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  • Bonfils FrĂ©dĂ©ric

đŸ…”đŸ…”đŸ…”đŸ…”IPHIGÉNIE. Un classique en rĂ©sonance. ODÉON. Nouveaux Horaires

IphigĂ©nie, c’est un monde Ă  l’arrĂȘt. Alors que la flotte grecque s’apprĂȘtait Ă  mettre les voiles vers Troie, le vent est tombĂ© brutalement, mettant en panne la machine de conquĂȘte. ConsultĂ© en secret, le devin Calchas rĂ©vĂšle le seul remĂšde Ă  la crise : sacrifier aux dieux la jeune IphigĂ©nie, fille d’Agamemnon. La GrĂšce doit-elle payer ce prix exorbitant, pour continuer sur sa lancĂ©e initiale, et respecter les promesses glorieuses qu’elle s’est faites Ă  elle-mĂȘme ? C’est ce que prĂŽne Ulysse pour qui il n’y a pas d’alternative. Ou faut-il voir dans ce coup d’arrĂȘt, dans cette proposition inacceptable, le signe divin que l’expĂ©dition Ă  Troie sera un dĂ©sastre ? Les chefs de guerre s’interrogent avec inquiĂ©tude sur leur avenir et celui de leur civilisation. Heureusement, dans cette drĂŽle de tragĂ©die, tout “finit bien” : c’est une autre victime, l’étrangĂšre de la piĂšce, qui tombera finalement sous le couteau de Calchas. Les Grecs pourront repartir au combat sans perdre l’une des leurs. Le vent souffle Ă  Aulis, l’épopĂ©e reprend souffle, l’Histoire poursuit sa marche conquĂ©rante. Pour le meilleur et surtout, sous-entend Racine, pour le pire. Cette piĂšce Ă©trange et baroque, faite de grand siĂšcle et de rituel sanglant, d’intimitĂ©s torturĂ©es et de calculs politiques, a inspirĂ© Ă  StĂ©phane Braunschweig un projet en rĂ©sonance avec notre Ă©poque.

En pensant mettre en scĂšne, en plein confinement, IphigĂ©nie, StĂ©phane Braunschweig a trouvĂ© la porte d’entrĂ©e de l’Ɠuvre de racine et sÂŽinspire de l’atmosphĂšre actuelle Ă  la suite de la crise sanitaire et de ses consĂ©quences qui ont mis le monde entier, Ă  l’arrĂȘt.

Une lecture si juste et respectueuse du texte de Racine par StĂ©phane Braunschweig, ainsi qu’un plateau d’une sobriĂ©tĂ© implacable et une distanciation sociale respectĂ©e, mĂȘme entre les comĂ©diens donne une sensation troublante de modernitĂ©. Et, lorsqu’un rapprochement inĂ©luctable entre deux personnages se fait, le moment apparaĂźt encore plus intense que d’ordinaire et presque gĂȘnant.


Sur le cĂŽtĂ©, une paroi qui pourrait ĂȘtre celle d’une salle de rĂ©union, vibrant de couleur et de fumĂ©e, reprĂ©sente certainement, le peuple et la sociĂ©tĂ©. Au centre, la scĂšne nue, encadrĂ©e par deux Ă©crans gĂ©ants qui projettent un paysage de mer paisible et les spectateurs, face Ă  face, se confondant avec les vagues, donne une sensation surprenante, Ă©trange et hypnotique.

Les comédiens, sur un fil, composent avec force et chuchotement une prouesse tout en sobriété. Le pÚre titubant presque et croulant sous le doute, la mÚre, tout en rage et rébellion et la jeune femme étouffant d'amour et de douleur.

Iphigénie, un drame dans la pure tradition de Racine, qui réserve une fin surprenante et étonnante, est un spectacle magnifique aux Ateliers Berthier.

Folie des dieux ou folie des hommes. Le monde est-il fou, quoi qu'il arrive et inéluctablement ?


Iphigénie

De Jean Racine mise en scĂšne et scĂ©nographie StĂ©phane Braunschweig crĂ©ation — durĂ©e 2h10

Avec en alternance Sharif Andoura, Jean-Baptiste Anoumon, Suzanne Aubert, Astrid Bayiha, Anne Cantineau, Virginie Colemyn, Cécile Coustillac, Claude Duparfait, Ada Harb, Glenn Marausse, Thierry Paret, Pierric Plathier, Lamya Regragui Muzio, Chloé Réjon, Jean-Philippe Vidal, Clémentine Vignais, Thibault Vinçon

Crédit photo Simon Gosselin

Odéon - Berthier 1, rue André-Suares, Paris 17e

23 septembre – 14 novembre

RelĂąche le dimanche 27 septembre, les 11, 25 et 31 octobre et le 1er novembre


Nouveaux Horaires: 17h30 en semaine et dimanche 15h


Pour en savoir plus...


