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  • Pharaon, Akhenaton le Maudit – Une heure dans l’intimité d’un roi visionnaire

    Festival Off Avignon 2025 – Théâtre Le Petit Louvre Au tout début, on croit tomber sur un spectacle un peu poussiéreux, à l’ancienne, presque scolaire. Un homme en toge blanche, seul sur scène, sans costume clinquant ni décor pharaonique… Et pourtant, très vite, la magie opère. Le charme agit. Ce Pharaon, Akhenaton le Maudit devient un moment de théâtre enivrant, sensible, presque merveilleux. Un voyage intérieur porté par la voix d’un roi oublié, dans un seul en scène à la fois sobre, érudit et profondément humain. La dernière heure d’un pharaon maudit Le rideau se lève sur un décor minimaliste : quelques caisses, un grand éventail, un souffle de vent dans un palais déserté. Akhenaton est seul. Isolé de sa cour, de son épouse Nefertiti, de son fils Toutankhamon, trahi par ses ministres, abandonné de ses dieux. Dans cette ultime heure de règne, il se confie au public comme à un confident invisible. Le spectacle d’Alexandre Delimoges n’est pas une fresque monumentale. C’est un tête-à-tête intime avec l’Histoire, où la parole remplace l’or, et où le doute d’un homme éclaire la grandeur d’un mythe. Théâtre et érudition : une alliance rare Ancien directeur de festivals, passionné d’Histoire et auteur multi-facettes, Delimoges incarne un Akhenaton déchiré entre son ambition mystique et les résistances de son époque. Père du monothéisme, réformateur radical, stratège isolé… Akhenaton se dévoile ici dans toutes ses contradictions. La force du texte repose sur un savant équilibre entre véracité historique (saluée par des égyptologues comme Ashraf Sadek) et incarnation sensible. Le spectateur n’assiste pas à une conférence, mais bien à une plongée dans la psyché d’un homme en fin de règne, aussi visionnaire que vulnérable. Une performance toute en maîtrise Sans artifice, sans costume doré, pieds nus dans un simple drapé blanc, Alexandre Delimoges habite la scène avec sobriété et densité. Il oscille entre humour discret, gravité métaphysique, colère contenue et poésie murmurée. Chaque mot compte. Chaque silence aussi. La mise en scène de Robert Kiener fait le choix de l’épure, pour mieux faire résonner le texte et laisser l’imaginaire du public reconstruire temples, dieux et palais. La lumière sculpte les mots. Le vent devient un personnage. L’effet est saisissant. Une histoire ancienne plus contemporaine qu’il n’y paraît Ce qui fascine dans Pharaon, Akhenaton le Maudit , c’est son écho moderne. On y parle de lutte contre un pouvoir religieux corrompu, de solitude du politique, de culte de l’image, d’héritage et de mémoire effacée. Le spectacle interroge : Qui écrit l’Histoire ? Qui en est banni ? Akhenaton, disparu des chroniques officielles, effacé par ceux qu’il dérangeait, réapparaît ici en pleine lumière. Grâce à ce spectacle, il cesse d’être un mystère de musée pour redevenir un homme de chair et d’idées, un chercheur d’absolu. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 📌 En résumé Un spectacle sobre, intelligent, émouvant. Une performance d’acteur rare. Une invitation à redécouvrir un pharaon oublié… et à réfléchir à notre propre époque. 🎟 Infos pratiques Pharaon, Akhenaton le Maudit Écrit et interprété par Alexandre Delimoges Mise en scène : Robert Kiener Crédit photo © Franck Calabrone Festival Off Avignon 2025 Théâtre Le Petit Louvre • Du 5 au 26 juillet à 11h45 (relâches les mercredis et jeudis) • Durée 1h10 Spectacle vu au Théâtre Le Lucernaire

  • Le Toit du Monde : un polar intime en terrain miné

    Secrets, silences et résistances dans un huis clos bouleversant Dans le Paris de l’après-guerre, deux frères que tout oppose se retrouvent au bord du gouffre. Entre thriller, mémoire et amour interdit, François Rivière signe une pièce audacieuse, tout en tension et en émotion. Un polar scénique, tendu comme une corde Un commissariat, une photo, une question. Henry Vernot cherche son frère Antoine, disparu pendant la guerre. Et pour le retrouver, un indice : un tableau intitulé Trois biches au fond des bois . Mais la piste n’est qu’un prétexte. Très vite, Le Toit du Monde glisse vers un drame familial noué autour de la mémoire, du secret, et de l’identité. Avec un décor ingénieux fait de cagettes mobiles, François Rivière construit une mise en scène fluide, presque chorégraphique, qui traverse le passé sans jamais s’y figer. Le suspense est maîtrisé, l’émotion est là, sans pathos. Un polar scénique captivant, où le moindre silence est une confession. Une partition à deux corps et mille visages Ils ne sont que deux, mais ils sont partout. Romain Poli , solide et touchant dans le rôle d’Henry, porte le fil de la narration avec une intensité intérieure remarquable. Malou Gilbert , lui, explose : il incarne à lui seul le frère Antoine, un amant, un SS, un policier… avec une aisance caméléon bluffante. Leur duo est d’une précision rare, entre tension contenue et pulsations affectives. Mention spéciale à la scénographie de Romane Perron , qui permet à l’espace de muter en quelques secondes, et à la lumière de Sarah Dancer , qui sculpte l’intime et l’urgence. Une histoire d’hommes, d’amour et d’engagement Sous la surface du thriller, c’est un drame humain qui se joue. Un récit d’amour homosexuel, de fraternité fracturée, de mémoire juive et de résistance. Le Toit du Monde ne crie pas, il murmure des vérités douloureuses , enfouies sous les décombres de l’Histoire et les replis de la honte. L’écriture de François Rivière est fine, sensible, jamais démonstrative. Elle touche juste. Et cette phrase, que l’on retient longtemps après la fin : « Les choix que nous faisons résonnent dans l’éternité. » Avis de Foudart 🅵🅵🅵 INFOS PRATIQUES Le Toit du Monde Texte & mise en scène François Rivière Avec Romain Poli & Malou Gilbert Scénographie Romane Perron • Lumières Sarah Dancer • Son Lucien Pesnot Crédit photo © Jérôme Poli Festival Off Avignon 2025 Espace Saint-Martial • Du 5 au 26 juillet à 10h· Relâche les 6, 13, 20 juillet • Durée 1h10 • Tout public à partir de 12 ans

