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TRANSFIGURATION - Visage arraché, art vivant, vertige sacré

🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART


Au Théâtre Silvia Monfort, Olivier de Sagazan ne joue pas. Il se transforme. Il ne raconte pas une histoire : il fabrique une apparition. Avec Transfiguration, performance devenue culte (plus de 350 représentations depuis 1998), le plasticien impose une expérience rare, presque impossible à classer : entre sculpture vivante, rituel archaïque, poésie métaphysique et théâtre de la matière.


Dès les premières secondes, une phrase frappe comme un sortilège. Une phrase d’Antonin Artaud, posée là comme une clé d’entrée dans l’inconnu :


« Le visage humain est une force vide, un champ de mort. […]

Ce qui veut dire que le visage humain n’a pas encore trouvé sa face

et que c’est au peintre de la lui donner. »


Cette pensée, Sagazan ne fait pas que la citer. Il la met en acte. Au mot près. Au corps près. Au visage près.



Un homme en costume, un bloc d’argile : la scène comme laboratoire d’âme


Le décor est minimal, presque brutal. Une semi-obscurité, un espace nu, une sorte de cabane mentale. Sagazan apparaît en costume-cravate, figure sociale parfaite, presque banale : l’homme civilisé, l’homme conforme, l’homme « normal ». Face à lui : un bloc d’argile blanche, de la peinture noire et rouge, de la paille, quelques matières énigmatiques, comme des reliques.


Tout semble prêt pour une conférence. Mais ce qui va suivre est tout autre : une descente.


Sagazan marmonne, réfléchit, psalmodie, chante par fragments. Il semble chercher ses mots, mais c’est son corps qui parle déjà. Car ici, la parole n’est qu’un tremblement : la vraie langue, c’est la matière.



Le visage comme territoire de combat


Là où le spectacle devient sidérant, c’est dans le geste. Sagazan plonge les mains dans l’argile et commence à modeler… non pas une sculpture extérieure, mais son propre visage. Et soudain, ce visage humain - si familier, si codé - devient surface instable, chantier vivant, terrain de métamorphose.


Il s’aveugle, il s’efface, il se déforme. Il ajoute, il arrache, il recommence.

Le masque n’est pas un accessoire : le masque est une naissance.


À force de surmodelages et d’effacements successifs, l’homme devient autre. Puis encore autre.

Mi-homme, mi-bête.

Beauté fragile, puis monstruosité.

Dérision, puis tragédie.

Et toujours cette question : qui suis-je sous mes masques ?


Sagazan semble créer des figures entre deux mondes : des êtres inclassables, des créatures hybrides, comme sorties d’un rêve, d’un cauchemar ou d’un mythe ancien.



Une performance drôle… et pourtant bouleversante


On rit, oui. Plusieurs fois.

Parce que Sagazan a quelque chose d’un clown métaphysique : il trébuche, improvise, surprend. Il y a dans sa manière d’exister une étrangeté presque enfantine, une liberté désarmante.


Mais le rire ne dure jamais longtemps. Il se fissure. Il bascule.

Car derrière le grotesque, il y a l’essentiel : une émotion brute, inattendue, physique. Celle d’un homme qui tente, avec une sincérité presque douloureuse, de toucher quelque chose de plus vrai que lui-même.


Et c’est là que Transfiguration devient foudroyant : ce n’est pas une démonstration d’art contemporain, c’est un acte de nécessité.


Sagazan le dit d’ailleurs lui-même :


« Je suis sidéré de voir à quel point les gens pensent qu’il est normal d’être en vie.

Tout mon objectif est de rendre compte de l’étrangeté même d’être là. »


Cette phrase résume tout : le spectacle n’est pas un numéro.

C’est une tentative de rendre visible l’invisible : l’étrangeté d’exister.



L’informe comme révélation : quand l’art devient une mue


Ce que convoque Sagazan, c’est la lutte entre forme et informe, entre identité et disparition.

Plus il façonne, plus il détruit.

Plus il construit, plus il efface l’humain.


Et pourtant, ce n’est jamais gratuit. Il ne cherche pas à « choquer ». Il cherche à accéder à une conscience.


Il l’écrit lui-même :


« La défiguration en art est pour moi un moyen, par la puissance même des images qui peuvent apparaître, d’accéder à cette prise de conscience. »


Alors le visage devient matière première. Le corps devient sculpture. Le théâtre devient laboratoire. Et la scène devient une zone de transformation où l’on assiste, presque malgré soi, à une disparition progressive : l’homme s’efface derrière l’œuvre.


Jusqu’à ce moment vertigineux où il semble ne plus rester qu’un monstre, une forme, une trace… comme si l’artiste s’était dissous dans sa création.



Un choc poétique : art brutal, beauté généreuse


Transfiguration est une expérience rare : de l’art pur, frontal, organique, brutal.

Une beauté qui ne cherche pas à séduire, mais qui frappe.

Une générosité sans filtre.

Une poésie qui naît du chaos.


Ce spectacle touche parce qu’il nous met face à une question simple et immense :

que reste-t-il de nous quand on enlève le visage ?

Quand on arrache la peau sociale ?

Quand on retire la forme rassurante ?


Et peut-être que c’est là le miracle de Sagazan : il ne « défigure » pas pour détruire. Il défigure pour révéler. Comme Artaud l’annonçait : donner au visage une face qu’il n’a pas encore trouvée.



🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART


Avec Transfiguration, Olivier de Sagazan offre une performance hors norme : magique, énigmatique, souvent drôle, mais surtout profondément émouvante. Une traversée organique et poétique où le théâtre devient sculpture, où la sculpture devient cri, où l’homme devient créature.


Un spectacle qui ne se regarde pas seulement : il s’éprouve.

Et qui laisse, longtemps après, une sensation étrange : celle d’avoir vu, l’espace de cinquante minutes, la matière rêver.



INFOS PRATIQUES


TRANSFIGURATION – Olivier de Sagazan

Théâtre Silvia Monfort, Paris 15e

04 → 07 février 2026 • Mer. au ven. 19h30 / Sam. 20h • Durée estimée : 50 min

Crédit photo © Didier Carluccio



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