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  • Festival Faits d’Hiver 2025 : Un voyage chorégraphique au cœur de la mémoire

    La 27ᵉ édition du Festival Faits d’Hiver, qui se tiendra du 20 janvier au 15 février 2025, marque un tournant dans l’histoire de cet événement incontournable de la scène chorégraphique contemporaine. Cette année, le festival s’articule autour d’un thème inédit : la mémoire, ou plus précisément l’« hier contemporain ». Un fil conducteur qui questionne la transmission, la réinterprétation et la réactualisation des œuvres passées dans une dynamique de renouveau. Un programme riche en créations et recréations Avec 23 spectacles, 9 créations et recréations, 20 lieux et 50 représentations , cette édition se veut un hommage vibrant à la danse et à son patrimoine en perpétuelle évolution. Parmi les temps forts, plusieurs chorégraphes de renom exploreront le rapport entre passé et présent à travers des œuvres revisitées. Parmi eux, Jean-Claude Gallotta et Josette Baïz proposent une recréation d’Ulysse , pièce fondatrice de la nouvelle danse française. Cette version sera portée par les jeunes danseurs du Groupe Grenade , qui insuffleront une énergie renouvelée à ce chef-d’œuvre chorégraphique. L’empreinte du passé se retrouve également dans le projet d’ Aurélie Berland et Christine Gérard , qui font revivre trois œuvres de cette dernière dans Automnales, Nu perdu, La Griffe , en interrogeant la transmission du geste chorégraphique à travers les générations. Enfin, Raphaël Cottin poursuit cette réflexion avec L’Éloge des possibles , une transformation en quatuor d’un solo de Christine Gérard, illustrant ainsi le passage d’un langage chorégraphique à un autre. Hommage à Carlotta Ikeda : Une mémoire dansée Le festival consacrera également une grande rétrospective à Carlotta Ikeda , figure majeure du butô en France. Plusieurs événements viendront célébrer son héritage : • Looking for Carlotta , de Maëva Lamolière , une conférence dansée qui explore la mémoire de la chorégraphe à travers une quête intime et immersive. • Un hommage chorégraphique signé Yumi Fujitani et Naomi Mutoh , deux anciennes danseuses de la compagnie Ariadone, qui proposeront une relecture de l’univers d’Ikeda. • Une exposition immersive , « Carlotta Ikeda : du Japon vers la France, du cabaret au butô » , qui retracera l’évolution artistique de la chorégraphe à travers des archives rares. Création et transmission : une danse en mouvement Au-delà des hommages et des reprises, Faits d’Hiver 2025 met aussi en avant de nouvelles créations portées par des artistes émergents et confirmés. Parmi les propositions phares : • About Love and Death , d’ Emmanuel Eggermont , une élégie chorégraphique inspirée de son mentor Raimund Hoghe. • Histoire(s) Décoloniales , de Betty Tchomanga , un projet qui interroge l’héritage colonial à travers le corps et le mouvement. • Wakan - Un Souffle , de Nathalie Pernette , qui convoque la dimension rituelle de la danse. Un festival ancré dans son époque À travers cette édition, Faits d’Hiver montre que la danse n’est pas qu’un art de l’instant présent, mais aussi un lieu de mémoire, d’héritage et de transformation . En tissant un dialogue entre passé et futur, le festival offre un espace de réflexion sur ce qui nous constitue en tant que société et sur les moyens d’explorer de nouvelles écritures artistiques. Entre créations inédites, recréations audacieuses et hommages poignants, cette 27ᵉ édition s’annonce comme un moment fort de la saison chorégraphique. Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les amoureux de la danse et de son histoire en perpétuelle réinvention.

  • Fête des Mères : Une tragi-comédie familiale mordante et brillamment orchestrée

    Adèle Royné signe avec Fête des Mères une pièce qui oscille entre boulevard moderne, stand-up et comédie douce-amère à la Jaoui/Bacri. Ce spectacle, qui a triomphé au Festival d’Avignon, débarque à Paris avec l’ambition de faire rire et grincer des dents . Si son écriture, nourrie de nombreuses références, peut parfois sembler emprunter à ses influences, elle parvient néanmoins à imposer un regard unique. L’énergie du jeu et la finesse de son exploration des relations familiales en font un moment de théâtre aussi réjouissant que piquant. Un huis clos familial sous tension Dans cette comédie chorale, la fratrie se réunit à l’occasion de la Fête des Mères. Gabriel, l’aîné, saisit cette opportunité pour présenter son compagnon, Arthur. Ziggy, le cadet, toujours installé chez leur mère, peine à prendre son indépendance. Quant à Louise, elle revient après une longue brouille avec la matriarche, provoquée par un sketch de stand-up trop acide. Mais l’absence inexpliquée de la mère devient rapidement une source d’inquiétude et de tensions sous-jacentes. Le texte d’Adèle Royné et Vincent Gardet brille par son rythme maîtrisé, ses dialogues acérés et une mécanique bien huilée qui rappelle autant Labiche et Feydeau que les comédies du Splendid. Entre non-dits, quiproquos et répliques mordantes, les échanges fusent avec une efficacité jubilatoire. Un équilibre réussi entre comédie et émotion Là où Fête des Mères excelle, c’est dans sa capacité à osciller avec justesse entre satire mordante et moments de sincérité. Derrière des dialogues percutants et un humour acéré, la pièce explore des thématiques profondes : la place de chacun au sein de la fratrie, le poids de l’héritage familial et les blessures tues. L’absence de la mère devient un moteur dramatique puissant, mettant en lumière l’incommunicabilité entre les personnages. Ce qui aurait pu rester en surface s’étoffe progressivement grâce à une écriture fine et maîtrisée, qui mêle habilement légèreté et mélancolie. Fête des Mères s’impose ainsi comme une œuvre à la fois drôle et touchante, portée par un regard aiguisé et subtil sur les relations familiales. Une distribution solide portée par une révélation Si le texte oscille entre légèreté et gravité, la mise en scène d’Adèle Royné assure un bel équilibre. Elle insuffle un tempo efficace, jouant habilement sur les ruptures de ton et le rapport direct avec le public, une approche héritée du stand-up qui donne du mordant aux échanges. La distribution est homogène, mais une comédienne se distingue particulièrement : Florence Janas, qui incarne une Florence excentrique et irrésistible, insufflant à la pièce une énergie folle. Adèle Royné, en Louise mordante et désabusée, joue avec justesse, et l’ensemble du casting contribue à cette impression de troupe complice et engagée. Un spectacle abouti, incisif et jubilatoire Fête des Mères ne se contente pas de divertir : elle dresse un portrait grinçant et tendre des liens familiaux, porté par une écriture mature et un sens du rythme impeccable. À seulement 25 ans, Adèle Royné affirme un talent prometteur, prouvant qu’elle maîtrise déjà parfaitement l’art du dialogue et du portrait de groupe. Loin d’être une simple promesse, la pièce s’impose d’ores et déjà comme une réussite. Équilibrée, finement écrite et superbement interprétée, elle témoigne d’un regard affûté et d’une direction d’acteurs efficace. Un spectacle à voir absolument pour son intelligence, son humour corrosif et son humanité. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Fête des mères Un spectacle d’Adèle Royné Collaboration artistique Guillaume Vincent Texte Vincent Gardet et Adèle Royné Avec Aubin Hernandez ou Grégoire Didelot, Florence Janas ou Virginie Colemyn, Cyril Metzger ou Johann Cuny, Adrien Rouyard ou Felix Back, Adèle Royné ou Manon Kneusé Décor James Brandily   • Lumière Corentin Favreau Crédit photos @Thibault Camus THÉÂTRE LEPIC À partir du 29 janvier 2024 • Du mercredi au samedi à 21h - Le dimanche à 17h • Durée 1h15 • À partir de 12 ans