  • Je n’ai pas lu Foucault : Quand des détenu·es nous parlent d’art, c’est nous qu’ils réveillent

    Et si on parlait de Van Gogh en prison ? C’est le pari fou – et magnifique – de Céline Caussimon. Dans Je n’ai pas lu Foucault , l’artiste retrace son expérience d’ateliers d’écriture derrière les barreaux. Un seul-en-scène vibrant d’intelligence et d’émotion, à découvrir au Festival OFF d’Avignon 2025. Un tableau, un détenu, une révélation Fresnes, Réau, ou encore Rennes : pendant plusieurs années, Céline Caussimon est allée à la rencontre de détenu·es pour leur proposer un exercice aussi simple qu’improbable : écrire sur des œuvres d’art. Et là, surprise. Devant un Rembrandt ou un Gauguin, les langues se délient. Les mots fusent. Des phrases drôles, percutantes, tendres, d’une sincérité brute. Ils et elles parlent de couleurs, de solitude, de rage, de liberté. Des chefs-d’œuvre deviennent des miroirs. Et leurs regards nous bousculent, nous, spectateurs bien libres dans nos fauteuils rouges. Le théâtre comme passage secret Sur scène, Céline Caussimon incarne tous les personnages : les détenus, les surveillants, les coordinateurs. Elle les fait exister avec un mélange d’humour, de tendresse et de lucidité. Pas de misérabilisme, pas de leçon. Juste des éclats de vie qu’elle fait surgir avec une grande finesse d’interprétation. La mise en scène signée Sophie Gubri est discrète, efficace. Le travail sonore et visuel, subtil, crée une bulle sensible dans laquelle les émotions circulent sans fard. Une leçon d’humanité Je n’ai pas lu Foucault n’est pas un spectacle sur la prison. C’est un spectacle sur l’humain. Sur ces hommes et ces femmes qu’on enferme, qu’on oublie, mais qui, face à une œuvre d’art, disent parfois les choses les plus profondes qu’on ait jamais entendues. Un spectacle qui bouleverse autant qu’il répare. Et qui, sans avoir l’air d’y toucher, pose une question essentielle : à quoi sert l’art, si ce n’est à se rencontrer enfin ? À NE PAS MANQUER AU OFF Avis de Foudart 🅵🅵🅵 JE N’AI PAS LU FOUCAULT Un spectacle de et avec Céline Caussimon Mise en scène Sophie Gubri Camille Dugas - Création lumière • Tristan Sebenne - Vidéo • Michel Winogradoff - Création son • Durée 1h • À partir de 12 ans Festival OFF Avignon 2025 La Factory – Roseau Teinturiers Du 5 au 26 juillet, 10h (relâche les lundis)

  • Les Dactylos – Chronique douce-amère d’un couple de bureau

    Festival Off Avignon 2025 – Théâtre Le Petit Louvre Au départ, tout semble inoffensif : un bureau terne, deux machines à écrire, un téléphone fixe et une pendule qui peine à avancer. On croit assister à une gentille comédie rétro sur le monde du travail. Mais très vite, le rire dérape. Sous la farce, l’absurde affleure. Puis le malaise. Et enfin, l’émotion. Avec Les Dactylos , Murray Schisgal nous embarque dans une journée qui condense toute une vie, entre amour esquissé, solitude masquée et routine qui use. Portée par un duo d’acteurs en état de grâce, cette comédie sentimentale et sociale se transforme peu à peu en fable touchante sur le désir, l’échec et le temps qui passe. Sylvia & Paul, ou les naufragés du bureau New York, 1964. Paul vient d’être embauché dans une petite société pour taper des adresses à la machine. Sylvia, sa collègue à l’humour nerveux et au cœur cabossé, lui apprend les rouages du poste… et ceux du patron. Le décor est planté, et le ballet peut commencer. Chaque réplique est une tentative d’approche, chaque silence un aveu en creux. On rit de leurs maladresses, de leurs petits jeux de pouvoir, de leurs illusions aussi. Jusqu’au moment où l’on cesse de rire. Car cette journée devient la métaphore d’un enfermement : dans un job, dans un corps, dans une vie trop petite. Farce, flirts et fantômes du temps Sous son humour mordant, Les Dactylos parle de nous tous. De nos rêves rangés, de nos espoirs usés, de notre besoin maladroit d’être vus, aimés, compris. Comme Tchekhov avant lui, Schisgal ne juge jamais ses personnages. Il les laisse exister, se débattre, chuter… et nous ressembler. La mise en scène d’Éric Chantelauze joue cette partition avec une élégante simplicité. Tout est millimétré, fluide, vivant. La scénographie de Capucine Grou-Radenez et les costumes signés Bérengère Roland recréent avec justesse un univers de bureau 60s qui devient terrain de jeu mental, presque onirique. Deux interprètes bouleversants Valentine Revel-Mouroz est une Sylvia pétillante, drôle, et terriblement touchante. Son jeu clownesque dissimule une fragilité qu’elle ne dévoile qu’à demi-mot. Face à elle, Jérôme Rodriguez compose un Paul lunaire et attendrissant, qui vacille entre désir de fuir et peur de bouger. À eux deux, ils construisent un duo magnétique, capable de faire rire, attendrir, puis bouleverser. Et lorsque, dans une scène finale aussi inattendue que poétique, le temps se matérialise sur leurs visages… le théâtre devient pure magie. 📌 En résumé Une comédie douce-amère, burlesque et pleine de finesse. Un duo de comédiens précis, drôles, profondément humains. Un regard touchant sur le travail, la solitude et le besoin d’aimer. Les Dactylos fait partie de ces spectacles qui surprennent là où on ne les attend pas, prouvant qu’on peut faire du grand théâtre avec deux tabourets, une machine à écrire… et une bonne dose de vérité. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 🎟 Infos pratiques Les Dactylos De Murray Schisgal – Adaptation Laurent Terzieff Mise en scène Éric Chantelauze Avec Valentine Revel-Mouroz & Jérôme Rodriguez Scénographie Capucine GROU-RADENEZ • Lumières Simon CORNEVIN • Costumes Bérengère ROLAND Crédit photos Capucine Grou-Radenez FESTIVAL OFF AVIGNON Théâtre Le Petit Louvre • Du 4 au 26 juillet à 18h15 (relâche les 9, 16, 23) • Durée : 1h15 • Dès 10 ans

