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- Révolte ou tentatives de l’échec: L'ultime volet d'une trilogie éblouissante
Depuis le début de sa trilogie en 2019 avec "Résiste", en passant par "Respire" en 2021, Johanne Humblet, cette fildefériste hors du commun, n'a cessé de nous fasciner. Dans "Révolte", dernier volet de cette série, elle revient plus audacieuse et déterminée que jamais. Avec une troupe composée de deux musiciennes et de deux circassiennes, Humblet nous offre une immersion dans un univers à la fois spectaculaire et intimiste. Dans cette création, la trame narrative s'articule autour de cinq femmes, cinq artistes déterminées à exprimer leur cri de révolte. Face à un monde qui semble parfois déraisonnable, ces femmes se lancent à corps perdus dans une quête de liberté et d'expression. Elles cherchent à briser les chaînes, quitte à échouer et recommencer sans cesse. Leur message est clair : face à l'adversité, il faut oser, prendre des risques et surtout, ne jamais renoncer. La mise en scène, rythmée et engagée, juxtapose des éléments dramatiques avec une légèreté décalée et absurde. Les performances artistiques sont sublimées par les prouesses techniques innovantes, qu'il s'agisse de l'équilibre sur un fil minuscule de 12 mm de diamètre, de voltige aérienne ou encore de la Roue Giratoire offrant des moments d'accélérations et de ralentissements à 360°. La création musicale, signée Jean-Baptiste Fretray, ajoute une dimension supplémentaire, avec deux musiciennes sur scène qui intensifient chaque moment. Au-delà de l'aspect visuel d’une grande beauté, le spectacle porte un message profond, une réflexion sur le monde actuel. Comme le note Humblet dans sa note d'auteure, "Révolte" est un cri de cœur face à un monde qui semble parfois sur le point de s'effondrer. Elle écrit : "J'ai un besoin d'action face à l'absurdité du monde : de faire porter ma voix, de crier mon corps, d'hurler mes larmes et de tendre vers l'amour !". "Révolte" est plus qu'un spectacle de cirque, c'est une expérience C'est le cheminement de plusieurs individus qui, malgré les obstacles, trouvent la force de s'unir, de se battre et de continuer à espérer. Et alors que l'eau et le vent se déchaînent sur scène, ajoutant une contrainte supplémentaire pour les artistes, ces éléments naturels deviennent le reflet des tempêtes internes que chaque individu traverse. Johanne Humblet, avec son parcours remarquable depuis l'École de Cirque de Bruxelles jusqu'à l'Académie Fratellini à Paris, continue de repousser ses propres limites. Chaque performance est une démonstration de son talent, de sa passion et de sa détermination. Elle est accompagnée sur scène par des artistes tout aussi talentueuses : Violaine Garros, Marica Marinoni, Annelies Jonkers et Fanny Aquaron. "Révolte" est une invitation à la réflexion, à l'action et à l'espoir. C'est un cri de ralliement pour tous ceux qui ressentent le besoin de s'exprimer, de se battre et de vivre pleinement. Un spectacle à ne pas manquer. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 RÉVOLTE OU TENTATIVES DE L’ÉCHEC Les filles du renard pâle Écriture et mise en scène Johanne Humblet, assistant mise en scène Maxime Bourdon, collaboration dramaturgie physique Farid Ayelem Rahmouni, création musicale Jean-Baptiste Fretray, funambule Johanne Humblet, danseuse aérienne Violaine Garros, acrobates roue giratoire Marica Marinoni ou Noa Aubry, musiciennes Annelies Jonkers, Fanny Aquaron Crédit Photos Kalimba Bonlieu - Scène nationale d’Annecy Du 11 au 14 oct • puis en tournée • Durée environ 1h • Tout public • À partir de 8 ans TOURNÉE 2023-2024 9 > 10 nov : Le Cratère Scène Nationale d’Alès dans le cadre du festival « Temps de Cirques » avec La Verrerie d’Alès 24 > 25 nov : La Scène Nationale d’Orléans 6 > 8 déc : Le Train Théâtre, Portes-lès-Valence 14 > 16 déc : Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines Scène Nationale 23 janv : Théâtre Jean Arp, Clamart (pas le 3 janvier) 26 janv : L’Avant-Seine, Colombes 4 févr : Scène Nationale d’Aubusson Théâtre Jean Lurçat 8 févr : Théâtre Molière – Sète Scène Nationale 7 > 8 mars : Scène Nationale de Bourg-en-Bresse 13 > 15 mars : Théâtre de Villefranche-sur-Saône 18 > 19 mars : La Rampe Scène Conventionnée, Échirolles 21 > 22 mars : Malraux Scène Nationale Chambéry Savoie 25 > 26 mars : Festival UP – Théâtre Varia, Bruxelles 28 > 29 mars : Le Prato Pôle National Cirque, Lille 4 > 5 avril : L’ACB Scène Nationale Bar-le-Duc 9 avril : Le Carreau Scène Nationale de Forbach et de l’Est mosellan 14 > 15 mai : Le Théâtre d’Angoulême Scène Nationale
- "I'm deranged" : le cri dans le noir de Mina Kavani, artiste en exil
