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Les Amandiers : interview de Valeria Bruni Tedeschi

« Au delà du fait qu'ils fassent du théâtre, je voulais parler de l'espoir de la jeunesse, de la folie de la jeunesse »


En mêlant, sans cesse, dans son travail, la réalité de son vécu et la fiction, Valeria Bruni Tedeschi joue à un jeu délicat qui, par le passé, a pu laissé parfois un goût amer dans la bouche. Mais ici, avec son cinquième film, Les Amandiers, le pari est particulièrement réussi !



« Les années de ma jeunesse étaient des années dangereuses. Il n'y avait pas une grande frontière entre la vie et le jeu. Il y avait une grande sauvagerie »



Frédéric BONFILS - En quelque sorte Les Amandiers est un film construit en deux partie : une qui parle du concours d'entrer à l'école de théâtre, puis une autre sur la vie dans cette école.

Valeria BRUNI TEDESCHI - Oui, en effet. Je trouve ces deux périodes passionnantes car elles parlent du désir... de jouer, de la jeunesse et de la vie d'adulte qui s'installe.


FB - Vous avez très souvent travaillé sur vos souvenirs. Est-ce le cas encore ici ?

VBT - Le film prend source dans mon expérience personnelle, dans l'école que j'ai faite, il y a 30 ans avec Patrice Chéreau et Pierre Romans. Mais ensuite on a tout revisité, on a tout retravaillé pour que ça devienne un récit de fiction comme toujours dans mes films. Les personnages des jeunes acteurs sont devenus des personnages de fiction ainsi que les personnages de Patrice Chéreau et de Pierre Romans qui n’ont pas changé de nom. Ce film n'est absolument pas un biopic. 

 

FB - Parlez-moi un peu de l'histoire de ce film.

VBT - Ça a été un long processus. Peut-être que je n'étais pas prête au début, mais il m’a fallu deux ans pour me décider à écrire avec Noémie (LVOVSKY) et Agnès (DE SACY) Les Amandiers. Ça nous a semblé tout à coup une évidence. Il faut parfois beaucoup de temps, parfois des années et une vraie distance avec la source d'inspiration, pour arriver à parler de certaines choses. Par exemple, je n'ai parlé de la mort de mon frère que six ou sept ans après.


FB - Parlez-moi un peu alors de ces années.

VBT - Ces années-là étaient gaies, joyeuses, libres, insolentes, folles mais elles étaient sombres, également. C'était les années où le sida à éclater, où l'héroïne et la cocaïne étaient très, très, répandues dans le milieu du théâtre et du cinéma. C'était des années dangereuses. Il n’y avait pas une grande frontière entre la vie et le jeu, une frontière presque invisible. Il y avait de la sauvagerie. Mais je ne voulais pas filmer mes souvenirs. Je ne voulais pas me raconter., je voulais raconter ces jeunes.


FB - Tout de même, en premier lieu, on pourrait imaginer que le personnage que joue Nadia, c'est vous. Ça paraît évident. Mais après réflexion, je me suis demandé : "Mais si elle avait mis un peu d'elle dans tous les personnages du film, finalement ?"

VBT - Oui, oui, complètement. Il y a beaucoup de mélanges. Il y a un peu de moi, un peu de Noémie et un peu d'Agnès, et surtout, beaucoup des acteurs et des actrices qui jouent parce que, au bout du compte, un film, c'est juste un prétexte à filmer des gens qui nous intéressent. Par exemple, pour Sofiane (BENNACER), ce n'était pas l'idée que j'avais du personnage au départ, mais il avait un tel charisme, une telle valeur que je m'en suis largement inspirée. Il m'a donnée son impulsion. Il a nourri le personnage.


« J'avais une vraie timidité, à écrire le personnage de Chéreau, il a surgi très, tard. Il était totalement plat et lisse au départ. J'avais peur de le malmener. 

Et puis je me suis rendu compte que Patrice n’aurait pas aimé être représenté de façon trop respectueuse. Et donc, on lui a trouver des aspérités, des défauts et des moments ridicules aussi »


FB - Comment avez-vous travailler sur ce film ?

VBT - (Rire) Je leur parlais tout le temps pendant les prises. On a beaucoup répèté tous ensemble, on avait les codes et on a créé notre méthode à nous. Sur le plateau, je pouvais hurler, je pouvais rire, je pouvais jouer avec eux, accroupi à leurs pieds, parler comme si j'étais dans leur tête ou les laisser faire ou les interrompre, recommencer, faire aller très vite ou plus doucement. Nous nous étions habitués à cette façon de faire mais si quelqu'un était arrivait comme ça, sur le tournage, il aurait été particulièrement surpris. Peut-être décontenancé.

 

FB - Cette période-là, on est quand même nombreux à l'avoir vécu plus ou moins. Ce film est finalement un peu comme une Madeleine de Proust pour moi. mais j'ai quand même l'impression que la jeunesse s'est emparé de nos souvenirs et en a fait une vision très moderne.

VBT - C'est exactement ça. C'est précisément ce qu'avait écrit Noémie Lvovsky dans la note d'intention. Ce sont les jeunes d'aujourd'hui qui s'emparent de nos souvenirs et empêchent qu'ils restent figés dans la nostalgie.


« Un Chéreau intime, secret que Louis Garrel avait envie et besoin de raconter »


FB - J'adore le choix de Louis Garrel en Patrice Chéreau, parce qu'on a tous l'image de Chéreau en tête et, au départ, sur le papier, on ne se dit pas forcément que ça va fonctionner. Est-ce par son talent ?

VBT - Oui bien sûr, c'est par son talent, mais c'est aussi par l'idée qu'il avait de Chéreau. L'idée d'un Chéreau intime, secret qu'il avait besoin et envie de raconter. J'ai laissé Louis complètement libre. Je pense qu'il a travaillé dans sa chair, avec son fantasme. Il est aussi metteur en scène, et c'est pour ça aussi que j'ai voulu que ce soit lui qui le fasse. Je voulais que ce soit un metteur en scène qui joue ce rôle, qui travaille avec sa solitude et ses difficultés à mettre en scène et je l'ai beaucoup laissé improviser. Ce n'est pas devenu Patrice Chéreau, mais c'est devenu lui, dans Patrice Chéreau et les scènes où il dirige ces jeunes sont particulièrement touchantes.



 

Les Amandiers


Un film de Valeria BRUNI TEDESCHI

Avec Nadia TERESZKIEWICZ, Sofiane BENNACER, Louis GARREL, Micha LESCOT, Clara BRETHEAU, Noham EDJE, Vassili SCHNEIDER, Eva DANINO, Liv HENNEGUIER et Baptiste CARRION-WEISS

Scénario Valeria BRUNI TEDESCHI, Noémie LVOVSKY et Agnès DE SACY


Au cinéma, le 16 novembre 2022. Drame • France, Italie • 2022 • 125 min






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