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- Le Duplex : Guerre de Voisins et Rires Assurés
Imaginez un immeuble paisible à Paris. Au sixième étage, vous avez les Berger, couple bobo incarné par Corinne Touzet et Pascal Légitimus. Le rêve de leur vie ? Transformer leur appartement en duplex pour avoir une vue imprenable sur la ville. Le seul hic : au cinquième, les Tissandier (Anny Duperey et Francis Perrin), retraités tranquilles, n'ont pas la moindre envie de céder leur nid douillet. Et c’est là que la comédie démarre, car quand un bobo veut quelque chose, il ne recule devant rien. Mais vraiment rien. Didier Caron, le maître de la comédie de boulevard, nous offre ici un jeu du chat et de la souris d'une modernité toute parisienne. On pourrait croire qu'on est dans une version théâtrale de Tom et Jerry , sauf que cette fois, Tom est un bobo prêt à toutes les ruses, et Jerry, un duo de retraités bien ancrés dans leurs fauteuils Régence. Des Plans Machiavéliques… ou Presque Les Berger sont prêts à tout pour pousser leurs adorables voisins au divorce, quitte à leur faire vivre un véritable enfer ! S'ensuit une série de coups bas, de mensonges et autres manigances. Leur objectif ? Rendre la vie des Tissandier insupportable et les forcer à quitter cet immeuble qu'ils aiment tant. Deux mondes s’affrontent : d'un côté, les Berger et leurs meubles Ikea ; de l'autre, les Tissandier et leur mobilier classique. C'est la guerre du goût, la bataille de l’esthétique, et surtout, un formidable prétexte pour une avalanche de quiproquos. Un Quatuor Déchaîné Le public, lui, est rapidement conquis. Et comment ne pas l’être quand on a un quatuor d'acteurs aussi solide ? Anny Duperey vole littéralement la vedette. Elle déambule sur scène avec la légèreté d'une ballerine, que ce soit dans une danse country improvisée ou une scène un tantinet sexy qui vaut à elle seule le déplacement. Pascal Légitimus en bobo maniaque est hilarant. Il incarne à merveille le type qui monte des plans machiavéliques… qui échouent aussi rapidement qu'ils sont imaginés. Et que dire de Corinne Touzet et Francis Perrin ? Leur complicité sur scène est palpable. On redécouvre ces deux acteurs que l’on croyait uniquement voués aux petits écrans. Francis Perrin, avec son flegme et son humour pince-sans-rire, est l’antithèse parfaite de l’agitation délirante de Pascal Légitimus. On Rit, Et Ce N’est Pas Pour Rien Bien sûr, ne vous attendez pas à des dialogues dignes de Shakespeare. Le Duplex est un boulevard pur et simple, avec des répliques souvent prévisibles. Mais là est tout le génie de la pièce : les situations, bien que convenues, sont si bien jouées qu'on finit par en rire. Et ce n’est pas seulement parce que les acteurs sont bons. C’est aussi parce qu'ils savent rire d’eux-mêmes et qu’ils nous entraînent dans leur folie douce. Oui, on sait comment ça va se terminer, mais on se marre quand même . Une Scène Digne d’un Jeu de Société Le décor ? Un plateau mobile qui se promène entre le cinquième et le sixième étage, avec les deux appartements collés l'un à l'autre. Les portes claquent, les disputes résonnent, et les voisins se mêlent des affaires des autres, tout cela sous notre regard complice ravi de se retrouver en plein cœur de ce chaos organisé. Jean Haas , le décorateur, a fait des merveilles en créant ces deux mondes parallèles. Chez les Berger, on est dans le blanc immaculé, sans âme, façon catalogue de déco scandinave. Chez les Tissandier, c’est plus rustique, plus chaleureux. Bref, deux ambiances qui se répondent à coups de regards en coin et de petites piques bien senties. Le Verdict : Un Duplex Qui Déménage ! On rit. Beaucoup. Et c’est là l’essentiel. Certes, l’histoire est un prétexte à la farce, et on devine dès les premières minutes que les Berger n’auront pas leur duplex . Mais peu importe. Le spectacle ne réside pas dans la fin, mais dans les moyens employés pour y arriver . Et quels moyens ! Alors, allez voir Le Duplex , même si vous avez l’impression de connaître la fin avant même d’y mettre les pieds. Parce que, comme le prouve cette comédie, même le plus banal des plans machiavéliques peut devenir un chef-d’œuvre de rire quand il est porté par des acteurs aussi talentueux. Avis Foudart 🅵🅵🅵 Le Duplex Écrite et mise en scène par Didier CARON Avec Anny DUPEREY, Pascal LÉGITIMUS, Francis PERRIN et Corinne TOUZET Décors Jean HAAS assisté de Bastien FORESTIER • Lumières Madjid HAKIMI • Musique Hervé DEVOLDER • Chorégraphie Cathy ARONDEL Crédit photo © Bernard Richebé THÉÂTRE DE PARIS Triomphe ! Reprise à partir du 12 septembre ! Du mercredi au vendredi à 20h • Les samedis à 16h et 20h • Les dimanches à 15h • Durée du spectacle 1h30
- La Veuve Rusée : une comédie intemporelle revisitée sur les planches parisiennes
Carlo Goldoni, l’un des plus grands dramaturges italiens du XVIIIe siècle, continue de fasciner le public trois siècles après la création de ses œuvres. Sa pièce La Veuve Rusée , jouée pour la première fois à Venise en 1748, fait un retour triomphal sur la scène du théâtre Les Bouffes Parisiens sous la direction de Giancarlo Marinelli. Ce spectacle est une véritable célébration de la vivacité de la comédie italienne et de la modernité de l’écriture de Goldoni. L’intrigue : Rosaura et ses prétendants L’histoire est celle de Rosaura, une belle et riche veuve vénitienne, entourée de quatre prétendants : l'anglais Milord Runebif, le français Monsieur Le Blau, l'espagnol Don Alvaro de Castille, et l'italien comte Bosco Nero. Chacun rivalise de charme et de galanterie pour gagner son cœur, tandis qu’Arlequin, espiègle et malicieux, se fait le messager de leurs intentions. Mais Rosaura, indécise, cherche à découvrir lequel d'entre eux est véritablement sincère. Aidée par sa dame de compagnie, Marionnette, elle élabore un stratagème astucieux pour les mettre à l'épreuve. Le public se régale des quiproquos, des malentendus et des retournements de situation, caractéristiques de la comédie de Goldoni. Goldoni et la réforme du théâtre Avec La Veuve Rusée , Goldoni marque une rupture nette avec la tradition de la commedia dell’arte, basée sur l’improvisation et des personnages archétypaux. En intégrant des dialogues écrits et des personnages plus nuancés, il ancre ses œuvres dans un réalisme social qui reflète les mœurs de son époque. Rosaura, par exemple, incarne une femme libre, déterminée à contrôler son destin malgré la pression sociale. Ce portrait d'une femme qui fixe ses propres règles trouve un