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Le Guide du parfait gentleman assassin : l’art de tuer… et de faire mourir de rire

Le Guide du parfait gentleman assassin : l’art de tuer… et de faire mourir de rire

5 sept.
7 min de lecture

Avis FOUDART 🅵🅵🅵🅵


Au Théâtre du Palais-Royal, Virginie Lemoine transforme une série de meurtres en une formidable fête théâtrale. Porté par un Benoît Cauden irrésistible, un Gaétan Borg incandescent et une troupe d’une remarquable cohésion, Le Guide du parfait gentleman assassin mêle comédie musicale, humour noir, vaudeville et satire sociale avec une réjouissante virtuosité. Un spectacle aussi élégant qu’immoral, dont on ressort avec une seule envie : applaudir les assassins.


Londres, 1906.

Monty Navarro est jeune, désargenté et sans grand avenir lorsqu’il apprend qu’il appartient en réalité à l’illustre famille D’Ysquith. Mieux encore : un titre de comte et une immense fortune pourraient lui revenir.

Un détail contrarie toutefois ses projets.


Sept héritiers le précèdent.

Sept.

Monty aurait pu attendre. Il préfère les éliminer. Un à un.

Avec méthode, élégance et, autant que possible, d’excellentes manières.

Bienvenue dans Le Guide du parfait gentleman assassin.


Mourir sept fois, mais ne jamais mourir de la même façon


« Je crois n’avoir jamais vu un comédien mourir autant sur une scène…. Et surtout mourir aussi bien.» Frédéric de FOUDART 


Car chacune de ces disparitions devient, entre les mains de Benoît Cauden, un véritable numéro de haute voltige.

Il incarne les multiples membres de la famille D’Ysquith, hommes et femmes, tous plus improbables les uns que les autres. À chaque nouvelle apparition, il change de corps, de voix, d’allure, de rythme, de démarche et parfois presque d’époque.


Et chaque personnage semble exister pleinement.

C’est là toute la prouesse.

Le procédé pourrait rapidement devenir un gimmick. Il devient au contraire l’un des moteurs du plaisir.

On guette son retour.

On reconnaît à peine le comédien.

Puis on attend déjà sa prochaine mort avec une impatience parfaitement immorale.


Benoît Cauden illumine la scène.

Son talent comique est immense, mais jamais gratuit. Il ne se contente pas d’enchaîner les transformations : il leur donne une précision, une personnalité et une musicalité propres.

Comédien formidable, chanteur remarquable, il offre au spectacle une énergie constamment renouvelée.


Benoît Cauden et Gaétan Borg : le duo qui fait mouche


Mais une telle performance ne pourrait fonctionner seule.


Face à cette tornade comique, il fallait un partenaire capable de tenir le récit, de préserver l’élégance du personnage principal et d’exister pleinement sans entrer dans une compétition de surenchère.


Gaétan Borg est cet homme-là.

Son Monty possède un charme presque insolent, un flegme délicieux et cette légèreté qui nous ferait presque oublier que nous suivons les aventures d’un assassin en série.


Et puis il y a sa voix.

Une voix ample, lumineuse, parfois incandescente, qui apporte au spectacle une profondeur supplémentaire.


Entre la puissance comique de Benoît Cauden et l’élégance musicale de Gaétan Borg, une véritable alchimie s’installe.


Les deux comédiens sont totalement au diapason.

L’un provoque l’explosion. L’autre maintient le fil.

L’un déborde. L’autre accompagne, relance, observe.


Ils se complètent merveilleusement et composent un duo aussi savoureux qu’inoubliable.

Autour de Monty, Camille Nicolas et Emma Brazeilles donnent surtout chair à deux visions très différentes du désir et de l’ascension sociale. Elles empêchent le récit amoureux de n’être qu’une parenthèse entre deux assassinats et offrent à Gaétan Borg quelques-uns de ses échanges les plus savoureux.


Une troupe qui respire d’un même souffle


Et pourtant, réduire le spectacle à ce formidable tandem serait injuste.


Car ce qui frappe surtout dans Le Guide du parfait gentleman assassin, c’est cette impression rare que tout fonctionne ensemble.

Les voix. Les corps. La musique. Les déplacements. Les changements de décor. Les silences. Les regards. Les entrées et les sorties.

