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- Rupture à domicile : « L’uberisation de la séparation amoureuse »
Vous n’osez pas annoncer la fin de votre relation ? Pas de souci, Rupture à domicile s’en charge pour vous. Dans cette comédie grinçante signée Tristan Petitgirard, le service de rupture sur commande devient un terrain fertile pour un triangle amoureux explosif. C’est ce qui arrive à Éric Vence, fondateur de cette agence peu conventionnelle, lorsqu’il doit annoncer à la compagne d’Hyppolite la fin de leur histoire. Mais voilà, la personne à qui il doit briser le cœur n’est autre que Gaëlle, son ex, disparue il y a sept ans sans explication. Ce choc émotionnel donne lieu à une série de quiproquos où chacun tente de garder la main dans un jeu de dupes imprévisible. Ce trio inédit – l’ex, la femme, et le futur-ex – s’engage dans une partie où vérité et mensonge s’entremêlent jusqu’à la déflagration finale. Au fil des dialogues acérés et des retournements de situation, la pièce interroge la lâcheté humaine, notre incapacité à communiquer, et cette étrange tendance à déléguer même les moments les plus personnels. Cette comédie réunit trois figures incontournables de la scène comique française : Isabelle Vitari (Nos chers voisins), Loup-Denis Élion (Scènes de ménage), et Cyril Garnier (On ne demande qu’à en rire). Leur aisance dans l’humour et leur sincérité en font des interprètes idéaux pour incarner la folie douce de cette pièce, entre éclats de rire et vérités mordantes. « l’uberisation de la rupture » Pour Tristan Petitgirard, cette pièce est bien plus qu’une simple comédie. C’est une réflexion sur notre société où l’on communique plus qu’on ne parle vraiment, même pour mettre fin à une relation amoureuse. Inspiré d’un service réel aux États-Unis, Rupture à domicile dépeint avec une acuité remarquable l’évolution de nos comportements amoureux. Trouver l’amour, le cultiver, et finalement s’en séparer avec assistance sont devenus des démarches assistées dans un monde où tout, même l’intime, est externalisé. Avec un regard à la fois tendre et cynique, Tristan Petitgirard exploite les non-dits, les renversements de pouvoir et les lâchetés des personnages pour créer une pièce savoureuse, jubilatoire, où l’humour sert de miroir à nos propres contradictions. Au-delà du rire, Rupture à domicile nous fait réfléchir sur l’essence de nos liens, sur ce qui fait que l’on aime et se quitte, avec ou sans l’aide d’une agence. C’est une ode aux ruptures, où comme le souligne l’auteur, “on peut rater son histoire et réussir sa rupture”. « Une rupture comme celle-là, on n’en sort pas indemne » Nul doute que cette pièce saura captiver, séduire et faire réfléchir, avec des acteurs qui donnent vie à cette “explosion amoureuse” très drôle, moderne, et parfois cruelle. Avis Foudart 🅵🅵🅵 Rupture à domicile Une comédie de et mise en scène par Tristan PETITGIRARD Avec Isabelle VITARI, Cyril GARNIER, Loup-Denis ELION Lumières Denis SCHLEPP • Décor Olivier PROST Photo Pascal ITO THÉÂTRE RIVE GAUCHE Jusqu’au 19 janvier 2025 • Du mardi au samedi à 21h • Matinées les dimanches à 15h • Séance supplémentaire le lundi 30 décembre 2024 à 21h • Relâches exceptionnelles les 24, 25 décembre 2024 et les 1er et 17 janvier 2025
- The Apprentice : Aux Origines du Trumpisme
The Apprentice, réalisé par Ali Abbasi, nous plonge au cœur des années 1970 à New York, à une époque charnière où se forgeait la personnalité d’un jeune Donald Trump, bien avant son ascension à la présidence des États-Unis. Ce film, loin d’être une simple rétrospective, dissèque la relation entre Trump, alors jeune promoteur immobilier, et Roy Cohn, son mentor sulfureux et maître des coulisses du pouvoir conservateur américain. Écrit par Gabriel Sherman, le scénario met en lumière l’influence toxique et indélébile de Cohn sur Trump, sculptant sa vision du monde et ses méthodes de conquête du pouvoir. Cohn, vétéran des chasses aux sorcières anticommunistes des années 1950, inculque à son protégé des tactiques impitoyables : ne jamais reculer, refuser toute responsabilité et, toujours, proclamer la victoire, peu importe la vérité. Le mentor et l’apprenti : un duo infernal Jeremy Strong livre une performance saisissante en incarnant Roy Cohn, un personnage à la fois magnétique et terrifiant, rongé par sa quête insatiable de pouvoir et hanté par le rejet de son homosexualité. Face à lui, Sebastian Stan interprète un jeune Donald Trump encore hésitant, bien loin de l’homme public que l’on connaît, mais dont les ambitions démesurées transparaissent déjà. Ce duo, à la fois fascinant et glaçant, dévoile la transformation de Trump sous l’influence corrosive de Cohn, évoluant d’un jeune homme en quête de validation à une figure impitoyable du monde des affaires et de la politique. Un affrontement psychologique captivant Ali Abbasi évite habilement les pièges du biopic conventionnel en choisissant de se concentrer sur ce moment décisif de la vie de Trump, où son identité politique et morale s’est cristallisée. The Apprentice est avant tout une plongée dans la psyché de deux hommes puissants, où la manipulation, l’opportunisme et l’obsession de la domination constituent les fondations du récit. Abbasi, avec son flair pour les nuances sociales et psychologiques, teinte le film d’une ironie percutante, tout en dénonçant subtilement un système où la moralité est sacrifiée sur l’autel de la réussite et de l’argent. Une réflexion brûlante sur le pouvoir Bien que The Apprentice se déroule dans l’Amérique des années 70-80, son propos résonne de manière particulièrement actuelle. En exposant les rouages d’un système politique gangrené par le cynisme et la soif de pouvoir, le film révèle comment des figures comme Trump émergent et prospèrent, façonnant le paysage politique à coups d’agressions médiatiques et de dénis systématiques. Abbasi ne se contente pas de brosser le portrait d’un Trump caricatural : il fouille