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  • KILLER JOE – Théâtre du sale et de la survie

    🅵🅵 FOUD’ART – Quand la comédie noire devient miroir de la misère Un thriller familial à la limite du supportable, où l’on rit jaune avant de détourner les yeux. ⸻ Pulp de caravane, version Paris Première adaptation française de Killer Joe , la pièce culte de Tracy Letts (1993). Un thriller familial à la fois hilarant, sordide et tragique , où la misère, la luxure et la cupidité tordent les liens du sang. Sous la direction de Patrice Costa , Benoît Solès et Rod Paradot s’affrontent dans un huis clos moite, poisseux, presque biblique — une descente dans la stupidité humaine qui serre la gorge et fait rire jaune . Letts, héritier sauvage de Tennessee Williams et Sam Shepard , signe ici un théâtre de la limite, où le grotesque flirte avec le réel . Le texte, quasiment intégralement repris, garde sa crudité : dialogues crus, éclats de rire nerveux, scènes d’humiliation, et cette tension constante où le rire devient une arme de survie . Créée en 1993 à Chicago, la pièce révéla Letts au monde avant de devenir, en 2012, un film culte signé William Friedkin ( French Connection , L’Exorciste ), avec Matthew McConaughey en tueur à gages. Comme au cinéma, la version française navigue entre thriller, satire et cauchemar social . ⸻ Le jeu sous tension La mise en scène de Patrice Costa repose sur la puissance brute de ses interprètes , et c’est là que Killer Joe trouve sa force. En Joe , Benoît Solès impose une présence glaçante : froid, précis, presque reptilien , il distille la menace avec une rage rentrée qui ne demande qu’à exploser. Face à lui, Rod Paradot campe un Chris désespéré, fébrile, d’une sauvagerie fragile . Gamin paumé qui court après l’argent comme on court après l’air, il incarne la pulsion brute face au contrôle implacable de Solès. Entre eux, la scène devient un ring mental : classe contre chaos, calcul contre instinct, domination contre survie . La tension est physique, presque animale — un duel haletant où chaque silence devient une arme. Autour de ce face-à-face, Olivier Sitruk et Pauline Lefèvre forment un couple cynique, englué dans sa propre médiocrité : bons relais dramatiques, mais qu’on aimerait voir plonger plus profondément dans le trouble. Et au centre, Carla Muys , dans le rôle de Dottie , capte la lumière : candide et troublante , elle devient à la fois victime et catalyseur . Sous sa douceur affleure une sensualité inquiète, une attirance pour le danger, presque enfantine. Pivot du marchandage , Dottie incarne l’ innocence pervertie , ce point de bascule où la morale s’effondre et où tout devient négociable — corps, amour, dignité. C’est elle qui donne à Killer Joe sa part d’humanité, celle qu’on préférerait ne pas voir . Le rythme ne faiblit jamais : le spectacle avance comme une mèche qui brûle , tendu vers un final au vitriol où la comédie noire bascule brutalement dans la tragédie sordide. ⸻ Ce qui manque encore Mais si le jeu convainc, le plateau reste trop propre . Killer Joe réclame le chaos , la graisse , la poussière : un univers poisseux où la télévision remplace Dieu et où la bière fait office d’espérance. Ici, tout semble encore trop sage — un joli décor de théâtre là où il faudrait un mobile-home en décomposition . Même impression du côté du verbe et du corps : les comédiens parlent trop bien, bougent trop bien . Or Letts écrit pour les gens cabossés , ceux dont la syntaxe boite comme leurs vies. Ce théâtre n’est pas fait pour être fluide, mais pour heurter . Enfin, la question du regard sur la violence faite aux femmes reste en suspens. Elle est montrée — parfois frontalement — mais rarement interrogée. Le malaise est là, palpable, mais le regard critique manque encore de tranchant. ⸻ Plateau & atmosphère La lumière cisèle les visages , la musique installe une tension sourde . Tout est maîtrisé, trop peut-être. Killer Joe devrait sentir la moiteur et la misère , le canapé collant , la télé qui hurle en arrière-plan. Ici, le plateau reste un peu lisse, comme s’il refusait la laideur . Or chez Letts, le décor est un personnage à part entière : il raconte la déchéance mieux qu’un monologue. Tant que la scène ne se salira pas, le cauchemar restera théorique . ⸻ 🅵🅵 FOUD’ART Un duel d’acteurs impressionnant , un final au vitriol , une pièce culte qui trouve enfin voix en français. Mais il manque à cette adaptation le jus poisseux qui fait la grandeur de Letts : la sueur, le dégoût, la peur du vide. Killer Joe n’est pas une œuvre élégante : c’est un vivarium de misère , un théâtre de la honte où chaque rire se paie au prix fort . Ici, le malaise prend — mais ne mord pas encore jusqu’à l’os . Reste une œuvre courageuse, amorale, fascinante , portée par deux comédiens en état de tension pure , et par une jeune actrice ( Carla Muys ) qu’on suivra de près . Un spectacle à voir pour ressentir ce que le théâtre, trop souvent, oublie : l’inconfort. ⸻ Infos pratiques KILLER JOE – de Tracy Letts Adaptation Patrice Costa & Sophie Parel Mise en scène Patrice Costa Avec Benoît Solès (Joe), Rod Paradot (Chris), Olivier Sitruk, Pauline Lefèvre, Carla Muys Lumières Denis Koransky • Scénographie Georges Vauraz • Costumes Mélisande de Serres • Chorégraphies Sophie Mayer • Musiques Yann Coste (avec Neil Chablaoui) Crédit photo © Patrick Fouque Théâtre de l’Œuvre Du 9 octobre 2025 au 4 janvier 2026 • Jeu–sam 21h / Dim 18h – Relâches : 25/12 & 01/01 • Durée 1h30 • Déconseillé aux -16 ans – Présence de lumières clignotantes

