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Le faiseur de théâtre

Bruscon, un acteur d’État ainsi que sa famille, doivent jouer leur pièce à Utzbach, un « trou » selon lui où règne le « néant culturel absolu ». Tout le long des préparatifs dans l’auberge où doit se tenir le spectacle, le dramaturge se plaint des conditions indécentes dans lesquelles il est contraint d’exercer son art et s’en prend à tout le monde.

L’auteur Thomas Bernhard a été atteint très tôt par un mal incurable, la tuberculose, Il va mourir et il le sait. À partir de ce constat, il n’a plus de temps à perdre en convention.

Tout lui devient permis : choquer, heurter, provoquer, désigner, dénoncer, scandaliser et un nihilisme sans concession s’invite sous la plume. Samuel Valensini

Lorsqu’il parle, le souffle court, les mots lui sont comptés, mais lorsqu’il écrit, alors qu’il n’a plus à craindre d’interruptions, les monologues s’allongent et les phrases se font plus longues, interminables.

« tout est réalité ou est encore plus vrai que la réalité »

Thomas Bernhard, avec des mots efficaces et tranchants, a un langage virulent, acide et sombre, mais aussi rempli de touches d’ironies et d’exagérations exhalantes. Un peu comme une invitation à prendre distance et à conserver un regard critique.

Oeuvre maîtresse de Thomas Bernhard, Le Faiseur de théâtre est le constat poignant et cynique de la lente agonie de l’art dans un monde auquel il est devenu hostile. Chantal de LA COSTE

Dans la pièce, les tirades sublimes et grotesques de Bruscon peuvent effrayer, choquer, mais déclenchent surtout en nous de vrais éclats de rires… peut-être salvateurs.


Chantal de la Coste, la metteuse en scène, a été particulièrement touchée par ce texte.

Il y a un acharnement, mais un acharnement d’artiste. L’énergie que met Bruscon à tenter de faire exister son art est un cri de désespoir. Il s’est fixé une mission utopique : débarrasser le monde de la laideur qui suinte de partout, comme si elle ne lui était pas consubstantielle. L’échec est donc sûr, mais le geste n’en est pas moins grandiose. Ridicule parfois, mais en tout cas sublime.

Bruscon, certainement misanthrope, hautain et imbuvable a aussi le panache d’un Cyrano aux mots fragiles et au combat perdu d’avance.


« Les mots de Bruscon sont à la fois, la mer où il se noie et son radeau de la Méduse ». Chantal de la Coste

 

Tandis qu’Hervé BRIAUX, a une présence flamboyante, Séverine VINCENT, Patrice DOZIER et Quentin KELBERINE, l’aubergiste et la petite famille, privés de paroles, sont cantonnés à des tâches dérisoires. Le décor sympathique et la sonorisation très réussie du plateau ajoute encore de belles touches d’humour à ce spectacle étonnant, parfois agaçant, mais toujours intéressant.


 


LE FAISEUR DE THÉÂTRE

Traduction Edith DARNAUD

Avec Hervé BRIAUX, Séverine VINCENT, Patrice DOZIER, Quentin KELBERINE

Mise en scène Chantal de LA COSTE

Assistant mise en scène Quentin KELBERINE Scénographie, costumes et lumières Chantal de LA COSTE

Son Nicolas DAUSSY

Photo Victor Tonelli

Théâtre de Poche-Montparnasse

Du mardi au samedi 21h, dimanche 15h