, de profiter de cette scénographie magnifique et de ne pas me poser sans cesse de questions. Être d’accord ou ne pas l’être n’est pas si important à mes yeux, car finalement, si ces jeunes hommes et femmes racontent un peu tout et n’importe quoi, font des raccourcis, des phrases à l'emporte pièce d’une évidence folles et utopiques. Ils le font avec sincérité, fougue et une énergie si belle et si pure. Ce foutu pouvoir de la jeunesse qui par ses remarques, ses réflexions, finit par nous faire un constat d’une justesse troublante et, au bout du compte, nous donne une belle leçon. Un bon coup de pied au cul (désolé), à nous les aïeux. « I am Europe » est une vraie performance. Un peu subversive, un peu déglinguée. Terriblement folle et d’un esthétisme époustouflant. J’ai eu la chance de discuter avec Douglas Grauwels, l’un des performeurs de ce soir (c’est le terme idéal). Il m’a expliqué la genèse de ce spectacle complexe qui s'est construit sur plusieurs années. Chaque intervenant a été choisi pour son particularisme et ses différences. La danse, le chant, le théâtre. Ils savent tout faire et certains tableaux sont grandioses. Ils ont passé beaucoup de temps à improviser dans plusieurs lieux différents, séparément. Ils ont répondu à plein de questions sur leurs visions de l’Europe et ont parlé de leur propre histoire. Falk Richter s'est emparé de tout ce vivier et en a fait une trame dramaturgique. Certains ont accepté que l’on se serve de leur vécu, d’autres non. Certains ont écrit des phrases ou des monologues comme Douglas Grauwels sur la monnaie alternative, son sujet d'étude. Il m’a parlé de la difficulté pour monter ce projet, de la tension ambiante pour s’accorder entre eux et avec le metteur en scène. Je suis certain que le génial Falk Richter, avec malice, a su distiller cette atmosphère pour encore mieux montrer la difficulté pour l’Europe de coexister, de perdurer. Car l’Europe est en danger. J’adore la symbolique des cubes très instables sur lesquels l’on tient avec tant de difficultés. Il y a quelques failles dans ce spectacle. Un peu trop de clichés, d’évidence, de phrases téléguidées par le bien-pensant. C’est un peu fourre tout et ça manque peut-être de lien. Mais tout ça, toutes les critiques que j’ai pu entendre ou même ressentir, finalement, c’est ça l’Europe ! Cette espèce de montage désordonné. Parmi les solutions très bien montrées ici, la différence serait-elle une force ? Et plutôt que de voir l’ensemble, ne faudrait-il pas voir la singularité ? Mais, pour moi, l’Europe, c’est aussi la culture, la danse, le chant, ABBA, le rap et surtout Sandra Kim, gagnante de l’Eurovision avec j’aime, j’aime la vie (même si c'est une folie). J'aime, j'aime la vie (Bravo pour le défi). J'aime, j'aime la vie. Ne m'en veuillez pas. Je suis née comme ça. J'aime, j'aime la vie. Whoa... et tant pis, s'il pleut un peu beaucoup sur moi. J’aurais tant aimé que « I am Europe » finissent comme cela. C’est mon plus grand regret, ce soir, mais c’est tout. J’ai profité à fond de cette atmosphère vivante et vibrante et de cette jeunesse. Quoique l’on en dise, c’est un très beau spectacle, compliqué, ambiguë mais magnifique.

