top of page

LA ZONE INDIGO - Thriller dystopique, théâtre en apnée

Au Théâtre des Béliers Parisiens, Mélody Mourey signe avec La Zone Indigo un objet scénique furieusement vivant : un thriller d’anticipation politico-écologique, tendu comme un fil, où la science devient acte de résistance, et où le théâtre s’empare du futur avec une efficacité de cinéma… sans jamais cesser d’être du théâtre.


Après Les Crapauds fous, La Course des géants et Big Mother, la dramaturge confirme ce qu’on pressentait déjà : elle ne se contente plus d’écrire des pièces, elle fabrique des machines à récit. Des machines à suspense. Et surtout : des machines à éveiller.



Une dystopie trop proche pour être confortable


Le point de départ est brillant, presque absurde dans sa beauté : un cachalot s’échoue sur la côte atlantique, équipé d’enregistreurs. Espionnage ? Message ? Dérive technologique ?

La bioacousticienne Cléo Marson et son équipe sont chargés d’enquêter. Mais très vite, l’affaire dépasse la science : elle devient politique. Mortellement politique.


Car la France décrite ici n’est plus une démocratie. C’est un pays glissant vers le fascisme, où les libertés s’effacent à coups de lois, où les corps sont surveillés, où la peur devient une norme administrative.

Le spectacle installe alors une question centrale, obsédante, impossible à fuir : pour résister, faut-il partir ou rester ?


Et ce qui frappe, c’est cette sensation immédiate d’identification. Pas besoin de forcer : le réel n’est jamais loin. Il est là, juste derrière le rideau.



Pas une minute de répit : rythme au cordeau, tension maximale


Ce spectacle, c’est une course. Une cavale. Une fuite en avant.

Pas une minute de repos : les scènes s’enchaînent à toute allure, les personnages surgissent, disparaissent, reviennent, se contredisent, se débattent. On passe du laboratoire à l’intime, du politique au tragique, de l’ironie à la peur brute.


Mélody Mourey écrit comme on monte un film catastrophe : avec un sens du suspense, de la relance, du cliffhanger permanent.

Mais ce n’est pas une démonstration froide : au contraire, tout est pensé pour que le spectateur ne soit pas seulement témoin… mais pris dans l’engrenage.


Parfois on nous raconte. Et parfois on vit l’instant. Et c’est justement cette alternance qui donne au spectacle son souffle.



Un théâtre-cinéma… mais en live, et ça change tout


Oui, on pense au cinéma. Forcément.

Mais La Zone Indigo n’est pas du théâtre qui imite Netflix. C’est du théâtre qui comprend ce que le cinéma sait faire - et qui décide de le réinventer sur scène.


Les projections sont malicieuses, précises, jamais gadget.

Les jeux de lumière, de transparence, les apparitions/disparitions d’objets, tout est calibré au millimètre, avec une fluidité presque insolente. Peu d’éléments sur le plateau, mais une circulation scénique d’une intelligence rare : ça arrive vite, ça repart vite, sans lourdeur, sans décor encombrant.


Ajoute à cela des chorégraphies très bien emmenées, qui boostent le rythme et donnent à l’ensemble une pulsation physique. On ne regarde pas seulement un récit : on le traverse.



Ariane Brousse, éblouissante colonne vertébrale


Au centre, Ariane Brousse porte le spectacle avec une intensité impressionnante.

Son rôle est éprouvant, complexe, et elle le traverse comme une ligne de feu : lucide, fragile, combative. Elle donne à Cléo une densité humaine qui empêche la pièce de devenir un simple thriller conceptuel.


Autour d’elle, la troupe est en état de grâce. Les comédiens s’en donnent à cœur joie : changements de ton, de posture, de registre, effets de bravoure… On ne compte plus les moments où le spectacle devient presque acrobatique dans sa virtuosité.



L’art de réveiller sans faire la leçon


C’est peut-être là la grande force de Mélody Mourey : elle éveille sans asséner.

Elle parle de fascisme, d’écologie, de contrôle technologique, de dérive autoritaire… mais elle refuse le sermon.

Elle préfère l’efficacité dramatique, la tension, l’humour comme soupape, l’émotion comme accélérateur.


Et l’humour, justement, arrive au bon moment : quand le spectateur est au bord de l’asphyxie. Un rire nerveux, parfois inattendu, qui ne désamorce pas la peur mais la rend encore plus violente. Comme si le rire disait : “oui, c’est horrible… et c’est peut-être déjà là.”



Un grand spectacle populaire (avec ses excès assumés)


Tout n’est pas parfait : certains personnages flirtent avec la caricature (le “génie fou”, certaines figures presque archétypales), et le mélodrame pointe parfois le bout du nez. Les bons sentiments sont là, bien présents, parfois un peu trop.


Mais au fond… c’est aussi ce qui fait la puissance du spectacle : cette capacité à être grand public, spectaculaire, accessible, divertissant - tout en parlant de sujets brûlants.


Un théâtre qui ne méprise jamais son public. Qui le prend au contraire par la main, le secoue, l’embarque.



🅵🅵🅵 FOUD’ART


La Zone Indigo, c’est un grand film catastrophe sur scène, en direct, au théâtre, avec une inventivité folle, une écriture millimétrée, un sens du rythme assez unique aujourd’hui.


C’est haletant, virtuose, souvent drôle, parfois glaçant, toujours stimulant.

Un spectacle qui remue, qui inquiète, qui excite, et qui laisse derrière lui une drôle de sensation : celle d’avoir assisté à une fiction… mais aussi à un avertissement.


Mélody Mourey continue de tracer un sillon qui n’appartient qu’à elle : un théâtre hybride, populaire, intelligent, spectaculaire, capable de parler du monde sans le réduire.


Et franchement : on en redemande.



INFOS PRATIQUES


LA ZONE INDIGO

Une pièce écrite et mise en scène parMélody MOUREY

Avec Azad Boutella, Ariane Brousse, Guillaume Ducreux, Olivier Faliez, Marie Montoya, Lara Tavella

Crédit photo Alejandro Guerrero


THÉÂTRE DES BELIERS PARISIENS

À partir du 30 janvier 2026 • Du mardi au samedi à 21h00 matinée dimanche à 15h00



🅵🅵🅵 FOUD’ART

Un thriller dystopique en apnée - théâtre vivant, théâtre nécessaire.





bottom of page