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LA FIN DU COURAGE - Philosophie en pleine lumière, théâtre à mains nues



🅵🅵🅵 FOUD’ART - Un pari audacieux, porté par des duos d’actrices électrisants (Adjani/Calamy en tête) et de magnifiques éclats de pensée… malgré un enrobage parfois trop “plateau télé”, qui simplifie ce que le texte a de plus vertigineux.



Tenir, sourire, se tenir prêt


Comment faire entrer un essai philosophique - dense, exigeant, parfois aride - dans la chambre d’écho du théâtre ? Rien que la question demande… du courage. Et c’est déjà la première réussite de La Fin du courage: oser le geste. Oser croire que la philosophie peut quitter la page, devenir souffle, présence, friction, rythme.


Librement inspirée de l’essai de Cynthia Fleury (Fayard, 2010), cette lecture mise en scène par Jacques Vincey prend la forme d’un dialogue entre deux figures : l’auteure et la journaliste. Deux manières d’habiter le monde, deux façons de « faire œuvre », deux stratégies pour ne pas chuter. Et surtout, une idée qui revient comme un refrain grave : il n’y a pas de courage politique sans courage moral.



Le coup de génie : des duos féminins inattendus


L’autre grand courage du projet, c’est son casting en constellation : six duos d’actrices se relaient, et le spectacle devient une expérience à variations, presque une série de traductions sensibles d’un même texte.


Et puis il y a LE duo : Isabelle Adjani et Laure Calamy. Deux trajectoires qu’on n’aurait jamais imaginées sur la même affiche, tant leurs présences semblent venir de mondes opposés.

• Adjani, énigmatique, lointaine et pourtant brûlante, avec cette manière unique d’ouvrir l’espace dès qu’elle parle.

• Calamy, populaire au sens noble, proche, terriblement vivante, immédiate - comme si elle venait s’asseoir à côté de nous.


La rencontre est explosive : complémentarité, frottement, aimantation. Et c’est là que la philosophie prend : quand le texte devient ping-pong, quand les idées se lancent comme des balles qu’on rattrape au vol, avec humour, agacement, tendresse, exaspération parfois. Le courage se met à circuler. Il n’est plus une définition : il devient une énergie.



Une entrée sans filet : la grâce du texte à mains nues


Il y a un moment particulièrement fort : le début, quand, sans filet, Adjani parle du courage sans décor, uniquement portée par la voix, la sensibilité, la présence. Là, on comprend le projet : faire entendre une pensée à hauteur d’être humain.


Dans ces instants, La Fin du courage est du théâtre pur : une parole qui ne « joue » pas à être profonde, mais qui cherche, qui se risque, qui s’expose. On sent ce que le spectacle veut provoquer : pas une leçon, mais une mise en mouvement intime.



Le point de friction : un dispositif “émission culturelle” un peu facile


C’est aussi là que le spectacle se fragilise : pour rendre la philosophie « accessible », la pièce installe une situation d’interview et d’enregistrement d’émission culturelle, avec la voix off d’un rédacteur en chef et des commentaires volontairement simplistes.


L’idée, on la comprend : la journaliste devient le miroir du spectateur, celle qui pose les questions « à notre place ». Mais l’enrobage peut donner une impression de mise en scène un peu bas de gamme, comme si l’œuvre craignait, par moments, d’aller au bout de sa complexité. Comme si elle prenait peur de « repousser » le public.


Résultat : des passages magnifiques, puissants, ciselés… et, autour, une mécanique qui, parfois, simplifie trop, explique trop, au lieu de laisser la pensée faire son vertige.



Ce que ça réussit malgré tout : transformer la pensée en expérience


Malgré ces réserves, le pari tient - et c’est le mot. Parce que, quand la langue de Fleury affleure à nu, elle touche juste. Parce que les duos apportent une pluralité de regards (et c’est précisément le sujet : le courage se fabrique dans le collectif). Parce que le théâtre, même en lecture, a ce pouvoir rare : rendre les idées respirables.


On sort avec une sensation paradoxale :

• un spectacle parfois trop « pédagogique » dans sa forme,

• mais traversé par de vrais éclats, et porté par une proposition de théâtre citoyen : penser autrement pour vivre autrement.



🅵🅵🅵 FOUD’ART


La Fin du courage est un pari fou - et largement réussi grâce à la beauté du texte et à l’intelligence des duos, capables de faire vibrer une pensée ardue comme une partition vivante. On regrette simplement que le dispositif « plateau télé » choisisse parfois la voie du facile, comme si la philosophie devait s’excuser d’être exigeante.

Mais quand ça prend… ça prend fort. Et ça rappelle que « tenir » est peut-être, aujourd’hui, un acte artistique et politique.



Infos pratiques


LA FIN DU COURAGE

Librement inspiré de l’essai de Cynthia Fleury (Fayard, 2010)

Mise en scène : Jacques Vincey

Duos :

Isabelle Adjani / Laure Calamy : 17 → 25 janvier 2026

Emmanuelle Béart / Sarah Suco : 28 janvier → 1er février 2026

Emmanuelle Béart / Sophie Guillemin : 3 → 8 février 2026

Isabelle Carré / Sophie Guillemin : 11 → 22 février 2026

Lubna Azabal / Sophie Guillemin : 25 → 27 février 2026 + exceptionnelles le 7 mars

Lubna Azabal / Rosa Bursztein : 28 février → 8 mars 2026

Avec : Louis Pencréac’h, et l’aimable participation d’Alexandre Vizorek


Collaboration artistique : Victoria Sitjà • Lumière : Dominique Bruguière (assistant : Pierre Gaillardot)•Scénographie et costumes : Lucie Mazières (costumes dessinés par Alexandre Mattiussipour Ami Paris) • Collaboration dramaturgique : Valérie Six avec Arnaud Duprat de Montero


Théâtre de l’Atelier

Du 17 janvier au 8 mars 2026




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