  • Nora Hamzawi. THEATRE du rond-point

    Coucou Nora. Excusez-moi...Non, je blague, c'est juste pour rebondir sur quelques sujets abordés par Nora Hamzawi, l'ovni de la programmation du théâtre du rond point, mais j‘en aime encore plus ce théâtre génial. Imaginez : voir dans la même semaine, dans le même lieu, un chef d'oeuvre avec “L'homme à la tête de chou” et Nora Hamzawi. C'est un peu de quoi devenir schizophrène tout ça. Ce n'est pas du tout une critique, car Nora Hamzawi est brillante. Son humour est très particulier. Elle ne s'épargne pas sur scène et si tous les personnages sont déglingués, Elle l'est aussi, en vérité (en tout cas, sur scène). J'adore son arrivée toute timide qui se transforme petit à petit en une joute verbale, crue et sans filtre. Je suis certain que Nora Hamzawi n'a pas une seule once de vulgarité en elle, mais elle y va à fond et c'est bon. C'est peut être un peu dérangeant. C'est ce que j'ai ressenti en discutant autour de moi, mais personnellement, j'ai aimé. Nora Hamzawi, je vous trouve hyper attachante. Je ne sais pas pourquoi. J'ai toujours ressenti cela. À la télé, dans vos chroniques et même dans votre premier spectacle, c'est vraiment ce que j'ai envie de vous dire. Je l'ai fait, un peu vite à la sortie du spectacle mais j'aimerais bien comprendre ce qu'il y a dans ce cerveau, car votre “seule en scène” a plusieurs écritures et plusieurs lectures. Derrière les répliques un peu caf'conc en fin de nuit de trentenaires décadents. Il y a aussi beaucoup d'émotion, de tendresse et de vous voir dans ce magnifique théâtre, j'ai trouvé ça génial. J'ai vraiment ri. Les filles que j'ai croisées se sont reconnues totalement et figurez vous que l'une d'entre elle m'a dit qu'elle avait appris le mot « photophore» grâce à vous. C'est dingue ! Comment faites-vous pour humer autant l'air du temps ? On est bien chez Jean-Michel Ribes. On est dans de l'humour au troisième degré. J'ai trouvé une certaine filiation avec LES NULS qui sont une grande référence pour moi. Un humour potache, très drôle et un peu vulgos. C'est bon ça !

  • JE NE SUIS PAS MICHEL BOUQUET. Théâtre de Poche Montparnasse

    Michel Bouquet parlant du public. Ils ne viennent pas nous voir jouer. Ils viennent jouer avec nous. À la suite du film "j’ai tué mon père" avec Michel Bouquet et Charles Berling, celui-ci décide d’écrire un livre d’entretiens passionnant, Les joueurs. Maxime D’Aboville a 20 ans lorsqu’il découvre avec fascination ce film puis ce livre. Il le lit, le garde, le consulte. L’attraction est-elle que plus de dix ans plus tard, Damien Bricoteaux, le metteur en scène et lui décide de monter cette pièce. Ici, pas question d'imitation ou de performance. La parole, un peu surréaliste de cet immense comédien. Ces mots, ces impressions, ces remarques parlent de théâtre, mais aussi de vie, tout simplement. Michel Bouquet se livre, s’offre à nous avec ces doutes, son savoir. Un peu cabot, toujours génie. Maxime D’Aboville livre ce texte avec beaucoup d'élégance, de nuances et sans fioritures. Cette pièce, un très joli spectacle à voir absolument, est un hommage vibrant à Michel Bouquet. Il y a des moments de grâce et d’une beauté exquise et la fin est vraiment magnifique. Maxime D'Aboville a répondu très gentiment à mes questions. je vous conseille d’écouter cette interview très instructive.

