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Après nous, les ruines : quand l’intime vacille au bord de l’invisible


À Théâtre Ouvert, Lena Paugam met en scène avec une finesse rare le texte de Pierre Koestel (Grand Prix Artcena 2023). Une pièce sur l’après-catastrophe, où le monde continue - mais autrement, fragilisé, traversé d’une inquiétude sourde.



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Un monde qui tremble sans bruit


À Théâtre Ouvert, Lena Paugam met en scène le très beau texte de Pierre Koestel avec une finesse rare. Portée par une scénographie délicate, une direction d’acteur sensible et un travail très juste sur les corps, Après nous, les ruines saisit quelque chose de notre époque : cette manière de continuer à parler, à aimer, à pique-niquer presque, alors même que le monde a déjà commencé à se fissurer.


Il y a, dans Après nous, les ruines, quelque chose d’immédiatement troublant. D’abord, presque rien : quatre ami·es, un parc, un dimanche, des mots du quotidien, des gestes familiers, une nappe posée sur l’herbe comme on rejouerait l’évidence du lien.


Et pourtant, dès les premiers instants, le spectacle laisse filtrer un désordre plus profond. Quelque chose affleure sous la banalité heureuse. Quelque chose tremble.



Dire l’après plutôt que montrer la catastrophe


Le texte de Pierre Koestel, lauréat du Grand Prix de littérature dramatique Artcena 2023, s’empare d’un sujet vertigineux : l’après-catastrophe nucléaire, non pas dans sa dimension spectaculaire, mais dans ce qu’elle produit de plus silencieux, de plus pernicieux, de plus intime.


Pas l’explosion, pas le fracas.


Mais son onde lente. Son infiltration. Sa contamination invisible dans les corps, dans les habitudes, dans le langage, dans les relations elles-mêmes.


Comment vivre quand le danger ne se voit pas ? Quand rien ne semble avoir changé, et que tout pourtant a déjà basculé ?



Une mise en scène d’une grande intelligence


Ce texte, presque plus littéraire que théâtral par endroits, n’était pas une matière facile à porter au plateau. Et c’est justement là que Lena Paugam impressionne.


Elle s’en empare avec intelligence, sans jamais forcer la démonstration. Elle choisit l’écoute, la respiration, la précision. Elle accompagne la pièce dans ses glissements, ses reprises, ses failles.


Toute la première partie du spectacle est particulièrement saisissante. Il y a là une légèreté, une subtilité, une manière de faire monter le drame sans l’annoncer qui captivent profondément.


Rien n’est appuyé. Tout se déplace.


Un silence qui s’étire.

Une phrase qui revient autrement.

Une présence qui se trouble.


Le travail sur la musique participe pleinement de cette montée de l’inquiétude, ouvrant une brèche là où les mots ne suffisent déjà plus.



Des corps pour dire ce qui échappe


La scénographie, très belle, compose un espace à la fois concret et mental, familier et légèrement décalé, comme si le réel commençait doucement à perdre sa netteté.


Et ce sont bien les corps qui racontent autant que les mots.


Les comédien·nes - Esther Armengol Touzi, Ramo Jalilyan, Charlotte Leroy et Paolo Malassis - trouvent une place très juste dans cette partition fragile. Entre jeu et mouvement, entre présence et retrait, ils donnent à voir des êtres légèrement désajustés au monde.


Le corps devient ici un lieu de perception. Un lieu où la catastrophe s’inscrit sans jamais se montrer.



La lente disparition du langage


Après nous, les ruines est aussi une pièce sur la dissolution des mots.


Sur ces conversations qui continuent alors que le sens se dérobe.

Sur ces phrases qui persistent mais ne protègent plus.


De saison en saison, les mêmes gestes reviennent, les mêmes rituels se rejouent - mais quelque chose s’est vidé. La catastrophe devient une altération du rapport à soi, aux autres, au vivant.



Un théâtre du présent


En filigrane de Tchernobyl et Fukushima, Pierre Koestel écrit une pièce profondément contemporaine.


Une pièce sur notre manière d’habiter un monde instable.

Sur ce que nous savons sans vouloir savoir.

Sur ce que nous continuons à reproduire malgré tout.


C’est là que le spectacle touche juste, sans jamais passer par le discours.



Une seconde partie plus fragile


La seconde partie du spectacle se laisse davantage entraîner vers des élans plus philosophiques, plus réflexifs, qui finissent par s’étirer.


Là où le début avançait avec une finesse remarquable, certaines séquences plus discursives diluent la tension dramatique.


Le spectacle perd alors un peu de sa puissance - comme s’il cherchait à expliciter ce qu’il avait jusque-là magnifiquement réussi à faire sentir.



Une poésie persistante


Mais la poésie reste.


Elle circule dans les silences, dans les corps, dans les images. Elle persiste, malgré tout.


Avec Après nous, les ruines, Lena Paugam signe une mise en scène maîtrisée, fine, souvent très belle, d’un texte exigeant qui cherche moins à raconter qu’à faire éprouver.


Un spectacle imparfait, mais profondément habité.


Et dans cette fragilité, quelque chose de notre présent affleure - avec une justesse rare.


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Infos pratiques


Après nous, les ruines

Texte : Pierre Koestel (Grand Prix Artcena 2023)

Mise en scène : Lena Paugam

Avec : Esther Armengol Touzi, Ramo Jalilyan, Charlotte Leroy, Paolo Malassis

Crédit photo ® Christophe Raynaud de Lage


Théâtre Ouvert - Paris

Du 30 mars au 11 avril 2026


➡️ Tournée : Arradon (28 avril), TNB Rennes (novembre), Fouesnant (1er décembre), Morlaix (décembre)…



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