écho particulier aujourd'hui, à l’heure des débats sur l’émancipation féminine. Une mise en scène dynamique et moderne Giancarlo Marinelli, à la tête de cette coproduction franco-italienne, rend hommage à Goldoni tout en insufflant une touche de modernité. La distribution, incluant Caterina Murino dans le rôle de Rosaura et Tom Leeb en Arlequin, apporte un souffle nouveau à cette pièce classique. Murino brille par son charisme, incarnant une Rosaura aussi maligne que séduisante, tandis que Leeb, avec un jeu physique impressionnant, fait éclater de rire l’audience. Les costumes flamboyants et la mise en scène dynamique participent à créer une atmosphère festive et éclatante. Cependant, certains ont noté que le décor sophistiqué et les projections de vues de Venise pouvaient parfois paraître trop clinquants, voire kitsch. Cela n’enlève rien à la vivacité du texte et à la performance des acteurs, salués par des applaudissements nourris. Une satire toujours d’actualité La Veuve Rusée demeure une satire mordante de la galanterie et du chauvinisme. Goldoni, en jouant avec les stéréotypes nationaux, déconstruit habilement les clichés sur les hommes et leurs comportements amoureux. À travers ses quatre prétendants, l'auteur explore les différences culturelles et la manière dont elles se manifestent dans la séduction. Ce portrait caustique de la société de son époque trouve des résonances étonnamment modernes. La Veuve Rusée est bien plus qu’une simple comédie d’intrigue. Elle est le témoignage du génie de Goldoni et de sa capacité à capturer l’essence des relations humaines avec une subtilité et une ironie toujours pertinentes aujourd’hui. La mise en scène de Giancarlo Marinelli, bien que parfois excessive dans son esthétique, réussit à raviver l’esprit de cette œuvre intemporelle. Rosaura, personnage central et figure de la liberté féminine, continue de nous inspirer, trois siècles après sa création. Un spectacle à ne pas manquer, pour le plaisir des yeux, des oreilles et de l’esprit. Avis Foudart 🅵🅵 La Veuve Rusée DE CARLO GOLDONI Adaptation et mise en scène Giancarlo Marinelli Avec Caterina Murino, Sarah Biasini, Vincent Deniard, Vincent Desagnat, Thierry Harcourt, Tom Leeb , Pierre Rochefort, et l’amicale participation vocale de Jean Reno. Son et projections-vidéo Francesco Lopergolo • Scénographie Fabiana Di Marco • Costumes Atelier vénitien de Stefano Nicolao • Lumières Didier Brun Photographies Alessandro Camillo, Béatrice Livet THÉÂTRE DES BOUFFES PARISIENS À PARTIR DU 10 SEPTEMBRE • Du mardi au vendredi à 20h • Le samedi à 16h et 20h Le dimanche à 15h • Durée 1h30
- Illusions Perdues : Une Adaptation Incandescente par Pauline Bayle
Avec son adaptation théâtrale d'Illusions Perdues d'Honoré de Balzac, Pauline Bayle poursuit son exploration des grandes œuvres littéraires. Après avoir sublimé l’Iliade et l’Odyssée, la metteuse en scène s’attaque à un autre monument de la littérature française, en dépeignant avec une énergie fulgurante le parcours de Lucien Chardon, jeune poète provincial, dans un Paris impitoyable. Un Spectacle d'une Intensité Rare Sur un plateau nu, magnifié par des lumières ingénieuses, Bayle donne vie à la capitale du XIXème siècle, où les ambitions se forgent et se brisent. Elle concentre son adaptation sur la seconde partie du roman, « Un grand homme de province à Paris », où Lucien, en quête de gloire, est pris dans les méandres du journalisme. Ce choix renforce l'universalité du propos : l'échec de Lucien à Paris résonne comme un miroir de notre époque, marquée par des rêves brisés, la compromission de la presse, et la lutte pour la reconnaissance. Porté par une troupe de cinq comédiens, chacun endossant plusieurs rôles avec une virtuosité impressionnante, le spectacle dépeint un Paris cruel où Lucien, d'abord naïf et ambitieux, se laisse corrompre par l’univers mondain et médiatique. Les corps des acteurs, en perpétuel mouvement, font vibrer le texte balzacien, accentuant la tension narrative qui conduit inexorablement à la chute de Lucien. Une Mise en Scène Brute et Moderne Pauline Bayle opte pour un théâtre épuré, débarrassé de tout artifice, laissant le texte et les comédiens occuper toute la scène. La mise en scène évolue au fil du spectacle : d'un dispositif frontal à un quadrifrontal, la scénographie invite le spectateur à une immersion totale dans cette épopée sociale. Ce choix scénique souligne la fragilité du personnage principal, constamment exposé au regard d'une société parisienne impitoyable. L’utilisation d’un espace évolutif permet de montrer la transformation de Lucien, qui passe de l’innocence provinciale à la désillusion citadine. Chaque geste, chaque déplacement sur scène semble une métaphore des étapes de son apprentissage. Lucien est un gladiateur dans une arène, luttant contre une société où le paraître supplante l’être. L’Actualité Étonnante du Roman de Balzac Illusions Perdues résonne particulièrement aujourd'hui. En adaptant ce texte, Pauline Bayle expose les parallèles troublants entre la société parisienne du XIXème siècle et notre époque contemporaine : la compromission des valeurs, la manipulation de l'opinion publique par la presse, et l’asservissement à la quête de la réussite personnelle. Le spectateur est ainsi témoin, à la fois critique et complice, de l’effondrement moral de Lucien, prêt à tout pour gravir les échelons d’un monde en apparence brillant mais profondément corrompu. La force du spectacle tient aussi dans son habileté à révéler la modernité du texte de Balzac. Les ambitions de Lucien, sa soif de succès, sa naïveté face à un monde cynique sont des thématiques toujours d’actualité. La mise en scène minimaliste de Bayle met en exergue la brutalité des rapports humains et l'impitoyabilité d’une société régie par l’argent et l’apparence. Un Chef-d’œuvre Théâtral En offrant une version condensée mais fidèle du roman de Balzac, Pauline Bayle prouve une nouvelle fois son talent pour rendre vivants les textes classiques. L’adaptation ne se contente pas de raconter l’histoire de Lucien de Rubempré ; elle interroge le spectateur sur la nature même de l’ambition et du succès. Par cette œuvre, Bayle signe une création d’une rare intensité, où chaque scène, chaque dialogue, est traversé d’une énergie brute et d’une profondeur émotionnelle qui captivent du début à la fin. Illusions Perdues, sous la direction de Pauline Bayle, devient ainsi bien plus qu'une simple adaptation théâtrale : c'est une réflexion contemporaine sur les rêves, les désillusions, et le prix de la réussite. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 ILLUSIONS PERDUES D’après Honoré de Balzac Adaptation et mise en scène Pauline Bayle Avec Manon Chircen , Zoé Fauconnet , Anissa Feriel , Frédéric Lapinsonnière , Adrien Rouyard , Najda Bourgeois Scénographie Pauline Bayle , Fanny Laplane • Lumières Pascal Noël • Costumes Pétronille Salomé • Musique Julien Lemonnier Photos Simon Gosselin THÉÂTRE DE L’ATELIER Du 7 septembre au 6 octobre 2024 • Du mardi au vendredi à 20h, samedi à 18h, dimanche à 16h • Durée : 2h30 (sans entracte) EN TOURNÉE 16 – 17 octobre 2024 Forum Meyrin, Genève 14 novembre 2024 L’Entracte, Sablé-sur-Sarthe 28 – 29 novembre 2024 Théâtre d’Auxerre, scène conventionnée d'intérêt national 10 décembre 2024 Théâtre de Cusset, scène conventionnée d’intérêt national « Art et Création » 21 janvier 2025 DSN-Dieppe Scène nationale
