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Mon royaume pour un poney : crash-test jubilatoire d’un théâtre qui refuse de rester sage

Mon royaume pour un poney : crash-test jubilatoire d’un théâtre qui refuse de rester sage

20 avr.
3 min de lecture


Avis FOUDART 🅵🅵🅵


Et si la véritable tragédie de Richard III n’était pas la chute d’un roi, mais celle d’un spectacle incapable de tenir debout ?

Avec Mon royaume pour un poney, Gwen Aduh transforme la scène en champ de ruines. Un terrain instable où le théâtre, au lieu de se glorifier, choisit de s’autodétruire sous nos yeux - et de nous faire rire de ses propres décombres.


Dès les premières minutes, tout est là : le souffle shakespearien, les ombres, la promesse d’une grande tragédie. Et très vite, la fissure. La star s’est désistée. Le projet vacille. Un producteur surgit, grotesque et tyrannique, prêt à financer à condition de devenir lui-même Richard III. À partir de là, plus rien ne tient. Ou plutôt : tout tient, mais de travers.

Car Mon royaume pour un poney est une mécanique du désastre parfaitement huilée. Une partition du ratage. Une célébration du moment où le théâtre perd le contrôle — ou fait semblant de le perdre.


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Le théâtre qui s’effondre… pour mieux se révéler

Ce que la pièce met en jeu, c’est une vérité rarement dite aussi frontalement : faire du théâtre, c’est bricoler avec l’impossible.

Entre le metteur en scène au bord de la crise, la tragédienne en dépression, la directrice dépassée, le comédien de comédie musicale qui rêve de chanter Shakespeare, et ce producteur qui transforme l’art en produit, la scène devient un microcosme sous pression. Tout s’entrechoque : les désirs, les egos, les visions, les contraintes.

Et c’est là que le spectacle frappe juste.

Parce qu’il ne se contente pas de faire rire du théâtre — il révèle ce qui le rend à la fois ridicule et vital. Cette tension constante entre idéal artistique et réalité économique. Cette fragilité permanente. Cette folie collective qui pousse à continuer, même quand tout devrait s’arrêter.


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Une comédie dangereuse (et c’est pour ça qu’elle fonctionne)

Il faut le dire clairement : Mon royaume pour un poney est un spectacle qui prend des risques.

Un humour qui flirte avec la ligne rouge. Des clichés qu’il n’édulcore pas. Une liberté qui peut déranger. Par moments, ça déborde. Ça tangue. Ça ose.

Et c’est précisément là que ça devient intéressant.

Parce que dans un paysage théâtral souvent lissé, poli, maîtrisé, cette pièce choisit le déséquilibre. Elle ne cherche pas à plaire à tout prix. Elle cherche à provoquer un rire franc, presque coupable, parfois inconfortable.

Un rire qui vient du chaos.


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Une troupe en état de grâce

Mais ce chaos ne tiendrait pas une seconde sans la troupe.

Sur scène, les six comédiens ne jouent pas seulement des personnages : ils incarnent une dynamique collective, une tension permanente, un plaisir du jeu palpable. Tout circule. Tout rebondit. Tout peut déraper — mais jamais vraiment.

C’est du théâtre vivant, au sens le plus brut du terme.

On sent l’héritage des Faux British, évidemment — cette science du gag, du faux accident, du timing absurde. Mais ici, quelque chose se déplace. Le propos est plus frontal. Le regard plus acide. Le théâtre devient lui-même la cible.


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Rire… et regarder derrière le rideau

On pourrait s’arrêter au plaisir immédiat : c’est drôle, très drôle, souvent irrésistible.

Mais ce serait passer à côté de ce que la pièce raconte vraiment.

Car derrière les meubles miniatures, les entrées ratées, les crises d’ego et les catastrophes en chaîne, il y a une question qui persiste :

👉 qu’est-ce qu’on sacrifie pour que le spectacle existe ?

👉 et jusqu’où peut-on aller pour continuer à jouer ?


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Un chaos nécessaire

Mon royaume pour un poney n’est pas une comédie parfaite. Et tant mieux.

Elle est excessive, inégale, parfois borderline. Mais elle est vivante. Et aujourd’hui, c’est peut-être ce qui manque le plus : des spectacles qui prennent le risque d’exister sans filet.

Ici, le théâtre ne cherche pas à être beau. Il cherche à être vrai — dans sa maladresse, dans son absurdité, dans sa violence douce.

Et dans ce chaos, quelque chose surgit.

Quelque chose de profondément humain.


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Infos pratiques


Mon royaume pour un poney

Texte : Philippe Vieux

Mise en scène : Gwen Aduh

Avec : Andy Cocq, Christophe Fluder, Jean-Marie Lecoq ou Philippe Vieux, Miren Pradier, Matthieu Rozé ou Henri Costa, Denis d’Arcangelo ou Valérie Moureaux

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage



La Gaîté Rive Gauche, Paris

À partir du 8 avril 2026 • Du mercredi au samedi à 21h, samedi et dimanche à 16h30






14 commentaires


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Peter Shawn
Peter Shawn
22 sept.
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Peter Shawn
Peter Shawn
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Gabe Mallow
07 sept.

J’aime beaucoup cette façon de présenter la pièce, surtout cette idée d’un théâtre qui accepte de montrer ses propres failles et son chaos. Le mélange entre les egos, les contraintes économiques et les ambitions artistiques semble vraiment propice à des situations absurdes. Et le fait que l’humour puisse parfois mettre un peu mal à l’aise donne justement l’impression d’un spectacle qui ne cherche pas à rester bien sage. chicken road

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