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Encore Marilyn : le charme du mythe, l’énigme intacte

15 sept.
5 min de lecture

Avis FOUDART 🅵🅵


Avec « Encore une Marilyn, mais cette fois-ci la vraie ! », Sophie Forte promet de nous conduire derrière l’icône. Alice d’Arceaux, formidable interprète, chante, danse et fait vivre Marilyn avec un charme fou. Mais sous les robes, les chansons et les anecdotes, la femme demeure insaisissable. Un spectacle tendre et séduisant qui célèbre le mythe davantage qu’il ne le bouscule.


Encore elle…

Tout est dans le titre. Encore une Marilyn.

Encore Norma Jeane, Hollywood, les hommes, les blessures, les robes, les chansons, l’enfance malheureuse et cette disparition tragique qui continue, plus de soixante ans après sa mort, à nourrir les fantasmes.


Marilyn encore et encore.

La formule choisie par Sophie Forte ne manque donc pas d’ironie : Encore une Marilyn, mais cette fois-ci la vraie ! Le spectacle lui-même assume cette impression de déjà-vu puisque son dossier de présentation commence par ce constat : « Eh oui, encore une Marilyn ! ». Il se définit comme un conte musical tragi-comique mêlant humour, absurde et désespoir, dans lequel Alice d’Arceaux chante et danse tandis que Guillaume Nocture, à la guitare, endosse les autres personnages de l’histoire.

Reste alors une question essentielle : que peut encore nous raconter Marilyn que nous ne sachions déjà ?


C’est là que le spectacle séduit autant qu’il laisse sur sa faim.


Une biographie en accéléré

Sophie Forte a voulu embrasser largement la destinée de Marilyn. Sa note d’intention précise qu’elle s’est abondamment documentée sur la vie de l’actrice et souhaitait aller au-delà des éléments déjà connus. Elle imagine pour cela une forme légère, sans décor véritable, où les costumes et les accessoires deviennent les marqueurs successifs de son existence.


Sur scène, cela produit une sorte de biopic théâtral à visée encyclopédique.


On déroule la vie, les rencontres, les amours, les succès, les blessures. Les épisodes se succèdent avec fluidité, les références sont immédiatement identifiables et les images familières apparaissent les unes après les autres. C’est efficace, souvent plaisant, parfois très drôle.


Mais cette volonté de beaucoup raconter empêche aussi le spectacle de véritablement s’arrêter.

On traverse Marilyn plus qu’on ne l’explore.


Et sous l’accumulation des événements demeure cette impression paradoxale : nous savons beaucoup de choses sur elle sans avoir le sentiment de la connaître davantage.


Rire au bord du gouffre

Le choix revendiqué est celui du tragi-comique racontée avec « tendresse et espièglerie ».


C’est exactement la tonalité de la mise en scène.

Chaque fois que la noirceur menace de prendre le dessus, l’humour vient rapidement rétablir l’équilibre. Une réplique, une fantaisie, un changement de personnage ou une chanson désamorce ce qui pourrait devenir pesant.


Le procédé est habile. Il permet au spectacle de conserver une légèreté et une générosité parfaitement assumées. Mais il constitue aussi l’une de ses limites : à force de vouloir rendre supportable la tragédie, on finit parfois par en atténuer la violence.


Cette Marilyn-là conserve quelque chose de profondément enfantin. Une naïveté apparente, un humour presque candide, une façon de transformer chaque blessure en pirouette. Cela fonctionne merveilleusement avec l’image que nous avons de la star.

Mais est-ce encore une découverte de Marilyn ou une nouvelle déclinaison de son mythe ?


Alice d’Arceaux, bien plus qu’une imitation

La grande réussite du spectacle porte un nom : Alice d’Arceaux qui, heureusement, elle ne cherche pas seulement à fabriquer un sosie.


Sur scène, cette polyvalence éclate.

Elle danse, elle joue, elle chante - remarquablement bien - et passe du rire aux larmes avec une facilité déconcertante. Elle peut être mutine un instant, fragile le suivant, puis retrouver presque immédiatement l’aura éclatante de la star.


C’est là que le spectacle devient réellement vivant.

Alice d’Arceaux possède cette qualité rare : faire oublier un instant que l’on connaît déjà la fin de l’histoire.