Dans le monde de la musique, du théâtre et du cinéma, existent des voix qui brisent le silence, déchirant l'obscurité de la dictature et de la censure. Parmi ces voix courageuses se trouve Mina Kavani, une artiste iranienne exilée pour avoir refusé la censure. Son monologue autobiographique, "I'm deranged," résonne comme un cri dans l'obscurité. Mina Kavani est née en Iran, un pays où la créativité artistique est souvent réprimée. Elle a exploré le cinéma et le théâtre dès son plus jeune âge, se plongeant dans des rôles et des histoires qui la transportaient loin de la réalité oppressive de son pays. Elle a participé à des projets artistiques courageux, notamment "Red Rose," un film engagé réalisé par Sepideh Farsi, où elle a joué le rôle principal. Cependant, en Iran, l'art est soumis à la censure, et Mina Kavani a ressenti le poids de cette oppression sur sa créativité. Elle a dû quitter son pays pour préserver sa liberté artistique et sa vie. L'exil est devenu sa réalité, mais son cœur et son esprit sont restés ancrés à Téhéran, et maintenant, c'est de Téhéran qu'elle rêve. Comme elle le dit elle-même, "Je ne vis jamais dans l'endroit où je suis physiquement. Je suis condamnée à cette schizophrénie d'être dans un endroit et de vivre ailleurs dans ma tête." "I'm deranged" raconte la douleur et la vie suspendue, le parcours d'une femme à travers la dictature et l'exil. À travers les tourments qui ont marqué sa vie, les attaques du gouvernement iranien, les étiquettes diffamatoires qui lui ont été attribuées, comme celle "d'actrice pornographique" pour une scène d'amour dans un film engagé. Ce spectacle est son exutoire, une exploration profonde de ses rêves, de ses cauchemars, de ses désirs et de ses passions, tous façonnés par l'exil. Son témoignage qui résonne au-delà des frontières de l'Iran, est un rappel poignant que la créativité ne peut être enchaînée. Dans ce voyage artistique, Mina Kavani n'est pas seule. Elle est accompagnée par d'autres artistes talentueux, tels que Siavash Amini, un compositeur résidant à Téhéran : sa musique, avec ses textures abstraites et ses riffs de guitare électrique, reflète l'essence même de l'artiste iranien. Cinna Peyghamy, un compositeur et artiste sonore basé à Paris, né en France de parents iraniens, mêle l'acoustique et l'électronique, le traditionnel et le contemporain dans ses productions musicales. Un cri de douleur et d’espoir Comme elle le dit si justement, "En Iran, notre vie est petite, mais nos rêves sont immenses." Mina Kavani, avec son monologue, bien plus qu'un simple récit d’exil, avec son énergie électrique de révolte, continue à illuminer le monde de l'art et rappelle à tous le pouvoir de la créativité et l’importance de la culture. Son exil devient également le reflet d'une génération entière d'artistes en quête de liberté qui se sont dispersés à travers le monde pour poursuivre leurs rêves. "Je veux partir à Nantes ou revenir d'Ispahan." "I'm deranged" de Mina Kavani est un cri poignant qui transcende les frontières et les limites imposées par la dictature et la censure. C'est le récit de la persévérance d'une artiste, de sa lutte pour la liberté d'expression, et de sa quête inlassable de créativité malgré l'exil. Cette œuvre nous rappelle que l'art ne connaît pas de frontières et que les artistes courageux comme Mina Kavani continueront toujours à briser le silence. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 I’m deranged Un monologue écrit, mis en scène et interprété par Mina Kavani Composition musicale Siavash Amini Scénographie Clémence Kazémi Création lumière Marco Giusti Artiste sonore-son Cinna Peyghamy Crédit photo Laura Severi Athénée Théâtre Louis-Jouvet 12 > 22 octobre 2023 • Du Jeudi au samedi à 20h30 • Dimanche à 16h30 • Durée 1h
- Autoportrait à ma grand-mère : Patricia Allio, entre mémoire intime et collective
L'univers artistique de Patricia Allio est à la fois diversifié et captivant. Originaire de Bretagne, cette artiste pluridisciplinaire jongle entre l'écriture, la mise en scène, la performance et la réalisation. Après avoir débuté sa carrière dans l'enseignement de la philosophie, son parcours l'a amenée vers des territoires d'expression où l'intime côtoie le politique et où l'héritage familial interpelle la mémoire collective. Des débuts prometteurs à l'émergence d'une voix singulière En créant l'association Labri en 2000, Allio a mis en avant les arts bruts et leur langage unique. De l'exposition "L’art brut à l’abri" à sa première mise en scène inspirée des écrits de Samuel Daiber, elle a rapidement laissé sa marque dans le monde artistique. Son séjour à New York, en tant que lauréate de la Villa Médicis hors les murs, l'a poussée vers l'exploration de l'œuvre de Kathy Acker, aboutissant à plusieurs performances et pièces de théâtre. Un engagement envers l'interdisciplinarité Passionnée par la fusion des disciplines