  • Peau d’homme – Ode queer et renaissance de la liberté

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Quand la comédie musicale fait sa révolution ⸻ Un retour flamboyant àla Comédie des Champs-Élysées L’hiver dernier, Laure Calamy , avec son talent hors pair et son charme renversant, avait embrasé le Théâtre Montparnasse avec Peau d’homme , dynamitant la saison théâtrale. Cette année, le phénomène revient pour 60 représentations exceptionnelles à la mythique Comédie des Champs-Élysées . Une occasion en or de (re)découvrir ce bijou théâtral, aussi réjouissant qu’inspirant, où Pauline Cheviller reprend le flambeau avec une intensité éblouissante et une voix en or. ⸻ Une comédie musicale renversante Adapter la bande dessinée culte d’ Hubert et Zanzim en comédie musicale relevait du pari fou. Léna Bréban l’a fait – et avec un panache renversant. Peau d’homme devient sur scène une fresque féministe, queer et jubilatoire , un tourbillon d’énergie et d’humour où le rire côtoie la réflexion. Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca , jeune fille promise à un mariage arrangé, découvre grâce à une marraine fantasque une « peau d’homme » magique lui permettant d’explorer le monde masculin. En devenant Lorenzo , elle goûte à la liberté, découvre l’amour et se confronte à la face cachée de son fiancé. Derrière les éclats de rire et les paillettes, le message est clair : la quête d’identité, le droit à la différence et la remise en question des normes sont au cœur de ce conte moderne et furieusement actuel. ⸻ Pauline Cheviller, en feu ! Sur scène, Pauline Cheviller est une révélation. Elle passe du féminin au masculin avec une aisance vertigineuse, mêlant grâce et malice, force et fragilité. Sa présence irradie, son humour désarme, sa sincérité bouleverse. Autour d’elle, la troupe se distingue par une énergie communicative : Valentin Rolland en fiancé ambivalent, Vincent Vanhée en religieux glaçant et Camille Favre-Bulle (ou Léna Bréban ) en marraine excentrique forment un ensemble étincelant. Mention spéciale à Adrien Urso , désopilant en bigote hystérique. ⸻ Un cabaret queer et satirique La mise en scène de Léna Bréban joue avec les codes du théâtre populaire : elle brise le quatrième mur, interpelle le public, multiplie les clins d’œil à notre époque. Les chansons signées Ben Mazué ajoutent une touche de modernité, intime et poétique, tandis que les chorégraphies de Leïla Ka électrisent la scène. Sous ses airs de farce colorée, Peau d’homme se fait critique du patriarcat, satire sociale et célébration de l’émancipation. Seule petite réserve : le décor , un brin sage pour une production de cette ampleur. Mais les costumes d’Alice Touvet, flamboyants et inventifs, compensent largement cette retenue. ⸻ Un OVNI théâtral jouissif Audacieux, drôle, bouleversant : Peau d’homme est une comédie musicale comme on en voit peu. C’est une ode à la tolérance et à la liberté , une explosion de rires et d’émotions, un manifeste joyeux porté par une distribution irrésistible. Léna Bréban signe un spectacle total, entre cabaret queer, satire sociale et conte initiatique. ✨ Un spectacle jubilatoire, porté par une Pauline Cheviller étincelante, à voir absolument ! ⸻ Infos pratiques Peau d’homme d’après la bande dessinée d’ Hubert et Zanzim Adaptation et mise en scène Léna Bréban Avec Pauline Cheviller, Valentin Rolland, Vincent Vanhée, Adrien Urso, Camille Favre-Bulle, Léna Bréban, Emmanuelle Rivière, Aurore Streich, Régis Vallée, Jean-Baptiste Darosey Musiciens Clément Simounet, Clément de Witt Chansons Ben Mazué • Chorégraphie Leïla Ka • Décors Juliette Azzopardi & Jean-Benoît Thibault • Costumes Alice Touvet • Lumières Denis Koransky Comédie des Champs-Élysées Du 8 octobre 2025 au 25 janvier 2026 • Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 16h • Durée 1h45