  • DIALOGUE TÉLÉRAMA. Théâtre du rond point

    Encore une fois, ce théâtre magique m’a fait par le biais de Zvi David FAJOL, le directeur de MENSCH Agency, un immense cadeau. Jai eu l’immense chance de participer aux DIALOGUE TELERAMA. Une fois par an, l’équipe de Télérama choisit des personnalités très éclectiques, parfois hors promo, pour partager un moment presque intime. Aujourd’hui, j’ai eu la chance de voir et de pouvoir poser des questions à Elisabeth Quinn, Cédric klapisch, Christine Pedotti, Corinne Masiero et Anna Mouglalis. . Je retiens tout particulièrement. L'entrée magistrale d’Elisabeth Quinn à la voix légendaire et l’intelligence non feinte. Cette journaliste, écrivain, brillante critique de cinéma et amatrice de mode est une personne drôle et passionnante. Elle nous a dit le plaisir qu’elle avait de présenter son émission sur ARTE et m’a précisé que celle ci était assez peu regardée en Allemagne Ce qui lui laisse un véritable choix éditorial adapté véritablement au public Français. Cédric klapisch est un réalisateur étonnant sur sa ligne de conduite et ces apparitions un peu hitchcockienne dans ses films. La journaliste présente a énormément insister sur le fait que Cédric Klapisch ne filmait que le banal (avec un terme très Télérama , que j’ai oublié). Je ne suis pas complètement d’accord et j’ai pu l'exprimer en disant que je pensais que klapisch, pour moi, était surtout un immense réalisateur du rapport humain. Évidemment. Tout le monde connaît le Péril Jeune et l’Auberge espagnol « Ce qui nous lie » est un film que j’ai particulièrement aimé et j’ai souligné avoir été très surpris par la façon dont il avait filmé la terre, le monde rural et la vigne. Christine Pedotti, écrivain, essayiste, catholique affirmée est un véritable coup de cœur. Christine Pedotti est vraiment très drôle et affirmée. C’est une personne d’une grande intelligence qui ne renie pas sa foi mais qui a vraiment l’envie de faire bouger les lignes. Elle m´a très gentiment répondu sur « Grace à dieu » d’Ozon et m’a précisé avoir apprécié ce film, mais surtout le combat de cette association lanceur d’alerte. Corinne Masiero est pleine d’ambivalence. Elle est totalement brillante quand elle fait le show, se lève, se couche sur le plateau et raconte des anecdotes croustillantes. J’apprécie un peu moins son côté rentre dedans en terme politique. Ce n’est pas que je sois pas d’accord avec ses prises de position mais je trouve que son talent de comédienne est bien plus brillant. J’ai essayé de l’exprimer mais c’était compliqué. j'aimerai énormément la rencontrer en tête à tête pour avoir une discussion plus intime et surtout artistique. Sa sensibilité. Son intelligence, sa culture est immense à mes yeux. Elle s’en défend un peu trop. Par pudeur, certainement, mais j’ai compris pourquoi ça devait fonctionner si bien entre José Dayan et Corinne Masiero. Deux femmes très différentes mais au caractère bien trempé. Je pense que ça ne doit pas être facile tous les jours sur le plateau de Capitaine Marleau. En tout cas, pour parler de mon expérience (c’est mon blog) lors de mon deuxième film en tant que stagiaire, il y a 30 ans, José Dayan a été ma plus grande frayeur, Un jour, elle m’a tendu les clefs de sa voiture en me disant, sans me regarder « va la déplacer » j’ai bien cru que j’allais m'enfuir en courant mais je l’ai fait. J’ai déplacé la Jaguar de José Dayan sans l’abîmer (Ouf, c’est certainement la raison pour laquelle, je suis encore en vie aujourd’hui). Anna Mouglalis est une comédienne rare, d’une intelligence folle, féministe jusqu’au bout de ses ongles sombres et derrière son apparence très classe et un peu nonchalante se cache, d’après moi, une grande timide. En tout cas. Elle n’a rien à perdre c'est évident. Elle envoie du bois et n’a pas peur de dire ce qu’elle pense. Quand elle parle de son expérience avec Chabrol, c’est surréaliste. Je vais très bientôt la voir dans Mademoiselle Julie. J’ai vraiment hâte. Je pense que ce rôle fantastique et complexe lui colle à la peau. J’adorerai parler avec elle aussi, pouvoir discuter plus posément. J’ai passé une journée géniale en compagnie de ces personnalités hors du commun. L'exercice est difficile et Ils ne se livrent pas totalement mais leurs sensibilités à fleur de peau se ressent très fort.

