
Fouiller, bercer, pompier : une plongée lyrique et intime aux Plateaux Sauvages
- Bonfils Frédéric

- il y a 1 jour
- 4 min de lecture
🅵🅵🅵🅵 Avis FOUDART
Présenté aux Plateaux Sauvages du 18 au 28 mars 2026, Fouiller, bercer, pompier d’Olivier Debbasch et Ariane Dumont-Lewi mêle théâtre, opéra et autofiction dans une création audacieuse. Un spectacle riche, inventif et profondément incarné, qui transforme la mémoire familiale en matière scénique.
⸻
Il suffit de quelques minutes pour comprendre que l’on n’assistera pas ici à un spectacle comme les autres.
Avec Fouiller, bercer, pompier, Olivier Debbasch et Ariane Dumont-Lewi ne cherchent ni l’efficacité immédiate, ni le simple effet. Ils creusent, déplacent, ouvrent un espace instable où la musique, le jeu et la mémoire cessent d’être séparés. Le spectacle présenté aux Plateaux Sauvages s’impose ainsi comme une forme hybride, à la frontière du théâtre et de l’opéra, où tout circule, se répond et se trouble.
Dès lors, une question surgit presque naturellement : qui a dit que les chanteurs d’opéra n’étaient pas de bons comédiens ? Car ici, tout doit tenir ensemble - le chant, le texte, l’incarnation, le souvenir - et c’est peu dire que le pari est relevé.
⸻
Un spectacle entre opéra et mémoire familiale
Au plateau, un jeune chanteur se prépare à interpréter un opéra consacré à Abel et Caïn. À ses côtés, une répétitrice l’accompagne, le guide et le pousse dans ses retranchements. Mais très vite, la répétition bascule : l’histoire de l’opéra glisse dans celle du personnage, le mythe biblique contamine l’intime, et la figure du frère devient centrale.
Dans Fouiller, bercer, pompier, le récit du premier fratricide dialogue avec une mémoire personnelle marquée par la violence fraternelle et les injonctions à la virilité. Le spectacle ne se contente pas de raconter une histoire, il met en tension plusieurs strates - le mythe, l’enfance, le travail du chanteur - pour en faire surgir une matière théâtrale dense et troublante.
⸻
La voix comme espace politique et intime
L’un des points les plus forts du spectacle réside dans le travail sur la voix. À mesure que le chanteur progresse dans l’oratorio, sa tessiture évolue jusqu’au contre-ténor. Ce déplacement, loin d’être purement technique, devient un enjeu dramaturgique central.
La voix raconte ici l’enfance, la honte, la douceur empêchée, et cette difficulté à correspondre aux normes du masculin. Dans Fouiller, bercer, pompier, elle devient un espace où se rejouent les tensions entre identité intime et regard social.
Ce passage du baryton au contre-ténor agit comme une libération progressive. Le chant permet d’ouvrir un espace que la parole seule ne suffirait pas à atteindre, donnant au spectacle une intensité singulière.
⸻
Une création théâtrale et musicale inventive
Olivier Debbasch et Ariane Dumont-Lewi construisent ici un spectacle où la musique n’est jamais illustrative. Elle agit comme une véritable écriture dramaturgique, capable de déplacer l’émotion, d’interrompre le récit ou de le relancer.
Le spectacle réussit ainsi à intégrer une dimension didactique - notamment autour de l’histoire de l’opéra et du travail du chanteur - sans jamais perdre sa force sensible. Le rôle du répétiteur, la construction vocale, la relation à la partition deviennent des éléments pleinement théâtraux.
Cette inventivité se retrouve aussi dans la forme : superpositions de récits, ruptures de ton, circulation entre autobiographie et fiction. Fouiller, bercer, pompier refuse la linéarité et assume une écriture en mouvement, toujours en recherche.
⸻
Une poésie qui transforme la violence
Le spectacle est traversé par la violence - familiale, fraternelle, sociale - mais aussi par une poésie persistante qui ne cherche ni à adoucir ni à embellir.
La scénographie, pensée comme une salle de répétition évolutive, devient peu à peu un espace mental où les souvenirs prennent forme. Quelques éléments suffisent à faire émerger une cabane, un lit d’enfant, un territoire intime en reconstruction.
Ce travail donne au spectacle une dimension profondément sensible : il ne s’agit pas seulement de raconter, mais de transformer.
⸻
Un spectacle ambitieux, parfois inégal mais profondément marquant
Comme souvent avec les formes les plus audacieuses, tout n’est pas parfaitement équilibré. Certains passages autobiographiques s’étirent, et quelques personnages pourraient gagner en incarnation.
Mais ces fragilités apparaissent comme le revers d’une ambition réelle. Fouiller, bercer, pompier préfère le risque au lissage, la recherche à la démonstration.
La complexité du montage, la difficulté de l’interprétation et la richesse des thématiques abordées donnent au spectacle une ampleur rare. Par moments, cette liberté frôle même une forme de vertige créatif.
⸻
🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART
Un spectacle qui transforme la mémoire en théâtre
Avec Fouiller, bercer, pompier, la compagnie Près d’un lac propose une création qui dépasse le simple récit autobiographique pour explorer ce que le théâtre peut faire de la mémoire.
Présenté comme un « conte lyrique queer, décalé et contemporain », le spectacle s’impose comme une proposition singulière dans le paysage théâtral actuel. Riche, créatif, audacieux, il impressionne autant par sa difficulté que par sa capacité à tenir ensemble des matériaux très différents.
Sans chercher la perfection, il atteint une forme de nécessité.
Et c’est sans doute ce qui en fait une expérience marquante : un spectacle qui ne se contente pas de raconter une histoire, mais qui fait entendre une voix.
⸻
Infos pratiques
Fouiller, bercer, pompier
Texte, mise en scène et interprétation : Olivier Debbasch et Ariane Dumont-Lewi
Scénographie : Mélissa Rouvinet • Lumières et régie : Billy Rambaud • Costumes : Clément Desoutter • Travail vocal : Élodie Fonnard
Crédit photo : Jean Louis Fernandez
📍 Les Plateaux Sauvages (Paris)
Du 18 au 28 mars 2026 • Du lundi au vendredi à 20H30. Samedi à 17H30 • Dès 12 ans • Durée : 1h10












Commentaires