- Glenn, naissance d’un prodige
Après son immense succès et deux Molières, Glenn, naissance d’un prodige revient au Théâtre Montparnasse. Ce spectacle met en lumière l'histoire tragique et étonnante de l'un des plus grands artistes du XXe siècle, le célèbre pianiste canadien Glenn Gould, considéré comme l'un des plus grands prodiges musicaux de l'histoire. Dès son plus jeune âge, il a rapidement démontré un talent exceptionnel pour le piano et, en grandissant, a révolutionné la façon de jouer. Bien qu'il ait vendu autant de disques que les plus grandes stars du rock, plus le public l'applaudissait, plus il souffrait en raison de sa personnalité Asperger et hypocondriaque qui rendait chaque concert extrêmement pénible, au point de se retrouver complètement isolé, à la fin de sa vie. "À quoi bon jouer un oeuvre de Bach si cela a déjà été joué de cette manière?" À travers la vie de cet artiste qui était aussi libre dans son art qu'il était captif de ses phobies, nous rencontrerons sa mère abusive et castratrice, son père démissionnaire, sa cousine qui l’aura aimé toute sa vie, son manager dépassé… "Comment apporter quelque chose de toujours vivant au public ?" Ivan Calbérac, qui se pose régulièrement cette question, voulait parler de l'histoire de Gould en tant que véritable drame familial... presque shakespearien. Mais aussi, soulever des questions sur la notion d'être un artiste en général, des êtres qui se questionnent régulièrement et doivent constamment se renouveler. "Je voulais que le spectateur s'immerge peu à peu dans le monde de Gould, son génie, sa folie, son humour..." , a-t-il écrit. Tout en conservant toujours des tonalités dans le phrasé, le tempo, les silences, la respiration, l'expressivité, et aidé par une mise en scène simple et élégante rappelant les peintures d'Edward Hopper, cette pièce intelligemment construite est assez haletante, légèrement désuète, mais comporte des moments sublimes (la scène de concert à New York, la fin de la pièce avec des images vidéo du véritable Glenn Gould). Tous les acteurs, parfaitement à leur places, jouent très précisément : Thomas Gendronneau est exceptionnel dans le rôle de Gould , qu'il interprète avec une grande finesse. Josiane Stoleru est frappante dans le rôle de la mère. Bernard Malaka, toujours remarquable, est très touchant, et Lison Pennec, douce et triste, est un véritable coup de coeur. Si vous êtes fan de Glenn Gould ou simplement amoureux de théâtre, ne manquez pas cette occasion de découvrir la vie et l'œuvre d'un génie musical unique. Avis Foudart 🅵🅵 Glenn, naissance d’un prodige Texte et mise en scène d’Ivan Calbérac Avec Thomas GENDRONNEAU ou Nicolas AVINEE, Lison PENNEC ou Agnès CLAVERIE, Josiane STOLERU ou Raphaëline GOUPILLEAU , Bernard MALAKA ou Julien ROCHEFORT , Benoît TACHOIRES ou Alban AUMARD et Stéphane ROUX ou Stéphane RONCHEWSKI Scénographie Juliette Azzopardi, Jean-Benoît Thibaud Lumières Alban Sauvé Crédit photo Fabienne Rappeneau Spectacle vu au THEATRE LE SPENDID THÉÂTRE DE MONTPARNASSE À partir du 20 septembre 2024 • Du mardi au samedi à 19h00 dimanche à 17h30
- Ring : L'amour en Seize Rounds – Une Exploration du Couple en Mouvements
Après avoir conquis le Festival d'Avignon 2024, Ring : L'amour en Seize Rounds s'installe au Théâtre de l'Œuvre à Paris pour une série de représentations jusqu'au 18 janvier 2025. Écrite par Léonore Confino et mise en scène par Côme de Bellescize, cette pièce offre une exploration subtile et humoristique des nombreuses dimensions des relations amoureuses. Un duo magnétique et une écriture modulable Interprétée par Jina Djemba et Amaury de Crayencour, la pièce se structure autour de seize "rounds" où les acteurs incarnent une variété de couples : des amoureux fougueux aux parents épuisés, des époux désillusionnés aux étrangers emportés par la routine. Ces scènes se succèdent en équilibre entre comédie et drame, illustrant avec fluidité la complexité des relations. Un élément marquant réside dans le choix de donner à chaque personnage le prénom "Camille", soulignant l’universalité des enjeux et des tensions dans la vie à deux. Ring se distingue ainsi des simples comédies romantiques, offrant une réflexion profonde sur l'amour, ses contradictions et ses paradoxes. La pièce déconstruit les clichés pour révéler une vision nuancée, parfois crue, des joies, peurs et conflits qui façonnent toutes les relations. Léonore Confino s'inspire de sa propre expérience de la vie de couple et de la parentalité pour enrichir cette œuvre, qui évolue au fil des années. Créée en 2009, Ring se réinvente sans cesse pour s’adapter aux interrogations contemporaines sur les relations humaines. À chaque nouvelle représentation, Confino modifie des scènes, réinvente des dialogues, offrant une œuvre vivante et en perpétuel mouvement. Une mise en scène vibrante et humaine Sous la direction délicate de Côme de Bellescize, la mise en scène met en lumière l’énergie bouillonnante des deux comédiens, qui font preuve d'une complicité saisissante. Djemba et de Crayencour évoluent avec finesse, emportant le public du rire aux larmes à travers une chorégraphie corporelle subtilement orchestrée par Mehdi Baki. Cette dimension physique apporte une profondeur visuelle au spectacle, sublimant chaque émotion. La scénographie minimaliste signée Colombe Lauriot Prévost et les créations sonores épurées participent à l'immersion totale dans l'univers de Ring . Chaque tableau, soigné dans ses moindres détails, plonge les spectateurs dans une ambiance tour à tour intime et grandiose, où chaque transition est millimétrée. Un