  • SUITE FRANÇAISE. Théâtre la bruyère

    Un pur bonheur. Tout dans cette pièce mérite des éloges. Tout d’abord, le texte adapté du livre d’Irène Némirovsky. On ne peut pas parler de cette pièce sans aborder l’auteure de ce livre. Cette jeune femme libre, vivante qui écrit sur le vif entre 1940 et 1942 un livre magnifique sur la vie provinciale sous l’occupation allemande SUITE FRANÇAISE et dit « J’écris sur de la lave brûlante ». Cette auteure assez méconnue jusqu’à sa consécration en 2004 était certainement foncièrement positive. Sa vie fauchée par l’histoire donne une œuvre encore plus bouleversante. Dans son texte, il n’est pas question de pathos ou de manichéisme. On n’est pas dans un acte politique, mais plutôt dans une observation des êtres humains. Il y a un petit côté « Chabrol » dans la retranscription de cette bourgeoisie provinciale. Virginie Lemoine et Stéphane Laporte se sont brillamment emparés de ce livre pour en faire une adaptation magnifique. Virginie Lemoine écrit. « Pour faire de Suite française un objet théâtral, nous en avons suivi très exactement le déroulé, laissant les personnages venir à nous et prendre en charge narration et dialogues. Nous avions le sentiment de laisser le roman s’écouler dans un grand sablier qui en changeait la forme sans en changer la matière. L’adaptation s’est révélée un exercice d’une fluidité étonnante ». On rit, on est ému, parfois désabusé. Tout est parfaitement impeccable. Depuis la mise en scène inventive et tendre, le décor très juste, les lumières magnifiques. La musique de Stéphane Corbin toujours aussi belle et les comédiens. Quels choix de comédiens ! Tous ont des carrières immenses et sont tout simplement parfaits. Béatrice Agenin, une comédienne que j’adore, joue un rôle difficile, rude. Emmanuelle Bougerol et Guilaine Londez sont truculentes, Cédric Revollon est sauvage à souhait, Florence Pernel est vraiment lumineuse et émouvante et Samuel Glaumé campe un officier allemand complexe et ambiguë. Un immense coup de cœur pour moi, ce soir. On est au spectacle, au théâtre ! On en prend plein les yeux et plein le cœur. La scène où Béatrice Agenin joue avec une chaise d’enfant est un moment un peu surréaliste et extrêmement émouvant qui lui permet de nous offrir toute sa palette d’immense comédienne. Scoop ! Ma pièce favorite d'Avigon, MARIE DES POULES va se jouer, à partir de janvier, au Petit Montparnasse. Si vous ne réservez pas déja votre place, je ne vous parle plus. Il faut voir absolument suite française. Une pièce qui permet de mettre en lumière une auteure fantastique et donne tant envie de lire ou relire les livres d'Irène Némirovsky. Lien de la Bande annonce : https://vimeo.com/303466895/1dab5226ee

  • MARIE ANTOINETTE de Stefan ZWEIG. Théâtre Poche Montparnasse

    Le texte de cette pièce est un pur bijou. Je connaissais l’œuvre de Stefan Zweig mais j’étais passé à côté de Marie-Antoinette. Cette œuvre historique très documentée n’épargnant pas la royauté mais ne l'accablant pas non plus, surtout Marie-Antoinette. Je n’avais jamais vu cette histoire par ce biais, finalement assez féministe. On comprend les erreurs, mais ici, il n’est pas question de faire un réquisitoire à charge. Et c’est bien ce que j’ai aimé. Stephan Sweig montre les défauts, les faiblesses mais aussi la force et le désarroi de Marie-Antoinette. On ne compte plus Les livres, les pièces, les films qui ont abordé ce personnage mais ici le travail « journalistique » de Sweig est passionnant et Marion Bierry a su retranscrire sur scène ce texte fleuve avec beaucoup de nuances. Dans cette pièce, il y a très peu de dialogue. On nous cite et raconte l’histoire avec malice et rythme. J'aime énormément Thomas Coussau à la diction parfaite qui par son côté un peu inspecteur des années 30 est captivant. Il interprète Stephan Sweig, finalement. La grande idée de la mise en scène est d’avoir placé le récit à l’époque de l’écriture, soit juste avant la Seconde Guerre mondiale. L’abandon stratégique de la royauté française par le reste de l’Europe (surtout l’Autriche), ou l’on se dit que cette révolte puis cette révolution va s’éteindre toute seule, fait un peu penser à cette époque d'entre-deux-guerres où, finalement, il y a eu également une sorte d’abandon politique. Cette pièce est très intéressante et captivante. C’est une magnifique leçon d’histoire française vu par un auteur brillant.