  • “DÉRAPAGE” des Sea Girls, ou l’Art de Tout Envoyer Valser

    Le rideau se lève sur une scène chaotique, où plumes, talons, maquillage et guitares électriques s’entrelacent dans une valse déjantée. Bienvenue dans DÉRAPAGE , le dernier spectacle des Sea Girls, mis en scène par Pierre Guillois à La Scala Paris. Entre Music-Hall, théâtre burlesque et satire sociale, le quatuor revisite ses vingt ans de carrière avec une énergie féroce et un franc-parler décapant. Quand les Sea Girls se dézinguo-fabuleusement Que reste-t-il des strass et des paillettes lorsque les projecteurs s’éteignent ? Les Sea Girls nous offrent une réponse explosive : des corps en souffrance, des talons trop hauts, des chablis-cacahuètes qui pèsent lourd, mais surtout une bonne dose de dérision. Le spectacle fait sauter le vernis, dévoilant l’envers du décor d’une vie d’artiste où tout est spectacle, même les ratés. Sous la baguette de Pierre Guillois, maître de l’absurde et de la narration corporelle, la scène devient un véritable champ de bataille artistique. Entre glamour assumé et désastre contrôlé, les Sea Girls explorent les limites de leur propre représentation, oscillant entre caricature et confession. On rit de leurs chutes – parfois littérales – et on admire leur capacité à se relever avec panache. Un Music-Hall hybride et libre Le pari de DÉRAPAGE est osé : mêler chansons inédites, compositions éclectiques et scènes de coulisses dans un spectacle où tout peut basculer. Prunella Rivière signe des morceaux à la fois drôles et incisifs, orchestrés par Fred Pallem, tandis que trois musiciens multi-instrumentistes insufflent une énergie live irrésistible. La musique, omniprésente, devient le fil conducteur d’une narration éclatée, où l’intime se mêle au politique. Mais ce qui frappe surtout, c’est la liberté totale qui imprègne la mise en scène. Les Sea Girls n’ont pas peur de se montrer telles qu’elles sont : artistes de cinquante ans, à contre-courant des normes de jeunesse et de perfection. Elles revendiquent leur droit à l’imperfection, à l’excès, à la joie. Et c’est là toute la puissance du spectacle : un hymne à la résilience et à la créativité débridée. Quand le théâtre se frotte à la cruauté du monde Sous ses airs de cabaret festif, DÉRAPAGE n’élude pas les questions graves. Comment continuer à faire rire dans un monde marqué par la cruauté et l’actualité glaçante ? Les Sea Girls y répondent par l’ironie et la poésie, transformant leurs chansons en miroirs déformants de notre société. Le spectacle joue sur l’ambivalence : derrière les plumes et les paillettes, une mélancolie sourde perce parfois, rappelant que le rire est souvent une arme contre la douleur. Une traversée à la fois hilarante et bouleversante Au final, DÉRAPAGE , c’est une plongée sans filtre dans l’univers des Sea Girls, où chaque dérapage est une invitation à repenser les codes et à embrasser l’imprévu. Si vous cherchez une expérience théâtrale qui bouscule, émeut et fait rire aux éclats, ne manquez pas ce feu d’artifice de créativité. Avec DÉRAPAGE , les Sea Girls et Pierre Guillois nous rappellent que le théâtre, lorsqu’il ose tout montrer – le beau, le moche, le drôle et le tragique – peut encore surprendre et renverser les attentes. Une performance renversante à voir absolument, jusqu’au 23 février 2025 à La Scala Paris. Avis de Foudart 🅵🅵 Les Sea Girls DÉRAPAGE Un spectacle de Judith Rémy, Prunella Rivière, Delphine Simon mise en scène Pierre Guillois Musiciens Vincent Martin (percussions), Dani Bouillard (guitare), Benjamin Pras (piano) Chansons et composition Prunella Rivière • Composition et orchestration Fred Pallem • Costumes Elsa Bourdin • Scénographie Pierre Guillois & Elsa Bourdin Crédit photo ©Cat Gabillon LA SCALA PARIS Du 17 janvier au 23 février 2025 • Du mardi au samedi à 19h. Le dimanche à 15h • Durée 1H30