dans les racines profondes de cette personnalité complexe, symbolisant bien plus qu’un homme, mais une ère entière de la politique mondiale. Une fable politique et humaine The Apprentice transcende le simple récit d’une ascension personnelle pour offrir une réflexion saisissante sur les forces qui sous-tendent le pouvoir moderne. Ce thriller psychologique met à nu l’influence destructrice du mentor, les failles profondes de l’élève, et les conséquences désastreuses d’une ambition dévorante. C’est une parabole sur la manière dont les individus sont façonnés par le système qu’ils cherchent à dominer, et comment, à leur tour, ils peuvent déformer ce même système, laissant dans leur sillage un monde dévasté par la quête insatiable de pouvoir. Une réflexion à la fois morale et psychologique, sur la manière dont les individus et le système qu’ils servent se façonnent mutuellement, dans une course effrénée pour la domination. Avis Foudart 🅵🅵🅵 THE APPRENTICE Un film de Ali Abbasi Avec Sebastian Stan, Jeremy Strong, Maria Bakalova Sortie nationale le 9 Octobre 2024 • Durée 2h
- La 30e édition de Chéries-Chéris, un festival emblématique du cinéma LGBTQIA+
“Fidèle à lui-même, ce 30e Chéries-Chéris sera plus que jamais tourné vers l’avenir et les nouveaux territoires queers à explorer, à expérimenter.” - Grégory Tilhac, directeur artistique Le Festival Chéries-Chéris revient pour célébrer sa 30e édition du 15 au 26 novembre 2024. Ce festival parisien incontournable, dédié aux films LGBTQIA+ et plus, se déroulera dans les cinémas MK2 Bibliothèque, Quai de Seine et Beaubourg. Depuis trois décennies, il offre une plateforme aux œuvres cinématographiques qui explorent et célèbrent les identités et thématiques LGBTQIA+, à travers une riche diversité de formats et de genres. Cette édition anniversaire mettra à l’honneur 74 longs-métrages, mêlant fictions et documentaires, et 77 courts-métrages issus de nombreux pays. La programmation promet d’offrir une variété de perspectives sur les réalités et les expériences LGBTQIA+ d’aujourd’hui. Les moments forts du festival Le mardi 19 novembre, le festival ouvrira avec le film français MIKA EX MACHINA. Ce film suit Mika, dont la moto devient l’objet de mystères et d’énigmes qui perturbent sa vie quotidienne. À la croisée de la comédie et du thriller, ce long-métrage nous plonge dans une enquête à la fois drôle et troublante. Le mardi 26 novembre, EGOÏST viendra clore le festival. Cette œuvre japonaise raconte l’histoire de Kōsuke, un éditeur de mode élégamment narcissique, qui développe une relation complexe et passionnée avec Ryūta, son coach personnel. Mais tout bascule lorsque Ryūta disparaît soudainement. La compétition officielle Le festival propose deux compétitions distinctes : une pour les fictions et une pour les documentaires. • Parmi les fictions en compétition, on retrouve des films tels que ADVERSAIRE de Milad Alami (Suède, Norvège), CROSSING ISTANBUL de Levan Akin (Suède, Turquie, Géorgie) et YOUNG HEARTS d’Anthony Schatteman (Belgique, Pays-Bas). • La compétition documentaire mettra en lumière des œuvres comme BLACK AS U R de Micheal Rice (États-Unis), LES MADELEINES de Arthur Dreyfus (France), et HABIBI, CHANSONS POUR MES AMI.E.S de Florent Gouëlou (France). Événements spéciaux et focus sur le cinéma queer lituanien En plus des compétitions, des séances événements permettront au public de découvrir des films originaux et marquants tels que CABO NEGRO d’Abdellah Taïa (France, Maroc) ou MY SUNSHINE de Hiroshi Okuyama (Japon). Cette année, un focus spécial sur le cinéma queer lituanien sera proposé dans le cadre de la Saison de la Lituanie en France. Co-programmée par le réalisateur Romas Zabarauskas, cette rétrospective mettra en avant trois longs-métrages : JULIA (2013), SUMMER (2015) et THE WRITER (2024), ainsi qu’une sélection de courts-métrages. Un rendez-vous cinéphile engagé et inclusif Chéries-Chéris est bien plus qu’un festival de cinéma. Il s’agit d’une véritable vitrine pour les films et les récits LGBTQIA+ qui ne trouvent que trop rarement leur place dans les grands festivals traditionnels. Depuis ses débuts, il s’est imposé comme un espace où les voix marginalisées peuvent être entendues, où les histoires d’amour, de lutte, d’espoir et de résilience trouvent un écho auprès d’un public divers et engagé. Le rendez-vous est donc pris du 15 au 26 novembre pour découvrir cette édition anniversaire riche en émotions, en créativité et en diversité, fidèle à l’esprit militant et festif de Chéries-Chéris. “Notre mission est aussi d’honorer et de célébrer l’idée qu’il puisse exister une culture LGBTQIA+ et en être fier, malgré les réticences autour de cette notion en France.” - Grégory Tilhac, directeur artistique
- Doully « Hier j’arrête ! »
Quand la dérision devient un vrai outil de guérison Qui a dit qu’on ne pouvait plus rire de tout ? Doully en ait la preuve formelle : oui, on peut bien rire encore de tout… à condition d’avoir un grand talent est une vraie auto-dérision. L’humoriste qui monte, qui monte… Après avoir remporté le trophée Le Violet d’or du Dinard Comedy Festival , en 2018, après avoir présenté ses chroniques sur Europe 1 puis sur France Inter et nous faire mourir de rire dans Groland , Doully est en pleine tournée à travers la France. « Non je ne suis pas bourrée, et oui je suis née avec cette voix de clochard ». Avec son spectacle jubilatoire, elle revient sur sa vie passée de toxicomane du côté de Stalingrad, sur ses petits boulots : gogo danseuse, dame pipi, doubleuse de film porno, prof de français en Espagne… Elle parle de ses expériences-décevantes de mort imminente, de ses trois arrêts cardiaques, de ses troubles alimentaires et de sa maladie de Charcot-Marie-Tooth. Sur le papier, ça ne parait pas si drôle… et pourtant Sur scène, avec son talent assez unique, son charme certain, son aisance évidente et sa vraie intelligence, cette petite blonde nous fait rire avec ses déboires en utilisant ses addictions passées pour en faire une force incroyable. Entre humour ravageur et confession En apportant certainement de l'espoir à ceux qui luttent contre la dépendance, son histoire puissante, finalement, résonne en nous tous. Et, par le rire et la dérision, Doully nous permet de trouver la force et la résilience pour nos propres luttes. Avis Foudart 🅵🅵🅵 Doully « Hier j’arrête ! » co-écrit avec Blanche Gardin et Paco Perez avec la participation d’Eric Monin Cirque Electrique les 11 & 12 Octobre Folies Bergères le 31 Octobre 2024 En tournée dans toute la France Spectacle vu au THÉÂTRE L’EUROPÉEN
