
NÔT - Une nuit de plus, un vertige de récits
- Bonfils Frédéric
- 6 juil.
- 3 min de lecture
📍 Festival d’Avignon 2025 – Cour d’honneur du Palais des Papes
🗓 5, 6, 8, 9, 10, 11 juillet – 22h | ⏱ 1h45
💃 Chorégraphie et mise en scène : Marlene Monteiro Freitas
Et si danser, c’était survivre ?
Avec NÔT, Marlene Monteiro Freitas convoque la mémoire de Shéhérazade et des Mille et Une Nuits, non pour les illustrer, mais pour en prolonger l’élan vital : celui d’un récit qui sauve, d’une parole qui suspend la mort. Sur le plateau vertigineux de la Cour d’honneur, elle compose un opéra chorégraphique libre et sauvage, fragmentaire et fascinant.
Mais entre moments de fulgurance et longueurs assumées, le spectacle divise. NÔT se traverse comme un rêve détraqué – ou un cauchemar poétique, selon la sensibilité de chacun.
La nuit comme territoire de métamorphose
“NÔT” signifie “nuit” en créole capverdien. Une nuit symbolique et sensorielle, où les repères s’effacent, où les récits se chevauchent, où les corps deviennent fictions. La scénographie, entre chambre médiévale et cabinet de curiosités, déploie des couches de tissus, de formes et de gestes dans un brouillage constant du réel.
Tout y est stratifié, flou, mouvant – comme les souvenirs d’un conte raconté à voix basse.
Shéhérazade réinventée
Freitas part du conte-cadre, celui de la femme qui sauve sa vie en racontant. Elle y lit une fable de survivance, de pouvoir du récit, mais aussi un miroir de notre époque : Qui sont les Shéhérazade d’aujourd’hui ? Que veut dire survivre par la parole dans un monde saturé d’images et de règles ?
Le spectacle ne répond pas : il pose des figures, des sensations, des tensions. Une transe étrange traverse les tableaux successifs, entre masques grotesques, cris d’oiseaux et rituels collectifs.
Le monumental et le minuscule
La Cour d’honneur devient un théâtre des contrastes. Entre la muraille imposante et les corps minuscules, NÔT joue de l’échelle pour brouiller la perception. Le moindre geste devient une résonance, un écho à la pierre, au ciel, au silence.
Mais dans ce gigantisme scénographique surgissent aussi des détails déroutants : un pot de chambre, par exemple, qui traîne en longueur… au point de brouiller parfois la tension dramaturgique.
Une chorégraphie du chaos
La partition chorégraphique de Freitas est tout sauf linéaire. Ici, chaque scène naît d’un détail : une poupée, un tissu, une grimace, une voix. Et puis tout explose. Le geste devient cri, le cri devient mouvement. Le spectacle avance par à-coups, en refusant tout confort narratif.
Par moments, on se perd. Mais parfois aussi, on est saisi par une image sublime, un enchaînement rythmique saisissant, une pulsation musicale intense. La chanteuse – véritable tornade scénique – électrise l’espace.
Un envoûtement qui divise
NÔT n’est pas un spectacle “à message”, ni même “à comprendre”. Il est à traverser, comme une nuit peuplée de visions. Pour certains, ce sera un voyage hypnotique, un appel au rêve, une exploration du mythe. Pour d’autres, un labyrinthe trop opaque, une abstraction qui tient parfois le spectateur à distance.
“Le désir peut faire peur, mais c’est lui qui nous permet d’avancer et de créer.” - Marlene Monteiro Freitas
Une œuvre libre, troublante, inclassable
Après Bacchantes, Jaguar, ou LULU, Marlene Monteiro Freitas poursuit ici son exploration d’un théâtre chorégraphique impur, hybride, intuitif. NÔT est une œuvre qui ne cherche pas à plaire, mais à perturber. Une forme d’insoumission esthétique, où la danse devient rituel, où le mythe se tord, où le corps prend la parole là où les mots échouent.
En sortant de la Cour d’honneur, on ne sait pas exactement ce qu’on a vu. Mais on sait qu’on a été traversé. Avis de Foudart 🅵🅵
Infos pratiques
NÔT
Chorégraphie & mise en scène Marlene Monteiro Freitas
Cour d’honneur du Palais des Papes – Festival d’Avignon 2025 • Du 5 au 11 juillet (relâche le 7) • 22h | Durée 1h45
Crédit photo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

The beauty of Phrazle is in its simplicity. You start with random guesses, maybe throwing in a common phrase just to test out letters. Slowly, the pieces start coming together.