  • Amandine Lourdel : une tornade d’humour qui renverse tout sur son passage

    Avec son spectacle Renversée , Amandine Lourdel débarque comme un ouragan sur la scène humoristique parisienne. Armée d’une plume acérée et d’un humour qui décoiffe, elle nous entraîne dans un stand-up explosif où personne ne sort indemne… surtout pas vos zygomatiques. La gouaille made in Lourdel Imaginez une Audiard au féminin, un micro à la main, balançant des punchlines comme d’autres distribuent des claques. Lourdel, c’est ça : une voix rauque qui capte, une présence scénique magnétique et des textes si incisifs qu’on pourrait les graver dans le marbre… si on n’était pas trop occupé à pleurer de rire. Rien n’échappe à son regard : relations homme-femme (« Le mec tellement chiant qu’il a fait son Erasmus en Suisse »), religion, féminisme, drames familiaux et même les toilettes de bar. Elle ne recule devant rien, explorant sans tabou les zones sensibles de nos vies – là où ça pique, là où ça fait hurler de rire. Un humour sans permis, pied au plancher Amandine Lourdel, c’est un road-trip sauvage avec une pote qui n’a pas peur de rouler à contresens. Ça décoiffe, ça secoue, mais on adore. Elle pulvérise vos certitudes sans clignotant, mais toujours avec une tendresse désarmante. Lourdel flirte avec la provocation sans jamais franchir la ligne du vulgaire, trouvant l’équilibre parfait entre sarcasme mordant et émotion sincère. Elle provoque des éclats de rire autant qu’elle suscite une réflexion, ce qui rend son humour aussi percutant qu’inoubliable. Un spectacle qui boxe avec vos émotions Renversée , ce n’est pas juste un stand-up, c’est un véritable match de boxe entre le rire et la réflexion. Lourdel jongle avec nos certitudes, enchaîne les uppercuts humoristiques et, parfois, nous met K.O. avec une anecdote poignante. Tout cela avec une aisance déconcertante et un talent rare pour transformer le quotidien en un moment de pure comédie. Pourquoi il faut y aller (maintenant) Parce qu’elle est déjà partout : entre ses chroniques percutantes sur France Inter et ses apparitions sur les plus grands plateaux d’humour, Amandine Lourdel s’impose comme la nouvelle voix incontournable de la scène humoristique. Avec Renversée , elle ne se contente pas de faire rire, elle touche, bouscule et prouve qu’un bon spectacle, c’est celui qui nous fait voir les choses autrement. Ou, à défaut, qui nous laisse avec des abdos en béton après une heure de fous rires. Alors, si vous aimez les artistes qui osent tout et les spectacles qui frappent là où on ne les attend pas, ne manquez pas Amandine Lourdel. Mais attention : vous risquez de sortir du théâtre renversé… et complètement accro. Avis de Foudart 🅵🅵🅵   Amandine Lourdel Renversée Comédie de paris Actuellement • Les mardis à 21h • Durée 1h10

  • Indestructible : La Peugeot 504, mémoire vivante des luttes ouvrières et sociales

    Un retour poignant sur les années 60-70 pour questionner notre présent Coécrit et mis en scène par Hakim Bah et Manon Worms, Indestructible s’empare des luttes sociales et ouvrières des Trente Glorieuses pour offrir un regard lucide sur les fractures et espoirs qui continuent de traverser nos sociétés. Inspirée du livre L’Établi du sociologue Robert Linhart, la pièce retrace les trajectoires croisées de Bakary, jeune Malien exilé pour échapper à un régime autoritaire, et de Cathy, intellectuelle maoïste décidée à s’établir en usine. Leur rencontre, dans le tumulte des usines Peugeot de Sochaux, met en lumière une mémoire collective souvent négligée : celle des solidarités naissantes entre immigrés et ouvriers français, et des combats parfois brisés par les mécaniques implacables du capitalisme. La Peugeot 504, un symbole puissant de résistance et d’héritage Au cœur de la pièce trône la Peugeot 504, cette voiture emblématique des Trente Glorieuses, surnommée “l’indestructible”. Véritable protagoniste silencieuse, elle incarne à la fois la robustesse d’une époque industrielle et la fragilité des luttes sociales qui l’ont marquée. À travers un décor composé de ferrailles, pneus, sièges et morceaux de tôle, le véhicule devient une métaphore des espoirs et des désillusions qui ont animé une génération. La mémoire de cette “indestructible” porte les récits des ouvriers et immigrés, mais aussi les tensions, sacrifices et solidarités qui émergent dans un contexte de travail à la chaîne écrasant. Une scénographie immersive et organique La mise en scène, sombre et oppressante, immerge les spectateurs dans l’univers brutal des chaînes de production. Sons métalliques, projections vidéos et accessoires suspendus évoquent à la fois la dureté de l’usine et les rêves brisés de ceux qui y ont travaillé. La Peugeot 504 devient un témoin vivant : tantôt décor, tantôt personnage ou mémoire, elle relie les luttes ouvrières françaises et les récits d’immigration. Six comédiens incarnent une multiplicité de voix et de trajectoires, donnant à cette narration polyphonique une richesse humaine et émotionnelle. Entre ferveur et désillusion : les luttes sociales au prisme des espoirs brisés La pièce oscille constamment entre exaltation et désenchantement. Bakary et Cathy, malgré leurs origines et parcours opposés, s’unissent pour organiser une grève et défier l’oppression industrielle. Leur quête d’une convergence des luttes – entre classes sociales, genres et origines – reflète une aspiration universelle, mais se heurte à la dure réalité des divisions internes et des oppressions systémiques. Ce mélange d’idéal et d’échec, cher à Robert Linhart, traverse tout le spectacle, offrant une réflexion brute et lucide sur l’héritage des luttes sociales. Une œuvre âpre, ambitieuse et nécessaire Si Indestructible souffre parfois de quelques longueurs ou d’une densité narrative qui freine son rythme, il n’en reste pas moins un spectacle percutant et nécessaire. Refusant les artifices faciles, Hakim Bah et Manon Worms proposent une œuvre exigeante, ancrée dans l’histoire mais tournée vers l’avenir. En revisitant les luttes et fractures des années 60-70, ils interrogent notre rapport au travail, à la solidarité et à la mémoire collective, tout en explorant les résonances actuelles de ces enjeux. Indestructible est un théâtre de la résistance, qui ne cherche pas à plaire mais à éveiller, à faire réfléchir sur ce que nous pouvons apprendre des combats passés. Une proposition artistique audacieuse qui, à travers l’iconique Peugeot 504, rappelle que les luttes pour la justice sociale et la dignité humaine continuent de rouler, même sur des routes cabossées. Avis de Foudart 🅵🅵 INDESTRUCTIBLE Un spectacle de Manon Worms et Hakim Bah Avec Émilien Audibert, Katell Jan, Adil Laboudi, Julie Moulier, Assane Timbo et Olivier Werner Scénographie et costume  Clara Hubert et Ninon Le Chevallier • Vidéo Jean Doroszczuk • Son Marion Cros • Lumière Léa Maris Photographie de répétition © Mathilde Delahaye Théâtre de la Cité internationale 27 JANVIER → 8 FÉVRIER • Lundi, mardi – 20 h. Jeudi, vendredi – 19 h. Samedi – 18 h • Durée 1h45 • À partir de 14 ans