miroir universel des relations amoureuses À travers des dialogues à la fois percutants et touchants, Ring : L'amour en Seize Rounds propose une vision lucide et émouvante des relations humaines. Le public, témoin des hauts et des bas d'Adam et Ève modernes, se reconnaît dans ces portraits de couples en constante évolution. De la passion des débuts à l'usure de la routine, de la joie de devenir parents aux disputes quotidiennes, chacun retrouve un écho de ses propres expériences dans cette fresque intime de la vie à deux. Pour cette rentrée théâtrale 2024, Ring : L'amour en Seize Rounds s’impose comme un incontournable. C'est une œuvre à la fois légère et profonde, qui questionne l'amour sous toutes ses formes. Porté par une équipe artistique de premier plan, ce voyage amoureux est une expérience théâtrale à ne pas manquer. Avis Foudart 🅵🅵🅵 RING - VARIATIONS DU COUPLE Une pièce de Léonore Confino Mise en scène Côme de Bellescize Avec Jina Djemba et Amaury de Crayencour Chorégraphies Mehdi Baki • Collaboration artistique Jina Djemba • Scénographie Natacha Markoff • Costumes Colombe Lauriot Prévost • Lumières Thomas Costerg • Création sonore Yannick Paget Crédit photo Samy La Famille THÉÂTRE DE L’ŒUVRE Du 3 septembre 2024 au 18 janvier 2025
- Guten Tag, Madame Merkel : Une plongée théâtrale dans l'intimité du pouvoir
Angela Merkel est une figure politique incontournable du XXIe siècle. Pourtant, celle qui a été chancelière d'Allemagne pendant plus de 15 ans s'est toujours distinguée par une discrétion et une modestie peu communes dans le monde des dirigeants. C'est cette ambivalence fascinante qui est explorée dans le spectacle "Guten Tag, Madame Merkel", une pièce écrite et interprétée par Anna Fournier… ou Candice Bouchet, en alternance. Loin d'une simple biographie scénique, cette œuvre interroge le parcours unique de Merkel, de la chute du mur de Berlin à la fin de sa carrière politique, tout en révélant ses traits plus intimes. Une femme sans charisme ? Merkel se décrit elle-même comme une femme « sans charisme », une étiquette que l'on pourrait associer à sa manière sobre et peu démonstrative de faire de la politique. Pourtant, c'est justement cette qualité, associée à son sang-froid et à son intelligence redoutable, qui lui a permis de s'imposer dans un univers encore largement masculin. Fournier explore cette dimension dans son spectacle, où elle incarne une Merkel pleine de paradoxes : discrète mais imposante, distante mais humaine. Le spectacle ne se contente pas de présenter Merkel comme une simple politicienne. Il s'agit également d'un questionnement profond sur la nature du pouvoir et ses mécanismes. Comment une femme, dans un environnement traditionnellement masculin, peut-elle s'emparer des rênes du pouvoir et y rester aussi longtemps ? Merkel n'a jamais revendiqué le féminisme de manière ostentatoire, mais elle a prouvé que la crédibilité et le respect peuvent s'acquérir sans posture martiale. Une saga politique européenne L'histoire de Merkel est également celle de l'Allemagne moderne et de l'Europe. En effet, son ascension est indissociable de la réunification allemande et de la place centrale qu'elle a occupée dans les crises européennes, qu'il s'agisse de la crise de la dette grecque ou des relations avec des leaders tels que Vladimir Poutine. Fournier, par une mise en scène inventive, revisite ces grands moments politiques, transformant la vie de Merkel en une véritable saga à suspense. Comme un clin d'œil à Shakespeare, Fournier compare son personnage à Richard III, non pas dans une quête machiavélique du pouvoir, mais dans la manière dont Merkel a su utiliser ses faiblesses pour renforcer sa position. Chaque scène dévoile un aspect différent de sa personnalité : la femme ferme face aux crises internationales, mais aussi celle qui, en coulisses, doit faire face à ses doutes et ses peurs. Le regard de l'autrice Dans sa note d'intention, Anna Fournier admet que son intérêt pour Merkel est né presque par hasard. Ce rôle, qu'on lui a proposé lors d'une première production théâtrale sur la crise grecque, l'a ensuite fascinée au point de vouloir explorer encore plus profondément la complexité de ce personnage. Loin d'une simple admiration, Fournier entretient une relation ambivalente avec Merkel, oscillant entre tendresse et agacement, ce qui enrichit sa représentation. Fournier décrit Merkel comme un personnage shakespearien, une femme de pouvoir avec des contradictions fascinantes. La pièce est née de ce désir de comprendre et de donner vie à cette personnalité secrète, en l’entourant d'une galerie de personnages issus du monde politique international. Cette approche multidimensionnelle permet de mieux saisir non seulement la dimension publique de Merkel, mais aussi ses moments de vulnérabilité. Une performance éblouissante Le soir de la découverte du spectacle, seule en scène, Anna Fournier livre une performance impressionnante, incarnant non seulement Merkel, mais aussi d'autres figures politiques telles que Nicolas Sarkozy ou Vladimir Poutine. La diversité des accents, des attitudes, et des dialogues intimes entre ces leaders mondiaux donne au spectacle une richesse narrative et un rythme captivant. Ce qui pourrait ressembler à une simple reconstitution historique devient une exploration théâtrale pleine de vie et d’émotions, où l'humour n'est jamais absent. Ce spectacle, véritable pépite d'intelligence et d'émotion, met en lumière la dimension humaine de la politique européenne contemporaine, tout en rendant Merkel étrangement attachante. À travers ce portrait, Fournier nous invite à réfléchir sur la complexité des femmes de pouvoir, et sur les multiples facettes de celles qui, comme Angela Merkel, marquent leur époque de manière discrète mais déterminée. "Guten Tag, Madame Merkel" est bien plus qu'une simple relecture de la carrière d'Angela Merkel. C'est une œuvre qui questionne les dynamiques du pouvoir, la place des femmes dans les sphères dirigeantes, et la manière dont la personnalité d'une figure politique peut influencer des décennies d'histoire. Anna Fournier, par son interprétation subtile et nuancée, offre un spectacle poignant et réfléchi, à la croisée des genres, entre biographie et tragédie shakespearienne. Avis Foudart 🅵🅵🅵 GUTEN TAG, MADAME MERKEL Écriture & mise en scène Anna Fournier Avec Anna Fournier ou Candice Bouchet Assistante à la mise en scène Marie Sambourg Créateur son Antoine Reibre Scénographe Camille Duchemin Costumière Camille Aït Allouache Création lumière Léo Garnier Crédit photo Marie Charbonnier La Pépinière Théâtre À partir du 5 septembre 2024 • Du jeudi au samedi à 19h • Durée 1h20