  • Sentinelles : Trois amis. Une passion. Et l’art comme champ de bataille

    Théâtre Paris-Villette — Jean-François Sivadier électrise la scène avec une pièce brûlante sur le génie, l’amitié et le vertige de créer. Un trio de pianistes surdoués. Une école d’élite. Un concours qui peut tout faire basculer. Avec Sentinelles , Jean-François Sivadier signe un uppercut théâtral où la musique devient lutte, la parole devient partition, et l’amitié une épreuve de feu. Du théâtre comme on l’adore : physique, vibrant, viscéral. Trois corps, trois visions, une seule fièvre : l’art Ils s’appellent Mathis, Swan et Raphaël. À 15 ans, ils se promettent de conquérir le monde à coups de gammes et d’accords parfaits. Dix ans plus tard, il ne reste qu’un champ de ruines : l’un triomphe, l’autre enseigne, le troisième s’est effacé. Que s’est-il passé ? Sentinelles raconte cette trajectoire en clair-obscur, entre génie et solitude, entre rêves d’absolu et désillusions brutales. Inspiré du Naufragé de Thomas Bernhard, Sivadier ne fait pas une adaptation mais une transposition organique, portée par trois comédiens électrisants. C’est une histoire d’amitié. Mais aussi une déclaration de guerre. Une guerre de styles, de valeurs, de mondes. L’art peut-il changer le monde ou doit-il s’en foutre ? Les trois protagonistes ne sont pas seulement amis : ce sont trois manifestes incarnés : Raphaël veut guérir le monde avec son piano. Swan croit à l’émotion pure, au lyrisme, à la beauté. Mathis rejette tout : la société, les sentiments, Mozart - même Chopin, « de la crème pour bourgeois ». Entre eux, une tension permanente. Des joutes verbales jouissives. Des clashs d’idées aussi drôles que dévastateurs. Et cette question qui plane : jusqu’à quel point l’art peut-il nous séparer de ceux qu’on aime ? Pas un piano. Et pourtant, la musique est partout. Ici, aucun instrument. Et pourtant, tout sonne. Grâce à une créativité bouleversante et une direction d’acteurs millimétrée, des corps traversés d’énergie, un plateau épuré sculpté par la lumière, Sentinelles fait entendre la musique autrement. Le souffle devient rythme. Les gestes deviennent notes. Les silences deviennent cris. Vincent Guédon (Mathis) est tout simplement renversant. Samy Zerrouki (Swan) émeut par sa douceur tendue. Julien Romelard (Raphaël) incarne la passion du partage. Trois bêtes de scène, trois solistes habités, trois flammes que Sivadier laisse s’enflammer. Ce qu’on voit. Et ce qui disparaît. « Et si une œuvre d’art ne pouvait exister qu’à condition de disparaître aussitôt qu’on l’ouvre ? Que feriez-vous ? » Cette phrase claque en fin de spectacle. Elle résume Sentinelles . Un théâtre de la fugacité. Une célébration de ce qui ne dure pas, mais frappe fort. Une fresque sur la beauté qui s’efface, mais laisse des traces au fer rouge. La musique comme métaphore de la vie : à la fois éphémère… et inoubliable. Un geste théâtral, un coup de cœur politique Sentinelles parle de musique, oui. Mais surtout de nous. De notre besoin d’absolu. De reconnaissance. D’être compris. Dans un monde où les concours remplacent les étreintes, où l’excellence isole, Sivadier nous tend la main. Il casse l’entre-soi. Il bouscule les certitudes. Il nous donne envie de croire encore à la force de l’art, du collectif, de la scène. Un spectacle rare. Brillant. Déchirant. Essentiel. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 INFOS PRATIQUES Sentinelles Texte, mise en scène, scénographie Jean-François Sivadier Avec Vincent Guédon, Julien Romelard, Samy Zerrouki Création son Jean-Louis Imbert Lumières Jean-Jacques Beaudoui Regard chorégraphique Johanne Saunier Photo Jean-Louis Fernandez Théâtre Paris-Villette Du 11 au 21 juin 2025 • Durée 2h20

