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Nicolas de Staël. La fureur de peindre au Lucernaire

Dernière mise à jour : 25 avr. 2021

Avis de Foudart 🅵🅵

À l’écoute des lettres de Nicolas de Staël, on est saisi de stupeur et d’émotion. Éblouis, on pénètre comme par effraction dans son atelier, au cœur de la création, dans son monde de ciels et d’eau, de matières incandescentes … mais aussi dans l’intimité de sa vie, de ses amitiés, dont celle du grand René Char, de ses passions amoureuses.

Lorsque Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco ont découvert la correspondance prolifique de Nicolas de Staël, ils ont eu un véritable choc. Un journal où se tissent l’œuvre, les méandres de la création et la vie du peintre, depuis ses années de formation jusqu’à son « envol volontaire » du haut de son atelier à Antibes, un soir de mars 1955.


« On ne peint jamais ce qu’on voit ou croit voir, on peint à mille vibration le coup reçu, à recevoir. »


Un sentiment à la fois passionné et gêné nous envahit à l’écoute de ces lettres intimes écrites au fil de la vie par Nicolas de Staël et ayant pour thème ses amitiés et passions amoureuses.


Fallait-il dévoiler ce trésor intime ?

Ce spectacle peut-il être vu comme une master-class sur la création ?

« Cher René, le « cassé-bleu » c’est absolument merveilleux, au bout d’un moment la mer est rouge, le ciel jaune et les sables violets… »


Il est vrai que peu d'artistes ont décrit si concrètement, si honnêtement, et non sans un certain humour, la réalité de leur travail, entre joies et difficultés matérielles, mais on peut le comprendre.


Si on part du postulat que l’art (et encore plus la peinture, hautement subjective) est projection et émotion. La pensée, l’intimité de l’artiste ne doit-elle pas être protégée, à tout prix ?

Encore plus en sachant que Nicolas de Staël cherchait à restituer le choc de l’impression qu’il avait reçu d’un paysage, d’un objet, de la lumière, et de la transfigurer par sa vision propre.

En tout état de cause, ce spectacle ne laisse pas indifférent et permet de se replonger dans l’œuvre magnifique de cet immense peintre, de cet homme en quête de liberté qui refusait de se laisser enfermer dans une école ou un style. Un peintre qui se réinventait sans cesse et qui, d’une toile à l’autre réussira ce miracle. Dépasser le clivage entre l’art abstrait et l’art figuratif.


Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco, nous disent: « Le spectacle est une tentative de transmettre ce cadeau à tous : par la performance d’un trio d’acteur et de musiciens, faire renaitre la vibration intérieure de l’artiste, sa poésie, la fulgurance de sa parole et l’intensité de sa frappe sur la toile blanche. ».

La musique et les sonorités déstructurées sont très réussies et la découverte de ces témoignages intimes est surprenante, déstabilisante et atypique, mais, par son originalité,

La fureur de peindre est un spectacle intéressant et émouvant, à découvrir au Théâtre Lucernaire.


 

Nicolas de Staël. La fureur de peindre

D’après les lettres de Nicolas de Staël & René Char

Adaptation, mise en scène Bruno Abraham-Kremer Corine Juresco

Avec Bruno Abraham-Kremer, Hubertus Biermann (Jeu & contrebasse), Jean-Baptiste Favory (électroacoustique)

Scénographie Lumière et vidéos Arno Veyrat

Costumes Charlotte Villermet

Durée 1h15

Crédit / Copyright : © Pascal Gel



LUCERNAIRE