- SIMONE en aparté
Une histoire de femme Simone Veil: une destinée hors du commun. Survivante des camps d’extermination, symbole de l’émancipation des femmes et militante du droit à l’avortement, première présidente du Parlement européen, Simone Veil n’a cessé de promouvoir les valeurs éthiques de liberté, égalité et fraternité, et, par chacun de ses combats, de défendre la paix… À partir de centaines d'archives télévisées, écrites et de la très belle autobiographie, Une Vie de Simone Veil , Arnaud Aubert nous transmet, tout en nuance et subtilité, le magnifique portrait de cette femme si célèbre : Simone Veil . Pas un biopic, mais plutôt un portrait en forme d'esquisse impressionniste qui nous délivre certaines pensées, certaines caractéristiques de son caractère, avec beaucoup de pudeur et sans "tout nous dire". Simone Veil, par Simone en aparté en devient une femme française universelle et le témoin d'une époque. Dévoiler une part de son intimité pour toucher l’universalité. Evoquer sa singularité pour toucher l’intimité. Une vision fantasmée par l’imaginaire, qui propose aux spectateurs de vivre un moment unique, au plus proche de celle qui pourrait être notre alter-ego :la femme, la mère, la fille, l’épouse, la sœur, l’amie, la camarade… Arnaud Aubert La magnifique scénographie d' Hervé Mazelin et les très belles lumières en demi teinte d'Estelle Ryba ajoutent encore beaucoup de magie à ce spectacle. Un spectacle avec une construction passionnante qui en alternant, sans cesse entre pensées du moment et souvenirs, montre, parfaitement, les liens entre l'adulte et l'enfance, entre le passé et le présent. L’espace doit permettre une libre parole qui vagabonde au gré des pensées de notre héroïne sans s’encombrer d’éléments réalistes qui enfermeraient le spectateur dans une vision réductrice et didactique. Pour être à la hauteur du mythe, la scénographie doit être esthétique, lumineuse, presque incandescente. Nous avons tous en mémoire cette femme à l'apparence stricte et à l'esprit déterminé. Sophie Caritté, fascinante dans ce rôle, joue avec beaucoup d'émotion, de fougue, de sensualité et d'humour son personnage. Elle nous propose une Simone si humaine, si vivante et actuelle aux combats devenus bien souvent des acquis. Une personne de caractère, d’une richesse hors du commun, d’une rare intelligence et d’une grande sensibilité. Maupassant, Maupassant que j’aime, ne m’en voudra pas d’avoir emprunté le titre d’un de ses plus jolis romans pour décrire un parcours qui ne doit rien à la fiction. Simone Veil Simone en aparté est un spectacle magnifique et brillant, un vrai coup de coeur tout en ombre et lumière qu'il va falloir découvrir absolument. SIMONE en aparté Texte et mise en scène Arnaud Aubert Avec Sophie Caritté Scénographie et visuel affiche Hervé Mazelin Lumière et régie générale Estelle Ryba Musique Nicolas Girault Costumes Yolène Guais maquillage / coiffure Lacaille Virginie Studio Hébertot Du 5 novembre 2024 au 15 janvier 2025 • Les mardis et mercredis 19H • Durée 1h15 • À partir de 14 ans En savoir plus... Simone VEIL, les grandes dates et lignes de son parcours • 1927-Le 13 juillet, naissance à Nice de Simone Jacob, benjamine d’une famille de quatre enfants. •1944 -Détenue par la Gestapo, le 13 avril elle est déportée depuis le camp de Drancy à Auschwitz-Birkenau avec sa mère et sa sœur Madeleine (Milou). •1945 - Le 15 mars, sa mère meurt du typhus au camp de Bergen-Belsen. Le 23 mai, Simone revient en France avec sa sœur. En septembre, elle s’inscrit à la faculté de droit à Paris. •1946 -Le26 octobre, elle épouse Antoine Veil. •1947 -Le 26 novembre, naissance de Jean, son premier fils. •1949 -Le 4 janvier, naissance de son deuxième fils, Claude-Nicolas. •1952 -En août, sa sœur Milou meurt dans un accident de voiture ainsi que le fils de celle-ci, âgé de quelques mois. •1954 -Le 16 mars naît son troisième fils, Pierre-François. •1957 - Elle commence une carrière de magistrate à l’administration pénitentiaire du ministère de la Justice. •1964 -Elle entre à la direction des Affaires civiles. •1970 -Elle est la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature. •1974 -Elle est nommée ministre de la Santé (gouvernements Chirac puis Barre). • 1975 -Le 17 janvier est promulguée la «loi Veil» autorisant l’avortement en France, après des débats houleux. •1979 -Elle est désignée première présidente du Parlement européen élu au suffrage universel direct. •1984 -Présidente du Groupe des libéraux, démocrates et réformateurs au Parlement européen. •1993 -Ministre d’Etat pour les Affaires sociales, la Santé et la Ville (gouvernement Balladur). •1998 -Membre du Conseil constitutionnel. •2001 -Elle devient la première présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et exerce la fonction jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans. Elle en restera présidente d’honneur. •2002 -Le 13 août, son fils Claude-Nicolas meurt d’un infarctus. •2007 - Publication de ses mémoires, intitulées Une Vie(Livre de poche-Editions Stock). •2008 -Elle est élue à l’Académie française le 20 novembre. •2013 -Mort de sa sœur Denise le 4 mars, suiviele 12 avril 2013 de celle de son mari, Antoine Veil. •2017 -Elle meurt à Paris le 30 juin 2017 • 2018 - Le 1er juillet, Simone et Antoine Veil font leur entrée au Panthéon.