  • À ciel ouvert : à cœur battant. Le cirque selon Aïtal

    Critique du spectacle du Cirque Aïtal – Théâtre du Rond-Point, juin 2025 Du foin, des plumes et des portés spectaculaires Et si la poésie surgissait d’une basse-cour ? Dans À ciel ouvert , le Cirque Aïtal transforme un campement improvisé en un théâtre de vie — rugueux, tendre, burlesque. Sous un chapiteau installé dans les jardins du Théâtre du Rond-Point, Victor Cathala et Kati Pikkarainen nous accueillent chez eux : un espace indéfini entre cour de ferme, scène de village et cirque ambulant. Dans ce décor fait de bric et de broc, les caravanes font office de loges, de cabanes, de tanières. Les spectateurs, eux, sont plongés dans l’intimité d’un quotidien pas si ordinaire. Autour d’eux, les poules caquètent, les oies glissent, les portes claquent, les instruments résonnent. La basse-cour est en fête, le cirque en fusion. Cirque de vie et éclats d’humanité Le charme opère immédiatement : la proximité des artistes, l’odeur de la paille, les silhouettes qui surgissent, disparaissent, réapparaissent en courant, en voltigeant, en chantant. Pas d’histoire à proprement parler, mais une suite de tableaux : ici un repas improvisé, là une querelle burlesque, plus loin une prière sous les étoiles. Victor, colosse au cœur doux, crie comme un berger, élève ses pigeons avec délicatesse, joue les porteurs avec une grâce inattendue. Kati, fluette et explosive, mène la danse — littéralement — entre yoga déjanté, pôle dance émouvant et voltige envoûtante. Leur duo, construit sur le contraste entre puissance et légèreté, s’émancipe des rôles attendus pour explorer une complicité nuancée, drôle, féministe, bouleversante. Clowns musiciens, cabane à rêves La musique est partout. Et ce n’est pas un fond sonore : elle est vivante, jouée en direct par deux musiciens-comédiens-acrobates (Helmut Nünning et Hugo Piris), véritables âmes du campement. Entre jazz manouche, fanfare décalée et envolées mélodiques, ils installent une ambiance mouvante, tantôt festive, tantôt méditative, toujours en lien avec ce qui se joue sous nos yeux. Le spectacle touche par sa capacité à faire surgir l’extraordinaire de l’ordinaire, à magnifier la tendresse d’un geste, l’absurde d’une situation, la magie d’un instant partagé. À ciel ouvert, ce sont aussi des adieux : on sent, au fil des scènes, que ce groupe éphémère est sur le départ. Les regards se croisent, les silences s’allongent. Et puis vient le moment de s’envoler, comme les oiseaux qui traversent la scène une dernière fois. Pourquoi il faut y courir Parce que À ciel ouvert n’est pas seulement un spectacle : c’est une expérience, un souffle, une utopie vivante. Un hommage joyeux et mélancolique à la simplicité, à la solidarité, à l’art de faire beaucoup avec presque rien. Parce qu’il nous rappelle qu’on peut rire fort, s’émerveiller encore, et rêver ensemble, même dans une cour de ferme improvisée… sur les Champs-Élysées. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Infos pratiques À ciel ouvert Un spectacle du Cirque Aïtal Conception et interprétation Victor Cathala et Kati Pikkarainen Avec Victor Cathala, Kati Pikkarainen, les musiciens Helmut Nünning et Hugo Piris , les enfants Leevi et Oona Crédit photo © Mario del Curto Théâtre du Rond-Point – Chapiteau dans les jardins • 11 — 22 juin 2025 • Du Mardi au samedi à 21h, dimanche à 16h (relâche lundi 16 juin) • Durée 1h 💬 « On est bien, on est ensemble. » – Cirque Aïtal

