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Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid : une archive vivante, un battement d’époque


Au Théâtre Paris-Villette, Julien Lewkowicz transforme la dernière émission de Lune de Fiel en expérience théâtrale vibrante et maîtrisée. Entre reconstitution radiophonique et écriture sensible, Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid fait réapparaître une parole queer libre, insolente et politique - non comme un souvenir figé, mais comme une matière encore brûlante.



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Une cassette, et soudain le passé recommence


Tout part d’un geste simple : retrouver une cassette.

Et avec elle, une voix. Puis plusieurs. Puis tout un monde.


Un homme d’une soixantaine d’années retombe sur l’enregistrement de la dernière émission de Lune de Fiel, diffusée en 1989 sur Radio Fréquence Gaie. À partir de là, le plateau s’ouvre comme une brèche. Le passé ne revient pas : il recommence.


La reconstitution est d’une précision saisissante. Les appels s’enchaînent, les voix débordent, l’humour fuse, parfois cru, souvent excessif, toujours vivant. On retrouve la mécanique de la libre antenne, son chaos organisé, sa jubilation. Mais ce qui pourrait n’être qu’un exercice brillant devient autre chose : une expérience.


Car Julien Lewkowicz ne reconstitue pas une émission. Il remet en circulation une énergie. Une manière de parler, de rire, de désirer, d’exister ensemble. Et c’est là que le spectacle bascule : du document à la présence.



Radio Fréquence Gaie : une parole queer libre et subversive


À la fin des années 1980, Radio Fréquence Gaie n’est pas seulement une radio. C’est un espace. Un territoire de parole inédit, où la sexualité, le désir, l’humour et la provocation s’expriment sans filtre.


Lune de Fiel incarne cette liberté. Une libre antenne où tout déborde : les récits, les fantasmes, les rires, les excès. Une parole parfois dérangeante aujourd’hui, mais profondément politique à l’époque.


Le spectacle a l’intelligence de ne pas lisser cette matière. Il en garde les aspérités, le mauvais goût parfois, l’outrance souvent. Et c’est précisément ce qui lui donne sa force. Car cette parole n’était pas propre. Elle était vivante.


En la portant au plateau, Lewkowicz ne commémore pas. Il transmet. Il interroge ce qui, dans cette liberté d’hier, continue de résonner aujourd’hui.



Un spectacle sur une époque - la vie avant tout


Il serait tentant de lire le spectacle uniquement à travers le prisme du sida. Mais ce serait réducteur.


Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid ne raconte pas un drame : il restitue une époque. Une époque de libération, de prise de parole, de visibilité conquise. Une époque où rire, parler, draguer, exister publiquement avait une portée politique.


Oui, l’ombre est là. Elle circule. Elle affleure. Mais elle ne domine jamais. Le spectacle refuse le pathos, refuse l’écrasement émotionnel. Il préfère la tension : entre légèreté et gravité, entre fête et fin annoncée.


Et c’est précisément ce qui le rend juste.

Ce qui domine, c’est la vie.

Une vie bruyante, libre, indisciplinée.



Un collectif d’acteurs juste et maîtrisé


Le spectacle repose sur un double mouvement : restituer l’archive et la fissurer.


À la reconstitution radiophonique s’ajoutent des monologues, des prises de parole plus intimes. Les personnages s’extraient du flux pour dire autre chose : ce qui n’a pas été dit, ce qui a été vécu, ce qui reste.


Cette articulation fonctionne avec une grande fluidité. Elle évite l’effet démonstratif et installe un véritable espace de pensée.


Sur scène, le collectif d’acteurs impressionne par sa justesse. Laure Blatter, Sarah Calcine, Valentin Clabault, Guillaume Costanza et Julien Lewkowicz composent un ensemble précis, sans surjeu, sans hiérarchie visible. Les rôles circulent, les voix se répondent, le groupe tient.


Le rire surgit naturellement. L’émotion aussi - mais sans jamais être forcée.

Tout semble à sa place. Et c’est rare.



Une reconstitution sensible des années 1980


Costumes, coiffures, tonalités : tout concourt à faire exister les années 1980. Mais sans caricature, sans nostalgie appuyée.


Le spectacle ne reproduit pas une image : il restitue une sensation. Une texture. Une manière d’habiter le monde.


On n’est jamais dans le “c’était mieux avant”.

On est dans : “voilà comment c’était vivant”.


Et c’est là que le travail devient remarquable. Car rien n’est muséal. Tout circule encore. Les corps, les voix, les matières participent à faire de cette époque un présent possible, pas un passé figé.



Un théâtre de la mémoire vivante


En articulant archives et fiction, Julien Lewkowicz propose un théâtre de la transmission. Un théâtre qui ne conserve pas : qui active.


Le spectacle interroge la langue - ce qui se disait, ce qui ne se disait pas, ce qui se cache derrière le rire. Il met en tension l’oralité brute des archives et une écriture plus construite, plus intime.


De cette friction naît une mémoire vivante.


Pas une mémoire qui impose.

Une mémoire qui circule.


Le spectacle rappelle que certaines libertés ont été conquises par des voix qui parlaient fort, qui riaient trop, qui débordaient.



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À la fois précis, sensible et incarné, Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid réussit à transformer une archive en expérience théâtrale vivante.


Sans nostalgie ni pathos, il restitue la puissance d’une parole queer collective et la densité d’une époque.


Un spectacle maîtrisé, porté par un collectif d’acteurs remarquable, qui fait du théâtre un lieu de mémoire vivante - et surtout un espace où le passé continue de battre.




Infos pratiques


Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid

Conception et mise en scène : Julien Lewkowicz

Avec : Laure Blatter, Sarah Calcine, Valentin Clabault, Guillaume Costanza, Julien Lewkowicz

Création lumière : Jérôme Beaudouin

Création son : Valentin Clabault


Théâtre Paris-Villette

Du 19 mars au 4 avril 2026 • Mardi, mercredi, jeudi et samedi à 20h00. Vendredi à 19h00. Dimanche à 15h30 • Durée : 1h15 • À partir de : 15 ans




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