- “Changer l’eau des fleurs” : Une Ode à la Vie et aux Petites Choses
Avec Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin nous transporte dans une histoire douce et mélancolique, où l’ordinaire prend une dimension extraordinaire. Adapté au théâtre par Caroline Rochefort et Mikaël Chirinian sous la direction de Salomé Lelouch, ce drame intimiste plonge dans l’univers de Violette Toussaint, garde-cimetière en Bourgogne, et nous offre une véritable leçon d’humanité. L’Histoire de Violette Toussaint : Entre Solitude et Résilience Violette Toussaint mène une existence tranquille en tant que gardienne du cimetière de Brancion-en-Chalon. Ses journées sont rythmées par les confidences des visiteurs, l’entretien des tombes et les cafés partagés. Cette routine, empreinte de mélancolie et de solitude, est bouleversée lorsque Julien Seul, un commissaire de police, arrive avec une question déconcertante : pourquoi sa mère récemment décédée souhaite-t-elle que ses cendres soient dispersées sur la tombe d’un certain Gabriel ? Cette énigme plonge Violette dans une quête émotionnelle, où son propre passé, marqué par des deuils et des souffrances, se mêle à cette nouvelle recherche de vérité. Peu à peu, les destins se croisent, les secrets se dévoilent, et les âmes blessées tentent de se réparer. Une Mélancolie Douce et Poétique L’adaptation théâtrale de Changer l’eau des fleurs parvient à capturer l’essence poétique et douce-amère du roman de Valérie Perrin. Le décor, sobre et harmonieux, accompagné de l’utilisation délicate de vidéos, crée une atmosphère intimiste. Chaque scène semble baignée d’une douce mélancolie, jamais lourde, qui ouvre plutôt sur une lumière apaisante, invitant à réfléchir sur les cycles de la vie et les petites choses qui la rendent si précieuse. Des Personnages Profonds et Touchants Les personnages de Changer l’eau des fleurs émeuvent par leur humanité et leur fragilité. Violette Toussaint, interprétée avec une simplicité désarmante, incarne l’une des grandes forces de la pièce. Malgré les épreuves qui l’ont marquée, elle conserve une force tranquille, et son interprétation offre des moments d’émotion à fleur de peau, comme si un tuteur invisible la maintenait droite face à l’adversité. Julien Seul, quant à lui, apporte un contraste à la mélancolie de Violette. Lui aussi est en quête de réponses, cherchant à comprendre les choix déroutants de sa mère. Leur rencontre fortuite bouleverse leurs vies respectives, et révèle chez chacun une sensibilité enfouie. L’écriture de Valérie Perrin, dans le roman comme dans l’adaptation, excelle à capturer ces moments d’échange, où chaque mot est mesuré, chaque silence chargé de sens. Malgré leurs fêlures, les personnages conservent une dignité qui touche profondément. Des Ombres dans la Lumière Bien que la mise en scène soit d’une grande finesse, l’intrigue, ponctuée de drames successifs, peut parfois donner l’impression d’une certaine exagération. Cette accumulation d’événements tragiques, bien que souvent émouvante, pourrait, pour certains spectateurs, affaiblir l’impact narratif en rendant le récit un peu trop chargé. Cependant, la justesse et l’intensité du jeu des acteurs rééquilibrent ces moments, apportant des instants de grâce et de profondeur qui laissent une empreinte durable. Une Leçon d’Humanité Changer l’eau des fleurs est avant tout une leçon d’humanité. Ce conte moderne, où la vie, la mort, l’amour et le deuil s’entrelacent, résonne comme un hommage à la capacité de résilience des êtres humains, à leur aptitude à trouver du sens dans le chaos, et à apprécier les petites joies qui rendent l’existence supportable. Portée par l’interprétation subtile des acteurs et la délicatesse de la mise en scène, cette adaptation réussit à conserver la magie du texte original tout en lui insufflant une nouvelle vie sur scène. Changer l’eau des fleurs invite à savourer les petites choses, à se laisser porter par les coïncidences de la vie, et à embrasser la poésie du quotidien. Avis Foudart 🅵🅵🅵 CHANGER L'EAU DES FLEURS D'après le best-seller de Valérie PERRIN Adaptation Caroline Rochefort, Mikaël Chirinian Mise en scène Salomé Lelouch, Mikael Chirinian Avec en alternance Ludivine de Chastenet, Caroline Rochefort, Maud Le Guénégal, Morgan Perez, Mikaël Chirinian, Fréderic Chevaux et Jean-Paul Bezzina • Scénographie Delphine Brouard • Création lumière François Leneveu • Création vidéo Mathias Delfau • Musique et création sonore Pierre-Antoine Durand Crédit photo © Fabienne RAPPENEAU Théâtre Lepic Actuellement • Du mercredi au vendredi 19h • Les samedis à 21h Nomination aux Molières 2022 - Révélation Féminine Caroline Rochefort
- Tenir debout : L’actrice dans le monde des Miss
Comment réconcilier l’image de la jeune première avec celle d’une actrice aux aspirations féministes dans un monde où l’apparence joue un rôle fondamental ? C’est la question que Suzanne de Baecque s’est posée en décidant de s’inscrire à l’élection de Miss Poitou-Charentes. Ce défi, à la fois personnel et artistique, est au cœur du spectacle Tenir debout , un projet né de son expérience d’infiltration dans ce concours, un univers à la fois déconcertant et fascinant. L’expérience d’une actrice Le projet Tenir debout a pris racine dans une réflexion personnelle de Suzanne de Baecque. En tant qu’élève à l’École du Nord de Lille, elle a eu l’opportunité de se lancer dans un atelier de recherche, intitulé « Croquis de voyage », qui lui demandait de partir en solo avec un sac à dos et un projet artistique à réaliser quelque part en France. C’est ainsi que l’idée de s’inscrire à Miss Poitou-Charentes a émergé. Son choix n’était pas anodin. Cette immersion dans le monde des concours de beauté allait à contre-courant de ses propres complexes et de son parcours de comédienne, elle qui avait toujours refusé de se conformer aux rôles de la « jeune première ». Dans ce cadre, le concours de Miss représentait un terrain propice pour interroger ce qu’elle percevait comme une tension entre le désir de représentation et la contrainte des regards extérieurs. Le poids du regard et de l’apparence Tenir debout explore la question de l’image et de la représentation des femmes, en particulier dans des contextes où le corps est jugé et valorisé selon des critères très normés. Suzanne de Baecque y oppose son expérience personnelle de jeune comédienne, souvent en décalage avec les attentes physiques imposées par le cinéma et le théâtre, notamment à travers le stéréotype de la « jeune première » — cette figure de l’amoureuse au physique agréable, à la voix séduisante, et à la