
TOUT FEU TOUT FLAMME - Jeanne d’Arc passe à la comédie musicale… mais à trop vouloir brûler les planches, le spectacle finit par s’essouffler
- Bonfils Frédéric

- il y a 8 heures
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Avis FOUDART 🅵🅵
À la Comédie de Paris, Arthur Jugnot revisite Jeanne d’Arc en mode comédie musicale déjantée. Chansons, anachronismes, gags en rafale et références pop : Tout feu tout flamme ne manque ni d’idées ni d’énergie. Sur scène, la troupe se dépense sans compter et certaines trouvailles font mouche. Mais à force de vouloir surprendre à chaque seconde, le spectacle finit aussi par saturer. Une proposition généreuse, inventive par instants, mais qui aurait sans doute gagné à laisser davantage respirer son humour… et son émotion.
Jeanne d’Arc, mais pas comme dans les livres d’Histoire
Domrémy, les Anglais, Charles VII, le procès, le bûcher : tout le monde connaît peu ou prou l’histoire de Jeanne d’Arc.
Enfin… presque.
Car dans Tout feu tout flamme, Jeanne n’entend pas des voix.
Elle entend des chansons.
Et c’est à partir de ce joyeux postulat qu’Arthur Jugnot fait voler l’Histoire en éclats.
Ici, pas question de solennité ni de reconstitution sage. La figure historique devient le point de départ d’une grande fantaisie musicale, nourrie d’anachronismes, de décalages, de clins d’œil et d’humour potache.
Sur scène, Zoé Bidaud campe Jeanne, entourée de Pierre Bénézit, Victor Bourigault, Djamel Mehnane et Sara Sousa, tous lancés dans un jeu de transformations permanentes.
Et du talent, il y en a.
Beaucoup.
Ça chante, ça danse, ça joue, ça bondit, ça change de rôle et de registre sans jamais vraiment lever le pied.
Une troupe qui donne tout
La première qualité du spectacle est évidente : sa générosité.
Les interprètes ne ménagent ni leur énergie ni leur engagement. Les corps sont constamment sollicités, les rythmes s’enchaînent, les personnages se succèdent et le plateau ne connaît pratiquement aucun temps mort.
Cette vitalité est communicative.
Et lorsque la mécanique fonctionne, elle fonctionne vraiment.
Certaines séquences atteignent même une forme de grâce dans l’absurde.
Le fameux homard du Titanic fait partie de ces trouvailles inattendues qui surgissent sans prévenir et remportent immédiatement l’adhésion.
Même chose pour les dernières minutes autour de Jeanne sur le bûcher, où le spectacle accepte enfin de changer de respiration.
Tout à coup, le bruit baisse.
La comédie laisse passer autre chose.
Une émotion.
Une fragilité.
Presque une poésie.
Et c’est sans doute dans ces instants plus suspendus que Tout feu tout flamme dévoile ce qu’il aurait pu être davantage.
Le gag permanent finit par étouffer le rire
Car cette générosité devient aussi, paradoxalement, la principale limite du spectacle.
Trop de gags.
Trop de références.
Trop de ruptures.
Trop de clins d’œil.
Trop d’énergie.
À force de solliciter le rire en permanence, celui-ci finit par s’émousser.
Une vanne chasse l’autre. Puis vient une chanson. Puis une référence. Puis un gag visuel. Puis un nouveau détournement.
La mécanique ne s’arrête jamais.
Au début, le rythme amuse.
Puis il finit par peser.
Ce qui semblait joyeusement fou donne parfois l’impression de tourner à vide. Comme si le spectacle avait peur du silence, du temps mort, de l’espace.
Or le rire a besoin d’air.
L’émotion aussi.
Et lorsque tout est souligné, relancé, commenté, surjoué, le spectateur finit parfois par manquer de place pour recevoir ce qu’on lui propose.
À trop tirer les ficelles, elles finissent par se voir.
Jeanne d’Arc : fallait-il vraiment rallumer le bûcher ?
Autre question qui accompagne la représentation : pourquoi Jeanne d’Arc ?
Évidemment, le théâtre a tous les droits. Et toute figure historique peut être revisitée, détournée, malmenée.
L’idée de transformer ses voix en chansons est d’ailleurs immédiatement séduisante.
Mais Jeanne d’Arc a déjà été racontée, rejouée, fantasmée, parodiée et transformée tant de fois qu’une nouvelle proposition doit apporter un regard réellement singulier.
Et c’est précisément là que Tout feu tout flamme semble parfois regarder davantage vers le passé que vers le présent.
Certaines références sentent le déjà-vu.
Certains ressorts comiques paraissent familiers.
Et derrière l’énergie contemporaine du plateau affleure parfois un humour qui semble appartenir à une autre époque.
Ce décalage devient d’autant plus perceptible que le public visé reste difficile à cerner.
Pour les enfants ? Beaucoup de références risquent de leur échapper.
Pour les adolescents ? Certains codes peuvent leur sembler datés.
Pour les adultes ? La mécanique demeure parfois très enfantine.
Alors pour qui ?
Sans doute pour les amateurs d’un théâtre musical assumé, généreux, potache, référencé et volontairement foutraque.
Une comédie qui brûle beaucoup de combustible
Il serait pourtant injuste de nier le savoir-faire à l’œuvre.
La mise en scène est solide.
Les interprètes sont investis.
La chorégraphie, les costumes, la lumière et les décors participent pleinement à cette volonté de fabriquer une grande machine à divertissement.
Et certains moments sont réellement réjouissants.
Mais le spectacle laisse surtout une impression paradoxale : celle d’avoir beaucoup donné sans laisser suffisamment de traces.
Une fois les chansons terminées, les références épuisées et les gags consumés, une question demeure :que reste-t-il après l’incendie ?
Quelques éclats.
Quelques rires.
Quelques fulgurances.
Et surtout ce sentiment persistant que, derrière toute cette énergie, se cachait un spectacle plus fin, plus libre, peut-être même plus touchant.
Il aurait simplement fallu accepter, parfois, de faire moins.
Parce qu’à force de vouloir mettre le feu partout, la flamme finit par manquer d’air.
INFOS PRATIQUES
TOUT FEU TOUT FLAMME
Écrit et mis en scène par : Arthur Jugnot
Musique : Romain Trouillet
Avec : Pierre Bénézit, Zoé Bidaud, Victor Bourigault, Djamel Mehnane et Sara Sousa
📍 Comédie de Paris
42 rue Pierre Fontaine — Paris 9e
📅 À partir du 26 août 2026
🕖 Du mercredi au samedi à 19h • Dimanche à 15h
⏱️ Durée : 1h20






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