Il règne sur scène une remarquable sensation d’harmonie. Les onze comédiens-chanteurs ne semblent jamais simplement exécuter une partition. Ils forment un véritable ensemble.


On sent la troupe. On sent le collectif. On sent surtout cette générosité du jeu où chacun participe à l’énergie générale.

Les voix s’accordent parfaitement et l’on découvre, au fil du spectacle, des interprètes capables de passer du chant au jeu puis à la danse avec une étonnante fluidité.


Les trois musiciens participent eux aussi pleinement à cette vitalité. Leur présence donne à la musique quelque chose de vivant, de proche, presque de complice.


Et quelle musique.

L’orchestration volontairement resserrée donne au spectacle une couleur presque chambriste. Piano, cordes et clarinettes ne cherchent jamais à couvrir les voix : ils les accompagnent, les provoquent parfois, et permettent d’entendre toute la finesse d’une partition bien plus sophistiquée qu’elle n’en a l’air. Sous l’efficacité immédiate des mélodies se glissent des harmonies complexes, des accents classiques et une écriture qui participe pleinement au comique des personnages. Ici encore, la musique ne vient pas décorer le théâtre : elle fait du théâtre.

Ici, rien ne semble accessoire.

Tout nourrit la scène.


Virginie Lemoine transforme la répétition en invention


C’est probablement là que se trouve la véritable réussite de la mise en scène de Virginie Lemoine.

Car, soyons francs, le dispositif comporte un danger évident.

Un héritier. Un meurtre. Puis un autre héritier. Puis un autre meurtre.


La mécanique pourrait finir par tourner à vide.

Et l’histoire elle-même, aussi plaisante soit-elle, ne brille pas nécessairement par une folle originalité.

Mais Virginie Lemoine semble avoir pris cette possible faiblesse comme un défi.


Comment tuer encore sans jamais refaire la même scène ?

C’est précisément là que le spectacle devient jubilatoire.

Chaque disparition entraîne une nouvelle idée.

Chaque situation trouve son propre langage.

Chaque meurtre devient presque une miniature théâtrale autonome.

L’imagination de la mise en scène semble sans cesse relancer le récit.


Les trouvailles sont nombreuses, souvent inattendues, parfois franchement irrésistibles.

Ce qui aurait pu devenir une succession répétitive se transforme ainsi en une véritable boîte à surprises.


Une petite scène transformée en immense terrain de jeu


Le Théâtre du Palais-Royal n’offre évidemment pas les dimensions d’une grande scène de Broadway.

Et finalement, tant mieux.

Car l’espace contraint oblige le spectacle à inventer plutôt qu’à impressionner.


Le décor de Grégoire Lemoine, les lumières de Mehdi Izza et les costumes d’Axel Boursier participent à cette esthétique de transformation permanente.


La scène change d’identité en quelques instants.

Un salon devient ailleurs. Une porte devient un gag.

Un élément de décor devient complice du récit.

Cette proximité donne également au spectacle quelque chose d’artisanal au sens le plus noble du terme.


On voit le théâtre fabriquer son illusion.

Et c’est précisément ce qui nous enchante.


On comprend alors l’étrange cocktail recherché par Virginie Lemoine : quelque part entre Jules Verne, Edgar Poe et Groucho Marx. La mécanique, le macabre et l’absurde se rencontrent sans jamais que l’un prenne totalement le dessus sur les autres.


Quand la chorégraphie devient mise en scène


Autre grande surprise : le travail chorégraphique de Mariejo Buffon.

Il ne s’agit jamais ici d’interrompre le récit pour lancer un numéro dansé.

La chorégraphie est intimement liée à la dramaturgie. Elle naît des mouvements. Des entrées. Des changements d’espace. Des situations comiques.


Parfois, presque sans que l’on s’en aperçoive, les comédiens-chanteurs deviennent danseurs.

Un déplacement collectif crée soudain une image.

Un geste devient une ponctuation.

Un mouvement de groupe prolonge un gag.

Et c’est particulièrement réussi.


Cette manière de mêler constamment chorégraphie et mise en scène donne au spectacle son style singulier : moderne, malicieux et fluide.

C’est aussi une formidable marque de respect envers le public.

On ne se contente jamais du minimum.

On cherche toujours l’idée de plus.


Une adaptation française qui sait se faire oublier


L’adaptation française de Stéphane Laporte mérite également d’être saluée.