jeunesse éclatante. L’élection de Miss Poitou-Charentes lui a permis de questionner ce fantasme de la beauté standardisée. Le spectacle qui en est issu propose une réflexion critique sur l’apparence, la féminité et la place de la femme dans une société où les concours de beauté, malgré leur apparente désuétude, continuent de jouer un rôle important dans la définition de la féminité. Entre rêve et violence Le parcours de Suzanne de Baecque au sein du concours de Miss se traduit dans Tenir debout par une oscillation entre des moments de rêverie et d’exploration intime, et d’autres marqués par la violence de l’évaluation corporelle et des regards extérieurs. Le spectacle fait écho à la contradiction entre le rêve que poursuivent les jeunes femmes participant aux concours de Miss, et la réalité d’un jugement constant et omniprésent sur leur apparence. Loin de toute caricature ou condamnation simpliste, Tenir debout parvient à traiter ce sujet avec une grande humanité. La relation de Suzanne de Baecque avec les autres prétendantes au titre de Miss est pleine de respect et de curiosité. Elle met en lumière la complexité des motivations de ces jeunes femmes, qui, pour certaines, voient en cette compétition un moyen d’émancipation et d’affirmation personnelle. Un spectacle sensible et éclatant Bien que certaines longueurs et digressions ponctuent le spectacle, ce qui retient l’attention est avant tout la performance captivante de Suzanne de Baecque. Son énergie débordante et sa présence scénique illuminent la scène. Loin de se contenter d’une observation détachée, elle s’immerge pleinement dans son sujet, et parvient à faire exploser son talent à travers une interprétation touchante, drôle, et parfois décalée. Le spectacle, traversé de tendresse et d’humour, résonne avec une sensibilité profonde. Suzanne de Baecque, en explorant ses propres vulnérabilités et en interrogeant la construction sociale de l’apparence, livre une réflexion puissante sur le poids des regards qui assignent et contraignent les corps féminins. Avec Tenir debout , Suzanne de Baecque offre une plongée saisissante dans l’univers des concours de beauté, tout en y apportant un regard artistique et féministe. Son spectacle, à la fois introspectif et critique, interroge avec justesse notre rapport à l’image, à l’apparence, et aux attentes imposées aux femmes. C’est une œuvre vibrante et nécessaire qui allie sensibilité, humour, et une réflexion contemporaine sur le corps et la représentation. Avis Foudart 🅵🅵 Tenir debout Texte et mise en scène Suzanne de Baecque Avec Suzanne de Baecque, Raphaëlle Rousseau en alternance avec India De Almeida (les 1er et 2 octobre 2024) Chorégraphie Raphaëlle Rousseau • Lumière Thomas Cottereau • Vidéo Manon Sabatier Costumes Marie La Rocca Composition musicale Valentin Clabault Avec la voix d’Oscar Lesage Crédit photo © Jean-Louis Fernandez THÉÂTRE DU ROND-POINT 18 septembre - 6 octobre 2024 • Du Mardi au vendredi, 19h30 - samedi, 18h30 - dimanche, 15h30 • Durée 1h20 En tournée 6 — 8 novembre 2024 La Comédie de Béthune (62) 12 et 13 novembre 2024 Le Sorano / Toulouse (31) 18 — 21 novembre 2024 Comédie de Colmar - CDN Grand Est Alsace (68) 18 — 20 décembre 2024 La Criée - Théâtre National de Marseille (13) 14 janvier 2025 Théâtre d'Arles (13) 16 janvier 2025 La Garance - Scène Nationale de Cavaillon (84) 5 — 7 mars 2025 Théâtre du Beauvaisis - Scène Nationale de Beauvais (60)
- Fuck Me : Le cri de vie de Marina Otero
Marina Otero, chorégraphe, danseuse et performeuse argentine, s'impose comme une figure incontournable de la scène artistique alternative. Son œuvre, profondément marquée par l’autofiction, explore les frontières entre la réalité et la fiction, mettant son propre corps et sa vie au cœur de ses créations. Avec Fuck Me , Marina Otero fait voler en éclats les conventions et la bienséance avec une création où le corps est à la fois un cri et une confession, une lutte et une offrande. À travers cette performance, la chorégraphe argentine explore avec audace et sensualité l’intimité d’un corps brisé, épuisé par le temps, mais toujours vibrant de vie et de désir. Sur scène, cinq danseurs masculins, symboles de la virilité exacerbée, sont nus, dans une chorégraphie érotique où cuir, latex et sueur forment une symphonie provocante. Leurs corps, déformés et magnifiés, deviennent les doubles d’Otero, projetant ses propres angoisses et blessures. Mais derrière cette mise en scène troublante se cache une vérité plus crue, celle d’un corps féminin qui, affaibli par les accidents et les années, ne peut plus danser, mais refuse de s'effacer. Otero, tantôt clouée à sa chaise, tantôt se traînant sur scène avec peine, observe, commande, orchestre. Sa colonne vertébrale fracassée, elle délègue son mouvement aux cinq « Pablo », des avatars de ses fantasmes, de ses regrets, de son passé. Ce transfert de la puissance scénique n'est pas une abdication, mais une affirmation de sa souveraineté. Chaque geste, chaque danse qu’elle ne peut plus exécuter, devient un moyen de s'affirmer dans la douleur, dans l'humiliation consentie, mais aussi dans une forme de contrôle absolu. Au-delà de la Simple Provocation Érotique Fuck M e est un cri de résistance contre l’inéluctabilité du temps, un élan désespéré vers la vitalité. Dans cette mise à nu radicale, Marina Otero plonge dans les tréfonds de son histoire personnelle et familiale, revenant sur les zones d’ombre laissées par la dictature argentine, dont son propre grand-père fut une figure ambivalente. Cette introspection, qui mêle mémoire collective et histoire intime, fait de son corps meurtri le terrain de toutes les luttes, celles de l’individu contre le pouvoir, contre le vieillissement, contre l’oubli. Et pourtant, malgré la gravité des thèmes abordés, Fuck Me regorge d’une énergie explosive, d’une vitalité parfois ludique, parfois tragique. Les danseurs, ces « Pablos » magnifiés, portent sur leurs épaules non seulement la fragilité de Marina Otero, mais aussi celle d'une humanité confrontée à ses propres limites. Ils dansent pour elle, pour ce corps qui se meurt, mais qui ne cesse de résister. Dans cet espace entre l’agonie et la révolte, Otero interroge ce que signifie vivre, aimer, se souvenir, créer. La pièce se termine dans une explosion d’énergie qui laisse le spectateur bouleversé, ébranlé, face à la condition humaine, à ce corps qui raconte mille histoires, toutes aussi vraies les unes que les autres. Une œuvre qui fait Trembler, qui Fascine, mais qui ne laisse jamais Indifférent Avec Fuck Me , Marina Otero nous offre un spectacle aussi audacieux qu'émouvant, où la vulnérabilité devient force, où l’intime se fait politique, où la douleur devient sublime. Une œuvre terriblement humaine, terriblement sexy, terriblement vivante. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 Fuck Me Dramaturgie et mise en scène Marina Otero Avec Augusto Chiappe, Cristian Vega, Fred Raposo, Juan Francisco , López Bubica, Matías Rebossio, Miguel Valdivieso, Marina Otero Conception de l’espace et de l’éclairage Adrián Grimozzi • Conception des costumes Uriel Cistaro • Conception sonore et musique originale Julián Rodríguez Rona • Conseil dramaturgie Martín Flores Cárdenas Photographie Matías Kedak THÉÂTRE DU ROND-POINT 18 — 22 septembre 2024 • Mercredi, jeudi et vendredi, 21h — Samedi, 20h — Dimanche, 17h • Durée 1h10 • À PARTIR DE 16 ANS Prix du Public ZKB - Theater Spektakel 2021 18 — 22 septembre 2024
