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huis clos

L’enfer, c’est les autres !

« Mettre aujourd’hui sur la scène Huis clos de Sartre, c’est simplement rappeler à l’homme comment il peut atteindre la liberté »

Jean-Louis Benoit, en s’emparant de ce chef d’œuvre de la langue française, réalise une prouesse qui n’est absolument pas anodine, car pour lui, se pencher sur cette œuvre, nécessite une analyse fine, clairvoyante et implaccable de sa vie passée et de la situation dans laquelle on se trouve.


Un homme, Garcin, journaliste, est introduit par un garçon d’étage dans un chambre austère sans fenêtre où trône une immense porte rouge. Quelques instants plus tard, arrive en trombe Inès, une ancienne employée des Postes puis Estelle, une jeune mondaine écervelée.


Qui sont-ils vraiment ?

Où sont-ils ?

Est ce l’enfer ou le paradis ?


Cette pièce, en un seul acte, écrite en 1943, a été présentée pour la première fois à Paris, au Théâtre du Vieux-Colombier, à la veille du débarquement en Normandie.


« Pièce vénéneuse ! », « Doit-on jouer de pareilles choses ! », « Personnages faisandés », « Diaboliques créatures ! »…

En faisant une rupture nette avec les conventions théâtrales de l’époque, en parlant avec force de nous et nous mettant face à nous-même, face à nos secrets, à nos contradictions, cette pièce qui a eu un succès immense fit aussi un énorme scandale.


Il y a dans Huis clos comme un appel de Sartre : « Voilà comment vous êtes, si vous ne vous servez pas de votre liberté ! » « Arrachez-vous de la dépendance d’autrui et servez-vous de votre liberté en agissant, en changeant par les actes, d’autres actes ! ».


Vous êtes, heu… mort la semaine dernière ? Moi, hier ! EXTRAIT

Très vite, on va comprendre que ces trois personnages sont morts et qu’ils sont, ici réunis, dans l’antichambre de l’enfer.


Mais quel enfer ?

L’enfer dont nous parle Sartre, n'est pas un lieu de torture physique. Il n’y a ni bourreau ni instruments de tortures. Pour Sartre, l’enfer est la dépendance totale que chacun de nous développe par rapport aux autres et de l’importance du jugement de l’autre sur nous-même.

Les autres sont au fond ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Sartre - En préambule à l'enregistrement phonographique de la pièce en 1965


Entre séduction, répulsion et horreur, ce jeu de dames est alors prêt à commencer

Les trois protagonistes vont se débattrent, mais peu à peu, leurs aveux vont être arrachés dans la douleur et les cris. Avec un texte ciselé et vif, il n'y aura pas d'échappatoire, même quand la porte est ouverte. Avouer à l’autre ce que l’on est vraiment, reconnaître enfin les actes qui ont fait ce que l’on est, c’est là, la véritable torture qu’ils vont éternellement endurer en Enfer. Ils vont devenir inséparables, totalement dépendants les uns des autres et, inéluctablement, chacun le bourreau de l’autre.

Quel que soit le cercle d’enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c’est encore librement qu’ils y restent, de sorte qu’ils se mettent librement en enfer. Sartre

Autour de dialoguent tranchants qui ne semblent pas avoir pris une seule ride, Maxime d’Aboville, Marianne Basler et Mathilde Charbonneaux forment un trio vénéneux fait d’élégance et de talent.


 

On rit un peu, on est parfois effrayé et toujours subjugué, avec cette pièce sublime

Le jeu magnifique et infernal de ce trio de comédiens, l’intelligence de la mise en scène et l’humour toujours présent associés à ce magnifique texte, nous offrent un grand moment de théâtre et, même, de nouvelles pistes de lecture. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵


 

HUIS CLOS

De Jean-Paul Sartre

Mise en scène Jean-Louis Benoit

Avec en alternance Marianne BASLER, Maxime D’ABOVILLE / Guillaume, MARQUET, Mathilde CHARBONNEAUX, Antony COCHIN / Brock

THÉÂTRE DE L’ATELIER

Place Charles Dullin 75018 Paris