- Orgueil, Poursuite et Décapitation : Une Création Débridée qui Explore la Complexité de la Condition Féminine
"Orgueil, Poursuite et Décapitation", portée par une troupe de jeunes femmes déterminées (et un homme), est une pièce à l'image de leur désir de créer un "beau bordel organisé". Ce spectacle met en lumière la complexité d’être une femme dans la société contemporaine, particulièrement dans le monde du théâtre, encore dominé par les hommes. À travers une écriture crue et inventive de Marion Aubert, nous sommes plongé dans un univers chaotique et follement créatif, où se côtoient les préoccupations d’une autrice submergée par son processus de création, et les personnages loufoques et déstabilisants appelés "chonchons". Les chonchons, à première vue difficiles à cerner, incarnent en fait des figures du quotidien, lourdes de défauts et de névroses. Ces personnages sont l'incarnation de la frustration, de la cruauté et de la lâcheté que chacun de nous porte en soi. Ils titubent dans leur quotidien, et leur combat contre leurs défauts en devient tragiquement comique. Le spectateur se reconnaît en eux, tentant d’échapper au même sort, tout en riant de la brutalité de cette mise en scène. Cette création est aussi un manifeste sur la place des femmes dans le théâtre. Les comédiennes y dénoncent un milieu où les hommes dominent la scène autant que la plume. Marion Aubert, par son texte, offre aux actrices un terrain d’expression où elles peuvent réinventer et redéfinir les rôles féminins, tant dans le cadre familial que professionnel. En racontant les tribulations d’une autrice/comédienne/mère, la pièce met en lumière les espoirs et désillusions de ces femmes face à un quotidien oppressant. Le projet, riche en folie et en émotion, va bien au-delà d’une simple représentation de la condition féminine. C’est une réflexion sur le processus de création artistique lui-même, où l’intime côtoie l’universel. Dans un jeu constant entre le réel et l’imaginaire, la pièce oscille entre rires et larmes, nous offrant une expérience théâtrale unique. L’écriture de Marion Aubert, à la fois contemporaine et décalée, fait écho à des thématiques profondes, telles que les violences morales et physiques, le poids des attentes sociales et la lutte contre les carcans du quotidien. L’équipe créatrice, portée par l’énergie de Nina Campan, a su s’approprier cette œuvre pour en faire une fresque personnelle et collective, où l’urgence de dire et de faire résonne à chaque instant. Leur ambition est claire : ils souhaitent, par leur spectacle, faire réagir le public, le bousculer et lui permettre de s'interroger sur la condition de la femme aujourd’hui. Dans un mélange improbable de rires et de réflexions, de chaos organisé et de douceur inattendue,"Orgueil, Poursuite et Décapitation" se révèle être une œuvre aussi complexe que percutante, aussi déroutante qu’excitante. C’est un hommage à la création, à la résilience et à la force des femmes. Une œuvre qui rappelle que, même dans le désordre et les incertitudes, il y a toujours une place pour l’espoir et la réinvention. Un spectacle à ne pas manquer pour ceux qui aiment découvrir de nouveaux talents en gestation et qui souhaitent être à la fois divertis et profondément bouleversés. Avis Foudart 🅵 Orgueil, poursuite et décapitation Texte Marion Aubert Mise en scène Nina Campan Avec Juliette Bargain, Rémi Giordan, Margaux Hajjar, Charlotte Moinat et Morgane Patton Costume Juliette Bargain, Margaux Hajjar et Morgane Patton • Travail corporel Ema Bertaud • Scénographie Zoé Mary et Morgane Patton • Musique Nina Campan Théâtre de Belleville Du jeudi 4 au samedi 28 septembre• Mer., Jeu. & Ven. à 21h15, Sam. à 19h15 • Durée 1h15 • Créditphoto DR
- Arcadie : Ode à la Transformation et à la Liberté
Le roman Arcadie d'Emmanuelle Bayamack-Tam, adapté avec finesse par Sylvain Maurice, est une œuvre qui bouscule les normes sociales et questionne les fondements de l'identité. Ce récit captivant nous plonge dans le parcours initiatique de Farah, une adolescente de quatorze ans, qui grandit dans un lieu hors du commun, Liberty House. Ce phalanstère libertaire dirigé par Arcady est un refuge pour ceux qui fuient le stress et les normes de la société moderne. C’est un lieu où l’amour libre est prôné et où la tolérance est le maître mot, du moins en apparence. Farah est fascinée par cet environnement idyllique et commence à se transformer, non seulement en raison des bouleversements de l’adolescence, mais aussi à cause de l’ambiguïté physique de son propre corps. En découvrant que son corps possède à la fois des caractéristiques masculines et féminines, elle entame une quête existentielle : qu’est-ce qu’être une femme ou un homme ? Comment se définir lorsque son corps ne correspond à aucune case préétablie ? Cette métamorphose physique et psychique est au cœur de l’adaptation théâtrale mise en scène par Sylvain Maurice. Le choix du monologue, confié à la remarquable Constance Larrieu, dont la voix légèrement fragile permet d’explorer en profondeur les pensées et émotions de l’adolescente Farah, capture parfaitement l’essence de cette période de transformation. Larrieu, seule sur scène, donne vie non seulement à Farah, mais aussi à une galerie de personnages qui gravitent autour d’elle, incarnant à merveille l’innocence et l’ingéniosité de cette héroïne atypique. Liberty House : Une Utopie Illusoire Si Liberty House se veut un havre de paix, de tolérance et d’amour, cette utopie se fissure lorsqu’un jeune migrant demande asile et se voit rejeté. Ce rejet marque un tournant pour Farah, qui réalise que les principes de cette communauté ne sont pas aussi solides qu’ils le prétendent. En quittant ce paradis trompeur, Farah accède à une forme de liberté véritable : celle d’être elle-même, sans les contraintes imposées par une société qui, même dans ses marges, continue de régir les comportements. Liberty House, avec ses prairies, forêts et animaux paisibles, fait écho à l’Arcadie mythique des Grecs anciens, un lieu où régnait un bonheur simple et paisible. Pourtant, sous la surface de cette tranquillité, des tensions surgissent, notamment autour de la question de la différence, que ce soit par rapport à l’apparence physique ou aux attentes sociales. Ce lieu devient ainsi le miroir des contradictions de notre propre société, où