  • Le gorille d’après Franz Kafka. Théâtre le lucernaire

    Le gorille, cette pièce écrite d’après certaines nouvelles et textes de jeunesse de Franz Kafka reprend bien tous les codes kafkaïens. Cet auteur brillant, sombre, malade et torturé qui disait « Un livre doit être la hache qui fend la mer gelée en nous » a aujourd’hui l’honneur d’un adjectif, kafkaïen qui rappelle l'atmosphère absurde et oppressante des romans de Kafka. Absurde certainement, oppressant pas toujours. J’ai tenu à parler de ceci car Alejandro Jodorowsky a su dépeindre parfaitement cet esprit kafkaïen et quoi de mieux que de faire venir un singe « savant » dans une académie qu’on imagine composée d’hommes de lettres dont Darwin afin de lui remettre un prix honorifique en contrepartie d’un discours. Voilà l’univers surréaliste dans lequel nous plonge Alejandro Jodorowsky et Brontis Jodorowsky pendant 1h30 environ. Tout ce qu’on y entend est si puissant, si fort, instructif et émouvant. Au tout début, j’ai eu la sensation de voir un film muet de Charlie Chaplin. C’est une sensation, je ne me l’explique pas. Est-ce le jeu très corporel qui mélange la clownerie, le mine, l’émotion et la poésie brute ? En tout cas, c’est mon ressenti. Cette pièce incroyable nous permet, sous le regard imposant de ses hommes savants, de voyager dans l’espace et dans le temps. Mon imaginaire a été aussi stimulé que lorsque je lis un livre. C’est la force absolue et implacable de cette pièce et de ce sublime comédien Brontis Jodorowsky. Son jeu est précis et nuancé. Chaque geste, chaque posture a été étudié et un peu comme dans le Kabuki, on est presque dans une danse rituelle faite et refaite des centaines de fois pour atteindre une forme de perfection. Lorsque j’ai rencontré Brontis Jodorowsky. Je lui ai parlé de génie. Il s’en défend, bien sûr, mais je le pense vraiment et sans détour. Cette pièce est une œuvre poétique, politique, drôle car si la revendication est là, constamment jusqu'à exploser littéralement à la fin, l’émotion, la dérision et l’humour sont présents tout le temps. Qui est l’homme, qui est l'animal, qui est le barbare et l’intelligent et en quoi devenir humain serait l’absolue panacée ? Cette pièce aborde tous ces sujets. J’ai noté quelques répliques, à la volée, qui m’ont particulièrement touché. « Qui êtes-vous pour me récompenser. Vivre ainsi n’a aucun sens. Avant manger un fruit me suffisait. Moi, j'étais quelqu'un du ciel et un fragment de terre. Je veux retourner. Oublier vos visages aussi simiesques que le mien. Votre appétit pour les honneurs. Oublier cette chose sauvage que vous appelez éducation. Je veux retourner ». Cette pièce sublime est à voir absolument

  • Madame de la Carlière. Théâtre Lucernaire

    Très sincèrement, je pense que vous savez tous à quel point j’adore le théâtre le Lucernaire. Ça fait partie des théâtres parisiens où je vais les yeux fermés. La programmation y est vraiment exceptionnelle. On aime, on n’aime pas mais on est toujours surpris et intéressé. Concernant Madame de la Carlière, j’ai de petites réserves. Caroline Silhol est d’une élégance folle et Hervé Dubourjal a un phrasé magnifique est une grande technique. Le texte de Diderot est splendide. Ce serait difficile de dire le contraire et même étonnamment moderne et actuel. Alors. Pourquoi ses nuances, me direz-vous ? Hé bien. Justement. J’ai été gêné par le côté trop littéraire et pas assez théâtral mais ce n’est que mon humble avis. Je me dis qu’a trop aimé ce texte, Hervé Dubourjal, c’est un peu laissé dépasser. Il n’a pas su prendre le pouvoir. Actuellement, la créativité est telle dans les théâtres que l’on en devient de plus en plus exigeants. J’aurais préféré une lecture du texte, finalement. Je ne suis pas rentré dans cette pièce et du coup, je n’ai pas compris les déplacements, les changements de costumes, la fin. Je n’ai pas cru en ce couple et je me suis mis à compter le nombre de fois où l’on cité Madame de la Carlière (100 fois, peut-être). C’est un peu comme, lorsqu’on va au cinéma et que l’on commence à sentir la caméra, les projecteurs, les filtres lumières. Ça peut paraître méchant ce que j’écris, mais ce n’est pas le cas, je l'espère. J’essaie juste d'argumenter sans haine, ni mépris. Je n’ai pas détesté, je n’ai pas adhéré et j’en suis désolé

