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  • Bonfils FrĂ©dĂ©ric

đŸ…”đŸ…”đŸ…”SONS OF PHILADELPHIA

Philadelphie. Il y a trente ans, la famille de Michael a recueilli Peter Ă  la mort de son pĂšre, dans des circonstances opaques.

Aujourd’hui, Peter et Michael sont deux petits malfrats aux tempĂ©raments opposĂ©s. L’un est aussi violent et exubĂ©rant que l’autre est taciturne.

Quand Michael est dĂ©signĂ© comme « gĂȘnant » par la mafia italienne », le passĂ© trouble de la famille ressurgit


Sons of philadelphia est un film noir, un thriller psychologique Ă  l’atmosphĂšre dĂ©licieusement oppressante. Matthias Schoenaerts y incarne, toujours aussi brillamment et avec beaucoup de candeur, un homme perdu empĂȘtrĂ© dans une histoire qui n’est pas la sienne.


Les scÚnes trÚs courtes, le montage ciselé et les flash-back font en sorte de nous perdre un peu et nous oblige à rester « en retrait » du film, mais ce sentiment, assez déstabilisant, ajoute beaucoup de valeurs. La sensation de ce sentir désorienté, un peu comme Peter, le personnage principal.


Mais ce n’est pas l’unique qualitĂ© du film car les liens, les connexions « à l’enfance », sont ici, trĂšs bien dĂ©crites. À mesure que l’histoire se dĂ©roule, le visage de Matthias Schoenaerts prends des allures, trĂšs subtiles, d’enfant dans un corps d’homme robuste. Seul un acteur de cette carrure peut ĂȘtre capable de nous transmettre cette sensation Ă©tonnante.

Sons of philadelphia n’est pas un film « facile ». C’est un film qui mĂ©rite d’ĂȘtre vu et surtout digĂ©rĂ© avant d’ĂȘtre apprĂ©ciĂ© Ă  sa juste valeur.


Sons of Philadelphia

Réalisateur Jérémie Guez

ScĂ©nario JĂ©rĂ©mie Guez d’aprĂšs le roman “L’amour fraternel” de based on the novel “Brotherly Love” by Pete Dexter

Interprétation Matthias Schoenaerts, Joel Kinnaman, Maika Monroe, Paul Schneider, Nicholas Crovetti

Credit photo Nelson Gedalof


France, Belgique, Pays-Bas & États-Unis 

2020 | 1h30

Sortie cinéma, le 30 décembre 2020




Interview de Jérémie Guez


J’ai beaucoup aimĂ© votre film et, en mĂȘme temps, avec une histoire complexe, des scĂšnes trĂšs courtes et ciselĂ©es et beaucoup de flashbacks, je me suis senti perdu. L'avez-vous fait exprĂšs ?

OUI ! (Rire) en fait, la double narration, c'est un truc qui est assez fluide Ă  l'Ă©crit, mais plus difficile au cinĂ©ma. On se rend compte, assez vite, qu'on ne veut pas avoir deux films qui avancent en parallĂšle au mĂȘme niveau. Donc ça devient trĂšs compliquĂ©. La question a Ă©tĂ©. Qu’est-ce qu’on peut se dire du passĂ© qui puisse expliquer ce qui se passe dans le prĂ©sent, mais Ă  rebours, afin que l’on n'ait pas la scĂšne explicative avant pour comprendre la scĂšne suivante ? On a choisi un peu de renverser les placements et de commencer le rĂ©cit de but en blanc, de maniĂšre trĂšs abrupte, et aprĂšs, d'introduire, de dissĂ©miner les flashbacks en cachant les prĂ©noms des personnages. Tout ça pour voir un peu, ce que le public pouvait retenir. MĂȘme s'il ne comprend pas toutes les relations familiales, mĂȘme s'il s'interroge ? Est-ce qu'il y a une Ă©motion gĂ©nĂ©rale qui se dĂ©gage du film qui permet d'ĂȘtre Ă©mu et de l'apprĂ©cier ?

Je me suis dit, en effet, je lĂąche prise.