artistiques, Allio préside l’association ICE, qui promeut les écritures contemporaines dans les arts de la scène, le cinéma, les arts plastiques et la littérature. À travers ICE, elle favorise des rencontres pluridisciplinaires, établissant ainsi un laboratoire utopique axé sur l’identité relationnelle, notamment en milieu rural. Autoportrait à ma grand-mère : une introspection familiale Dans sa performance "Autoportrait à ma grand-mère", Allio explore le riche héritage de nos aînés. Elle plonge dans les souvenirs de sa grand-mère, Julienne Le Breton, ouvrière agricole et orpheline de la campagne bretonne. En combinant enregistrements et récits, elle creuse les thèmes de la transmission, de l'identité et de la honte sociale. En évoquant la langue bretonne, "éradiquée par l’État français", elle aborde la colonisation intérieure, mariant l'intime et le politique. Un lien entre l'artiste et le spectateur L’autoportrait de sa grand-mère offre à Allio un miroir, incitant à une introspection familiale et générationnelle. Les images, bien qu'épurées, sont évocatrices et invitent le public à y superposer leurs propres histoires, créant un lien profond entre l'artiste et le spectateur. Dans une fusion de philosophie, de chronique familiale, de poésie et de conférence, ce spectacle, malgré son côté déstabilisant, exhale une sensibilité palpable et profonde. Peut-on vraiment le qualifier de théâtre ? Au fond, le théâtre n'est-il pas simplement un lieu où divers modes d'expression coexistent, un espace de méditation sur notre identité et notre position dans la cosmos ? Avec son œuvre, Patricia Allio challenge nos conceptions préétablies, nous poussant à redéfinir les frontières du théâtral. Elle dépeint un théâtre en constante métamorphose, débordant d'adaptabilité. Une représentation que l'on pourrait qualifier de "théâtre brut", dénuée de conventions traditionnelles et non influencée par la culture dominante, mais empreinte d'une spontanéité sincère et d'une originalité indéniable. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Autoportrait à ma grand- mère Texte, mise en scène et interprétation Patricia Allio Crédit photo ©Emmanuel Valette Théâtre du Rond-Point 12 — 21 octobre 2023 • Du mardi au vendredi, 20h – samedi, 19h - dimanche, 15h30 • Relâche lundi 16 octobre • Durée 1h25
- Allosaurus : Rencontre au coin de la cabine
Imaginez si nous remontions au temps des dinosaures ? À cette époque où les cabines téléphoniques étaient à chaque coin de rue, avant que les technologies modernes ne prennent le dessus. Le temps a cette étrange capacité à mêler nostalgie et innovation. C'est exactement là que Jean-Christophe Dollé nous emmène avec « Allosaurus »… À la rencontre de ces sentinelles d'un temps révolu. Avec ce spectacle, Jean-Christophe Dollé nous fait « rappeler ce monde autrefois incertain et fragile, où l'on pouvait perdre un numéro de téléphone noté sur un morceau de papier, ignorer d'où venait un appel, attendre ou être simplement injoignable ». Une lumière dans la ville ! Lou, Had et Tadz sont des inconnus l'un pour l'autre, mais, sans le savoir, ils sont destinés à se rencontrer. Pourtant, pendant longtemps, ceux qui cherchaient continuellement un amour perdu ou une humanité retrouvée se sont croisés sans vraiment se voir ou se prendre en compte... jusqu'à ce qu'une cabine téléphonique, lieu d'espoir et de désillusion, les rassemble. Une idée sublime L'originalité du spectacle est frappante. Au lieu de recourir à des éléments scéniques attendus, Dollé surprend son audience en mettant en avant un objet du quotidien : la cabine téléphonique. De plus, quelques spectateurs sont choisis chaque soir pour apparaître discrètement, tels des silhouettes anonymes, constituant le cœur vibrant de la ville. Avec une somptueuse scénographie de Marie Hervé et une musique mi-électro, mi-envoûtante, interprétée en direct par Noé Dollé, ce conte contemporain nous pousse à considérer d'un œil neuf ceux que nous reléguons à la périphérie. Il met en lumière les petites imperfections de la vie tout en célébrant le charme mystérieux du hasard. La fusion entre spectateurs et acteurs rend les frontières entre réalité et fiction floues, offrant une expérience immersive. L'émotion du spectacle est tangible, se ressentant dans chaque silence, chaque regard échangé entre Lou, Had et Tadz. La scénographie de Marie Hervé, alliée à la musique de Noé Dollé, intensifie cette émotion. L'apogée émotionnelle survient lorsque le public comprend que, malgré les tracas de la vie, le destin peut révéler une beauté inattendue. "Allosaurus" est plus qu'un spectacle, c'est une plongée introspective. Il touche nos sens, émeut nos cœurs et rappelle la beauté éphémère de chaque moment. Bien que le spectacle puisse sembler un peu long, il reste un ravissement pour les yeux et l'esprit. Dans un monde toujours en mouvement, il offre une parenthèse, un voyage dans un univers où l'émotion est reine. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Allosaurus [même rue, même cabine] De Jean-Christophe Dollé Mise en scène Clotilde Morgiève, Jean-Christophe Dollé Avec Yann de Monterno, Clotilde Morgiève, Jean-Christophe Dollé, Noé Dollé (musique) Scénographie et costumes Marie Hervé Lumière Simon Demeslay Son Soizic Tietto Photo © Pascal Gély Théâtre-Studio Alfortville 7 novembre > 2 décembre 2023 • Du mardi au samedi à 20h30 • Durée 1h25 • À partir de 12 ans