l’acceptation de l’autre s'arrête souvent aux frontières du confort personnel. Les Lumières de la Transformation La mise en scène de Sylvain Maurice sublime cette histoire de métamorphose. L’espace scénique, conçu comme une boîte, symbolise les frontières physiques et psychiques que Farah doit franchir pour atteindre sa liberté. Les lumières de Rodolphe Martin sculptent l’espace, mettant en relief les transformations du corps et de l’esprit de Farah. Cette caméra obscura théâtrale permet de suivre l’évolution de l’héroïne, qui, à la fin de son voyage, se libère littéralement et symboliquement de cette boîte, déchirant les lambeaux qui constituaient son environnement et s’avançant vers un monde rempli de promesses. L’adaptation de Arcadie sur scène réussit ainsi à capturer l’essence du roman : la fluidité des identités, le refus des catégories rigides, et surtout, la quête perpétuelle de liberté. C’est une œuvre qui résonne profondément dans notre époque, en particulier sur les questions d’identité de genre et d’appartenance sociale. L’Éveil du Désir et la Remise en Question des Normes À travers Farah, Arcadie explore également l’éveil du désir adolescent, avec toutes ses nuances et ses complexités. Subjuguée par Arcady, le maître charismatique de la communauté, Farah découvre sa sexualité dans un environnement qui, en dépit de sa liberté apparente, reproduit parfois des dynamiques de pouvoir plus subtiles. Cette dimension du désir est abordée avec une légèreté et une profondeur qui témoignent de la finesse de la plume de Bayamack-Tam. Enfin, Arcadie remet en question non seulement les normes de genre, mais aussi celles de la société en général. La famille dysfonctionnelle de Farah, le rejet de l’autre dans une communauté se disant ouverte, la tension entre liberté individuelle et collective, sont autant de thèmes qui résonnent fortement aujourd’hui. Un Hymne à la Différence et à la Liberté En définitive, Arcadie est un hymne à la différence, une ode à la transformation et à la liberté, portée par une écriture vivante et irrévérencieuse. Que ce soit à travers les métamorphoses physiques de Farah, les contradictions de Liberty House ou la liberté de ton de l’adaptation théâtrale, cette œuvre pose des questions fondamentales sur ce que signifie être soi dans un monde qui tente constamment de nous définir. Une œuvre touchante, féroce et essentielle, qui invite chacun à embrasser sa propre liberté. Avis Foudart 🅵🅵 Arcadie Texte Emmanuelle Bayamack-Tam Adaptation et mise en scène Sylvain Maurice Avec Constance Larrieu Création lumière Rodolphe Martin • Création sonore David Bichindaritz assisté de Jérémie Tison • Costumes Olga Karpinsky • Collaboration à la scénographie Alain Deroo et Constance Larrieu • Régie générale Alain Deroo assisté de Daniel Ferreira • Photo Christophe Raynaud de Lage Théâtre de Belleville Du dimanche 1er septembre au samedi 30 novembre 2024 • Sept. : Mer., Jeu. & Ven. 19h15, Sam. 21h15, Dim. 15h Oct. & Nov. : Mer. & Jeu. 19h15, Ven. & Sam. 21h15, Dim. 15h • Durée 1h10 • À partir de 15 ans Tournée 26 et 28 avril 2025 Le Quai, CDN d'Angers dans le cadre du festival "Écriture en acte"
- Gargantua revisité sur les planches : une fête théâtrale au Théâtre de Poche Montparnasse
Le géant Gargantua, issu de l'imagination débordante de François Rabelais, renaît sur les planches du Théâtre de Poche Montparnasse à Paris, du 30 août au 10 novembre 2024. Adaptée par Pierre-Olivier Mornas, cette version moderne du célèbre récit de la Renaissance nous plonge dans une épopée littéraire et philosophique qui mêle satire, humanisme et humour, tout en rendant hommage à l’esprit de liberté propre à l'œuvre originale. Mornas, seul en scène, se transforme en conteur moderne et passionné, incarnant à lui seul une multitude de personnages et de situations qui donnent vie à l'univers foisonnant de Gargantua. Une relecture contemporaine de Rabelais Cette adaptation théâtrale, bien que fidèle aux traductions du XVIe siècle, se veut accessible à un public contemporain. Mornas, accompagné de la metteuse en scène Anne Bourgeois, a cherché à privilégier la puissance du texte tout en l’adaptant aux sensibilités modernes. Le récit de Gargantua, depuis sa naissance par l'oreille de sa mère Gargamelle, jusqu'à son couronnement en tant que roi magnanime, est présenté de manière captivante. Mornas, par son jeu débordant d’énergie et sa capacité à incarner des personnages multiples, parvient à recréer les frasques et les réflexions philosophiques du géant dans un cadre épuré. La simplicité de la mise en scène, privilégiant la parole et l'imagination du spectateur, permet à la richesse du texte de Rabelais de briller tout en offrant une expérience visuelle et sonore subtile mais captivante. Entre humanisme et satire L’œuvre de Rabelais, et en particulier le personnage de Gargantua, incarne parfaitement les valeurs humanistes de la Renaissance. À travers son éducation rigoureusement supervisée par Ponocratès, Gargantua apprend la tolérance, la liberté et la philosophie, des thèmes essentiels que Mornas met en avant dans son adaptation. Ce parcours initiatique est présenté avec humour et intelligence, tout en soulignant les critiques sociales et politiques de Rabelais sur son époque. Mornas et Bourgeois ont également voulu insister sur l’aspect festif de l'œuvre, notamment à travers le motif récurrent du vin et de la bonne chère, emblèmes de l'épicurisme joyeux de Gargantua. Dès sa naissance, le géant s’écrie « À boire ! », un cri qui résonne comme un appel à la vie, au plaisir et à la connaissance. Cette quête insatiable de savoir et de satisfaction traverse toute l’œuvre et se retrouve dans cette adaptation théâtrale, qui célèbre la joie de vivre et l'esprit critique de manière enjouée. Le retour de Gargantua sur une scène parisienne est une occasion unique de plonger dans l’univers riche et complexe de François Rabelais. Grâce au talent de Pierre-Olivier Mornas et à la mise en scène inventive d’Anne Bourgeois, cette adaptation contemporaine célèbre la beauté du langage de Rabelais, tout en rendant hommage aux valeurs d’humanisme, de liberté et de joie qui traversent son œuvre. Le spectacle est un véritable festin théâtral, où l'intelligence, l'humour et l'épicurisme s'entrelacent pour notre plus grand plaisir. Avis Foudart 🅵🅵🅵 SUCCÈS, REPRISE ! GARGANTUA De François RABELAIS Mise en scène Anne BOURGEOIS Adaptaté et interprété par Pierre-Olivier MORNAS Lumières François LOISEAU • Musique et sons François PEYRONY Crédit photo Alejandro Guerrero Théâtre de Poche Montparnasse Du mardi au samedi 19h, dimanche 15h • Durée 1h10