  • La Joconde parle enfin : quand l’icône éternelle se dévoile avec humour et panache

    Et si la Joconde sortait enfin de son cadre pour parler, chanter, danser et raconter son incroyable histoire avec une audace piquante ? Laurent Ruquier relève ce pari audacieux avec brio. La Joconde parle enfin redonne vie à cette icône figée, la transformant en une héroïne vibrante et profondément humaine, sublimée par la performance éblouissante de Karina Marimon. Une Joconde caustique et érudite Laurent Ruquier déploie ici tout son talent pour marier l’histoire à l’humour. Le texte oscille entre anecdotes historiques méconnues, observations caustiques et réflexions savoureuses sur notre fascination moderne pour l’art. Mona Lisa se livre : ses débuts sous le pinceau de Léonard de Vinci, ses rivalités avec d’autres œuvres, le vol spectaculaire de 1911, ou encore les agressions absurdes qu’elle a subies. Ce mélange d’érudition et de satire s’équilibre à merveille, captivant tout autant qu’il amuse. La mise en scène ingénieuse de Rodolphe Sand renforce l’impact du texte en insufflant un rythme soutenu et une fantaisie décomplexée. Entre surprises scéniques et moments d’émotion, cette pièce se révèle à la fois accessible et palpitante. Karina Marimon : une artiste totale Si le texte brille, Karina Marimon en est l’âme vibrante. Dès ses premières répliques, elle capture l’attention de la salle. Avec une voix puissante et une diction impeccable, elle passe de l’humour à l’émotion avec une fluidité déconcertante. Son charisme, allié à son talent pour établir une complicité instantanée avec le public, fait d’elle une interprète inoubliable. Marimon n’incarne pas seulement la Joconde, elle la réinvente : espiègle, caustique, et d’une humanité désarmante, elle transforme ce personnage iconique en une figure contemporaine proche de nous. Une soirée inoubliable En une heure, La Joconde parle enfin réussit l’exploit d’allier rire, savoir et émotion. La plume incisive de Laurent Ruquier, conjuguée à la performance magistrale de Karina Marimon, fait de cette pièce un incontournable. Après cette expérience théâtrale, impossible de regarder Mona Lisa de la même façon. Si vous cherchez une soirée divertissante, surprenante et enrichissante, La Joconde parle enfin est un spectacle à ne surtout pas manquer. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 LA JOCONDE PARLE ENFIN Un spectacle de Laurent Ruquier Mise en scène Rodolphe Sand Avec KARINA MARIMON Musique  Romain Trouillet • Scénographie  Lucie Joliot • Lumières  Denis Schlepp • Costumes  Fleur Demery Crédit photo Fabienne Rappeneau STUDIO DES CHAMPS ELYSEES Jusqu’au 30 mars 2025 • Du jeudi au samedi à 21h. Le dimanche à 16h • Durée : 1h10