- "Un Léger Doute" : Plongée Ludique dans un Abîme entre Réalité et Fiction
Dans l'univers éblouissant et absurde de Stéphane De Groodt, une question se pose avec acuité : que devient un acteur lorsqu'il est privé de son public, de cette force invisible qui donne vie à son personnage ? La situation d'un acteur ou d'une actrice privé(e) de spectateurs semble vaine, mais lorsque le rideau se relève, est-ce le théâtre ou la vie qui occupe la scène ? La frontière entre fiction et réalité devient alors subtilement floue. Dans "Un Léger Doute", De Groodt inaugure une odyssée comique où les frontières entre réalité et fiction se dissolvent, ouvrant un éventail de possibilités et proposant une exploration insolite et décalée de cette problématique cruciale. Le rideau est donc tombé et les acteurs ont salué, mais quelque chose persiste dans l'ombre de la scène. Constance, désirant relancer la représentation, plonge son partenaire dans un dîner de couple. Mais celui-ci prend une tournure imprévue lorsque Jacques, incarné par Stéphane, annonce sa mort, suscitant un scepticisme ambiant. Voilà le premier maillon d’une chaîne où le doute s’immisce partout, nous entraînant dans une histoire folle saupoudrée d'une absurdité adroitement sculptée. La mise en scène de Jérémie Lippmann, audacieusement non conventionnelle et imprégnée d'une fantaisie pétillante, nous convie dans un monde étrange et envoûtant. Dans une histoire où tout est trompeur, les comédiens, incarnant des personnages méticuleusement sculptés et solidement ancrés, nous offrent une interprétation admirable. Ils naviguent habilement à travers des échanges aussi surprenants qu'absurdes et nous font vivre une cascade de situations ubuesques. La finesse et la complexité des rôles, notamment ceux du duo percutant Bérangère McNeese et Éric Elmosnino, ainsi que le quatuor brillant que forment également Stéphane De Groodt et Constance Dollé, créent une dynamique sur scène à la fois effervescente et déconcertante. Un humour subtil et délicat, porté par une Bérangère McNeese trompeusement naïve, se mêle harmonieusement à l’absurdité des situations, exaltant la capacité de la fiction à s’immiscer avec audace dans la réalité. La comédie prend-elle vie, ou est-ce la vie elle-même qui devient une pièce ? "Un Léger Doute" se présente comme une pièce dans la pièce, où le théâtre, tel un miroir multifacettes, reflète tantôt la vie, tantôt la scène, nous entraînant dans un abîme à la fois ludique et déroutant. Un espace où l’on accepte de perdre ses repères. Si vous choisissez d’écarter délibérément la logique, vous vous laisserez certainement emporter par cette intrigante confusion et pourriez même trouver un plaisir immense dans ce chaos orchestré. "Un Léger Doute" pourrait alors se transformer en une joyeuse aventure où la réflexion se marierait joyeusement à l'évasion. Un canevas où l’irréel et le concret dansent une valse incessante "Un Léger Doute" nous offre une plongée dans un univers où les repères se désagrègent, laissant place à une contemplation extatique de l'inconnu. L'absurde et la réalité se côtoient dans cette aventure théâtrale aux multiples facettes, où les comédiens se délectent d'un texte magnifique, nous invitant à remettre en question notre perception de l'existence. Vous quitterez peut-être la salle avec plus de questions que de réponses. Mais, après tout, n'est-ce pas là ce que l’on préfère au théâtre ? Avis de Foudart 🅵🅵🅵 UN LÉGER DOUTE Une comédie de Stéphane De Groodt Mise en scène Jérémie LIPPMANN Avec Stéphane De Groodt, Éric Elmosnino, Constance Dollé, Bérangère McNeese, Pierre Berriau et Yann Carcedo Scénographie Jacques Gabel Lumière Jean-Pascal Pracht Musique Pablo Lanty Crédit photo @Fabienne Rappeneau THÉÂTRE DE LA RENAISSANCE Du 29 septembre 2023 au 7 janvier 2024 • Du mardi au samedi 21h • Samedi 16h30 • Dimanche 15h30
- La fiancée du poète : une réflexion sur le faux et le vrai