- RECLAIM : Un Rituel Artistique et Humaniste
Le Théâtre d'Un Jour, dirigé par Patrick Masset, se distingue par sa capacité à fusionner le théâtre, le cirque et la musique dans des créations transdisciplinaires et profondément ancrées dans le réel. Le dernier projet de la compagnie, Reclaim, illustre parfaitement cette approche en offrant une expérience unique qui transcende les frontières traditionnelles des arts scéniques. Naissance d'une Idée Reclaim est né du désir de Masset de créer une œuvre où l'écriture et la dramaturgie concrètes sont au cœur de la performance, tout en mettant en valeur les prouesses physiques, vocales et musicales des artistes. Inspiré par le livre de Sylvie Lasserre, "Le Ciel et la Marmite", Masset a découvert le rituel Ko'ch d'Asie Centrale, où les femmes cherchent à établir un rapport égalitaire avec les hommes à travers des chants, des mouvements et des tambours. Ce rituel symbolique et mystérieux a servi de tremplin pour le développement de Reclaim, un spectacle qui explore des thèmes actuels par le biais de la performance corporelle et vocale plutôt que des mots. Un Rituel Contemporain Reclaim est davantage une expérience qu'un simple spectacle. Il propose une immersion totale où acteurs et spectateurs partagent le même espace, abolissant ainsi les barrières traditionnelles entre la scène et le public. Le rituel commence par l'introduction d'une marionnette/enfant portée par une jeune fille, incarnant une figure sacrificielle. Ce moment initial établit une tension qui influence le déroulement de la performance. La danse rituelle, imaginée par Dominique Duszynski, et le feu allumé par la chamane, ouvrent un monde poétique et inconnu où les participants sont invités à s'engager ensemble. Les combats symboliques entre la chamane et les esprits masculins, ainsi que les interactions entre hommes et femmes, mettent en lumière la quête d'équilibre et de justice. Un Équilibre Fragile L'une des scènes marquantes de Reclaim est celle où hommes et femmes tentent de construire ensemble un monde possible, bien que fragile. La musique de Bach et les tensions animales dans les duos soulignent la complexité et la délicatesse de cette entreprise. Cette séquence, comme le reste du rituel, est un mélange de force, de tragédie et d'humour, reflétant la diversité des émotions humaines. Le Pouvoir des Histoires et des Acrobaties À un moment donné, le langage fait son apparition, apportant un nouveau rapport de force et de sens. Les acteurs jouent avec les mots, les voix et les notes, construisant ainsi une nouvelle manière de vivre ensemble. Les acrobaties, loin d'être de simples démonstrations techniques, racontent des histoires profondes et deviennent un moyen de partager quelque chose d'extraordinaire avec le public. Une Boucle Final Mystique La boucle finale ramène la marionnette dans la danse, soutenue par la chamane et les musiciennes. Ce retour symbolise la continuité et la nécessité de reconstruire sans cesse notre humanité. Le rituel se termine par un partage collectif, tout comme le repas clôture le rituel Ko'ch, laissant les spectateurs avec un sentiment d'appartenance et de réflexion sur le futur. Un Magnifique Théâtre Transcendant Reclaim, lauréat du prix Maeterlinck de la Critique 2023 dans la catégorie "Meilleur spectacle de cirque", illustre l'engagement du Théâtre d'Un Jour pour un théâtre physique et transdisciplinaire. Patrick Masset, avec sa formation en philosophie et son amour pour le main à main, continue de repousser les limites de l'art en créant des œuvres qui interrogent et inspirent, offrant une réflexion profonde sur la place de la femme dans nos sociétés patriarcales et sur la manière de vivre ensemble de manière plus juste et équilibrée. En célébrant ses 30 ans en 2024, le Théâtre d'Un Jour réaffirme son rôle essentiel dans le paysage artistique, invitant chacun à participer à un voyage introspectif et collectif à travers des rituels contemporains comme Reclaim. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 Reclaim - Théâtre d'Un Jour Ecriture & Mise en Scène Patrick Masset Chanteuse Lyrique Blandine Coulon Violoncellistes Eugénie Defraigne et Suzanne Vermeyen en alternance avec Ambre Tamagna Voltigeurs Chloé Chevallier, César Mispelon et Lisandro Gallo (en alternance avec Franco Pelizzari Del Valle ), Porteurs Paul Krügener et Joaquin Diego Bravo (en alternance avec Lucas Elias ) Scénographie et Costumes Oria Puppo • Marionnette Polina Borissova • Masques Isis Hauben • Travail du fer Jean-Marc Simon • Travail Chorégraphique Dominique Duszynski • Création lumière Frédéric Vannes [version salle] & Emily Brassier [version chapiteau] Crédit photo © Christophe Raynaud de Lage Cirque Electrique à Paris Du 14 septembre au 06 octobre TOURNÉE 2024 Du 25 juillet au 03 août : FIT au Brésil Du 06 au 10 août : Royal Festival de Spa Du 17 au 28 août : Festival International FIDAE en Uruguay Du 14 septembre au 06 octobre : Cirque Electrique à Paris Du 10 au 12 octobre : PBA de Charleroi (Belgique) Du 28 novembre au 08 décembre : Winterfest à Salzburg Du 12 au 16 décembre : Maillon - Scène Européenne, Théâtre de Strasbourg Du 14 janvier au 14 février 2025 : Tournée Asspropro en Belgique Du 20 au 26 février : Festival de Madrid Du 04 au 08 mars : Théâtre Royal de Namur (Belgique) Le 12 mars : Cultuur Centrum Bruges (Belgique)
- La Vie Secrète des Vieux : L’Amour et le Désir ne Vieillissent Jamais
