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Interview de Jeanne Vicerial

Dernière mise à jour : 10 janv.

«J’ai décidé d’étudier ce qui se passait sous notre peau. »

Les Magasins Généraux invite Jeanne Vicerial pour leur nouvelle exposition résidence, CLINIQUE VESTIMENTAIRE. Une belle occasion de partir à la rencontre de cette artiste - chercheuse multi diplômée à l’univers aussi étrange que merveilleux.


Portrait de Jeanne Vicerial aux Grandes-Serres de Pantin, 2021 Photo © Joseph Schiano Di Lombo © Jeanne Vicerial

INTERVIEW JEANNE VICERIAL

« J’assume les parts de hasard et d’intuition et j’ai besoin d’expérimenter pour comprendre et de recul pour théoriser mon travail. » Jeanne Vicerial


FRÉDÉRIC BONFILS - Bonjour Jeanne Vicérial

JEANNE VICERIAL - Bonjour


Je suis ici, aux Magasins Généraux pour découvrir une exposition un peu particulière qui s'appelle Clinique vestimentaire. En six ans, à tout juste 30 ans, vous avez fait déjà des tonnes de choses. Je crois que vous avez même déposé des brevets ?

Je suis plutôt artisan à l’origine. J'ai fait une formation de costumes sur-mesure, puis les Arts Déco en design du vêtements et une thèse de doctorat SACRre - arts, sciences, création, recherche - qui est une thèse où on valide nos expérimentations et nos hypothèses par la pratique.

La publication scientifique est une des expérimentations qui donne lieu à un brevet d'invention. Donc, c’été important pour moi de le valider de cette façon-là.

D'après ce que j'ai compris, vous avez créé une machine qui peut tisser avec un seul fil des trames qui correspondent à la fibre musculaire humaine ?

Je m'inspire par biomimétie, aux orientations de la fibre musculaire que je copie à l'aide d'un monofilament, un fil qui, à l'époque était récupéré des industries textiles. J’ai tisser, pendant un an, des muscles d'après des patrons tirés de livres d'anatomie que je pouvais trouver. Sauf que cette technique était très longue à effectuer à la main. J’ai donc, durant ma thèse, développé, en partenariat avec le labo de mécatronique de l'école des Mines, une machine me permettant de réaliser ces échantillons beaucoup plus rapidement.


Toute la problématique était d'essayer de réintroduire le sur-mesure à échelle semi-industrielle. C'était un peu l'idée du développement de ces machines et de cette technique de tricotissage.


Sans reprendre totalement la musculature, j'ai la sensation, en voyant ces pièces, qu'il y a quand même un espèce de filament, de fibre musculaire qui apparaît.

Oui, tout à fait, je dessine en trois dimensions des muscles avec du fil.


Vous êtes artiste et chercheuse. Je trouve ça fabuleux et je comprends ce que ça signifie et en même temps, c'est peut-être un peu antinomique. Non ?

Je suis artisan et la recherche me permet d’explorer de nouveaux territoires.

Par exemple, si je veux faire de la sculpture vestimentaire, je vais plutôt avoir un travail de plasticienne. Quand je développe des échantillons avec la table de tricotissage, je suis plus dans le design industriel.

« Clinique vestimentaire, est un lieu immatériel de recherche et de création qui me permet de faire un peu ce que je souhaite et de dépasser les frontières des disciplines. »


Il y a une part de sciences et une part de rêve. Comment fonctionnez-vous ? Est-ce que vous commencez par chercher puis créer ou bien ce sont vos rêves qui vous donnent envie d’effectuer des recherches ?

Je dirais que c'est un peu les deux. J’assume les parts de hasard et d’intuition et j’ai besoin d’expérimenter pour comprendre et de recul pour théoriser mon travail.

C'est vraiment en faisant, en expérimentant des choses que je m’oriente vers la théorie et le questionnement.


J'aime beaucoup le titre de cette exposition Clinique vestimentaire, ça veut tout dire en fait

Clinique vestimentaire, c'était vraiment pour moi un endroit qui me permettait de penser le vêtement en sachant que l'industrie textile est la deuxième industrie la plus polluante au monde. C’était aussi envisager un espace où on pouvait librement proposer d'autres systèmes. Et puis j'avais lu le manifeste de Lidewii Edelkoort, qui s'appelle Anti_Fashion et qui disait que l'industrie de la mode était tombée malade. C'était aussi un petit clin d'œil à ça.