« Je me suis interrogée sur le faux, le vrai... Ce qu’il y a de faux dans le vrai et ce qu’il y a de vrai dans le faux... » Tout droit sorti de l'imaginaire bouillonnant de Yolande Moreau, "La fiancée du poète" se dessine comme un tableau vivant, où chaque personnage devient une couche de peinture complexe, ajoutant profondeur et émotion à l'ensemble. Mireille, passionnée d'art et de poésie, jongle entre son rôle de serveuse à la cafétéria des Beaux-Arts de Charleville, de petits larcins et un commerce clandestin de cigarettes. Héritière d'une vaste demeure au bord de la Meuse, ses finances la poussent à accueillir des locataires. Ces derniers, tous différents et poignants, incarnent divers visages de l'humanité, illustrant la quintessence de la recherche d'une vie sublimée. Avec ce film un peu foutraque, un peu provoquant et immoral mais empreint t dune tendre poésie, Yolande Moreau se livre à une exploration introspective du faux et du vrai, inspirée par le célèbre faussaire énigmatique Shaun Greenhalgh et s’interroge : « et si la beauté réelle se cachait dans nos imperfections, nos mensonges, nos tentatives d'embellir la réalité ? » « J’avais envie de parler de notre besoin de rêver, de sublimer la réalité ». Ce film, tout en embrassant l'univers des faussaires, n'est pas une célébration de la supercherie. Au contraire, il révèle la beauté qui se cache souvent derrière nos faux-semblants, rappelant cette citation de Guy Ribes : « Je ne copie pas Picasso, je déjeune avec lui ». C'est dans cette nuance que "La fiancée du poète" trouve son essence : il n'est pas tant question de dupliquer que de s'inspirer, de chercher à toucher l'âme derrière l'art et L'authenticité du film ne réside pas tant dans la véracité des faits présentés que dans les émotions authentiques qu'ils génèrent. « J'ai été séduite par la douceur de Thomas Guy et par la folie que pouvait apporter Estéban... ». Autour de Yolande Moreau, éblouissante, le talent des acteurs brille, chacun apportant sa note unique à l'harmonie générale. William Sheller se distingue particulièrement, offrant pour sa première apparition au cinéma une performance vibrante et spontanée. "La fiancée du poète" est un hymne à la vie, avec ses imperfections, ses douceurs et ses instants poétiques. Un grand film à la fois introspectif et éblouissant. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 LA FIANCÉE DU POÈTE Un film de Yolande Moreau Avec Yolande Moreau, Sergi López, Gregory Gadebois, Esteban, Thomas Guy, Anne Benoît, William Sheller, François Morel, Aïssatou Diallo Sagna, Philippe Duquesne Comédie dramatique • Durée : 1h43 • Au cinéma le 11 octobre 2023
- Les Pigeons : humour, mélancolie et coup de théâtre
"Les Pigeons", présenté au Théâtre des Nouveautés, navigue avec une hésitation palpable entre l’humour et la mélancolie, proposant une vision parfois trop attendue des tribulations des acteurs dans le domaine du spectacle. Serge et Bernard, deux acteurs d’une soixantaine d’années, amis et rivaux depuis leurs débuts dans le métier il y a 40 ans, sont convoqués au même casting. Alors qu'ils partagent souvenirs et taquineries en attendant leur tour, la réception du texte d’audition change soudainement la donne. Michel Leeb et Francis Huster, bien que dotés d'une énergie scénique certaine, semblent parfois s'emmêler dans une intrigue qui, bien que poignante par moments, manque parfois de la finesse nécessaire pour véritablement nous toucher. La mélancolie, qui aurait pu être exploitée de manière plus profonde et nuancée, flirte parfois dangereusement avec le cliché, nous laissant sur notre faim. L’humour, bien que présent, oscille entre des moments de véritable hilarité et des instants où il semble un peu forcé, perdant ainsi une partie de son charme. La comédienne Chloé Lambert, en tant que réalisatrice, apporte une touche de fraîcheur et une certaine complexité au spectacle, mais le personnage semble parfois rester en surface, laissant entrevoir un potentiel inexploité. Le texte, tout en étant habile par moments, flirte souvent avec des thématiques et des blagues attendues, ce qui pourrait décevoir ceux en quête d’une expérience théâtrale plus inédite et audacieuse. La mise en scène de Jean-Louis Benoit, bien qu’ayant des moments de brillance et nous réservant un sacré coup de théâtre, tend parfois à se réfugier dans une sûreté conventionnelle, manquant d'occasions de véritablement nous surprendre ou de nous défier. L'apparition de Philippe Vieux, bien que plaisante, ne suffit pas à dissiper une impression générale d'une certaine prévisibilité et d’un manque d’audace narrative et scénique. L’œuvre écrire par Michel Leeb, même avec ses moments de légèreté et son autodérision certaine, semble parfois s’enliser dans une forme de complaisance, ratant ainsi l’occasion de s’affirmer comme une pièce mémorable dans le paysage théâtral. "Les Pigeons" réussit à faire sourire et à émouvoir par instants, mais ces moments restent noyés dans une mer de scènes parfois trop conventionnelles et prévisibles, nous laissant ainsi avec une envie non satisfaite d’une exploration plus poussée et audacieuse de l'univers impitoyable et fascinant du théâtre et du cinéma. Les Pigeons Une pièce de Michel Leeb Mise en scène par Jean-Louis Benoit Avec Michel Leeb, Francis Huster, Chloé Lambert et Philippe Vieux Décor Jean Haas Lumières Jean-Pascal Pracht THEATRE DES NOUVEAUTÉS Du 29 septembre au 31 décembre 2023 • Du jeudi au samedi à 21h • Le samedi à 16h30 • Le dimanche à 16h • Durée 1h30