- Le Premier Sexe, ou la Grosse Arnaque de la Virilité : Un Voyage Théâtral vers la Déconstruction des Normes Masculines
Depuis plusieurs années, Mickaël Délis parcourt les scènes avec son spectacle solo Le Premier Sexe, ou la Grosse Arnaque de la Virilité . Le titre, clin d'œil au célèbre Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, annonce d’emblée une réflexion profonde sur la masculinité, tout en s’éloignant d’un manifeste masculiniste. Plutôt que de dénoncer une prétendue domination féminine, Délis propose une analyse subtile et introspective des normes viriles qui, de manière souvent insidieuse voire brutale, façonnent l’identité masculine. Un Hommage à Beauvoir et un Parcours Introspectif En s'inspirant de la démarche analytique de Simone de Beauvoir, Délis transpose la structure en sept étapes du Deuxième Sexe à la question de la masculinité. Le spectacle devient alors une exploration et une déconstruction des stéréotypes culturels liés à l'identité masculine, et plus particulièrement à la notion de virilité. Cependant, loin de s'enfermer dans un discours théorique ou militant, Délis adopte un ton accessible et humain, en ancrant sa réflexion dans ses souvenirs personnels. Seul en scène, il donne vie à une galerie de personnages – membres de sa famille, camarades de classe, thérapeutes, professeurs – qui ont jalonné son parcours. Le spectacle, conçu pour toucher un large public – bien au-delà des convaincus ou des spécialistes en philosophie et sociologie – s’appuie sur des anecdotes personnelles et des expériences de vie pour aborder des thématiques telles que la masculinité toxique, l’héritage patriarcal et l’acceptation de soi. À travers une série de tableaux à la fois hilarants, déjantés et parfois acrobatiques, Délis réussit à mêler humour et émotion, sans jamais réduire son récit à son homosexualité. En adoptant une approche plus large, il explore la masculinité sous un angle universel, rendant ses réflexions percutantes et accessibles à tous. Humour et Réflexion : Un Spectacle Vivant et Inspirant Avec une énergie incroyable, une sensibilité et un sens de l’humour désarmant, Mickaël Délis explore la complexité d'une adolescence marquée par la moquerie et l'incompréhension, mais aussi par des moments de légèreté. Le public rit autant qu’il réfléchit devant ses personnages, tels qu’une mère possessive mais aimante, un psy farfelu, ou encore un professeur d’université aussi déroutant qu’éclairant. Ces figures, tour à tour émouvantes et drôles, illustrent la difficulté de se construire face aux attentes sociétales, particulièrement quand on ne correspond pas aux standards de la masculinité dominante. Délis parvient à éviter les écueils du pathos, préférant une approche où le rire devient un outil de réflexion. Le public est amené à s’interroger, non pas dans la douleur ou la colère, mais dans la complicité et l’introspection. Cela permet à chacun de remettre en question les idées préconçues sur le genre, sans se sentir jugé ou exclu du débat. Un Triomphe Théâtral Avec Le Premier Sexe , Mickaël Délis réussit un véritable tour de force : aborder la virilité avec une rare profondeur, tout en restant accessible et divertissant. Porté par un texte d’une grande finesse, une mise en scène énergique et une interprétation éblouissante, Délis, à la fois comédien et co-metteur en scène avec Vladimir Perrin, démontre qu’il est possible de traiter des sujets aussi complexes que la masculinité toxique, l’homophobie ordinaire ou l’émancipation des stéréotypes, sans tomber dans la morale facile ni la simplification réductrice. Ce premier volet de la Trilogie du Troisième Type sera suivi par La Fête du Slip ou le Pipo de la Puissance en 2024, et La Paillette de leurs Vies ou la Paix Déménage en 2025, promettant de poursuivre cette exploration théâtrale des questions de sexe, de genre et de société. En attendant, Le Premier Sexe s'impose comme un spectacle incontournable : à la fois drôle, poignant et d'une pertinence saisissante dans un monde où la déconstruction des normes patriarcales est plus nécessaire que jamais. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 Le premier sexe, ou la grosse arnaque de la virilité Un spectacle de Mickaël Délis Mise en scène Mickaël Délis et Vladimir Perrin Avec Mickaël Délis Collaboration artistique Elisa Erka, Clément Le Disquay et Elise Roth Collaboration à l’écriture Chloé Larouchi Lumières Jago Axworthy La Scala Paris Du mardi 17 septembre 2024 au mercredi 27 novembre 2024 • Les mardis et mercredis à 19h15 • Durée 1h15
- L’Avare, un Spectacle Participatif et Moderne
« Nous rêvons d’un spectacle qui se construit sous nos yeux : nous trions, choisissons, asso- cions, disposons en temps réel les élé- ments qui nous sont apportés. De la pau- vreté nous faisons une richesse. Car la vraie richesse d’un spectacle, c’est sa troupe, son savoir-faire, son œil, son art. La vraie richesse c’est le partage. » - Clément Poirée Dans cette version audacieusement réinventée de L’Avare de Molière, Clément Poirée nous propose une relecture percutante de cette comédie intemporelle, en la confrontant aux enjeux contemporains de la décroissance et du partage. Le public, loin d’être un simple spectateur, devient acteur de la création en apportant divers objets — vêtements, accessoires, jouets, casseroles — qui seront intégrés en temps réel à la scénographie et aux costumes. Ce retour aux sources du théâtre illustre comment la créativité naît souvent de la contrainte et du peu. Molière revisité pour notre époque L’Avare , chef-d’œuvre de Molière sur l'avidité et l'obsession de la possession, résonne puissamment dans une ère où la surconsommation est de plus en plus questionnée. Harpagon, joué par