  • Pour un oui ou pour un non : Quand le langage devient un champ de bataille

    Nathalie Sarraute, figure majeure de la littérature du XXe siècle, s’est toujours attachée à disséquer les subtilités du langage et ses répercussions sur les relations humaines. Avec Pour un oui ou pour un non , elle nous offre une exploration à la fois tragique et comique des non-dits et des malentendus qui empoisonnent l’amitié. Sylvain Maurice s’empare de ce texte exigeant et nous propose une mise en scène aussi vibrante qu’intelligente, où chaque mot devient une arme et chaque silence un cri. Une querelle dérisoire mais universelle L’intrigue, aussi simple qu’universelle, repose sur un différend entre deux amis, H1 et H2. Tout part d’une phrase anodine : « C’est bien… ça », prononcée par H1 sur un ton jugé condescendant par H2. Ce micro-incident devient le catalyseur d’un débat intense où l’amour-propre, les rancunes enfouies et les interprétations subjectives se mêlent. Dans cette joute verbale, les rôles de victime et de bourreau alternent, révélant l’absurdité et la violence latente des relations humaines. Sylvain Maurice décrit cette œuvre comme un « combat à mort » qui, paradoxalement, reste profondément dérisoire. Le texte ne s’intéresse pas aux grandes idées ou idéologies, mais au quotidien et à l’intime. Ce combat, tout en étant profondément personnel, résonne avec des problématiques contemporaines : dans un monde où chacun est invité à se prononcer sur tout, la position marginale de H2, qui choisit le silence, interroge notre époque saturée d’opinions. Une esthétique entre vintage et modernité La scénographie, inspirée des motifs géométriques des années 1970, contribue à l’ambivalence temporelle de la pièce. Un choix audacieux, à la fois vintage et actuel qui reflète la nature intemporelle des conflits humains et donne un ancrage esthétique fort à cette nouvelle lecture du texte. Un théâtre cérébral et viscéral La mise en scène de Sylvain Maurice, portée par les performances magistrales de Christophe Brault et Scali Delpeyrat, parvient à équilibrer l’humour caustique et l’émotion brute. Les échanges entre H1 et H2 oscillent entre la légèreté de la comédie et la gravité d’un drame existentiel. Ce double registre est précisément ce qui fait la richesse du théâtre de Sarraute : un théâtre où « tout ce qui compte est ce qui n’est pas dit », et où les mots, pourtant si simples, deviennent lourds de sens. L’amitié, une condamnation ? À mesure que la pièce progresse, il devient évident que H1 et H2 sont prisonniers de leur relation. Comme le souligne Maurice, ils sont « condamnés à rester amis, ou à faire semblant de l’être ». Cette tension, entre désir de rupture et impossibilité de se séparer, confère à Pour un oui ou pour un non une portée universelle et tragique. L’amitié, loin d’être idéalisée, est ici décrite comme une prison sociale, un jeu de rôle où chacun tente de préserver les apparences. Avec Pour un oui ou pour un non , Nathalie Sarraute redonne au langage une force vive, nous rappelant à quel point les mots, aussi infimes soient-ils, peuvent fracturer des relations et révéler les fêlures de l’ego. Sylvain Maurice livre une interprétation saisissante de ce texte intemporel, alliant profondeur intellectuelle et énergie théâtrale. Un spectacle à la fois cruel et drôle, où chacun peut se reconnaître, pour le meilleur et pour le pire. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 POUR UN OUI OU POUR UN NON De Nathalie Sarraute Mise en scène et scénographie Sylvain Maurice Avec Christophe Brault, Scali Delpeyrat et Élodie Gandy Lumières Rodolphe Martin Son Jean De Almeida Costumes Amélie Hagnerel Crédit photo © Christophe Raynaud de Lage THÉÂTRE LE LUCERNAIRE DU 22 JANVIER AU 16 MARS 2025 • Du mardi au samedi à 18h30 / le dimanche à 15h • Durée    1h

  • Une Maison de Poupée par Yngvild Aspeli : un chef-d’œuvre marionnettique et émotionnel

    Avec Une Maison de Poupée , Yngvild Aspeli et Paola Rizza réussissent un exploit théâtral bouleversant, alliant la puissance de la marionnette à la profondeur intemporelle du texte d’Henrik Ibsen. Cette adaptation, à la fois audacieuse et fidèle, transcende le grand classique de la littérature norvégienne pour en révéler toute la modernité et la portée universelle. Une vision poétique et troublante Dès les premières secondes, la magie opère. Le rideau se lève sur un salon bourgeois du XIXᵉ siècle, où marionnettes grandeur nature et acteurs se mêlent dans une harmonie inquiétante. Sous la direction de Yngvild Aspeli, ces figures inanimées deviennent des métaphores vibrantes d’une société figée dans les apparences et les conventions. Nora, le personnage principal, évolue dans un décor oppressant, qui illustre à merveille son enfermement social et émotionnel. L’utilisation des marionnettes ajoute une profondeur symbolique rare, jouant sur l’illusion pour révéler les réalités les plus sombres. Une approche multidisciplinaire captivante Fidèle à sa démarche artistique, Aspeli combine brillamment marionnettes, jeu d’acteur, musique, lumière et vidéo pour créer un spectacle d’une richesse sensorielle et émotionnelle unique. Chaque élément contribue à une narration qui transcende les mots, transportant le spectateur dans un univers onirique où illusion et réalité se confondent. La scénographie, évoquant une maison hantée, fait surgir les fantômes d’une société patriarcale qui oppresse et réduit Nora à un rôle d’ornement. Les marionnettes deviennent des prolongements des personnages, permettant une lecture à plusieurs niveaux de cette tragédie intime et sociale. Une interprétation magistrale Aspeli elle-même se glisse dans le rôle de Nora, fusionnant avec son personnage dans un jeu d’une intensité rare. À la fois manipulatrice et manipulée, elle donne vie à une héroïne déchirée entre ses obligations sociales et son désir d’émancipation. Sa maîtrise des marionnettes et sa capacité à incarner plusieurs rôles simultanément créent une tension dramatique saisissante. Les dialogues, portés par une tessiture vocale variée et une gestuelle précise, explorent avec une finesse remarquable les dilemmes et les contradictions de Nora. Une lecture féministe intemporelle Dans cette version, Aspeli met en lumière toute la modernité du texte d’Ibsen, en révélant Nora comme une des premières héroïnes féministes de la littérature. À travers son combat pour se libérer des attentes écrasantes de la société et de son mari, le spectacle fait écho aux luttes contemporaines pour l’égalité et la reconnaissance des femmes. En donnant la parole à Nora, Aspeli rend justice à ce cri de révolte et d’indépendance, tout en invitant le spectateur à réfléchir sur les rôles sociaux et les illusions qui continuent de nous emprisonner. Une expérience inoubliable Avec Une Maison de Poupée , Yngvild Aspeli et Paola Rizza nous offrent bien plus qu’un spectacle. Elles nous invitent à ressentir, à réfléchir et à nous confronter à nos propres illusions. La mise en scène, d’une précision et d’une poésie rares, fait de cette adaptation un événement incontournable. Chaque instant est chargé d’émotion, chaque détail contribue à une immersion totale. Ce spectacle, à la fois troublant et libérateur, reste en mémoire longtemps après le dernier coup de rideau. En mêlant la tradition théâtrale à une approche résolument contemporaine, Aspeli prouve une fois de plus que le théâtre de marionnettes peut atteindre des sommets d’expressivité et de profondeur. Une œuvre magistrale qui confirme le talent exceptionnel de cette artiste hors norme. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Une maison de poupée D’après la pièce de Henrik Ibsen Mise en scène Yngvild Aspeli et Paola Rizza Actrice-marionnettiste Yngvild Aspeli Acteur-marionnettiste Viktor Lukawski Crédit photo Christophe Raynaud de Lage THÉÂTRE DU ROND POINT Du 23 janvier au 2 février 2025 • Du mardi au vendredi, 20h30 - samedi, 19h30 - dimanche, 15h • Durée 1h20 • Spectacle en anglais, surtitré en français Tournée 27 et 28 février 2025 Le Manège - Scène Nationale de Reims (51) 12 — 14 mars 2025 La Coursive - Scène Nationale de la Rochelle (17) 19 et 20 mars 2025 Théâtre les Colonnes / Miramas (13) 25 — 28 mars 2025 Les 2 scènes - CDN de Besançon (25) 2 — 4 avril 2025 MC2 / Grenoble (38) 8 avril 2025 Le Théâtre - Scène nationale de Mâcon (71) 10 avril 2025 L'Arc - Scène Nationale le Creusot (71) 16 avril 2025 Scènes du Jura / Dole (39) 19 avril 2025 Quai 9 Lanester - Théâtre à la Coque, CNMA / Lorient (56)