- "Panique en Coulisse ": Entre Rires et Désespoir
"Et si nous allions voir ce qu'il se passe derrière ?" Immergez-vous dans l'univers trépidant et secrètement chaotique du théâtre avec "Panique en Coulisses", une comédie qui va bien au-delà des éclats de rire qu'elle procure. Adaptée de la célèbre œuvre de Michael Frayn, "Noises Off", cette pièce, largement saluée comme étant "la farce la plus drôle jamais écrite", reste, depuis sa création en 1982, un joyau qui continue de fasciner et faire rire. Elle offre une plongée tumultueuse et hilarante dans le monde caché qui se déroule derrière le décor. Avec une histoire qui a conquis plus de 14 millions de spectateurs à travers le monde et qui a brillamment récolté 11 nominations aux Tony Awards, cette pièce est incontestablement ancrée dans le panthéon des comédies les plus appréciées mondialement. La pièce, méticuleusement conçue, offre une structure narrative précise et astucieuse. Le premier acte de "Panique en Coulisses", transposé par Stéphane Laporte et mis en scène par Jean-Luc Moreau, expose habilement l'intrigue avant de basculer dans un acte 2 où le rire devient roi, pour finalement culminer dans un acte 3 d'apothéose comique. L’humour omniprésent, l'énergie des acteurs et la coordination impeccable entre eux captivent et rendent le temps insaisissable. Dans la pièce "Nothing’s On", les acteurs itinérants présentent une ménagerie maniaque, où les portes claquent et où les sardines et accessoires deviennent presque des personnages à part entière. Ils ajoutent un niveau supplémentaire d’humour et de complexité à la mise en scène. Mais "Panique en Coulisses" est plus qu'une simple comédie. C’est un voyage au cœur des dynamiques, souvent invisibles, du monde du théâtre. Les conflits, désaccords, relations tumultueuses et jalousies en coulisses offrent un contraste fascinant avec les performances polies sur scène. Cette perspective inédite nous plonge dans le chaos ordonné qui régit le monde derrière le rideau, tout en explorant discrètement les profondeurs du désespoir existentiel ressenti parfois par les acteurs lorsqu'ils réalisent que personne n'est vraiment aux commandes. L'art de "Panique en Coulisses" réside également dans son ironie intrinsèque, observant le théâtre comme forme d'art et mettant en lumière les drames qui se jouent loin des yeux du public, qu’il s’agisse des affaires de cœur sur la route ou des querelles au sujet des dialogues. C'est une exploration de l'humanité, avec ses qualités et ses défauts, présentée à travers le prisme du monde du spectacle. En définitive, la pièce dépeint de manière subtile et humoristique les imperfections et les trébuchements de l'univers théâtral, fournissant ainsi une expérience très drôle mais aussi bouleversante. On rit tout en explorant la fragilité et la résilience de ceux qui donnent vie au théâtre. Jean-Luc Moreau, qui a toujours été passionné et même obsédé par cette pièce, résume magnifiquement la quintessence de cette œuvre, articulant non seulement sa drôlerie inhérente, mais également le défi représenté par sa mise en scène : un décor, des acteurs, un spectacle dans un spectacle qui offre un regard unique dans les coulisses du théâtre et la vie intime des comédiens. Et ainsi, "Panique en Coulisses" persiste, se distinguant non seulement comme une comédie irrésistiblement drôle, mais aussi comme une réflexion perspicace et émouvante sur l'envers du décor théâtral, où rires, larmes et cris fusionnent en une mélodie à la fois éperdument joyeuse et déchirante. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 PANIQUE EN COULISSES Une pièce de Michael Frayn Adaptation Stéphane Laporte Mise en scène Jean-Luc Moreau et Anne Poirier-Busson Avec Marine Dusehu, Nicolas Carpentier, Sébastien Almar, Elie Addams, Chanaël Meïmoun, Benjamin Gomez, Marion Lahmer, Quentin Laclotte Parmentier, Chick Ortega Décor Catherine Bluwal Création lumières Jacques Rouveyrollis Crédit photo Stephane Parphot Théâtre des Variétés Actuellement • Du Mercredi au samedi 20h00 • Samedi et Dimanche 16h30
- Le Règne animal : Entre innovation audacieuse et tentation de trop en faire