  • ACE & CO – Moteur créatif du Festival Off d’Avignon 2025

    21 créations, 9 succès reconduits, 6 lieux partenaires : à Avignon, le Off pulse aussi au rythme d’Ace & Co. Un Off sous bonne escorte Depuis plusieurs années, l’agence de diffusion Ace & Co s’est imposée comme un acteur incontournable du Festival Off d’Avignon. Repérée pour son flair artistique et sa fidélité à un théâtre aussi inventif que populaire, elle accompagne à nouveau en 2025 une programmation aussi dense que diversifiée. Entre premières créations et retours de spectacles à succès, la cuvée promet de faire du bruit dans les ruelles avignonnaises. Créations tous azimuts : du théâtre à la chanson L’édition 2025 se distingue d’abord par un goût affirmé pour le spectacle musical. Lionel Damei chante Zizi Jeanmaire , Fini la comédie ! Mes confidences à Dalida , Une histoire de la musique en 70 minutes ou encore Et la lumière fut ! : autant de propositions où la musique devient mémoire, confidence ou pur plaisir scénique. La Faiseuse d’Anges , création annoncée comme poignante, promet quant à elle une traversée intense entre voix chantée et récit intime. Du côté du théâtre contemporain, on retiendra des propositions qui explorent l’intime ( Anatomie d’une actrice , Le Message , Plus jamais Mozart ), les rapports de pouvoir ( L’éducation de Rita ), ou la frontière entre fiction et vérité. Sans oublier les seuls-en-scène sensibles et personnels comme Il était un cœur , Solitude d’un Ange Gardien , Douze ou Sur les ailes de l’invisible . Comédies et classiques décalés : le rire en embuscade L’humour reste l’un des piliers du Off, et Ace & Co ne s’en prive pas. Un Voisin , Papy Mamy , L’Hôtel du Pin Sylvestre ou L’Affaire Buckingham explorent des registres variés, entre comédie de mœurs, satire absurde et théâtre de situation. Les classiques revisités ont également la cote : Le Misanthrope à tout prix promet une plongée ludique dans l’univers de Molière, tandis que George Dandin, Et si Angélique était la véritable héroïne ? propose une relecture féministe et impertinente. Les succès reviennent… et font école Preuve que le bouche-à-oreille avignonnais fonctionne, Ace & Co soutient également 9 spectacles qui ont marqué les éditions précédentes. Parmi eux : • Cœur à cœur , duo intimiste et drôle sur la vulnérabilité du sentiment. • Madame Bovary en plus drôle et moins long , clin d’œil à Flaubert façon stand-up littéraire. • Les Enfants du Diable , thriller mystique à la frontière du fantastique. • Jeune fille cherche maison douce où pratiquer son piano , chronique poétique et décalée. • Et la comédie noire Amor à mort , pour les amateurs de rires grinçants. On note aussi le retour de formats atypiques, comme Tout le monde écrit des chansons ou L’Effet Papillon , expériences sensibles qui jouent avec les codes de l’écriture et de la performance. Un réseau de théâtres et un tremplin pour demain Ace & Co, ce n’est pas seulement une vitrine : c’est aussi un écosystème. L’agence accompagne ses artistes dans plusieurs lieux emblématiques du Off – Théâtre du Verbe Fou, L’Oriflamme Théâtre, les Trois S, le Théâtre du Girasole – et soutient l’émergence. En témoigne le Tremplin Émergence , présenté le 10 juillet à 19h30, en collaboration avec Drama Queen et la Factory Théâtre au Collège Joseph Vernet. Une vision, un engagement Ce qui frappe dans cette programmation 2025, c’est l’équilibre entre exigence artistique et accessibilité. Ace & Co défend une vision populaire du théâtre : ancrée dans le présent, connectée au public, mais jamais simpliste. Elle prouve qu’on peut rire, réfléchir, pleurer ou chanter sans jamais renoncer à la qualité. Avec ses 21 créations et ses 9 retours, l’agence joue un rôle essentiel dans le paysage du Off. Non pas en imposant une ligne, mais en dessinant un territoire : celui d’un théâtre libre, vivant, multiple. 🎭 À noter Découvrez l’ensemble de la programmation accompagnée par Ace & Co ici : 👉 https://www.ace-and-co.fr/festival-2025.html

  • Zoo Art Show : quand le street-art prend la Défense d’assaut

    Du béton, de la bombe, et une énergie brute à couper le souffle. Depuis le 7 juin 2025, un immeuble vide devient le musée le plus vibrant de la capitale. Et pas n’importe lequel : un musée immersif entièrement dédié à l’art urbain, signé Zoo Art Show . Oubliez les musées aseptisés. Ici, chaque mur explose de couleurs, chaque étage vibre de sons, de gestes, de lumières. 4 000 m², 500 artistes, 5 niveaux de sensations. Un OVNI culturel, entre temple du graffiti, club arty et fabrique à émotions. Un musée ? Non : un écosystème vivant. C’est un projet fou, gonflé, radical. Né à Lyon en 2018, le Zoo Art Show a déjà retourné des façades, transformé des bus, électrisé des friches. Aujourd’hui, il débarque à Paris-La Défense avec une ambition XXL : faire de l’art urbain une expérience immersive, collective et accessible à toutes et tous . Ici, on ne visite pas une expo. On entre dans une jungle. Parcours libre, œuvres monumentales, performances live, DJ sets en afterwork, ateliers kids, lunchs arty pour les salariés du quartier… Chaque instant est un moment à vivre, à partager, à ressentir. 500 artistes pour repousser les murs Sur les murs, les géants : JonOne, Chanoir, Seth, Darco, Astro, Brusk, T-Kid , mais aussi les figures cultes du mouvement comme Banksy, JR ou Invader . Autour, des collectifs, des galeristes, des talents en devenir. Tous réunis pour célébrer l’art urbain dans toute sa diversité : du graffiti aux installations immersives. Et ce n’est pas qu’un lieu d’exposition : conférences, DJ sets, ateliers, studios, pop-ups culinaires, événements pro… Le tout dans un décor brut, sans fard, où l’art se confronte au réel. Un geste urbain et politique En investissant un immeuble désaffecté au cœur du plus grand quartier d’affaires d’Europe, le Zoo Art Show envoie un message clair : l’art ne doit pas rester en marge. Il doit s’infiltrer partout. Il doit déranger, dialoguer, réconcilier. Ce musée est un manifeste. Un manifeste joyeux, inclusif, organique. Une réponse vibrante aux silences bétonnés des villes contemporaines. Et une preuve, s’il en fallait une, que le street-art a toute sa place au cœur des métropoles. INFOS PRATIQUES Zoo Art Show – Musée immersif des arts urbains 4 Place de La Défense, 92800 Puteaux • Métro 1 / RER A & E – Grande Arche La Défense • À partir du 7 juin 2025 • Ouvert mercredis, week-ends, jours fériés et vac es ances scolaires

  • Le Voyage Extraordinaire de Jules Verne : Quand l’imaginaire devient expérience immersive

