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PSICOFONÍA - écouter les silences pour faire parler l’Histoire

Et si le silence n’était pas vide ? Et s’il contenait tout ce que l’on n’a jamais osé dire ? Avec Psicofonía, Faustine Noguès transforme l’oubli en matière vivante et fait surgir les fantômes d’une mémoire collective encore à vif.


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Et si le silence parlait ?


On croit connaître le silence, on l’associe volontiers à l’apaisement, à une forme de protection. Mais ici, il dérange, il résiste, il cache quelque chose. Avec Psicofonía - Silences d’Espagne, Faustine Noguès nous invite à tendre l’oreille autrement, à écouter ce qui ne se dit pas et à capter les traces invisibles que l’Histoire imprime dans les corps.


Dès les premières minutes, le spectacle brouille les repères : lumières allumées, parole directe, presque hors cadre, elle s’adresse à nous avec une simplicité désarmante pour nous introduire à cet étrange terme, psicofonía. Une pratique qui consiste à enregistrer le silence pour y déceler des voix, des présences, des fantômes. Une fois les casques sur les oreilles, la perception se trouble et quelque chose bascule : on ne regarde plus seulement, on devient récepteur d’un monde invisible.



Une mémoire qui résiste


Au cœur du spectacle, il y a une faille intime. Une jeune femme cherche à comprendre d’où elle vient, mais chaque tentative se heurte à un étrange phénomène : les souvenirs se dérobent, les recherches s’effacent, comme si la mémoire refusait de se fixer. Ce blocage fait écho à une histoire plus vaste, celle des républicains espagnols contraints au silence après la guerre civile et la dictature franquiste.


Faustine Noguès entreprend alors une enquête sensible où les fragments remplacent les certitudes. Elle recompose peu à peu une mémoire éclatée : l’enfance en Corrèze, dans cette “Espagne déplacée” où tout subsiste sauf le récit de la guerre, les silences familiaux, la peur encore présente, et en toile de fond une société espagnole qui peine elle aussi à regarder son passé en face.


Ce qui pourrait sembler complexe ou théorique devient ici d’une limpidité saisissante, parce que tout passe par elle, par sa voix douce, presque enveloppante, qui guide sans jamais imposer.



Une immersion d’une précision troublante


Ce qui frappe immédiatement, c’est la précision du dispositif. Le travail sonore de Colombine Jacquemont enveloppe le spectateur dans une matière vivante, presque organique, où les voix apparaissent et disparaissent comme des souvenirs fugitifs, tandis que la lumière de Willy Cessa dessine des espaces mentaux plus que des lieux concrets.


Tout est pensé, calibré, maîtrisé avec une rigueur impressionnante. Et c’est peut-être là que le spectacle touche sa seule limite : cette maîtrise absolue donne parfois le sentiment d’une beauté trop parfaite, presque trop lisse, comme si l’on attendait par instants une faille plus visible, un débordement qui viendrait fissurer cet équilibre.


Mais ce choix de retenue est aussi profondément cohérent. En refusant le pathos et toute surenchère émotionnelle, Faustine Noguès laisse l’émotion émerger d’elle-même, avec une pudeur qui renforce sa portée.



Quand les fantômes deviennent politiques


Car l’émotion est bien là, diffuse mais persistante. Psicofonía dépasse largement le récit autobiographique pour interroger ce que les silences fabriquent, ce que les corps continuent de porter malgré eux et ce que les sociétés choisissent d’oublier pour avancer.


Ici, les fantômes ne sont jamais spectaculaires, ils sont intérieurs, logés dans les trous de mémoire, dans les hésitations, dans tout ce qui n’a pas été transmis. Peu à peu, le spectacle se révèle comme un geste politique, une manière de rappeler que se souvenir n’est pas un réflexe, mais un acte.



Une trace qui reste


On pourrait croire ne pas être concerné, rester à distance de cette histoire, mais quelque chose agit malgré nous, une vibration sourde qui s’installe et ne disparaît pas tout à fait.


En sortant, il reste cette sensation étrange d’avoir entendu quelque chose que l’on ne pouvait pas entendre, d’avoir touché du doigt une mémoire enfouie. Avec Psicofonía, Faustine Noguès signe une œuvre sensible, intelligente et profondément habitée, qui transforme le silence en expérience partagée.


Un spectacle discret, mais durablement marquant.



Infos pratiques


PSICOFONÍA - Silences d’Espagne

Texte, mise en scène et interprétation : Faustine Noguès

Création sonore : Colombine Jacquemont

Dramaturgie : Joséphine Supe

Création lumière : Willy Cessa

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage


📍 Théâtre de la Cité Internationale - Paris

Du 2 au 13 avril 2026 • Durée : 1h15


📍 Théâtre d’Aurillac

Les 10 et 11 mai 2026


📍 Festival Off Avignon - Théâtre des Halles

Juillet 2026


📍 Tournée 2026/2027

Blagnac, Noisy-le-Grand, Cachan, Fouesnant, Suresnes, Thonon…



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