Le film "Le Règne animal" se démarque audacieusement parmi les sorties de cette année. Dans la liste des films intrigants de cette année, "Le Règne animal" se distingue audacieusement. Proposant un univers dystopique où l'humain se mêle à l'animal, le réalisateur nous invite à suivre l'aventure de François, cherchant à sauver sa femme tout en guidant son jeune fils Émile à travers un monde en pleine transformation. D'emblée, la première scène, en plein embouteillage parisien, capte immédiatement l'attention du public. Richement doté d'idées ingénieuses, le film offre de splendides images, renforcées par des effets spéciaux et des maquillages à couper le souffle. Toutefois, en cherchant à embrasser trop de genres – du fantastique à la comédie, du drame familial au film adolescent – "Le Règne animal" s'étire parfois trop. Cette ambition, bien qu'admirable est aussi son principal défaut, diluant l'essence même du récit et compromettant sa cohérence. "Le Règne animal", malgré son audace et son originalité, aurait sans doute bénéficié d'une direction plus concentrée pour offrir un récit plus efficace et harmonieux. Avis de Foudart 🅵🅵 LE RÈGNE ANIMAL Un film de Thomas Cailley Avec Romain Duris, Paul Kircher, Adèle Exarchopoulos, Tom Mercier, Nathalie Richard Sortie cinéma, le 4 octobre 2023 • Durée 2h07
- "Nuits Corticales": L’Illusion Poétique et Fantastique de Loris Gréaud au Petit Palais
Du 4 octobre 2023 au 14 janvier 2024, les allées historiques du Petit Palais s'animent d'une nouvelle vie, alors que Loris Gréaud, l'enfant prodige de l'art contemporain, y installe son univers onirique et énigmatique avec l'exposition "Nuits Corticales". Entre ombres dansantes et créatures subliminales, le Musée des beaux Arts de la ville de Paris s’enchante et se transforme en terrain de jeu pour l'imagination et les sens. L'artiste, ayant déjà ensorcelé les murs du Louvre et du Centre Pompidou en 2013, revient dans la capitale française avec des sculptures monumentales, installations lumineuses, œuvres sonores et dispositifs météorologiques innovants, créant une expérience où le tangible et l'intangible se rencontrent et se confondent. Souvent qualifié de "dernier des artistes romantiques", Gréaud réinvente les espaces avec des installations sollicitant les sens de manières subtiles et parfois déroutantes, proposant un voyage multisensoriel à la fois merveilleux et déstabilisant. Chaque œuvre, vibrante de vie, s'épanouit dans un ballet de sons, musiques, odeurs et lumières, conviant à un voyage au travers de paysages à la fois éloignés et intimes. Les installations extérieures modulent même le climat du jardin, extrayant le visiteur du familier contexte parisien vers un monde où brouillard, pluie et neige s'entrelacent dans l'expérience artistique. Gréaud tisse mille histoires avec ses œuvres tantôt délicates, tantôt inquiétantes, fascinantes, ou même régressives. Gréaud construit mille histoires Le visiteur, dans un premier temps, pourrait penser : « c’est étrange… c’est assez beau, mais je n’y comprends rien ! » avant que la magie n'opère au fil de la déambulation. Nous sommes alors subtilement invités à flâner, à s'attarder, et insensiblement, l'enchantement prend place, ouvrant la porte à un univers empli de poésie. Mais les "Nuits Corticales" ne sont pas seulement une invitation au rêve Elles sondent également les confins de l'univers étrange et parfois cauchemardesque de l'artiste, offrant un espace où les contes de fées sombres et les paysages enchantés dialoguent avec les nuances contemporaines, énigmatiques et délicates du palais des beaux-arts. Gréaud brouille les lignes entre le fantastique et l’abstrait, permettant aux visiteurs de redécouvrir le Petit Palais comme jamais auparavant. Plus qu'une simple exposition, ce que propose Loris Gréaud avec "Nuits Corticales" est une expérience totale et immersive, un périple à travers des territoires artistiques aux frontières du réel et de l’imaginaire. En ce faisant, il signe non seulement son grand retour sur la scène parisienne, mais également une revanche éclatante sur les critiques de ses débuts, réaffirmant sa position en tant que maître de l'illusion et architecte d'univers qui défient l’interprétation et l'entendement traditionnels. Ainsi, en flânant dans cette parenthèse artistique, le visiteur est emporté dans une exploration des possibilités infinies de l'art contemporain, où réflexion, émerveillement et contemplation cohabitent dans un doux rêve éveillé. Nuits corticales Petit Palais Du 4 octobre 2023 au 14 janvier 2024 • Du mardi au dimanche de 10h00 à 18h00 • Du vendredi au samedi de 10h00 à 20h00 • Fermé Le lundi • Gratuit
- BORDERLINE : Quand le Fou Défie le Psychiatre