À un moment, le rythme avance tellement rapidement que le cerveau se dĂ©connecte. Si on veut rester dans le film, on arrĂȘte de se dire. Qui est qui, qui fait quoi ? Il y a, aujourd'hui, une sorte de code un peu idiot sur la narration et une forme d’angoisse que le public ne comprenne pas. Moi, c'est un truc qui me manque au cinĂ©ma.

Pourquoi ce livre de Pete Dexter, en particulier ?

Je connaissais bien l'Ɠuvre de Pete Dexter, mais j’étais passĂ© Ă  cĂŽtĂ© de celui-ci. Lorsque je l'ai lu la premiĂšre fois, il y avait un truc qui me fascinait sur la quintessence des rapports entre les deux personnages principaux.

Je me suis dit que ce serait chouette d'expliquer l'enfance de l'un des deux sans jamais montrer la deuxiÚme et mettre en évidence leurs différences et leurs similitudes.

Quel est votre rapport avec le cinéma américain.

Je me sens plutĂŽt proche du cinĂ©ma amĂ©ricain,mĂȘme si ça n’occulte pas d'autres cinĂ©mas comme le cinĂ©ma italien, français ou japonais. Il y a des rĂ©alisateurs que j'admire et des Ă©poques que j’aime Ă©normĂ©ment, comme celles des annĂ©es 40-55. Il y a, aussi, des trucs que j'aime moins. Si je rĂ©alisais une histoire qui se passe au Japon, j'adorerais m’inspirer du cinĂ©ma japonais.

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration sur ce film, avec Matthias Schoenaerts ?

Lui, c'était le début de sa carriÚre internationale, je pense. Ils sortaient de « De rouille et d'os ».

J'ai tout de suite pensĂ© Ă  lui parce qu'il avait ce truc de mĂąle alpha, trĂšs beau en mĂȘme temps plein de fragilitĂ©. Il avait un cĂŽtĂ© un peu enfantin, un peu perdu, et ça se transformait toujours en violence. Je me suis demandĂ©, ce que serait ce personnage si j'utilisais le cĂŽtĂ© physique imposant, mais complĂštement aplati psychologiquement par quelqu'un, moins fort physiquement que lui ? je sentais que ça pouvait lui parler et on a travaillĂ©, en amont, dans cette direction. Il est beaucoup dominĂ© dans le film alors qu'il a un physique de dominant.

En fait, je trouve que pendant tout le dĂ©roulĂ© du film, Matthias, progressivement, devient de plus en plus enfantin. Et Ă  la fin, j'avais presque la sensation de voir un corps et un esprit sĂ©parĂ©s, pendant quelques scĂšnes. Il avait une toute petite tĂȘte et un immense corps.

(Rire) c'est un truc qu'on a beaucoup travaillé visuellement avec des focales, pour compresser son corps.

Vous ĂȘtes un Ă©crivain trĂšs reconnu. Quelle a Ă©tĂ© votre envie pour passer au cinĂ©ma ?

J'ai toujours eu plus d'appĂ©tence pour le cinĂ©ma et pourtant ce n’est pas un art que je mets au-dessus. Je pense que j'ai mĂȘme plus de respect pour la littĂ©rature. Je trouve ça, beaucoup plus dur Ă  achever, en matiĂšre d’Ɠuvre.

Bizarrement, j'ai Ă©crit, j'ai publiĂ© des livres avant, mais pour moi, ĂȘtre Ă©crivain, c'Ă©tait vraiment quelque chose qui Ă©tait impossible. Il y avait un truc trĂšs, trĂšs violent d'ĂȘtre seul, confrontĂ© Ă  soi-mĂȘme. Et le cinĂ©ma, il y a un vrai travail d’équipe, des acteurs, de grands techniciens. Il y a quand mĂȘme un moment oĂč on est un peu Ă©poustouflĂ© par ces gars. Tout d'un coup, ça se concrĂ©tise, les personnages que j'Ă©cris, sur lesquels je fantasmais, apparaissent encore mieux que dans mes rĂȘves. C'est trĂšs plaisant.

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