
Couleur Framboise : Mehdi Djaadi brise le tabou de l’infertilité masculine sur scène
- Bonfils Frédéric

- 14 avr.
- 3 min de lecture
Comment parler d’infertilité masculine sur scène sans tomber dans le pathos ?
Avec Couleur Framboise, Mehdi Djaadi relève ce défi délicat en transformant une épreuve intime en geste théâtral sensible et profondément politique. Entre humour de survie et vertige existentiel, il explore la fragilité masculine et ouvre un espace de parole encore trop rare au théâtre.
Avis FOUDART 🅵🅵🅵
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Infertilité masculine - un tabou enfin mis en scène
Il y a des silences qui pèsent plus lourd que des mots. L’infertilité masculine en fait partie.
Dans Couleur Framboise, Mehdi Djaadi choisit de ne pas contourner le sujet. Il raconte son histoire : celle d’un homme confronté à l’impossibilité de concevoir un enfant avec sa compagne.
Mais très vite, le récit déborde. Derrière cette épreuve intime, c’est tout un système de représentations qui vacille : virilité, transmission, place dans le couple, rapport au corps.
Une question s’impose, brute, presque vertigineuse :
qu’est-ce qu’être un homme quand on ne peut pas donner la vie ?
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Un humour fragile - rire pour survivre
Ce qui frappe immédiatement, c’est l’écriture. Précise, sensible, sans effet inutile.
Mehdi Djaadi fait rire, oui - mais jamais dans la facilité. Le rire est fragile, poreux, presque nécessaire.
Ici, l’humour n’est pas un objectif. C’est une stratégie de survie. Il permet de dire sans écraser, d’approcher sans brusquer. Puis, sans prévenir, il se fissure.
Et laisse place à une émotion à vif, jamais appuyée. Le spectacle touche là où il refuse le pathos : dans cet équilibre instable entre légèreté et effondrement.
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Un seul-en-scène puissant - entre théâtre et incarnation
Sur le plateau, un homme seul. Mais traversé.
Par ses héritages, ses croyances, ses contradictions : islam, catholicisme, athéisme. Trois pôles qui coexistent, s’entrechoquent, se répondent.
Le seul-en-scène aurait pu enfermer. Il ouvre au contraire un espace intérieur dense, presque vertigineux.
Mehdi Djaadi incarne, transforme, glisse d’un personnage à l’autre. On est loin du stand-up : ici, le théâtre reprend toute sa place. Son corps devient terrain de jeu - et terrain de crise.
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Un spectacle engagé - quand l’intime devient politique
Peu à peu, quelque chose s’élargit. L’infertilité devient le symptôme d’un dérèglement plus vaste.
Le spectacle relie cette expérience personnelle à des enjeux contemporains : perturbateurs endocriniens, stress, crise écologique, rupture avec le vivant.
Une question traverse le spectacle :
sommes-nous encore compatibles avec le monde que nous habitons ?
C’est là que Couleur Framboise prend toute sa dimension. L’intime devient politique. Le récit individuel devient collectif.
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Un spectacle accessible… mais parfois trop sage ?
Couleur Framboise touche. Il rassemble un public large et intergénérationnel.
C’est sa grande force. Mais aussi sa limite.
À vouloir fédérer, le spectacle évite parfois la rupture. Il rassure autant qu’il questionne.
La sincérité est indiscutable, mais la radicalité reste contenue. Le récit, très centré sur Mehdi Djaadi, laisse certaines voix en retrait - notamment celle de la compagne.
On aurait aimé plus de friction, plus de risque, quitte à déstabiliser davantage.
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Une performance habitée
Ce qui emporte malgré tout, c’est l’acteur.
Mehdi Djaadi impressionne par sa capacité à passer d’un registre à un autre, à multiplier les incarnations sans jamais perdre en sincérité.
Il ne raconte pas seulement une histoire. Il la traverse. Et dans ce passage, quelque chose se déplace aussi pour nous.
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Un spectacle sur la fragilité masculine et la transmission
À la fin, il ne reste pas une réponse, mais une sensation.
Celle d’avoir été invité dans un espace fragile, où le doute devient matière, où la foi vacille sans disparaître, où l’homme cesse d’être une évidence pour redevenir une question.
Couleur Framboise n’apporte pas de solution. Il ouvre une brèche.
Et dans cette brèche circule quelque chose de rare : du vivant, du trouble, du profondément humain.
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Infos pratiques
Couleur Framboise
De et avec : Mehdi Djaadi
Mise en scène : Thibaut Evrard
Crédit photo Fabienne Rappeneau
La Scala Paris
Le 18 avril 2026 à 20h • Durée : 1h10 • À partir de : 14 ans
Festival Off Avignon 2026
📍 La Scala Provence
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Un spectacle qui déplace en douceur mais en profondeur les lignes : celles de la masculinité, du sacré, et de ce que signifie - peut-être - transmettre autrement.









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