Je n’avais pas prĂ©vu de mettre en scĂšne IphigĂ©nie. Ou plutĂŽt si, il y a vingt-cinq ans, j’en avais eu le projet, parce que j’aimais tout particuliĂšrement cette si Ă©trange tragĂ©die que l’IphigĂ©nie Ă  Aulis d’Euripide avait inspirĂ©e Ă  Racine.

Mais Ă  l’époque, je n’avais pas trouvĂ© ma porte d’entrĂ©e dans la piĂšce, qui m’aurait permis de la faire rĂ©sonner dans notre prĂ©sent.

Alors quand le monde s’est brutalement mis Ă  l’arrĂȘt, une fois passĂ© l’effet de sidĂ©ration, j’ai repensĂ© Ă  l’armĂ©e grecque clouĂ©e sur place dans le port d’Aulis parce que les vents sont brutalement tombĂ©s. Et quand je sortais dans les rues de Paris dĂ©sertes, figĂ©es dans un silence irrĂ©el, c’est une mer d’huile mĂ©diterranĂ©enne qui m’apparaissait. Cette vision des grandes puissances de la planĂšte arrĂȘtĂ©es dans leur marche toute tracĂ©e vers le profit infini et la conquĂȘte Ă©conomique ne cessait de me ramener Ă  la GrĂšce d’Agamemnon, Ulysse et MĂ©nĂ©las. Les plus puissants chefs du monde antique rĂ©duits Ă  l’impuissance ! Eux aussi ont dĂ» ĂȘtre sidĂ©rĂ©s, alors qu’ils Ă©taient bien partis pour Ă©craser Troie ! Eux non plus n’auraient sans doute pas Ă©coutĂ© les oracles pourtant trĂšs scientifiques de notre Ă©poque, qui prĂ©voient toutes les catastrophes Ă  venir si notre humanitĂ© persiste dans son modĂšle de croissance.

Pour que les vents reviennent et que les navires de guerre fassent voile vers Troie, le Roi des Rois grecs, Agamemnon, devra sacrifier sa propre fille, IphigĂ©nie. L’équation posĂ©e par le devin Calchas est simple et implacable : pas de conquĂȘte, pas de profit, pas de toute-puissance sans sacrifice, et mĂȘme sans sacrifice humain.

À travers les affres et tergiversations d’Agamemnon, Racine semble nous renvoyer cette question : que sommes nous prĂȘts Ă  sacrifier de plus cher pour assouvir nos dĂ©sirs ? Nous entrons lĂ  dans la vĂ©ritable contradiction tragique, celle d’Agamemnon, et celle de notre sociĂ©tĂ©, quand elle doit trancher entre les impĂ©ratifs Ă©conomiques et l’impĂ©ratif Ă©thique de sauver des vies, du moins quand une crise sanitaire lui met crĂ»ment le sujet sous le nez, et l’oblige Ă  ouvrir les yeux sur ce qui d’ordinaire reste loin et caché 

En rĂ©Ă©crivant la piĂšce d’Euripide, Racine a inventĂ© pour le dĂ©nouement un incroyable tour de passe-passe : il semble nous dire que si on arrive Ă  dĂ©placer le sacrifice de ce qui nous est le plus cher vers ce qui nous est le moins cher, l’étrangĂšre de la piĂšce par exemple, alors tout peut repartir « comme si de rien n’était ». Mais personne n’est dupe. La tragĂ©die et le thĂ©Ăątre, avec d’autres aujourd’hui, auront montrĂ© les ressorts de ce « comme si de rien n’était », en nous plaçant devant l’urgence de repartir autrement.

Nous avons imaginĂ© ce spectacle en avril, au plus fort de la crise, dans un dispositif qui puisse s’adapter aux restrictions sanitaires, avec une double distribution, et avec le dĂ©sir dĂ©cuplĂ© de retrouver le public pour partager avec lui nos rĂȘveries sur ce monde Ă  l’arrĂȘt. StĂ©phane Braunschweig

Frédéric BONFILS

43 avenue de Suffren

PARIS, 75007

 

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