  • Les Témoins. La Manufacture des Abbesses

    La manufacture des Abbesses est un lieu étonnant et cher à mon cœur. Les deux directeurs Sophie Vonlanthen, également comédienne et Yann Reuzeau, auteur et metteur en scène sont passionnants. Que l'on y aime ou pas une pièce, c’est tout à fait louable mais le moins que l’on puisse dire, c’est que ce petit théâtre privé est terriblement ambitieux et n’a rien à envier aux grands théâtres nationaux. On pourrait penser que ce lieu est conventionné tant sa programmation est incroyable et courageuse. Je l’ai dit à Sophie Vonlanthen et même, si humblement, elle s’en défend, j'insiste, car faire vivre un théâtre comme celui-ci est une gageure et il y en a bien d’autres sur Paris qui choisissent des solutions bien plus faciles. Je viens de voir Les témoins. Une pièce-choc, coup de poing, politique, indispensable qui élève le débat et donne l’envie de parler, de discuter. J’ai eu la chance de le faire avec Yann Reuzaeu qui a répondu à mes quelques questions et m´a expliqué sa façon de travailler. L’histoire. L’arrivée d’un pouvoir extrémiste en France (le pays et la période n’ont pas une importance cruciale), la pièce commence avec l’annonce de la nouvelle dans une réunion de rédaction de presse reconnue et respectable « Les témoins ». Au départ, l’effroi puis les doutes, l’inquiétude, la peur surgissent et petit à petit tout va s’effondrer comme un château de cartes au sens véritable comme au figuré dans cette rédaction comme dans l’univers de tous ces journalistes. Yann Reuzeau est un auteur et metteur en scène minutieux. Il a pris le temps, sa pièce parfaitement écrite est très documentée. Il m’a dit être passionné par le travail des journalistes, je suis parfaitement d’accord avec lui. La reconstitution du travail de la presse est d’une vérité incroyable. Le démarrage dans cette réunion de rédaction et les deux scènes d’interview sont d’une justesse époustouflante et le mélange entre les projections d’informations, un peu comme sur les chaines d’info et ce qu’il se passe sur scène m’a fait un peu tourner la tête, mais donne aussi à la pièce, une atmosphère très particulière, presque documentaire. J’aime énormément ce décor ambitieux et imaginatif. J’avais juste un petit doute sur la toute fin de la pièce (pas en terme esthétique) mais Yann Reuzaeu a su m’expliquer son point de vue et son choix artistique. Pour lui, il n’y a pas d’autre fin possible. Avec mon côté un peu trop ingénu et optimiste (je crois), j’aurais aimé qu’il me laisse le choix du doute final, mais pour lui, pour que son œuvre éveille véritablement les consciences, cela ne pouvait pas en être autrement et je comprends, après réflexion, son point de vue. Puisque l’œuvre et politique et pour que l’on soit vraiment interpellé, son choix d’auteur est très juste. J’ai vraiment adoré cette discussion que j’ai pu partager avec lui, car il est si rare de pouvoir échanger avec un auteur de théâtre… La magie des Abbesses. Les comédiens sont très bons et se donnent totalement mais mon coup de cœur absolu va sans détour à Frédérique Lazarini, une immense comédienne. Depuis « Qui a peur de Virginia Wolf », je suis fou de Frédérique, je n’y peux rien, c’est comme ça. Elle arrive à mettre de la nuance à tout moment. Elle joue comme un acrobate, sur un fil, elle passe d’une émotion à l’autre sans même que l’on ait Le temps de s’en apercevoir. Elle peut hurler, casser le décor et devenir tout à coup, très drôle, acerbe et toujours émouvante. Elle met la barre très très haut. Frédérique Lazarini fonctionne toujours sur plusieurs niveaux de jeux à la fois et la mettre en scène doit être une chance inouïe. Je pense le plus honnêtement du monde que cette personne si humble et attachante fait partie des meilleures comédiennes actuelles. Sa scène d’Interview est absolument culte et restera dans les annales théâtrales et puis cette phrase. « Je vais me retirer et lire des livres du 19e siècle » va tout simplement devenir ma phrase quand j’aurais un coup de blues. Frédérique Lazirini m’a accordé une magnifique interview (avec un son un peu médiocre) qui montre son intelligence et sa gentillesse. Tout est fabuleusement affreux dans « Les témoins » et rien n’est laissé au hasard. L’affiche est exceptionnelle et le texte splendide est d’une violence désespérante. Il FAUT COURIR POUR VOIR, LES TÉMOINS

