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LES FEMMES SAVANTES - Emma Dante fait tomber Molière du ciel


🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART - Un Molière “contaminant” : la troupe arrive en jeans, les vers prennent possession des corps, et l’époque moliéresque surgit comme une fièvre joyeuse. Grotesque, précis, furieusement vivant.



Et si on regardait Molière à l’envers ?


Et si, plutôt que de “moderniser” un classique, on faisait le trajet inverse : arriver dans le classique.

C’est le geste d’Emma Dante : une plongée, une chute - presque littérale - vers Molière. On ne part pas d’un XVIIe poussiéreux pour le rendre fréquentable ; on part de nous, de notre présent, de nos gestes contemporains… et le théâtre, petit à petit, nous contamine.


Des sacs tombent des cintres. Des robes apparaissent. Des perruques surgissent. Des malles s’ouvrent comme des chambres d’éternité. Et, dans ce grand basculement, la comédie ne devient pas musée : elle devient moteur.



Une maison-ventre, une maison-prison : le décor comme piège poétique


Emma Dante parle d’un “ventre théâtral”, d’un dedans maternel, d’une maison qui conserve les personnages - et l’on sent cette idée à chaque minute.

La scénographie (et les costumes) signés Vanessa Sannino n’illustrent pas : ils racontent.


Au début, l’espace respire. Puis il se resserre, se ferme, se rétrécit, comme si la famille se construisait elle-même son propre cachot. Les panneaux bougent, le salon s’impose, la beauté se fait contrainte : plus c’est élégant, plus ça enferme.


Et c’est là que le spectacle est particulièrement puissant : la forme devient le fond. Cette maison bourgeoise est superbe - et c’est précisément pour ça qu’elle fait peur.



Les costumes : la pensée en tissu, l’émancipation en corset


Ici, le costume n’est pas une finition : c’est un drame.

On assiste à un phénomène rare : les costumes s’accordent “comme jamais” avec le jeu, et l’on a vraiment la sensation que l’étoffe déclenche une mécanique intérieure.


Les actrices, d’abord contemporaines, endossent peu à peu des strates d’époque, comme si elles entraient en lutte dans la langue et dans la matière. Emma Dante le dit : pour entrer en relation avec “l’ennemi” patriarcal, il faut le connaître intimement - et donc revêtir ses habits.

C’est vertigineux : l’émancipation passe par une appropriation, presque une infiltration. La liberté avance… en se corsetant.



Grotesque, dérision, folie : la comédie comme arme de précision


Dante refuse la leçon, le slogan, la thèse. Tant mieux.

Ici, le féminisme n’est pas une bannière : c’est une tension permanente. Les Femmes savantes ne “gagnent” pas contre les hommes : elles déplacent le terrain, fissurent la maison, grippent les rouages.


Et surtout, on rit. Beaucoup. Mais ce n’est pas le rire décoratif du boulevard : c’est le rire nécessaire, celui qui sauve du sérieux mortifère.

Tout le monde est grotesque. Tout le monde est drôle. Tout le monde est un peu ridicule - et c’est justement ce qui rend l’ensemble humain au lieu d’être démonstratif.


La grande réussite, c’est cette alliance : folie + intelligence. Un décalage qui n’écrase jamais la pièce, mais l’ouvre, la rend poreuse, étonnamment proche.



Trissotin “prince”, Chrysale bourgeois, Philaminte puissance : la troupe en état de grâce


Le casting Comédie-Française est ici une machine de guerre, au sens noble : précision, musicalité, virtuosité d’ensemble. On sent un plaisir collectif - et ça compte, car cette famille dysfonctionnelle doit ressembler à une meute.

• Trissotin n’est pas un clown : il est “prince”, élégant, désirable - donc dangereux. C’est bien plus troublant : la fascination devient crédible, et le poison plus fin.

• Chrysale porte une bourgeoisie qui se croit “raisonnable” mais tremble dès qu’on bouge un meuble : son monologue contre la littérature devient un point névralgique, presque une scène politique.

• Philaminte et Armande avancent comme des forces : non pas caricatures, mais puissances contradictoires, parfois touchantes, parfois terribles, toujours vivantes.


Et au milieu, Henriette : celle qui voudrait simplement aimer - et se retrouve prise dans une guerre domestique où le langage, la culture, le mariage et le pouvoir se disputent son corps.



Quand Molière se traduit dans le présent : actuel, proche, moderne


C’est sans doute l’effet le plus frappant : Molière n’est pas “actualisé”, il est révélé.

Par un court-circuit permanent (jeans/vers, téléphones/alexandrins, pop/poésie), le spectacle fabrique une évidence : ce texte n’a pas vieilli, il a patienté.


On entend la lutte féministe sans l’annoncer. On entend la violence du foyer sans la souligner. On entend la guerre culturelle sans la transformer en conférence.

Et tout cela arrive avec une énergie truculente, physique, burlesque, comme si la langue retrouvait son usage premier : agir.



🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART


Emma Dante signe un Molière qui ne s’explique pas : il s’empare.

Un théâtre de la contagion, où l’époque moliéresque descend du plafond, où les malles crachent des fantômes, où les costumes pensent, où le rire ouvre la gorge et l’esprit.


Un spectacle de troupe, de matière, de mouvement - drôle, dérisoire, génialement décalé, et, surtout : vivant.



INFOS PRATIQUES


Les Femmes savantes - Molière

Mise en scène : Emma Dante

Avec la troupe de la Comédie-Française

Crédit photo @Christophe Raynaud de Lage



Théâtre du Rond-Point

Du 14 janvier au 1er mars 2026 • mer-sam 20h30 ; dim 15h (jeudi 15 janvier à 19h30)


🎬 Au cinéma en direct : 1er mars 2026 à 15h (Pathé Live, +200 salles)





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