  • Poètes, vos papiers – La poésie comme refuge et révolte

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Quand la scène devient une ballade en territoire poétique ⸻ Avec Poètes, vos papiers , Véronique Vella, comédienne de la Comédie-Française, signe avec Benoît Urbain un récital d’une rare intensité. Un Singulis à deux voix où la poésie se fait chant, refuge et résistance. De Baudelaire à Genet, un voyage vibrant au cœur de la langue. ⸻ Un grand détour de chant au cœur de la langue C’est avec l’âme d’une conteuse que Véronique Vella aborde Poètes, vos papiers , un récital pensé comme un voyage intérieur. Venue au théâtre par les poètes, elle reprend à son compte la conviction de Léo Ferré : « Faire chanson de la poésie, c’est la rendre plus accessible. » Aux côtés du musicien Benoît Urbain, elle signe un Singulis d’une élégance rare : un détour de chant qui invite à la rêverie autant qu’à la réflexion. De Baudelaire à Rimbaud, de Chedid à Genet, les mots s’entrelacent aux harmonies du piano, de l’accordéon et de la guitare. Ce n’est pas un récital sage, mais une expédition sensible , où chaque texte devient halte, vertige ou élan. Les émotions s’y succèdent – amour, colère, désir, espoir, chagrin – tout ce qui, chez les poètes, fait trembler la langue et battre le cœur. ⸻ Véronique Vella : chanter comme on joue Vella ne cherche pas la performance vocale. Elle chante comme elle respire , avec son souffle, ses silences, sa vibration intérieure. Son chant n’orne pas les mots : il les habite . Chaque vers devient adresse, chaque mot, vibration. Elle ne cherche pas à séduire, mais à toucher juste . « Je ne suis pas une chanteuse, je suis une comédienne qui sait chanter », dit-elle. Et c’est là que réside la magie : cette authenticité nue , ce feu intérieur qui rend sa voix tantôt fragile, tantôt puissante – mais toujours juste. ⸻ Un duo en parfaite résonance Face à elle, Benoît Urbain fait corps avec la musique. Pianiste et accordéoniste inspiré, il compose pour la voix de Vella « au demi-ton près ». Son écriture, à la fois jazzy, charnelle et subtile, épouse la pulsation du texte. Ensemble, ils dialoguent comme deux âmes complices : l’un sculpte le verbe, l’autre le prolonge en vibration. Leur écoute mutuelle crée une matière vivante, respirante, à la fois intime et universelle. ⸻ La poésie comme résistance Ce Singulis à deux n’est pas une promenade, mais une ascension lente et lumineuse . Véronique Vella y oppose à la vitesse du monde un refuge de lenteur et d’humanité . Le spectacle prend son temps, préfère la nuance à l’effet, la résonance à la prouesse. On y redécouvre des vers connus, des perles oubliées, des textes offerts à la musique pour la première fois. On s’y perd parfois dans la densité des mots, mais on en ressort agrandi – comme après un long chemin où l’essentiel se révèle en route. Et lorsqu’elle dit : « La poésie, on n’est pas obligé de la comprendre pour l’aimer, ni de l’aimer pour la comprendre », on comprend que tout est là : l’amour du verbe avant tout, la parole comme résistance au vacarme du monde. ⸻ 🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART Un spectacle savant et sensible , porté par deux artistes en parfaite osmose, qui rappellent qu’à l’heure des écrans et du zapping, la poésie demeure un acte vivant, indomptable et profondément humain . Un moment suspendu, simple et abyssal – comme un verre de vin partagé entre deux âmes qui se comprennent sans parler. ⸻ Infos pratiques Poètes, vos papiers Conception et interprétation Véronique Vella (Comédie-Française) Musiques originales, arrangements et interprétation Benoît Urbain Lumières Cécile Bourrellis • Son Matéo Esnault Photos © Vincent Pontet – Coll. Comédie-Française Théâtre 14 Du 7 au 18 octobre 2025