    Au Grand Hôtel des Rêves, les livres s’ouvrent comme des portes. Et derrière, un monde fascinant prend vie : celui de Jules Verne. Une odyssée théâtrale aussi spectaculaire qu’émouvante. Un auteur devient personnage Et si l’on entrait dans l’univers de Jules Verne, non pas en lisant ses romans, mais en les traversant, en les vivant ? C’est le pari relevé par Le Voyage Extraordinaire de Jules Verne , la nouvelle création immersive du Grand Hôtel des Rêves, à Paris. Après La Belle et la Bête et La Véritable Histoire du Père Noël , ce lieu hors norme repousse encore les frontières entre fiction et réalité. Pendant 50 minutes, 24 comédiens nous entraînent à travers 8 tableaux où défilent les figures mythiques de Verne : Phileas Fogg, le capitaine Nemo, le docteur Fergusson… Mais surtout, c’est le jeune Jules Verne lui-même qui devient le fil rouge de cette épopée sensorielle, où prennent racine les origines de son imaginaire. Une mécanique à rêves bien huilée Le dispositif est impressionnant : plus de 1000 m² de décors somptueux, une scénographie foisonnante, et un rythme soutenu qui enchaîne les tableaux sans jamais perdre le spectateur. De l’atelier fantastique de Nadar et sa montgolfière au légendaire Nautilus, du périple vers la Lune à la rencontre avec Fergusson lors de l’Exposition universelle de Paris, chaque salle est une surprise, comme autant de portes ouvertes sur l’univers foisonnant de Verne. Ce qui frappe, c’est la qualité de l’écriture — simple mais jamais simpliste — qui parvient à transmettre le goût de la science et de l’aventure sans jamais verser dans la leçon scolaire. La mise en scène, fluide et malicieuse, s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes, portée par une troupe généreuse, investie… et souvent très drôle. Un hommage vibrant à l’héritage de Verne Le spectacle ne se contente pas d’adapter Jules Verne : il le célèbre. Il raconte la naissance d’un auteur visionnaire, entre rêves de jeunesse, premières lectures et vertige de l’inconnu. On sent, dans chaque scène, l’admiration pour cet écrivain qui a su allier poésie, science et fantastique, et qui continue, siècle après siècle, d’émerveiller les esprits curieux. Un petit bémol ? On aimerait que cela dure plus longtemps. À peine embarqué, on se retrouve déjà à quai. Mais c’est peut-être le secret d’un bon voyage : laisser une trace de désir. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Une pause féérique au Café des Rêves À noter : le Café des Rêves , qui ouvre ses portes à partir du 26 mai, permet de prolonger l’expérience dans un décor digne d’un tableau de Watteau. Jardin XVIIIᵉ, salon littéraire, douceurs à la carte… Un lieu à visiter même sans spectacle, pour flâner entre fiction et patrimoine. INFOS PRATIQUES Le Voyage Extraordinaire de Jules Verne Grand Hôtel des Rêves – 47 rue du Cardinal Lemoine, Paris 5ᵉ Actuellement • Mer. 13h-19h · Ven. 16h-19h · Sam. 10h-20h20 · Dim. 10h-19h • durée 50 minutes • Spectacle familial dès 6 ans Le Café des Rêves Lun, mar, jeu : 11h-18h30 · Ven : 11h-15h

  • Histoire d’un Cid : Quand Corneille rencontre l’âme de l’enfance grâce à Bellorini

    Et si Le Cid n’était plus un monument figé, mais un terrain de jeu poétique et fantasque ? C’est le pari de Jean Bellorini avec Histoire d’un Cid , variation libre, ludique et lumineuse autour de la tragi-comédie de Corneille. Créée lors des Fêtes nocturnes du Château de Grignan, cette adaptation pleine d’émotion, de tendresse, de décalage et d’humour, aujourd’hui reprise à Nanterre-Amandiers, fait souffler un vent de fraîcheur sur l’alexandrin. Un poème réenchanté Ils sont quatre acteurs et deux musiciens à convoquer Le Cid comme on convoque un souvenir d’enfance. Pas de carrosse doré ni de fresques andalouses : ici, tout commence par une toile blanche qui se gonfle comme une bulle d’imaginaire. Un château de pacotille surgit, un voilier brinquebalant baptisé Vague à l’âme tangue au centre du plateau… Bienvenue dans le théâtre selon Bellorini, où la machinerie est artisanale, l’illusion assumée, et le jeu, moteur de tout. On joue à se raconter Le Cid comme on jouerait aux chevaliers. On saute dans les vers de Corneille comme dans des flaques. Et pourtant, rien n’est moqué. Histoire d’un Cid prend le texte à bras-le-cœur : il le triture, le chante, le détourne et l’étudie différemment pour mieux en faire jaillir son essence et révéler sa beauté. Une troupe au diapason, des alexandrins vivants Sur scène, François Deblock campe un Rodrigue juvénile, plein d’élan et de panache, tandis que Cindy Almeida de Brito insuffle à Chimène une intensité brûlante. Karyll Elgrichi, bouleversante Infante, offre à son personnage une gravité d’autant plus émouvante qu’elle reste toujours sur le fil. Federico Vanni, tour à tour Don Diègue et Léonor, module subtilement son jeu entre tendresse et grotesque, jusqu’à une dolce vita enfiévrée. Ces comédiens virtuoses jonglent avec les registres : ils cassent l’alexandrin pour mieux en faire résonner la musique, glissent d’un rôle à l’autre, reviennent à eux-mêmes, puis replongent dans le récit comme de véritables acrobates. Un jeu de va-et-vient qui exprime toute la richesse du théâtre : entre illusion et vérité, passé et présent, enfance et tragédie. Une scénographie-poème et un rêve sonore La scénographie de Véronique Chazal déploie une poésie brute, peuplée d’objets décalés : poste radio vintage, cheval à bascule, structure gonflable qui devient château. La musique live, signée Clément Griffault et Benoît Prisset, accompagne cette rêverie en tissant un fil entre Corneille et Balavoine, entre comédie musicale et confidences radiophoniques. Et soudain, le tragique du texte — la tyrannie de l’honneur, la douleur des pères, les amours sacrifiées — surgit avec d’autant plus de force qu’il est encadré par la joie du jeu. Quand Chimène dit « Je me dois par ta mort rendre digne de toi », le château se dégonfle. Tout est dit. Bellorini, Corneille et les enfants du siècle En adaptant Le Cid sans le figer, Jean Bellorini ravive ce qui, chez Corneille, bat encore aujourd’hui : le vertige du choix, l’injustice des hiérarchies, la fragilité de la jeunesse face à la violence du monde adulte. Dans ce théâtre mouvant, entre rêve et naufrage, les héros ont l’éclat baroque des personnages de Büchner ou de Musset. La pièce n’est ni modernisée de force, ni relue à travers un prisme d’actualité forcée. Elle est simplement rendue vivante. Et cela suffit à la faire vibrer. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 INFOS PRATIQUES Histoire d’un Cid Mise en scène : Jean Bellorini Avec : François Deblock (Rodrigue), Cindy Almeida de Brito (Chimène), Karyll Elgrichi (L’Infante), Federico Vanni (Don Diègue, Léonor) Musique live : Clément Griffault (claviers), Benoît Prisset (percussions) Scénographie : Véronique Chazal Costumes : Macha Makeïeff Crédit photo : ©Christophe Raynaud de Lage Théâtre Nanterre-Amandiers Du 15 mai au 15 juin 2025 • Mer, jeu, ven à 20h · Sam à 18h · Dim à 15h • Durée : 1h40