  • La puce à l’oreille. La comédie Française.

    Si je vous disais que la pièce la plus folle, la plus drôle de Paris se joue actuellement à la comédie française, vous me croyez ? Hé bien c’est le cas pourtant. Tout le monde connaît la puce à l’oreille de Georges Feydeau, le roi du vaudeville. J’ai vu cette pièce une bonne dizaine de fois et je l’ai même travaillé au conservatoire. Feydeau n’est peut-être pas le plus grand auteur du répertoire, mais j’aime son côté potache et ses répliques qui fusent. Ce soir, J’en ai pleuré de rire et c’est la première fois depuis septembre. La magie de ce spectacle réside principalement dans les idées de mise en scène multiples et magistrales de Lilo Baur. J’aimerais juste avoir la chance de visiter quelques secondes le cerveau de cette metteuse en scène complètement folle et décalée. Je vois tellement d’inspiration. Un côté un peu anglais, un peu américain. Un peu français. J’ai vu un peu du Tati sur scène, du Blake Edwards, du Georges Lautner et même du Claude Zidi. La plus grande idée est d’avoir transposé l’histoire dans les années 60. Des années géniales ou l’insouciance, la joie de vivre, la musique, les vêtements étaient si « yéyé ». À partir de cette base fondamentale, tout devient tendre et majestueux. La scénographie de d’Andrew d’Edwards est splendide et dépoussière complètement cette pièce. Les costumes d’Agnès Falque sont magnifiques et quelle musique de Mich Ochawiak ! Je n’ai pu m’empêcher de dodeliner la tête de bonheur. Tout ceci permet aux comédiens géniaux d’exprimer tout leur potentiel. La dérision, la joie, le désespoir. On a l’impression qu’Anna Cervinka sort tout droit de la Sorcière bien-aimée. Jean Chevalier pourrait être le partenaire de Louis de Funès (Thierry Hancisse) et Serge Bagdassarian est tout simplement mon immense coup de cœur. Quand je l’imagine en brillant Galilée, c’est fou. Son talent est immense, il est totalement méconnaissable. Peut-il absolument tout jouer ? est-il un génie ? J’ai même eu l’impression de voir une pièce en trois dimensions avec ces scènes d'extérieurs drôlissimes. Je suis tombé dans tous les pièges et j’ai retrouvé mon âme d’enfant. En parlant d’enfant, justement, il y en avait quelques-uns dans la salle, J’ai été ébloui et ému par leur joie et leur rire. À un moment donné, une petite fille s'est retrouvée debout, presque en transe de bonheur. J’avais l’impression de voir ma fille au théâtre et j’en ai eu une petite larme à l’œil. Des enfants heureux dans la maison de Molière. Il n’y a que Lilo Baur pour réussir cet exploit. On oublie parfois que dans « comédie française », il y a comédie. Aujourd’hui, cette maison a porté parfaitement son nom et nous a proposé une magnifique comédie française (aux influences internationales). J’adore cette phrase que j’ai entendue en sortant. Ça, c’est du théâtre ! Immense, sublime, un pur chef-d'oeuvre de plus. Entre la vie de Galilée, Electre et Oreste et la Puce à l’oreille. Quel bijou de programmation Crédits photos : Photographies du spectacle © Brigitte Enguérand, coll. Comédie-Française Portraits de la Troupe © Stéphane Lavoué Portrait de Lilo Baur © Dietrich Ian Lafferty Portrait d'Andrew D Edwards © Dan Wooller Portrait de Fabrice Kebour © Studio Pictange 28

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