
MONARQUES - Quand la beauté déborde le tragique
- Bonfils Frédéric

- il y a 1 heure
- 3 min de lecture
🅵🅵 FOUD’ART - Un grand poème scénique au décor sublime, porté par une émotion réelle… mais minée par une narration trop longue et un symbolisme parfois saturé, qui finit par “adoucir” un sujet pourtant brûlant.
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Deux migrations, un même vertige
Monarques croise deux odyssées : celle d’un parapentiste qui suit la migration des papillons monarques, espèce aujourd’hui menacée, et celle d’un candidat à l’exil accroché à La Bestia, ce train de marchandises qui traverse le Mexique jusqu’à la frontière américaine. Deux trajectoires Nord/Sud – Sud/Nord, deux corps en lutte, deux façons de défier le réel.
Sur le papier - et dans l’intention - l’idée est puissante : faire dialoguer le vivant et l’humain, célébrer “tous les migrateurs”, dévoiler les invisibles, transformer un trajet en geste de mémoire et de consolation. Un théâtre-jardinier, dit le dossier, qui “reboise l’âme”.
Et, par moments, oui : le spectacle ouvre de vraies fenêtres.
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Le choc visuel : un décor sublime, une fable en grand format
Dès les premières images, on comprend ce que cherche Emmanuel Meirieu : un théâtre qui fonctionne comme une symphonie d’images, presque un conte épique. Le décor est magnifique. Il y a une beauté plastique qui enveloppe l’ensemble, et des tableaux qui frappent.
Mais cette beauté, si elle hypnotise, installe aussi un risque : celui de faire glisser la tragédie vers la fable, comme si l’horreur du réel devait absolument passer par un filtre d’enchantement.
Or Monarques parle de migration, de frontières, de morts - un terrain où la poésie peut éclairer… mais aussi anesthésier.
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“Tout ça pour ça” : une histoire vraie passionnante… longue à raconter
Ton impression est nette : “Tout ça pour ça !”
Et c’est exactement la fracture du spectacle.
Oui, l’histoire est vraie, captivante, riche. Oui, le croisement entre le réfugié et cet homme “un peu fou” aux ailes d’un monarque géant a quelque chose d’inédit, de romanesque, de symbolique. Mais la narration s’étire. Elle se répète. Elle insiste.
À force de vouloir tout dire, tout relier, tout sublimer, le récit perd en tranchant. Le spectacle devient “bourré de symboles” - forts, parfois magnifiques - mais si nombreux qu’ils finissent par faire écran. On admire, on suit, on reçoit… puis on attend que ça atterrisse.
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Émotion, oui. Profondeur, moins.
L’émotion est bien là. On se laisse emporter par l’odyssée. Il y a des moments de grâce, une mélancolie, un souffle qui attrape.
Mais quelque chose se dérègle : trop de bons sentiments, trop de sentimentalisme. Comme si le spectacle voulait à tout prix consoler - et qu’en consolant, il atténuait la violence politique du sujet.
Résultat : au lieu d’ajouter de la profondeur, cette couche de douceur enlève parfois de la force. La migration devient un conte. La tragédie devient “merveilleuse”. Et le merveilleux, ici, finit par simplifier ce qui devrait rester rugueux, complexe, inconfortable.
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Le symbole “Monarque” : poésie utile ou image programmatique ?
Le monarque-papillon est un symbole magnifique : fragile, migrateur, collectif, menacé. Et le spectacle le charge d’une valeur presque totémique - jusqu’à en faire une figure de “passage”, de survie, d’espoir.
Sauf que l’accumulation symbolique peut donner l’impression d’un spectacle qui “sait déjà” ce qu’il veut faire ressentir. Là où Meirieu vise le réel “le moins fictionnel possible”, la forme grand format
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🅵🅵 FOUD’ART
Un grand récit scénique, visuellement somptueux, traversé d’émotions et d’une intention généreuse… mais trop long, trop symbolique, trop “bon sentiment”. À vouloir faire consolation, Monarques perd une part de sa puissance politique : la tragédie, traitée comme un conte, finit par lisser ce qui devrait brûler.
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Infos pratiques
Monarques - Emmanuel Meirieu
Théâtre des Quartiers d’Ivry (TQI) – Manufacture des Œillets
16 → 21 janvier 2026 • Durée : 1h30 - Dès 11 ans
Texte & mise en scène Emmanuel Meirieu et Jean-Erns Marie-Louise (avec la complicité de Julien Chavrial et Odille Lauria)
Avec Julien Chavrial, Jean-Erns Marie-Louise
Création lumière / décor Seymour Laval (avec Emmanuel Meirieu) • Son & musique Félix Mulhenbach • Sculptures / marionnettes / mannequins / accessoires Émily Barbelin • Costumes Moïra Douguet
Crédit photo Christophe Raynaud de Lage












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