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PHÈDRE – Le feu sous le velours

Dernière mise à jour : 20 oct. 2025

🅵🅵 FOUD’ART – Racine slammé, désirs piégés, rouge comme la faute



Rouge sur rouge : un huis clos en apnée


Dans un écrin de velours rouge qui serre comme une « prison dorée », Muriel Mayette-Holtz referme Phèdre sur l’empêchement du désir. Ici, tout brûle et tout étouffe : les murs, le tapis, la robe, les voix. Après sa création aux Arènes de Cimiez, cette version intérieure à La Scala Paris resserre la tragédie sur le cœur battant de Phèdre — une Ève Pereur incandescente et sensuelle, moins impériale que vulnérable, corps traversé par la honte et la fièvre.


Dès le prologue slamé par Jacky Ido, le quatrième mur se brise : les alexandrins de Racine s’ouvrent à une oralité contemporaine. Ce prélude déplace notre écoute, fait entrer le public dans la musicalité de la langue avant de la laisser éclater en tragédie. La parole devient rythme, battement, halètement.



Le cœur parle en douze pieds


Chez Mayette-Holtz, l’alexandrin n’est pas une relique : c’est une pulsation. Elle le rapproche du slam, de ce chant du cœur qui bat trop fort. Jacky Ido (Théramène) est le passeur de cette fusion entre tradition et oralité : sa présence apaise et dynamise à la fois.


Le pari pourrait sembler risqué — superposer la scansion du XVIIe siècle à une énergie urbaine —, mais ici la greffe prend, surtout dans les moments où la langue semble respirer à travers les silences. C’est sans doute l’un des gestes les plus pédagogiques et sensuels de la metteuse en scène : réapprendre à entendre Racine autrement.



Œnone, poison d’amour


Et puis il y a elle : Œnone.

Sous les traits de Nicolas Maury, la confidente devient amoureuse, presque rivale. Sa douleur, sa jalousie, sa dévotion ont le parfum du danger. Ce choix de distribution, audacieux et profondément juste, fait vaciller les repères : Œnone n’est plus un simple miroir, mais la doublure tragique de Phèdre, sa part refoulée, son écho déformé. Maury, tout en retenue et en fièvre, signe une interprétation d’une justesse rare : un mélange de pudeur et d’excès, d’humilité et de flamboyance.



Thésée, l’ogre silencieux


Charles Berling campe un Thésée sobre, presque retenu, et c’est là que le tragique s’aiguise. Sa colère ne tonne pas, elle gronde. En face, Augustin Bouchacourt (Hippolyte) porte la fougue et la pureté du jeune homme condamné à mort sans comprendre sa faute : un duo d’ombres et de miroirs, chacun enfermé dans son propre mutisme.


Le décor de Rudy Sabounghi, saturé de rouge, dit tout : la passion est un piège, la chambre un enfer. Tout y semble prêt à exploser mais rien ne cède. Même la lumière, tamisée par François Thouret, semble respirer avec peine.



Une tragédie d’empêchement


Mayette-Holtz fait de Phèdre une tragédie de la claustration. Chaque personnage y souffre d’un désir qu’il ne peut ni dire ni vivre. Le huis clos prend ici toute sa force : le salon devient un théâtre du refoulé. Ce qui se murmurait sous le ciel de Nice se chuchote ici sous les tentures.


On peut regretter, parfois, un certain lissage : Ève Pereur, bouleversante par sa sincérité, aurait gagné à déployer un peu plus la rage, la grandeur d’une Phèdre au bord du gouffre. Mais ce choix de la fragilité donne une couleur singulière à la pièce : une tragédie du trouble plus que du tonnerre.



🅵🅵 FOUD’ART


Une Phèdre charnelle, fiévreuse, pleine de contradictions.

Muriel Mayette-Holtz signe une lecture sensuelle et moderne de Racine, où la langue s’écoute comme un battement et où chaque silence pèse comme un crime.

Un rouge battement de cœur où la faute devient musique.



Infos pratiques


PHÈDRE

Texte Jean Racine

Mise en scène Muriel Mayette-Holtz

Avec Ève Pereur, Nicolas Maury (en alternance avec Muriel Mayette-Holtz), Jacky Ido, Augustin Bouchacourt, Charles Berling

Décor et costumes Rudy Sabounghi • Lumière : François Thouret • Musique : Cyril Giroux • Slam : Jacky Ido

Crédit photo Virginie Lançon


La Scala Paris

Du 18 au 26 octobre 2025 • Durée 1h30 • À partir de 12 ans




2 commentaires


lili xie
lili xie
27 déc. 2025

Each sharp turn in Drift Boss feels like a quiet dance between momentum and control. Finding your rhythm on the endless path is a simple way to clear the mind.

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Granny Game
Granny Game
04 nov. 2025

It's impressive how Muriel Mayette-Holtz Granny Game turns Phaedra into a tragic captivity, where every heartbeat and silence is filled with tension. I agree that words can become rhythm, making tragedy more vivid.

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