  • Daddy : Quand Marion Siéfert pirate la scène pour dénoncer l’exploitation des corps

    Bienvenue dans le game. Ici, on ne joue pas pour rire. Dans Daddy , Marion Siéfert transforme la scène en terrain miné. Jeu vidéo, conte noir, confession adolescente, performance hybride : cette pièce vertigineuse raconte comment une jeune fille de 13 ans tombe sous l’emprise d’un prédateur numérique. Et comment le théâtre peut, encore aujourd’hui, tout bousculer. Mara, 13 ans, avatar à vendre Son pseudo, c’est BadGirl66. Elle est jeune, drôle, curieuse. Elle rêve d’être actrice. Et surtout, elle veut fuir l’étroitesse de sa vie. Quand Julien, 27 ans, la contacte en ligne, tout s’enchaîne. Il lui propose un jeu. Elle y jouera… avec son vrai corps. Il sera son “daddy”, achètera ses costumes, fixera les scènes. En échange : des points, des dollars, des likes, des promesses. C’est le piège. Et Daddy le déplie, scène après scène, dans un univers numérique saturé, séduisant, cruel. Une création documentée, urgente, dérangeante Le sujet n’est pas “inspiré”. Il est vécu, réel, douloureux. Pour écrire Daddy , Marion Siéfert a écouté les témoignages de victimes d’abus. Elle a parlé avec des joueurs de role play, des adolescentes surexposées sur les réseaux, des enfants piégés dans des rêves toxiques. « J’avais envie que la pièce soit à la hauteur de ce que les gens m’avaient confié. » Pas de reconstitution naturaliste ici. Mais une écriture de la sidération , du vertige, du trouble. Une fiction ancrée dans le réel, mais portée par un imaginaire explosif. Un jeu vidéo comme miroir noir de la société Sur scène : des écrans géants, des avatars, des scènes chorégraphiées comme des niveaux de jeu, des “lives” qui claquent, des pixels qui saignent. Le théâtre devient une console, et le spectateur, un joueur pris au piège. Inspirée par Pinocchio , Entretien avec un vampire ou Mary Poppins , Marion Siéfert invente un espace où le virtuel se confond avec le réel. Où les fantasmes sont monnayés. Où les corps deviennent produits. Une révélation : Lila Houel Elle n’a pas 16 ans, et elle crève la scène. Lila Houel incarne Mara avec une intensité folle, une maturité sidérante. Face à elle, Louis Peres campe un Julien glaçant de maîtrise. Autour, une troupe dense, vibrante, généreuse : Jennifer Gold, Lou Chrétien-Février, Charles-Henri Wolff, Émilie Cazenave… C’est un théâtre de chair, de sueur, de larmes, traversé par la violence et le désir. Ce que Daddy dit de nous Daddy , c’est la face B du monde numérique : celle où l’image vaut plus que la parole, où les adolescentes deviennent des “investissements”, où les règles sont fixées par des hommes qui consomment et jettent. C’est aussi une critique radicale d’un système où même Marilyn Monroe continue d’être exploitée après sa mort . « Même morte, on continue d’exploiter Marilyn Monroe. C’est presque le prototype de ce qui se passe aujourd’hui dans les mondes virtuels. » Une œuvre qui déborde, et c’est tant mieux Oui, Daddy dure plus de 3 heures. Oui, ça déborde. Mais dans un monde qui réduit, qui compresse, qui fait swipe, Daddy prend son temps. Il dérange, il chavire, il épuise, il bouscule. Et c’est exactement ce qu’il fallait. En résumé ? Un uppercut scénique. Et une nécessité. Daddy n’est pas un spectacle. C’est un électrochoc. Un cri de scène. Un miroir numérique tendu à une société qui laisse faire. Allez-y. C’est bouleversant. Brillant. Indispensable. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Infos pratiques Daddy Texte Marion Siéfert & Matthieu Bareyre Mise en scène Marion Siéfert Avec Émille Cazenave, Lou Chrétien-Février, Jenaifer Gold, Lila Houel, Lorenzo Lefebvre, Charles-Henri Molft Crédit photo ©Matthieu Bareyre Grande Halle de la Villette Du 22 au 25 mai 2025 • Durée 3h05