  • Juste la fin du monde : Une traversée suspendue au Théâtre de l’Atelier

    Trente ans après la disparition de Jean-Luc Lagarce, Johanny Bert propose une relecture ambitieuse de Juste la fin du monde , l’un des joyaux du théâtre contemporain. Écrite en 1990 dans l’urgence d’une fin annoncée, cette pièce continue de résonner avec une force rare. Dans cette version portée par un décor en apesanteur et une direction d’acteurs minutieuse, l’hommage rendu à Lagarce impressionne par son respect pour l’œuvre, mais laisse parfois le spectateur à distance, prisonnier d’une certaine retenue. Un décor entre mémoire et onirisme La scénographie est sans conteste le point fort de cette mise en scène. Dans cet univers où le passé semble flotter au-dessus des personnages, Johanny Bert matérialise avec brio la mémoire et les non-dits à travers des objets suspendus qui évoquent les souvenirs d’une maison familiale des années 1980-1990. Ces reliques du quotidien, manipulées avec précision, descendent et remontent, créant des tableaux mouvants qui oscillent entre le tangible et le fantasmagorique. La présence d’une marionnette incarnant le père disparu, figure centrale bien que silencieuse, ajoute une dimension poétique et mélancolique à l’ensemble. La langue comme moteur dramatique L’écriture de Lagarce, fragmentée, répétitive, et traversée de silences, fait de la langue un protagoniste à part entière. Ce théâtre de l’indicible capture avec une finesse rare les fragilités et les tâtonnements des personnages, rendant palpable leur quête désespérée pour exprimer l’inexprimable. Johanny Bert revendique une approche « directe » de cette langue, et sa mise en scène accentue l’isolement de chaque protagoniste, renforçant leur enfermement intérieur. Ce choix, bien que pertinent sur le plan thématique, tend néanmoins à figer les interactions, créant une distance émotionnelle qui peut freiner l’empathie du spectateur. Un jeu d’acteurs en demi-teinte La distribution, emmenée par Vincent Dedienne dans le rôle de Louis, livre une interprétation techniquement irréprochable, mais qui manque parfois d’intensité émotionnelle. Dedienne offre un Louis tout en sobriété et en élégance, mais sa retenue laisse par moments le personnage orphelin de la tension et de la douleur qui devraient l’habiter. En revanche, Christiane Millet incarne avec justesse une mère aimante et aveuglée, tandis que Céleste Brunnquell (Suzanne) et Loïc Riewer (Antoine) apportent des nuances intéressantes, bien que leur jeu oscille parfois entre excès et retenue. Un hommage fidèle mais prudent Johanny Bert signe ici une mise en scène visuellement séduisante, mais qui semble hésiter à s’éloigner du texte pour explorer davantage les tensions humaines et les non-dits qui en constituent le cœur. En restant figé dans une lecture respectueuse mais presque trop académique, il limite la portée émotionnelle et dramatique de l’œuvre. Les personnages, souvent isolés dans leurs répliques, manquent d’interactions véritablement incarnées, ce qui entrave la fluidité du drame. Un texte qui résiste au temps Malgré ces réserves, Juste la fin du monde demeure une œuvre puissante et intemporelle. Johanny Bert livre un hommage honnête et soigné, où la beauté du texte de Lagarce continue de résonner avec une intensité brute. Cependant, cette mise en scène aurait gagné à oser davantage, à bousculer les conventions, à l’image de l’audace de Lagarce lui-même, qui ne craignait jamais de prendre des risques. Johanny Bert nous offre une lecture visuellement remarquable et techniquement impeccable de Juste la fin du monde . Si l’approche parfois trop retenue et respectueuse limite l’impact émotionnel, l’essence de Lagarce et la fulgurance de son écriture continuent de fasciner. Un hommage qui ne bouleverse pas, mais qui rappelle, avec élégance, l’universalité et la profondeur de cette pièce incontournable. Avis de Foudart 🅵🅵 JUSTE LA FIN DU MONDE DE JEAN-LUC LAGARCE- Éditions Les Solitaires Intempestifs Mise en scène et scénographie Johanny Bert Avec Vincent Dedienne, Astrid Bayiha, Céleste Brunnquell, Christiane Millet, Loïc Riewer et les marionnettistes en alternance Kahina Abderrahmani / Élise Cornille Création musicale Guillaume Bongiraud • Création sonore Marc De Frutos • Création lumières Robin Laporte • Création marionnette Amélie Madeline • Création costumes Alma Bousquet Photographie affiche ©Cédric Roulliat Crédits photo Christophe Raynaud de Lage THÉÂTRE DE L’ATELIER Depuis le 14 janvier 2025 • Du mercredi au vendredi à 21h, Le samedi à 15h et 21h, Le dimanche à 16h • Durée 1h30 TOURNÉE Juste la fin du monde et Il ne m’est jamais rien arrivé 25, 26 et 27 mars 2025 : Le Sémaphore, Cébazat 29 mars 2025 : La Halle aux grains, Blois Juste la fin du monde 1er, 2, 3, 4, et 5 avril 2025 : La Croix-Rousse, Lyon 8 et 9 avril 2025 : Théâtre à Pau : 11 avril 2025 : Théâtre Odyssée, Périgueux.

