
5 SECONDES - Un fait divers minuscule, une onde de choc immense
🅵🅵🅵 FOUD’ART - Un seul-en-scène saisissant, porté par un acteur caméléon et une scénographie bleue envoûtante. Une traversée qui bouscule et laisse un mystère en bouche… malgré quelques longueurs et un détour autobiographique parfois dispensable.
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Cinq secondes : le temps d’une porte, le temps d’une vie
Cinq secondes, c’est l’intervalle où tout bascule : la fermeture des portes du RER, une femme en désarroi, un bébé “passé” à un inconnu - et le train qui repart. Lui reste là. Le monde aussi. Mais décalé, fêlé, comme si le réel venait de perdre son mode d’emploi.
Le spectacle d’Hélène Soulié choisit alors le bon point de vue : non pas l’événement brut, mais l’après. Cette zone où il faut trouver des mots “respirables” - pas ceux qui condamnent, ceux qui permettent de tenir debout. Le narrateur devient un “frère d’accident”, dépositaire d’un récit qu’il n’a pas choisi… mais qu’il va devoir fabriquer pour survivre, et pour que l’enfant, un jour, sache.
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Une chambre bleue : espace mental, intime, émotionnel
Au centre, un espace circulaire, baigné de bleu. Et au milieu, ce piano/clavecin bleu - objet-symbole, presque un îlot d’intimité. On a l’impression d’entrer dans une chambre mentale, une zone de rêve, de fantasme, de mémoire où l’histoire se rejoue autant qu’elle se raconte.
Ce dispositif, très réussi visuellement, installe d’emblée une promesse : ici, on ne va pas “illustrer” un fait divers. On va entrer dans une fabrique intérieure, un endroit où le réel et la fiction se réorganisent, où l’évidence vacille. L’intime devient politique sans pancarte, juste par la manière dont la parole cherche sa route.
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Le texte : une parole qui trébuche, et c’est sa force
Le texte original de Catherine Benhamou n’est pas seulement un point de départ narratif : c’est une écriture de l’urgence, une langue qui déborde, revient, hoquette, se relance - comme si parler était déjà une lutte contre l’abandon.
Tout se joue dans cette tension : comment dire sans écraser ? comment raconter sans reproduire “la langue des dominants” (celle du tribunal, des cases, des jugements) ? Dans 5 secondes, la parole ressemble à une tentative de réparation : dire avant que certains mots (“abandon”, “faute”, “monstre”) ne fassent leur poison.
Et ça, la mise en scène le respecte : on sent un théâtre qui croit encore que la langue peut être un acte, un passage, un souffle.
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Maxime Taffanel : le choc du comédien
La vraie surprise - celle qui te rattrape et te tient - c’est le talent inouï de Maxime Taffanel. Un acteur total, qui semble capable de tout : changer d’âge, de texture, de rythme, de regard ; devenir “elle”, devenir “lui”, devenir l’entourage - en un clin d’œil, sans exhiber la performance.
Il y a quelque chose de lumineux et de très organique dans sa manière d’attraper le texte : il ne le “joue” pas, il le traverse. Et c’est précisément ce qui rend l’histoire énigmatique et bouleversante : parce qu’on ne reste pas spectateur d’un récit, on devient témoin d’un corps qui cherche une issue.
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Là où ça résiste : longueurs, démonstrations, détour d’enfance
Tout n’est pas parfaitement ajusté. Par moments, le spectacle s’autorise des longueurs, quelques démonstrations un peu appuyées. Et le passage sur l’enfance du narrateur - intéressant sur le principe (héritages, pères absents, masculinité qui se fabrique dans les failles) - paraît parfois moins indispensable dramaturgiquement : comme si l’œuvre hésitait entre la trajectoire de l’accident et le portrait complet d’une vie.
Il y a aussi cette zone trouble, volontaire ou non, qui laisse le spectateur se débattre : qui est la victime ? qui est l’enfermé ? Le spectacle ne distribue pas des rôles simples - et c’est une qualité - mais cette ambiguïté peut parfois devenir floue au lieu d’être tranchante.
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Ce que ça laisse : un mystère qui travaille après
5 secondes est un spectacle qui ne te laisse pas ressortir serein. Il faut du temps pour digérer, pour remettre les pièces en place, pour accepter qu’une histoire reste mystérieuse - et pourtant profondément humaine.
C’est peut-être ça, la réussite la plus nette : la sensation d’avoir été attrapé, déplacé, forcé à regarder autrement. Pas un “bonheur absolu”, non. Mais un théâtre vivant, qui bouscule, qui questionne, qui insiste - et qui, malgré ses aspérités, touche juste.
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🅵🅵🅵 FOUD’ART
Un objet théâtral intense : scénographie superbe, acteur sidérant, texte qui pulse comme une nécessité. Quelques longueurs et un détour d’enfance un peu trop démonstratif… mais un choc sensible qui continue de résonner après les portes refermées.
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Infos pratiques
Les Plateaux Sauvages (Paris) - Création 19 → 31 janvier 2026 • Dès 14 ans • Durée : 70 min
Texte Catherine Benhamou (éd. des femmes – Antoinette Fouque, 2024)
Adaptation & mise en scène Hélène Soulié
Avec Maxime Taffanel
Scénographie Hélène Soulié & Emmanuelle Debeusscher • Création son Jean-Christophe Sirven • Lumières Juliette Besançon
Tournée 2025–2026 : Villeneuve-lès-Maguelone (Th. Jérôme Savary) - Grand-Quevilly (Th. Charles Dullin) + formes hors-les-murs.







Votre analyse du spectacle "5 secondes" met en lumière la puissance des mots dans la reconstruction après un traumatisme. La manière dont le narrateur doit jongler avec des mots réconfortants plutôt que de condamner est essentielle pour évoquer une véritable guérison. Cela me rappelle l'importance des échanges sensibles autour de sujets délicats. En parlant de création d'espaces de dialogue, cela peut également s'appliquer à des outils comme ceux de SBTI Match, où partager nos expériences peut favoriser la compréhension et l'empathie entre individus.
L'approche de ce spectacle, qui explore l'après d'un événement traumatique, souligne l'importance des mots dans la reconstruction de soi. La manière dont le texte de Catherine Benhamou capte cette urgence de la parole résonne profondément. Cela me rappelle l'importance de créer des espaces de dialogue, comme ceux que l'on trouve sur LuckyHYP, où l'on peut aborder des sujets délicats avec sensibilité et réflexion.
La façon dont vous décrivez les cinq secondes après l'accident est vraiment poignante. L'idée que le narrateur doit trouver des mots qui réconfortent plutôt que de condamner est si puissante. Cela me fait réfléchir sur la manière dont nous abordons les récits difficiles. Pensez-vous que cette recherche de langage peut réellement aider à la guérison émotionnelle des victimes? Je suis curieux d'en savoir plus sur votre vision de l'impact des mots dans ces situations. D'ailleurs, la création artistique peut aussi transformer des émotions, un peu comme PetPortraitHub.
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