La complexité des rapports humains, les méandres de la psyché et la fine frontière entre folie et raison sont au cœur de la nouvelle pièce de Flavia Coste, "BORDERLINE". "Quand un fou tente de quitter son psy. Quand un psy tente de faire entendre raison à un fou. Qui est le chat? Qui est la souris? Lequel remportera la partie?" Flavia Coste, dont les créations ont captivé près d'un million de spectateurs en France et à l'étranger depuis 2017, nous immerge de nouveau dans l'univers psychiatrique. L'histoire nous présente un psychiatre sur le point de célébrer ses vingt ans de mariage, confronté à une situation inattendue : son patient, Pavel, qu'il percevait en détresse le matin même, lui annonce subitement qu'il est guéri. Perturbé par cette annonce et peut-être trop impliqué émotionnellement envers ses patients, il cherche à dissuader Pavel de mettre fin à sa thérapie. Mais quelles en seront les implications? Même si la pièce est classée comme comédie, elle navigue habilement entre le drame et l'humour. Les dialogues, astucieusement écrits, sont sublimés par le talent incontestable de Daniel Russo et Philippe Lelièvre. Leur performance est à la fois émouvante et envoûtante. Nous avons vécu un moment exceptionnel au théâtre de Passy. La pièce brille par son originalité, un humour à la fois fin et piquant, ainsi que par ses nombreux rebondissements, explorant un sujet peu fréquent sur scène. La mise en scène de Daniel Russo, manifestement inspirée, apporte une touche tantôt cocasse, tantôt émotionnelle. "BORDERLINE" est une pièce à ne pas manquer pour tous ceux qui aiment les comédies intelligentes et subtiles. Entre rires et réflexions, elle vous fera voir la relation patient-psychiatre sous un jour nouveau. Une pièce très drôle mais qui soulève des questions bien plus profondes. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 BORDERLINE UNE COMÉDIE DE FLAVIA COSTE Mise en scène Daniel Russo assisté par Amanda Russo Avec Daniel Russo et Philippe Lelièvre Lumière Philippe Sazerat Décor Jean-Michel Adam Musique Laurent Petitgirard Costumes Claire Djemah Crédit photo © Fabienne RAPPENEAU THÉÂTRE DE PASSY Actuellement • Du mercredi au samedi à 19h • Les dimanches à 15h • Durée 1h20
- "Bungalow 21" : entre promesses, jolis moments et déceptions
La nouvelle pièce "Bungalow 21", présentée au Théâtre de la Madeleine, a éveillé de grandes attentes. Une plongée dans l'intimité de deux couples emblématiques du cinéma : Simone Signoret-Yves Montand et Marilyn Monroe-Arthur Miller, se retrouvant au fameux Beverly Hills Hotel en 1960. L'intrigue nous emmène aux côtés de ces couples résidant dans des bungalows adjacents. Le couple Montand-Signoret vit une romance épanouie, tandis que celui de Monroe-Miller traverse des moments sombres. Des liaisons se forment, des cœurs se déchirent, bouleversant des vies pour toujours. Éric-Emmanuel Schmitt, grand nom de la littérature contemporaine, s'est attelé à revisiter cet épisode historique. Son récit promettait une plongée dans les tensions et passions de ces figures emblématiques, oscillant entre amour et trahison. Tout était là pour offrir un spectacle inoubliable. Pourtant, "Bungalow 21" déçoit. La complexité de ces personnalités hors normes est reléguée au second plan, sacrifiée sur l'autel des clichés. Emmanuelle Seigner, qui incarne Marilyn Monroe, est enfermée dans une interprétation superficielle et caricaturale, où l'icône hollywoodienne n'est qu'un assemblage de poncifs : la blondeur, les déhanchements, le sourire éclatant. Michaël Cohen, interprétant Yves Montand, se retrouve piégé dans une caricature simpliste, réduisant le talentueux acteur-chanteur à un personnage sans nuances. Mathilde Seigner nous présente une Simone Signoret souvent éclipsée par ses démons, avec une transition vers une vieillesse accélérée, manquant de finesse. Quant à Vincent Winterhalter, interprétant Arthur Miller, sa performance est discrète, voire trop en retrait. Malgré un décor impeccable et de magnifiques costumes, la mise en scène de Jérémie Lippmann, axée sur des artifices visuels, manque de profondeur, n'apportant pas ce petit "plus" attendu à l'ensemble. "Bungalow 21", avec son casting prometteur, son auteur de renom et une histoire alléchante, avait tout pour séduire. Malheureusement, la pièce tend vers une simplification presque caricaturale, ne rendant pas hommage à la profondeur de ses personnages. Toutefois, il y a certains moments de grâce qui rappellent le potentiel initial. Une occasion manquée de célébrer, avec nuance et dignité, justesse et respect, un chapitre poignant de l'histoire du cinéma. Avis de Foudart 🅵 Bungalow 21 Une pièce écrite par Eric-Emmanuel Schmitt sur une idée originale de Benjamin CastaldiMise en scène de Jérémie Lippmann assisté de Sarah GelléAvec Emmanuelle et Mathilde SeignerMichaël Cohen, Vincent Winterhalter, Clément Moreau, Benjamin Jaouen THÉÂTRE DE LA MADELEINE À partir du 14 septembre 2023 • Du mercredi au samedi à 21h • Matinée le samedi à 16h • Durée 1h30