Adapter une comédie musicale anglo-saxonne est un exercice redoutable.

Il faut préserver le sens, le rythme, les rimes, les accents musicaux et surtout l’efficacité comique.

Ici, la traduction ne semble jamais peser sur le

spectacle.


Ici, on oublie très rapidement qu’il s’agit d’une œuvre initialement écrite en anglais et c’est probablement l’un des plus beaux compliments que l’on puisse faire à une adaptation.


Sous le rire, une délicieuse immoralité


Car derrière la mécanique comique se cache aussi quelque chose de plus mordant.

Le Guide du parfait gentleman assassin ne raconte pas seulement comment un jeune homme assassine méthodiquement les membres de sa famille.

Il raconte également une société obsédée par la naissance, les titres, la fortune et les privilèges.

Monty veut entrer dans un monde qui l’a tenu à distance.


Et ses victimes sont parfois tellement imbues d’elles-mêmes que le spectateur finit par considérer leur disparition avec une troublante indulgence.

C’est là toute la malice de cette comédie noire.


Nous savons parfaitement que Monty est coupable.

Et pourtant nous espérons presque qu’il s’en sorte.

La morale vacille alors mais le plaisir reste intact.


Quelques longueurs, mais une énergie qui emporte tout


Tout n’est pourtant pas totalement irréprochable.

La mécanique de l’intrigue connaît parfois quelques légères baisses de tension.

Certaines chansons ou situations semblent moins indispensables que d’autres et le récit sentimental ou judiciaire possède naturellement moins d’impact que les séquences de meurtres les plus inventives.

Mais ces réserves restent mineures.

Car le spectacle possède une qualité qui pardonne beaucoup : une immense joie de jouer.

Elle circule constamment sur le plateau.

Dans les voix. Dans les corps. Dans la manière dont les comédiens se répondent. Dans les trouvailles de mise en scène. Et cette joie finit inévitablement par gagner la salle. On rit. On admire. On se laisse surprendre. Et surtout, on éprouve ce plaisir précieux de voir un spectacle généreux qui ne cesse de chercher comment offrir encore davantage au spectateur.



Le Guide du parfait gentleman assassin est une délicieuse machine théâtrale qui réussit à transformer une série d’assassinats en formidable déclaration d’amour au spectacle vivant.


Benoît Cauden y est irrésistible. Gaétan Borg remarquable. Leur duo est un bonheur. Mais c’est bien la cohésion de toute la troupe, l’inventivité de Virginie Lemoine et la fusion particulièrement réussie entre jeu, chant, mise en scène et chorégraphie qui donnent au spectacle sa véritable personnalité.


Un spectacle élégant. Malicieux. Généreux. Délicieusement immoral. Et surtout mortellement drôle. Un moment jubilatoire qui fait un bien fou.



INFOS PRATIQUES


Le Guide du parfait gentleman assassin

Livret et paroles : Robert L. Freedman

Musique et paroles : Steven Lutvak

D’après le roman de : Roy Horniman

Adaptation française : Stéphane Laporte

Mise en scène : Virginie Lemoine

Avec : Gaétan Borg, Benoît Cauden, Camille Nicolas, Emma Brazeilles, Sandrine Montcoudiol, Carole Deffit, Anne-Laure Triebel, Rachel Pignot, Guillaume Beaujolais, Jeremy Petit et Hervé Lewandowski.

Direction musicale : Charlotte Gauthier, en alternance avec Arnaud Tibere-Inglese, Delphine Dussaux et Benjamin Pras.

Musiciens en alternance : Nicolas Fargeix, François Chambert, Vincent Boisseau, Raphaël Aubry, Benjamin Fabre et Antoine Züng Pham.


Chorégraphies : Mariejo Buffon • Décors : Grégoire Lemoine •Costumes : Axel Boursier • Lumières / vidéos : Mehdi Izza  Assistant à la mise en scène : Laury André


📍 Théâtre du Palais-Royal – Paris

⏱ Durée : environ 2 heures + entracte de 15 minutes pour les représentations du soir

Crédit photo Fabienne Rappeneau


👨‍👩‍👧 À partir de 10 ans


🏆 A Gentleman’s Guide to Love & Murder a remporté 4 Tony Awards en 2014 : meilleur musical, meilleure mise en scène, meilleur livret et meilleurs costumes.






3 commentaires


khurramsha1272
12 oct.
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