John Arnold, incarne avec une pertinence saisissante l’angoisse de l'accumulation. Son désir insatiable de contrôle et de richesse, au détriment de sa famille, fait écho aux dilemmes modernes autour de l’accumulation matérielle et de la transmission intergénérationnelle. Un spectacle unique chaque soir L’une des innovations majeures de cette mise en scène réside dans l’utilisation des objets apportés par le public, qui sont transformés en accessoires, costumes et décors. Chaque représentation devient ainsi une création éphémère, où le chaos apparent laisse place à une véritable performance collaborative. Comédiens, techniciens et artistes, tels des alchimistes, réinventent le spectacle sous les yeux du public, offrant chaque soir une expérience théâtrale unique et inattendue. Le recyclage au cœur de la création À la fin de chaque représentation, les objets collectés sont redistribués à la ressourcerie solidaire La Petite Rockette, prolongeant ainsi la vie de ces objets et s’inscrivant dans une démarche écologique de réduction du gaspillage. Ce geste fait subtilement écho aux réflexions d’Harpagon sur la modération et le refus de l’excès. Une farce moderne et débordante de créativité Dans cette interprétation inventive, la troupe, vêtue simplement face à des étagères vides, symbolise l’austérité d’un Harpagon avide de tout conserver. Paradoxalement, cette approche minimaliste engendre un foisonnement de créativité. La comédie de Molière, dépouillée de ses artifices et revisitée avec humour et intelligence, met en lumière des problématiques toujours actuelles. Les comédiens, en constante interaction avec le public, improvisent et jouent avec les objets, transformant chaque soir en un véritable happening théâtral. Une expérience jubilatoire et participative Clément Poirée, en revisitant L’Avare sous cet angle contemporain, célèbre l’essence même du théâtre : le partage et l’échange. Bien plus qu’un exercice de style, cette mise en scène interroge profondément notre rapport aux biens matériels, à la transmission et à l'écologie. Elle métamorphose le théâtre en un espace participatif où les spectateurs deviennent des acteurs actifs de la création. Ainsi, L’Avare devient le miroir de nos sociétés modernes, tiraillées entre l’accumulation et le partage, et pose une question cruciale : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour ne rien perdre, et à quel moment apprendrons-nous enfin à donner ? Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 L’avare texte de Molière mise en scène Clément Poirée avec John Arnold , Mathilde Auneveux, Pauline Bry-Martin ou Sylvain Dufour, Pascal Cesari, Erwan Creff ou Caroline Aouin THÉÂTRE DE LA TEMPÊTE Du 13 septembre au 20 oct. 2024 • Du mardi au samedi 20, dimanche 16 h Crédit / Copyright : © Fanchon Bilbille EN SAVOIR PLUS… LA PETITE ROCKETTE Qu’est-ce que c’est ? La Petite Rockette est une association qui gère deux ressourceries à Paris : La Rockette Père Lachaise (11e) et La Rockette Montgallet (12e). Mais elle inclut également d’autres structures : La Trockette (11e) : café-atelier et restaurant "anti-gaspi" de 40 couverts. La Cyclette (11e) : atelier vélo participatif et solidaire. La Cadette (12e) : friperie solidaire et atelier de réparation. L’équipe est composée de 51 salarié.e.s, dont 12 personnes issues d’un dispositif de réinsertion professionnelle, plusieurs d’entre elles étant primo-arrivantes. Environ 150 bénévoles y participent également. Les ressourceries récupèrent tout type d’objet provenant de particuliers, mais ne collaborent pas avec les entreprises. Les denrées alimentaires peuvent également être collectées pour La Trockette, où 70 % des repas sont préparés à partir de dons et 30 % proviennent d’achats. En chiffres : 3 tonnes de dons sont déposées quotidiennement sur l’ensemble des sites. Les objets sont triés par catégorie. Les dons sont pesés à l’entrée et à la sortie, et ces données sont enregistrées dans un logiciel de traçabilité afin de suivre le parcours des objets. 9 % des dons sont jetés (ceux qui ne peuvent pas être vendus ou qui ne sont pas recyclables). 40 % des dons sont recyclés ; les autres sont directement mis en vente ou passent par l’atelier de revalorisation. AU FIN FOND DU GRENIER, BIEN CACHÉ DANS LA CAVE Aiguilles à coudre Aiguilles à tricoter Allumettes Amplis Ampoules Annuaires Aquarelles Argent Argile Autoradios Balais Ballons Bananes Bandanas Bandeaux Barrettes Bassines Batte de baseball Béquilles Betteraves Bigoudis Bijoux Boîtes Boîtes à musique Bouchons de bouteille Boucles Bougies Bouteilles en plastique Bouteilles en verre Boutons Bretelles Brosses Câbles électriques Cacao Cahiers Cannes Capsules de bière Carton Carton plume Casseroles CD Ceintures Chaises roulantes Chandeliers Chapeaux Chaussures Chemises Chou vert Chouchous et élastiques Cintres Collants Corde à linge Coton Coupons de tissu Courgettes Coussins Couvertures de survie Cravates Crayons Décorations de Noël Dessertes sur roulettes Draps Écharpes Éponges Feuilles mortes Ficelles Filets Fils Flûtes à bec Franges Frites de piscine Gants de boxe Gilets Gouache Graines de pavot Guirlandes électriques Huile de coco Huile de tournesol Instruments de bricolage Jeux de société Jouets WISHLIST Ce qui pourrait faire le bonheur de la troupe… Journaux Jupes Lampadaires Lampes de jardin Lampes de poche Lampes frontales Lampes sur pied Lessive Lichen et mousse Livres Lunettes Magnétophones Mallettes Manteaux Masques de plongée Masques de ski Masques de théâtre Matériel médical Mégaphone Micro karaoké Mouchoirs Mousse à matelas Nappes Or Paniers et corbeilles Pantalons Papier absorbant Papier cadeau Papier d’aluminium Papier kraft Papier toilette Parapluies Pare-soleil Passoires Pastels Pâtes Peluches Perles Pèse-personne Petit électroménager Pin’s Pinces à linge Pistolets en plastique Plantes en pot Plateaux Plumes Pommes Pompons Post-it Posters Quincaillerie Registres Rideaux de chambre Rideaux de douche Rideaux de placard Riz Robes Rubans et galons Sacoches Sacs Sacs-poubelles Salades Sangles Scotch Scoubidous Serviettes de table Stylos Synthétiseurs Tableaux Taies d’oreiller Talc Tapis de yoga Vaisselle Vestes
- Le OFF d'Avignon débarque à Paris : une rentrée théâtrale vibrante