  • Ceci est mon corps – Jérôme Clément-Wilz, l’intime comme acte politique

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Quand le corps devient lieu de mémoire et de révolte ⸻ Un film qui ne se regarde pas, il se traverse Avec Ceci est mon corps , Jérôme Clément-Wilz signe un film d’une intensité rare, à la croisée du documentaire, du journal intime et du geste artistique. Pendant quatre ans, il filme son combat pour porter plainte contre le prêtre qui a brisé son enfance. Mais au-delà du procès, c’est une plongée dans les strates du corps et de la mémoire : un voyage filmé à la première personne, où la parole lutte contre le silence, et la caméra devient un prolongement de la peau. Ce n’est pas un témoignage, c’est une traversée. Entre douleur, doute et reconstruction, Clément-Wilz ose filmer ce que peu osent dire, et dire ce que tant préfèrent taire. ⸻ Le corps comme champ de bataille Tout, dans le film, passe par le corps. Celui qu’on a violé, celui qu’on tente de reconquérir, celui qu’on recompose pour continuer à vivre. Le réalisateur s’expose sans détour, dans des plans rapprochés où la respiration devient rythme, où chaque tremblement, chaque silence dit plus que les mots. Le corps devient sujet, langage et témoin. C’est là que Ceci est mon corps rejoint le théâtre le plus cru : celui où l’artiste n’interprète plus, mais incarne. Là où la chair devient texte, et la caméra un partenaire de scène. ⸻ Une mise en scène du réel Jérôme Clément-Wilz filme son procès, ses avocats, ses proches, mais aussi ses souvenirs fragmentés, ses doutes, sa peur de ne plus savoir. Le montage, d’une grande précision poétique, alterne entre présent et passé, entre images et absences, créant une dramaturgie du trauma. La caméra n’est jamais voyeuriste. Elle écoute, elle recueille, elle accompagne. Elle devient complice, presque thérapeutique. Chaque plan est une tentative d’apprivoiser le vertige : celui d’un souvenir incertain, celui d’un adulte face à l’enfant qu’il a été. ⸻ De l’intime au politique En filmant sa propre reconstruction, Clément-Wilz dépasse le simple « je » pour atteindre un « nous » collectif. Il donne voix à tous les corps réduits au silence, à toutes les enfances confisquées. Le film dénonce, avec une force tranquille, les complicités muettes de l’institution religieuse, mais aussi celles, plus ordinaires, des familles qui n’ont pas voulu voir. Filmer devient alors un acte politique. Reprendre la parole, c’est reprendre possession de son corps - et, à travers lui, du monde. ⸻ Une œuvre qui hante et libère « Ceci est mon corps » ne cherche ni le spectaculaire ni la catharsis. Il cherche la vérité - celle qui tremble, qui blesse, qui libère un peu. Le spectateur en ressort bouleversé, parfois étouffé, mais traversé par une énergie vitale : celle d’un homme qui, en filmant sa plaie, choisit la vie. Ce qui émeut le plus, ce ne sont pas les faits - aussi insoutenables soient-ils - mais les doutes, les hésitations, la vulnérabilité de l’adulte face à sa mémoire abîmée. La pudeur des parents, perdus et désarmés, la complexité du pardon, les non-dits qui demeurent… Tout cela fait de ce documentaire une œuvre d’une humanité bouleversante. Peut-être laisse-t-il le spectateur un peu sur sa faim - mais c’est justement ce vide, ce tremblement, qui en fait la justesse. Parce que le trauma, lui, ne se résout pas. Il se traverse. ⸻ Ceci est mon corps Un film de Jérôme Clément-Wilz Production Kidam / Squawk Films Sélectionné au FIPADOC 2025 Diffusion ARTE France