Les costumes, particulièrement réussis, accompagnent cette métamorphose permanente. Ils ne sont d’ailleurs pas conçus comme de simples ornements. Ils convoquent bien sûr les images iconiques, mais deviennent aussi les différentes peaux d’une femme continuellement transformée en personnage.


Un duo plein de charme

Face à elle, Guillaume Nocture joue la multiplicité.

Musicien, chanteur et comédien, il accompagne Alice d’Arceaux à la guitare, construit les ambiances musicales et interprète les différents personnages croisés par Marilyn.


Le dispositif est simple, presque artisanal, et c’est justement ce qui lui donne son charme.

Les changements de rôles, les jolies reparties, la complicité du duo et cette manière de jouer avec peu de choses produisent un théâtre immédiatement accessible. Rien ne cherche l’esbroufe. On est dans le plaisir du jeu, de la transformation et du récit.


Il y a dans cette proposition une vraie tendresse.

Et sans doute est-ce le mot qui la définit le mieux.


Mais où est passée « la vraie » Marilyn ?

C’est pourtant ici que revient la promesse du titre.

« Mais cette fois-ci la vraie ! »


La vraie ? On aimerait le croire

Parviendrons nous a enfin percer le mystère ?


Malheureusement, plus le spectacle avance, plus il semble démontrer exactement le contraire.

Car en voulant raconter Marilyn, on continue inévitablement à la fabriquer. Chaque robe, chaque chanson, chaque anecdote ajoute une couche supplémentaire à un personnage déjà constitué de mille images.


Le spectacle cherche parfois à démystifier la star mais, dans le même mouvement, il la mythifie encore davantage.


Et c’est probablement là que manque un geste de création plus audacieux.

La modernité aurait pu naître d’une véritable remise en question de cette mythologie : casser la chronologie, confronter les versions contradictoires, interroger notre fascination contemporaine pour Marilyn ou même renoncer volontairement à certains épisodes devenus incontournables.


Bref, ne plus seulement raconter Marilyn, mais interroger notre besoin de continuer à la raconter.


La proposition demeure beaucoup plus classique.

Belle, soignée, affectueuse - mais classique.


Une Marilyn de plus, mais interprétée avec talent

Alors, apprend-on quelque chose de véritablement nouveau ?

Pas vraiment.

Mais est-ce pour autant une soirée sans plaisir ?

Certainement pas.


Encore une Marilyn, mais cette fois-ci la vraie ! est un spectacle sincère, généreux et délicatement fabriqué. Il possède de beaux costumes, de jolies trouvailles, beaucoup d’humour et surtout une remarquable interprète.

Alice d’Arceaux mérite à elle seule que l’on regarde cette Marilyn-là.


On aurait simplement aimé que son talent soit mis au service d’un regard plus contemporain, plus inattendu, peut-être plus radical sur cette femme dont chacun prétend encore aujourd’hui percer le secret.


Au bout d’1h20, le mystère reste entier.

Et finalement, c’est peut-être ce que le spectacle révèle de plus juste : Marilyn Monroe est devenue un personnage fabriqué de toutes pièces dont aucune biographie, aucun film et aucune scène ne semble pouvoir épuiser l’énigme.


Encore une Marilyn, donc.

Pas tout à fait « la vraie ».

Mais une Marilyn racontée avec tendresse, respect, charme et un cœur immense.




INFOS PRATIQUES


Encore une Marilyn, mais cette fois-ci la vraie !

Texte et mise en scène Sophie Forte

Avec Alice d’Arceaux et Guillaume Nocture

Costumes Nadège Bulfay

Crédit photo Alejandro Guerrero


Essaïon Théâtre - Paris

6 rue Pierre-au-Lard, Paris 4e

À partir du 2 octobre 2026 • vendredis et samedis à 19h • Durée : 1h20 • Tout public à partir de 8 ans



1 commentaire


Brandon
Brandon
20 sept.
•
FANBienvenue

Marilyn Monroe continue de fasciner par son image, son parcours et la part de mystère qui entoure encore son histoire. Pour explorer des archives, lettres ou notes manuscrites anciennes, convertir l’écriture cursive en texte peut être pratique pour rendre ces documents plus faciles à lire et à conserver.

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