google.com, pub-7957174430108462, DIRECT, f08c47fec0942fa0
top of page

COCHONS D’INDE - L’absurde bancaire en roue libre (et ça marche)


🅵🅵🅵 FOUD’ART

Théâtre des Nouveautés


Il y a des pièces dont le pitch tient sur un ticket de caisse. Cochons d’Inde de Sébastien Thiéry en fait partie. Une situation unique, presque minimaliste : un homme vient retirer de l’argent à la banque… mais son compte est bloqué. Impossible de sortir. Et la direction (désormais indienne) l’accuse d’avoir « changé de caste ». Voilà. Tout est là. Un seul lieu. Un engrenage.


Forcément, au début, une question surgit : est-ce que ça peut tenir tout un spectacle ?

La réponse est oui. Et même mieux : ça peut tenir le public en apnée de rire.


Créée en 2008, récompensée par le Molière de la pièce comique en 2009, cette comédie revient aujourd’hui avec une distribution survitaminée, et une mise en scène signée Julien Boisselier qui transforme ce postulat absurde en véritable machine à rebondissements.



Une idée minuscule, une mécanique infernale


Cochons d’Inde ressemble à une expérience sociale menée sous néons : un bourgeois d’origine modeste (Alain Kraft) se retrouve piégé dans un système qui le dépasse, enfermé par une logique administrative délirante. L’humour naît de là : une règle absurde appliquée avec un sérieux implacable, jusqu’à l’explosion.


On pense à Kafka, mais version boulevard : même sensation d’étouffement, même absurdité froide… sauf qu’ici, au lieu de sombrer dans l’angoisse, on bascule dans une folie jubilatoire.


Le texte joue sur la montée en tension, les décalages, l’impression que la réalité glisse lentement vers un monde où les règles n’ont plus aucun sens. Et plus ça déraille, plus le rire s’installe.



Un décor superbe, des trouvailles scéniques réjouissantes


Il faut le dire : le décor est splendide. Jean Haas signe un espace impressionnant, qui donne à cette banque une dimension presque mythologique : un lieu réaliste, mais prêt à devenir piège, cage, terrain de jeu.


La mise en scène regorge de trouvailles, de ruptures et de surprises visuelles qui relancent sans cesse le rythme. C’était le danger : une situation unique, un décor fixe… et le risque d’épuiser l’idée. Mais non. Ici, tout rebondit, tout accélère, tout se déforme.



Ducret en fait trop ? Peut-être. Mais comment faire autrement ?


Arnaud Ducret joue sur le fil. Par moments, il pousse fort. Très fort. Il surjoue, il explose, il cabotine presque… mais finalement, comment pourrait-il faire autrement dans un univers aussi absurde ?


Dans ce type de comédie, la nuance est un luxe. Il faut être au diapason de la folie ambiante. Ducret apporte une énergie populaire, frontale, immédiate. Il entraîne la salle avec lui.


Et surtout : il n’est pas seul.



Maxime d’Aboville : génial, loufoque, implacable


La révélation (ou plutôt la confirmation éclatante), c’est Maxime d’Aboville, absolument génial.

Loufoque, précis, d’un naturel désarmant, il impose un comique presque chirurgical : le genre de performance qui déclenche le rire par une simple posture, une intonation, un regard.


Il possède ce talent rare : être extravagant tout en restant parfaitement crédible. Et dans une pièce comme celle-ci, c’est une arme redoutable.



Emmanuelle Bougerol : sublime et irrésistible


Autre bonheur de cette reprise : Emmanuelle Bougerol, sublime, drôle, vibrante. Elle apporte une intensité inattendue, une élégance, et surtout une présence qui évite à la pièce de n’être qu’un délire mécanique.


Avec Ducret et d’Aboville, elle forme un trio explosif, parfaitement accordé. Ce sont eux qui tiennent le spectacle à bout de bras - et ils le font avec une gourmandise communicative.



Une montée en puissance et une chute finale savoureuse


Ce qui surprend le plus, c’est que Cochons d’Inde ne se contente pas d’exploiter son concept. Le spectacle réserve de vrais virages, des rebondissements inattendus, et une progression qui donne réellement l’impression que la situation devient incontrôlable.


Et puis il y a cette fin.

Une chute finale délicieuse, qui donne envie d’applaudir autant pour l’intelligence du ressort que pour la manière dont le spectacle nous a menés jusque-là.



🅵🅵🅵 FOUD’ART

Une machine absurde, un décor splendide, un trio d’acteurs irrésistible.


Cochons d’Inde est une comédie qui n’a pas peur d’être simple dans son idée, mais folle dans son exécution. Une pièce qui ressemble à un cauchemar administratif devenu théâtre, portée par un décor remarquable et des acteurs en état de grâce.


On peut se demander si l’histoire tient en une ligne… mais au fond, c’est précisément ce qui fait son charme : partir d’un détail ridicule et en faire un chaos total.


Résultat : on rit beaucoup, on se laisse surprendre, et on passe une sacrée bonne soirée.



INFOS PRATIQUES


COCHONS D’INDE - Sébastien Thiéry

Mise en scène Julien Boisselier

Avec Arnaud Ducret, Maxime d’Aboville, Emmanuelle Bougerol, Frédérique Cantrel, Oudesh Hoop

Décors Jean Haas – Lumière Jean-Pascal Pracht – Costumes Jean-Daniel Vuillermoz

Vidéo Sébastien Mizermont – Musique Pierre Tirmont


Théâtre des Nouveautés (Paris 9e)

À partir du 22 janvier 2026 • Du mardi au samedi à 21h • Samedi à 16h30 – Dimanche à 16h




Commentaires


bottom of page