  • L’Expérience Théâtrale – Ruquier joue la comédie du théâtre

    🅵🅵 FOUD’ART – Quand le théâtre rit de lui-même ⸻ Un hommage facétieux au théâtre Pour le centenaire du Théâtre de la Michodière, Laurent Ruquier signe L’Expérience Théâtrale . Sur scène, deux comédiens que tout oppose : François Berléand, monument du théâtre et du cinéma, et Max Boublil, trublion venu de l’humour. Le projet : faire du théâtre lui-même le sujet du spectacle, entre clins d’œil complices et vérités piquantes sur le métier. ⸻ Un duo attachant, moteur du spectacle La complicité entre Berléand et Boublil fait tout le sel du spectacle. L’un, cabotin irrésistible, impose son charisme ; l’autre, polisson et facétieux, apporte une énergie juvénile. Leur ping-pong verbal amuse, parfois dans l’esprit des grincheux du Muppet Show . Mais ce charme compense un texte qui repose trop sur leur présence scénique. Le ton est caustique, les formules souvent efficaces, mais l’ensemble se révèle parfois facile, caricatural et sans véritable colonne vertébrale dramatique. On peut même ressentir quelques longueurs, vite rattrapées par l’énergie du duo. Ici, l’autodérision fonctionne davantage par le talent des acteurs que par la solidité de l’écriture. ⸻ Mise en scène sobre, texte léger Anne Bouvier signe une mise en scène fluide, appuyée sur un décor simple de Citronelle Dufay. Sobriété assumée, mais sans parti pris visuel fort : tout reste dans le verbe. Ruquier opte pour le métathéâtre – superstitions de coulisses, rivalités d’acteurs, anecdotes – mais la dramaturgie demeure mince. Là où Pirandello ou Feydeau donnaient du vertige, il ne reste qu’un clin d’œil complice. Résultat : une suite de sketches drôles mais décousus, plus divertissants que réflexifs. Ce que disent les personnages n’a pas toujours grand intérêt, mais la manière dont ils le disent séduit, grâce au charme et à l’autodérision. ⸻ Verdict FOUD’ART L’Expérience Théâtrale séduit par l’humour et la complicité de ses interprètes, mais reste un exercice léger, sans réelle profondeur. Tout repose sur le duo Berléand–Boublil, irrésistible mais condamné à porter un texte paresseux. Un divertissement plaisant pour qui veut rire des travers du métier, mais une déception pour ceux qui attendaient une réflexion plus ambitieuse sur l’art théâtral. ⸻ Infos pratiques L’EXPÉRIENCE THÉÂTRALE Un texte de Laurent Ruquier
 Mise en scène de Anne Bouvier Avec François Berléand et Max Boublil
 Décor  Citronelle Dufay • Lumière  Denis Koransky • Son Antoine Le Cointe Crédit photo © Bertrand Exertier THÉÂTRE DE LA MICHODIÈRE À partir du 24 septembre 2025 • Du mardi au samedi à 19h

