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DANS LE COULOIR - Rire jaune, vieillesse à vif, émotion en pointillé


🅵🅵 FOUD’ART


Un duo d’acteurs d’exception, une atmosphère troublante, une idée dramaturgique savoureuse… mais un texte qui, par moments, s’essouffle et peine à nous maintenir au bord du siège.



Un couloir comme sas existentiel


Avec Dans le couloir, Grumberg revient à l’essentiel : deux corps, deux voix, un espace, et ce moment fragile où le quotidien commence à se fissurer.


Le point de départ est d’une cruauté presque banale : un couple d’octogénaires voit revenir vivre chez lui son fils quinquagénaire. Il est là. Et il ne leur parle pas.


Tout est déjà contenu dans cette situation : la famille, l’usure, l’amour mal formulé, la fatigue d’exister ensemble.


À partir de ce dispositif minimaliste, Grumberg déploie son terrain de jeu familier : des familles empêchées, une tendresse mêlée d’agacement, le silence comme violence feutrée, l’humour comme ultime stratégie de survie.


On pense à Beckett, forcément. Un Beckett domestique. Un absurde de cuisine. Un Godot coincé entre une porte de chambre et un couloir trop étroit pour contenir une vie entière.



Darroussin / Murillo : le très grand théâtre du minuscule


Et puis il y a eux.


Sur scène, Darroussin et Murillo jouent à un niveau de précision presque insolent. Ils ne composent pas un couple : ils le vivent, dans ses frottements, ses automatismes, ses tendresses cabossées.


Renvoi de balle chirurgical.

Musique du dialogue d’une finesse rare.

Silences habités.

Ironie fatiguée, jamais cynique.


Murillo bouleverse par sa façon de tenir debout malgré tout, entre amour et lucidité. Darroussin installe, lui, une fatigue du monde d’une humanité sidérante, sans jamais forcer l’émotion.


On sent deux acteurs qui connaissent intimement l’écriture de Grumberg : faire rire, tout en laissant la mélancolie travailler en profondeur.



Une mise en scène qui trouble sans appuyer


La mise en scène choisit le dépouillement radical. Et c’est un choix juste.


Le décor installe un trouble discret : un lieu banal qui devient espace mental. Le couloir n’est plus seulement un endroit fonctionnel, mais un passage de vie. Une circulation. Une attente. Une confrontation. Peut-être déjà une fin de parcours.


La lumière et la scénographie créent un flottement presque hypnotique. Le temps semble ralentir, s’épaissir, comme si les personnages évoluaient dans une zone suspendue entre présent et finitude.



Le vrai point de friction FOUD’ART


C’est ici que le spectacle se fragilise.


Oui, l’idée de départ est brillante.

Oui, certaines scènettes sont drôles, absurdes, très justes.

Oui, le regard porté sur le temps qui passe touche juste.

Oui, le drame s’installe avec finesse.


Mais la tension retombe parfois. Certaines séquences s’étirent, et l’émotion reste alors à distance.


On n’est jamais face à un mauvais texte - Grumberg reste un immense dialoguiste - mais la matière dramaturgique semble parfois tourner sur elle-même.


Résultat : on admire énormément.

Mais on traverse moins qu’on ne regarde.



Le Grumberg essentiel… en version plus diffuse


On retrouve tout ce qui fait sa signature : l’humanité, l’humour mélancolique, la dignité accordée aux êtres ordinaires.


Mais ici, l’écriture paraît parfois moins tranchante que dans ses grandes pièces, comme si le minimalisme révélait aussi les zones de flottement du texte.



🅵🅵 FOUD’ART


Un spectacle porté par ses interprètes et son atmosphère bien plus que par sa progression dramatique.


On rit.

On sourit.

On reconnaît du vrai.


Mais on reste parfois au seuil de l’émotion.


Et, au fond, c’est presque cohérent : ces familles qui s’aiment… sans jamais vraiment réussir à se rejoindre.



Infos pratiques


Une pièce de Jean-Claude Grumberg

Mise en scène Charles Tordjman

Avec Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo Décor Vincent Tordjman • Lumière Christian Pinaud • Costumes Anne Yarmola • Musique Vicnet



THÉÂTRE HÉBERTOT

À partir du 24 janvier 2026 • Du mercredi au samedi à 19h • Le dimanche à 17h30



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