Chaque rentrée, le théâtre parisien se réinvente, et cette année, l'énergie du festival OFF d'Avignon envahit la capitale. Un rendez-vous incontournable pour les Parisiens, qui pourront découvrir des créations audacieuses, percutantes, et toujours empreintes de vitalité. Plusieurs pièces s’annoncent déjà marquantes, avec des thématiques variées et captivantes. "Rentrée 42" , programmé au Théâtre Comédie Bastille dès le 5 septembre, est une des grandes attentes de la saison. Signée Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire, cette pièce éligible aux Molières transporte le public dans le quotidien de quatre institutrices en 1942, à Paris. Un événement inattendu bouleversera leur vie, révélant leur résilience face à l'adversité. La mise en scène, immersive, fait des spectateurs des élèves invisibles, accentuant l’intensité de cette œuvre poignante. Autre moment fort : "Les Vengeurs" à la Divine Comédie. Cette comédie policière absurde plonge dans un univers déjanté, peuplé de personnages hauts en couleur. Parfait pour les amateurs d'humour et d'intrigues décalées. Le théâtre contemporain brille aussi avec "Belvédère" au Guichet Montparnasse. Cette pièce interroge la frontière entre folie et réalité, dans un décor mystérieux, où le spectateur suit les tribulations d'une écrivaine excentrique et son entourage. Du 24 septembre au 3 novembre, le Théâtre de la Reine Blanche accueillera "En quoi cette nuit ?" , une fresque familiale où trois générations de femmes célèbrent une tradition. Cette pièce, à la fois intime et universelle, explore les thèmes de la transmission et de la résilience avec une sensibilité touchante. "Le Radeau de la Méduse" à la Comédie Bastille revisite un épisode marquant de l'histoire de l'art. Anne Cangelosi, seule en scène, incarne une conférencière pétillante, offrant un spectacle aussi divertissant qu'instructif autour du tableau emblématique de Géricault. Deux autres spectacles prometteurs s'ajoutent à cette programmation. D'abord, "Livraison comprise" au Studio Hébertot, du 15 septembre au 4 décembre 2024. Écrite par Hugues de Rosamel, cette pièce contemporaine explore la modernité des relations humaines à travers un duo brillant. Ensuite, à partir du 3 octobre, "Arletty" au Théâtre des Mathurins revisite l’histoire passionnelle et tragique de l’actrice française, amoureuse d’un officier allemand sous l’Occupation. Sous la direction de Jean-Luc Moreau, cette pièce promet d’offrir une plongée fascinante dans l’intimité de cette icône du cinéma. Avec cette nouvelle vague théâtrale inspirée du OFF d’Avignon, Paris vibrera au rythme d’une saison riche en émotions, entre rires, larmes et réflexions. Un rappel éclatant de la vitalité du théâtre, toujours prêt à connecter passé et présent. Plus d’infos sur tous ces spectacles
- La Nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé : Un huis clos oppressant sur les secrets de famille
Récemment adapté en série par Xavier Dolan, La Nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé , une œuvre de Michel Marc Bouchard, se distingue comme un drame intime, cruel et poignant. Présentée pour la première fois sur scène à Paris, cette pièce de théâtre plonge le spectateur au cœur d'une famille tourmentée, dont les silences enfouis refont surface avec une violence inattendue. Didier Brengarth, metteur en scène de cette adaptation, offre une vision à la fois minimaliste et oppressante, rendant ce huis clos d'autant plus percutant. L'intrigue s'articule autour de Mireille, thanatopractrice, qui retourne dans sa ville natale pour préparer le corps de sa mère défunte. Ce retour bouleverse l’équilibre fragile de sa famille, réveillant des fantômes du passé, en particulier la vérité cachée sur "la nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé". Qu'est-il réellement arrivé cette nuit-là, et pourquoi cette vérité a-t-elle été étouffée pendant si longtemps ? Au cœur du drame se pose la question du pardon et de la rédemption, deux concepts profondément explorés par Bouchard. Le talent de Michel Marc Bouchard réside dans sa capacité à mêler différentes tonalités — du tragique à l'humour noir — sans jamais dévier de l'authenticité des émotions humaines. Comme l'explique l'auteur, "Le pardon apporte la consolation. La rédemption, elle, mène à l'élévation." En posant cette réflexion, Bouchard interroge également la manière dont la morale et l'éthique évoluent dans une société de plus en plus déconnectée de la vérité. Didier Brengarth, connu pour ses mises en scène rigoureuses et captivantes, trouve ici un terrain de jeu idéal. Fasciné par les secrets de famille, il souligne dans sa note d'intention l’importance de la parole comme remède ultime à ces non-dits toxiques. Dans une société où l'information est omniprésente, il semble paradoxal que les vérités les plus intimes restent enfouies, dissimulées derrière des façades soigneusement entretenues. Le travail de Brengarth sur cette pièce est minutieux et parfaitement calibré. La scénographie, imaginée par Olivier Prost, joue sur une simplicité efficace, permettant au public de se concentrer sur les acteurs et leurs performances. La scénographie réaliste, renforcée par des jeux de lumière élaborés de Mathieu Courtaillier et une création sonore d'Antoine Daviaud, plonge les spectateurs dans une atmosphère glaçante, quasi cinématographique. Les costumes, conçus par Mathieu Crescence, ajoutent à cette danse macabre où la vie et la mort s’entrecroisent de manière troublante. Ce qui frappe surtout dans cette mise en scène, c’est la précision avec laquelle Brengarth orchestre les déplacements et les interactions des acteurs, chaque geste et chaque mot étant soigneusement pesés pour maximiser l'impact émotionnel. La pièce devient ainsi un ballet d'émotions, où chaque acteur évolue avec une maîtrise impressionnante, renforçant l’intensité dramatique à chaque instant. La Nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé se révèle ainsi un spectacle captivant, un véritable crescendo d’horreur, d’humour et de tragédie. Avec des rebondissements dignes des meilleurs thrillers, cette œuvre questionne nos propres silences et secrets. C’est un huis clos magistral, aussi oppressant que fascinant, qui laisse une empreinte indélébile sur les spectateurs. Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 LA NUIT OÙ LAURIER GAUDREAULT S'EST RÉVEILLÉ de Michel Marc Bouchard Mise en scène Didier Brengarth Avec Gaelle Billaut-Danno , David Macquart , Marie Montoya , Benjamin Penamaria , Julien Personnaz , Margaux Van Den Plas Assistante mise en scène Stéphanie Froeliger • Scénographie Olivier Prost • Création lumières Mathieu Courtaillier • Costumes Mathieu Crescence • Création visuelle Mathieu Courtaillier et Didier Brengarth • Conception sonore Antoine Daviaud THÉÂTRE TRISTAN BERNARD ACTUELLEMENT • Du mardi au vendredi à 21h. Le samedi à 16h et 21h • Durée 1h45 • Déconseillé aux moins de 10 ans