  • Bizet ressuscité : deux visages pour un compositeur

    L’Arlésienne / Le Docteur Miracle au Théâtre du Châtelet : le lyrisme pour tous les publics À l’occasion des 150 ans de la mort de Georges Bizet, le Théâtre du Châtelet inaugure son cycle Opéra pour tous et, avec le Palazzetto Bru Zane, propose un hommage à double détente : L’Arlésienne , drame provençal bouleversant, et Le Docteur Miracle , opérette loufoque pleine d’énergie. Deux œuvres rares, réunies dans une mise en scène poétique et inventive de Pierre Lebon, pour redécouvrir Bizet sous un jour inattendu. Une soirée en clair-obscur, aussi accessible que raffinée, qui redonne à Bizet ses mille visages — bien au-delà de Carmen . L’Arlésienne : la tragédie invisible Souvent réduite à ses célèbres suites orchestrales, L’Arlésienne se révèle ici dans toute son ampleur dramatique, réinventée en conte musical par le musicologue Hervé Lacombe. Portée par un récitant, des danseurs et quatre chanteurs, la pièce devient un récit hybride, entre théâtre, danse et oratorio, dans une Provence sublimée par la musique. Pierre Lebon transforme le vieux moulin abandonné en machine à mémoire, théâtre des amours impossibles et des douleurs muettes. La mise en scène joue sur la rugosité poétique, la lumière des paysages et les silences pleins de cris. Dans ce monde où l’absente – l’Arlésienne – est plus présente que les vivants, Bizet fait entendre le fracas d’un cœur brisé avec une tendresse grave. C’est beau, sobre, intense. Une tragédie familiale où le chant se mêle au souffle du vent et aux battements du soleil. Un geste fort pour redonner à cette œuvre sa pleine densité scénique. Le Docteur Miracle : la farce en costume de scène Place ensuite à la bouffonnerie ! Avec Le Docteur Miracle , opérette composée à 18 ans, Bizet montre déjà un sens redoutable du rythme comique. Sous les dorures du Châtelet, la scène se transforme en castelet ambulant, peuplé de faux médecins, de vrais amoureux et de quiproquos désopilants. Pierre Lebon tire parti de la veine tréteaux-populaire du livret pour en faire une satire réjouissante, pleine de clins d’œil à Molière, à la commedia dell’arte et aux charlatans du Pont-Neuf. Le tout dans une ambiance de fête foraine musicale, où l’« omelette empoisonnée » devient un tube comique. L’élégance vocale des interprètes, la précision du geste scénique et l’inventivité des décors renforcent l’effet euphorisant de cette mini-comédie lyrique, aussi intelligente que légère. Une porte d’entrée idéale dans le monde de l’opéra. Un théâtre populaire, au sens noble du terme Ce diptyque Bizet-Lebon incarne parfaitement l’ambition Opéra pour tous portée par Olivier Py : rendre au public ce qui lui appartient. Le Docteur Miracle amuse sans simplisme, L’Arlésienne bouleverse sans pathos. Les deux œuvres, portées par des artistes brillants, se répondent dans un jeu d’ombres et de lumières, de cris et de murmures, de faux médecins et de vrais drames. En mêlant chant, récit, danse et jeu, cette soirée réussit un petit miracle : celui de réconcilier l’opéra avec tous les publics, sans renier l’exigence artistique. Un théâtre vivant, en mouvement, qui soigne l’âme avec un sourire… ou une larme. Avec ce diptyque contrasté, Opéra pour tous réussit sa promesse : celle d’un opéra accessible, festif, exigeant et généreux. Sora Elisabeth Lee dirige l’Orchestre de chambre de Paris avec une finesse qui traverse les deux œuvres sans jamais les opposer. Ce qui unit L’Arlésienne et Le Docteur Miracle , c’est leur capacité à raconter le monde avec des moyens lyriques, au service de l’émotion - tragique ou comique. Dans un même geste, cette soirée rend justice à l’inventivité de Bizet et à l’ambition inclusive d’un théâtre qui entend parler à toutes et tous. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Infos pratiques L’Arlésienne / Le Docteur Miracle De Georges Bizet Mise en scène, décors et costumes : Pierre Lebon Direction musicale : Sora Elisabeth Lee avec l’Orchestre de chambre de Paris Avec : Eddie Chignara, Pierre Lebon, Aurélien Bednarek, Iris Florentiny, Dima Bawab, Héloïse Mas, Marc Mauillon, Thomas Dolié, Morgan L'Hostis Lumières : Bertrand Killy • Chef de chant : Thomas Tacquet Crédit photo : © Thomas Amouroux Du 24 mai au 3 juin 2025 – Théâtre du Châtelet, Paris Durée : 2h40 avec entracte Dans le cadre du Festival Palazzetto Bru Zane Paris . Soirée commémorative des 150 ans de la disparition de Georges Bizet

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