La vieillesse est souvent perçue comme une période de déclin, une époque où l'amour et le désir se retirent pour laisser place à la solitude et à la monotonie. Pourtant, ce stéréotype est loin de la réalité pour beaucoup de nos aînés. Avec son dernier projet, "La Vie Secrète des Vieux", Mohamed El Khatib nous invite à découvrir une facette méconnue de la vieillesse : l'amour, le désir, et la sexualité persistants chez les personnes âgées. Un Voyage au Cœur de l’Intimité des Aînés El Khatib, connu pour ses œuvres qui mêlent cinéma, littérature et performance, s'attache à révéler la vitalité et l'humanité de ses sujets à travers des projets de fiction documentaire. "La Vie Secrète des Vieux" ne fait pas exception. Inspiré par des entretiens approfondis avec des personnes âgées, ce spectacle explore leurs expériences amoureuses et sexuelles, brisant ainsi un des derniers grands tabous de notre société. Les témoignages recueillis auprès des participants révèlent des histoires d'amour tardives, des désirs encore vifs, et des sexualités réinventées. Danièle L. confie : « Moi je veux bien tout vous raconter, mais je ne voudrais pas que mes enfants le sachent. Ils pensent que c’est fini pour moi depuis un moment... ». Ce secret, partagé par beaucoup, montre combien les perceptions de la vieillesse peuvent être faussées par les idées reçues. Des Histoires d'Amour et de Désir au Crépuscule de la Vie La pièce donne la parole à huit participants, tous âgés, qui viennent de différents horizons sociaux et culturels. Leurs récits forment un tableau riche et diversifié des relations amoureuses et sexuelles à un âge avancé. Jacqueline, 92 ans, ouvre la danse en racontant ses souvenirs avec une clarté et une joie communicatives. Micheline Boussaingault, 82 ans, révèle son homosexualité acceptée tardivement, tandis que Chille Deman, 75 ans, partage son engagement dans la communauté LGBTQ+ et la reconnaissance qu’il a reçue en tant que militant. Les témoignages de ces aînés sont ponctués de moments de tendresse, de malice, et de profondes réflexions sur la vie et l'amour. Les participants se souviennent de leurs premières amours, de leurs émois d’adolescents, et de la redécouverte de leur corps et de leur désir à un âge où la société les imagine souvent désintéressés de ces questions. Briser les Tabous et Redéfinir la Vieillesse El Khatib ne se contente pas de mettre en lumière les histoires individuelles ; il s'attaque également aux stéréotypes sociaux. La sexualité des vieux est souvent perçue comme honteuse, cachée, voire inexistante. La sociologue Rose-Marie Lagrave souligne que « les vieux sont censés être sexuellement rassasiés pour le restant de leurs jours ». Pourtant, comme le montre "La Vie Secrète des Vieux", le désir peut perdurer et même s’intensifier. Un Espoir de Renouveau "La Vie Secrète des Vieux" est un plaidoyer pour une reconnaissance et une célébration de la vie affective et sexuelle des personnes âgées. Les participants trouvent dans cette expérience théâtrale une nouvelle vitalité, une redécouverte de leur identité et de leur place dans le monde. Comme le dit Micheline : « Avignon ! Le IN ! Cela nous offre une nouvelle vie ». En fin de compte, ce projet nous rappelle que l'amour et le désir ne connaissent pas d’âge. Ils restent des forces puissantes et vivantes, capables de transformer et d’enrichir nos vies jusqu’à la fin. À travers "La Vie Secrète des Vieux", Mohamed El Khatib nous invite à écouter et à apprendre de nos aînés, à reconnaître leur humanité et à célébrer la beauté de leurs histoires. Parce que l’amour, comme la vie, ne vieillit jamais. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 LA VIE SECRÈTE DES VIEUX Conception et réalisation Mohamed El Khatib Avec en alternance selon leur longévité Annie Boisdenghien, Micheline Boussaingault, Marie-Louise Carlier, Chille Deman, Martine Devries, Jean-Pierre Dupuy, Jacqueline Juin, Jean Paul Sidolle, Yasmine Hadj Ali... (distribution en cours) Dramaturgie et coordination artistique Camille Nauffray Scénographie et collaboration artistique Fred Hocké Vidéo Emmanuel Manzano Son Arnaud Léger Crédit photo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon THÉÂTRE DES ABBESSES Du 12 au 26 septembre 2024 • Durée 1h20 TOURNEE 2024-2025 (EN COURS) Du 28 mai au 1er juin 2024 : Kunstenfestivaldesarts - Théâtre National Wallonie-Bruxelles Du 4 au 19 juillet 2024 : Festival d’Avignon - Circa La Chartreuse Du 12 au 26 septembre 2024 : Festival d’Automne - Théâtre de la Ville, Paris 8 et 9 octobre 2024 : Espace 1789 – St Ouen 11 octobre 2024 : Théâtre de Choisy-le-Roi 9 et 10 novembre 2024 : Festival RomaEuropa, Rome Du 20 au 23 novembre 2024 : Comédie de Clermont-Ferrand Du 27 au 29 novembre 2024 : CDN Orléans Du 12 au 15 décembre 2024 : Comédie de Genève 18 et 19 décembre 2024 : Points Communs – Cergy Du 8 au 10 janvier 2025 : Théâtre du Bois de l’aune – Aix-en-Provence Du 13 au 15 janvier 2025 : Tandem – Arras 17 et 18 janvier 2025 : Le Channel – Calais 28 janvier 2025 : Equinoxe – Châteauroux 30 janvier 2025 : La Halle aux Grains – Blois Du 11 au 15 mars 2025 : TNB – Rennes 28 et 29 mars 2025 : Bonlieu – Scène nationale Annecy 8 et 9 avril 2025 : Malraux – Scène nationale Chambéry Du 15 au 17 avril 2025 : MC2 – Grenoble 27 et 28 mai 2025 : L’Espal - Le Mans
- La fin du début
« La vérité faut que tu fasses un spectacle tout seul, mon fils, une sorte de ouane manne chaud, t’y es trop gracieux. » La mère de Soulal Bouloudnine La vérité, on est d’accord, Madame Bouloudnine. On est tous d’accord ! Solal Bouloudnine n’oubliera jamais le 2 août 1992. il avait six ans onze mois et vingt jours quand Michel Berger est mort, terrassé par une crise cardiaque dans sa villa de Ramatuelle , après une partie de tennis. Solal passait ses vacances dans une maison, juste à côté, et… c’est ce jour-là qu’il a pris conscience de la mort. Aujourd’hui, Solal , à travers une galerie de personnages un peu fous et particulièrement attachants, nous fait pleurer de rire, nous fait mourir de bonheur. Un spectacle qui parle de vie, de mort, de vie… Mais aussi, pêle-mêle, d’amour, de théâtre, des parents, de l’enfance, de tennis, d’une bouchère bourguignonne, de Michel Berger, de France Gall… et des variétés. « Un spectacle de variété qui se vit comme une chanson épique, ou l’inverse ». Nous sommes un mercredi après-midi, dans une chambre d’enfant. Au son des chansons de Michel Berger, les jouets activent les histoires les plus folles. Il est libre Solal Solal chante, Solal roule, saute, change de voix, d’accent et nous propose toute une galerie de personnages complètement fantaisistes avec ce spectacle aussi tendre qu’émouvant, aussi émouvant que drôle, aussi drôle que surprenant. « Les chansons sont des alliées, un remède à la solitude » On sera tous là… car Quelque chose de beau doit nous arriver . Quelque chose de fort doit nous emporter ... U ne comédie magnifique et effrénée. Un spectacle fou, créatif et merveilleux… à voir absolument. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 La fin du début Jeu et conception Solal Bouloudnine Texte Solal Bouloudnine et Maxime Mikolajczak Mise en scène Maxime Mikolajczak et Olivier Veillon Création lumière et son, régie générale François Duguest Musique Michel Berger Costumes et accessoires Elisabeth Cerqueira et François Gauthier-Lafaye Théâtre Lepic À partir du 23 septembre •Tous les lundis et mardis à 21h