  • “Il ne m’est jamais rien arrivé” : un voyage intime avec Jean-Luc Lagarce

    Il est rare qu’un spectacle conjugue aussi intensément l’intime et l’universel. Avec Il ne m’est jamais rien arrivé , Vincent Dedienne livre une performance bouleversante, empreinte de poésie, de pudeur et d’une humanité saisissante. En explorant les journaux de Jean-Luc Lagarce, ce monologue dépasse la simple lecture pour devenir une vibrante déclaration d’amour à la vie et à l’art. Lagarce revisité : une voix au cœur de la tourmente Jean-Luc Lagarce, figure emblématique du théâtre contemporain, dévoile dans ses journaux un visage profondément humain, à la fois fragile et résilient. À travers ces écrits, Dedienne révèle l’homme derrière l’auteur, son combat contre la maladie, ses amours éphémères et sa quête incessante de création. Le texte, loin de se limiter à l’anecdotique, plonge dans une époque marquée par l’ombre du sida et l’effervescence culturelle des années 80. Dedienne capte avec justesse cette dualité : une vie à la fois immense et ordinaire, qu’il transpose sur scène avec une sincérité lumineuse. Une interprétation habitée Sur les planches du Théâtre de l’Atelier, Vincent Dedienne livre une performance qui touche au cœur. Sa capacité à osciller entre fragilité et puissance confère à son interprétation une profondeur rare. Par son jeu nuancé et son expressivité, il donne vie aux méandres d’une âme tourmentée, où chaque mot semble un battement de cœur. Sa présence scénique, captivante et authentique, rend hommage à la complexité de Lagarce avec une émotion palpable. Une mise en scène épurée et poignante Johanny Bert propose une mise en scène minimaliste, laissant le texte et le comédien occuper le premier plan. Cette sobriété est enrichie par le travail délicat d’Irène Vignaud, dont les dessins ajoutent une dimension visuelle poétique, et par l’apparition d’une marionnette représentant les disparus de l’épidémie de sida. Ce subtil équilibre entre esthétique et narration confère à la pièce une atmosphère à la fois intime et universelle, en parfaite adéquation avec le propos. Un diptyque riche de sens Présentée parfois en parallèle avec Juste la fin du monde , cette création s’inscrit dans une démarche intelligente et complémentaire. Là où Juste la fin du monde explore les silences familiaux et les tensions inexprimées, Il ne m’est jamais rien arrivé donne une voix à l’intimité de l’auteur lui-même. Ces deux œuvres, tout en étant indépendantes, se répondent et s’enrichissent mutuellement, offrant une immersion profonde dans l’univers de Lagarce. Un hommage universel et poignant Ce spectacle ne se limite pas à une célébration de l’œuvre de Lagarce : il devient une réflexion poignante sur la condition humaine, sur ce que nous cachons et ce que nous révélons, sur la fragilité de la vie et la force de la mémoire. En s’appropriant ces journaux, Vincent Dedienne rappelle avec finesse l’importance des mots, qu’ils soient dits ou tus, et leur capacité à révéler la beauté et les contradictions de nos existences. À voir absolument Il ne m’est jamais rien arrivé est une expérience théâtrale unique. Loin de bouleverser instantanément, il s’insinue avec subtilité, laissant derrière lui une réflexion durable sur la force des silences et des mots. Vincent Dedienne, par son interprétation sincère et viscérale, capte l’essence d’un homme pour qui écrire était une manière de survivre. Entre rires et larmes, ce spectacle nous rappelle pourquoi nous allons au théâtre : pour retrouver dans les mots des autres l’écho de notre propre humanité. Un moment rare et précieux, porté par une équipe qui magnifie le texte de Lagarce. Une ovation méritée pour Dedienne et le Théâtre de l’Atelier, qui signent ici un hommage vibrant et inoubliable. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 IL NE M’EST JAMAIS RIEN ARRIVÉ D’APRÈS LE JOURNAL DE JEAN-LUC LAGARCE Éditions Les Solitaires Intempestifs Mise en scène, scénographie et direction d’acteur Johanny Bert Adaptation et interprétation Vincent Dedienne Dessinatrice au plateau Irène Vignaud , Costumes Alma Bousquet Crédit photo Christophe Raynaud de Lage THÉÂTRE DE L’ATELIER Depuis le 23 JANVIER 2O25 • Du jeudi au samedi à 19h • Durée 1h EN TOURNÉE 25, 26 et 27 mars 2025 : Le Sémaphore, Cébazat 29 mars 2025 : La Halle aux grains, Blois

  • GILDAA : La Diva aux Bigoudis, entre Absurde et Mystique

    Une énigme vivante GILDAA est une énigme incarnée. Une femme brisée ? Une paria illuminée ? Un être intemporel, né au croisement de cultures et d’histoires, à la fois insaisissable et profondément humaine. Une voix pour les silences, qui questionne nos mémoires, explore nos identités et dévoile la poésie cachée dans l’absurde et l’imparfait. Portée par Camille Constantin Da Silva, elle est une constellation vivante, tissée de douleur, de mystère et de créativité. Sur scène, elle chante, danse, joue de la musique et transforme chaque performance en un rituel captivant, reliant ses origines à un public complice. Avec elle, les frontières s’effacent : vivants, morts, joies et peines se rejoignent dans une cérémonie cathartique où l’humain devient sublime. Une proposition inclassable Plus qu’un spectacle, GILDAA est une expérience totale : une fusion inédite de théâtre, musique, danse et performance. C’est un pont entre les mondes, une voix qui chante autant pour les vivants que pour les absents. Camille Constantin Da Silva incarne une “clocharde céleste”, une diva aux bigoudis, à la fois clown mystique et tragédienne intemporelle. Sa double culture, française et brésilienne, nourrit une performance riche et vibrante. Jazz, samba, funk, RnB, chanson française… Chaque note, chaque langue tisse un dialogue entre modernité et tradition, sacré et profane. L’art d’embrasser l’imperfection Sur scène, l’imprévu devient magie. Les “accidents” orchestrés par GILDAA transforment chaque faille en un moment unique et bouleversant. C’est dans ces failles qu’émergent une sincérité brute et une authenticité désarmante. Comme un clown ou un fou du village, elle nous rappelle que nos ombres sont souvent le lieu où réside notre lumière. À travers ses maladresses et ses éclats de génie, elle tend un miroir à son public, l’invitant à une catharsis collective. Une cérémonie interactive GILDAA n’est jamais seule sur scène : son public est son complice. Les spectateurs fredonnent, battent la mesure, rient ou pleurent. Ils deviennent acteurs d’une cérémonie où se mêlent l’humour, la douleur et la spiritualité. Chaque objet du quotidien, réinterprété par GILDAA, devient une porte ouverte sur l’extraordinaire. Une performance magistrale La voix de Camille Constantin Da Silva, tantôt douce, tantôt vibrante, oscille entre fragilité et puissance, faisant écho aux blessures et aux espoirs d’un personnage complexe. Accompagnée de musiciens virtuoses, elle crée une alchimie sonore qui transporte. Les percussions, guitares et tambours d’eau rythment un voyage intérieur, une transe où chaque son porte une mémoire. Une œuvre engagée et universelle Au-delà de sa poésie, GILDAA est une œuvre profondément engagée. À travers le prisme de Perséphone, Camille Constantin Da Silva explore les luttes des femmes réduites au silence, les identités opprimées et les frontières qui enferment. GILDAA est un cri pour les marginalisés, une célébration des différences et une invitation à réinventer notre regard sur l’autre et sur nous-mêmes. Un voyage inoubliable Entre rire et larmes, entre absurdité et mysticisme, Camille Constantin Da Silva nous offre une expérience rare et bouleversante. Une œuvre qui touche, questionne, libère et illumine. GILDAA est une invitation à embrasser le chaos de la vie pour en découvrir la beauté cachée. Une performance nécessaire, qui reste ancrée bien après que les lumières se soient éteintes. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 GILDAA Camille Constantin Da Silva Écriture, composition, direction artistique Camille Constantin Da Silva Avec GILDAA, Antonin Fresson et Mathias Durand en alternance (guitare et basse), Jouhara Ismaïli (percussions) Crédit photo © Pierre Nativel THÉÂTRE DU ROND POINT 21 — 30 janvier 2025• Du mardi au vendredi, 20h - samedi, 19h • Relâche les 26 et 27 janvier • Durée 1h20 En tournée 15 — 17 janvier 2025 Le CENTQUATRE / Paris (75) ET AUSSI LA CUISINE DE GILDAA Concert hybride 25 octobre, 22 novembre et 13 décembre 2024 La Petite Halle de la Villette / Paris (75) CONCERT Création en solo 4 — 9 décembre 2024 L'Aire libre Festival transes musicales / Rennes (35)

  • Ground Control : Quand le quotidien devient politique

    À deux pas de la Gare de Lyon, Ground Control s’est imposé depuis près de dix ans comme un espace culturel singulier, niché dans une ancienne halle de tri postal. Plus qu’un lieu de fête ou de rencontre, il est aujourd’hui un carrefour où innovation, engagement et réflexion se croisent. Avec sa nouvelle programmation de 2025, Ground Control affirme son ambition : transformer notre quotidien en un espace d’inspiration et de mobilisation collective. Quand l’ordinaire devient politique : l’exposition « Détournements » Au cœur de la programmation 2025, l’exposition « Détournements » , visible du 22 janvier au 30 mars, interroge une thématique essentielle : comment des objets du quotidien, en apparence anodins, deviennent des symboles puissants des luttes sociales et politiques. Qu’il s’agisse d’un cintre emblématique des revendications féministes, d’un gilet jaune au cœur des manifestations sociales ou d’outils transformés en symboles de résistance, chaque artefact présenté raconte une histoire collective, ancrée dans les tensions et mutations de notre société. À travers une scénographie très documentée, l’exposition révèle le pouvoir subversif de ces objets modestes. Porteurs d’idées, de revendications et d’identités, ils dénoncent les injustices et traduisent les aspirations des communautés qui s’en emparent. Pour prolonger cette réflexion, une table ronde réunissant sociologues, historiens et activistes permettra d’éclairer ce phénomène et d’explorer comment ces objets, devenus « politiques par destination », transforment l’ordinaire en outil de changement. « Détournements » invite ainsi à poser un nouveau regard sur notre quotidien : reconnaître la portée politique de nos gestes et de nos choix, et comprendre comment même les objets les plus simples peuvent refléter les luttes d’hier et inspirer les transformations de demain. Une réflexion stimulante sur le pouvoir de l’ordinaire à questionner, mobiliser et agir. Ground Control : un espace d’expérimentation et d’engagement Mais Ground Control va bien au-delà d’une simple exposition. Fidèle à sa devise « Libres et curieux » , ce lieu hybride offre une programmation où créativité, engagement et convivialité se conjuguent. Débats citoyens, performances artistiques, ateliers participatifs ou rencontres écologiques rythment la saison. Chaque activité reflète une même philosophie : faire de l’art et de la réflexion des outils accessibles et transformateurs. Ce positionnement s’inscrit également dans une démarche écologique et solidaire : alimentation locale et biologique, réduction des déchets, économie circulaire… Ici, le quotidien se réinvente dans une logique durable et collective. À travers ce projet et l’ensemble de sa programmation, Ground Control offre une expérience unique où culture, réflexion et engagement se rencontrent. Plus qu’un lieu, il se positionne comme un laboratoire vivant, un espace où chacun peut contribuer à transformer le monde. Ne manquez pas cette immersion dans un univers où l’art et la politique transforment l’ordinaire en un terrain d’action et d’espoir. Ground Control : là où le quotidien devient politique. Ground Control 81, rue du Charolais 75012 Paris Du mercredi au dimanche • Mer, jeu, ven : 12h-00h • Sam : 11h-00h • Dim : 11h-22h30 Crédit photo @Studio81

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