  • Empathie – La santé mentale sans filtre, entre rires et vertiges

    🅵🅵🅵 FOUD’ART – Quand la série devient miroir de nos fragilités ⸻ Une série québécoise qui ose Empathie, création de Florence Longpré (qui incarne également l’héroïne), réalisée par Guillaume Lonergan, s’impose comme une comédie dramatique hors norme. L’intrigue nous plonge dans l’univers d’un institut psychiatrique fictif, Mont-Royal, où Suzanne Bien-Aimé, ancienne criminologue devenue psychiatre, reprend son poste après deux années de dépression. À ses côtés, Mortimer (Thomas Ngijol), agent d’intervention aussi maladroit qu’attachant, et une galerie de patients aux trajectoires bouleversantes. Empathie choisit d’aborder la santé mentale sans pathos ni clichés, avec une sincérité et une liberté de ton qui frappent. ⸻ Un fragile équilibre entre gravité et humour C’est là toute son originalité : jouer sur les contrastes. Un instant, on rit d’un quiproquo de couloir ; l’instant d’après, on est happé par une crise psychotique ou une scène de deuil. La presse ne s’y est pas trompée : Télérama parle d’une “plongée lumineuse et bouleversante”, tandis que Le Monde souligne un mélange des genres où le polar, le soap et le drame intime se percutent. Certes, le récit peut parfois sembler trop chargé, certains rebondissements paraissent forcés. Mais dans cette tension permanente, la série garde le cap : nous faire ressentir, avec force, ce que signifie être fragile dans un monde qui l’est tout autant. ⸻ Une réception enthousiaste Le Prix du public au festival Séries Mania 2025 confirme l’adhésion des spectateurs. Beaucoup saluent la justesse émotionnelle et la capacité de la série à éviter les pièges du sensationnalisme. Florence Longpré incarne Suzanne avec une intensité rare, oscillant entre lucidité et vertige. Quant à Thomas Ngijol, il surprend dans un registre sobre, drôle et touchant. ⸻ Une fiction qui choisit la faille plutôt que la démonstration La véritable force d’Empathie réside dans sa manière de maintenir l’équilibre entre comédie et douleur. La série ne cherche pas la fidélité absolue au réalisme psychiatrique et assume sa part de romanesque. Certains pourront trouver la narration dense, parfois artificielle. Mais là n’est pas l’enjeu : Empathie n’entend pas être un documentaire, encore moins une leçon clinique. Son objectif est ailleurs : mettre en lumière ce fil ténu qui relie nos fragilités individuelles aux fragilités collectives. En donnant voix et chair à des personnages souvent réduits au silence, Florence Longpré et Guillaume Lonergan rappellent que derrière chaque diagnostic, chaque crise, chaque silence, il y a une humanité à entendre. C’est dans cette capacité à faire résonner l’intime chez le spectateur que la série atteint sa pleine puissance. L’art, qu’il soit théâtral ou sériel, trouve ici sa fonction première : éveiller une empathie que l’on croyait parfois perdue. ⸻ Informations générales Origine : Série québécoise (drame + comédie) écrite par Florence Longpré, qui tient aussi le rôle principal. Saisons : la première compte 10 épisodes ; une deuxième est déjà en développement avec la participation de Canal+. Distinctions : Prix du public au festival Séries Mania 2025.

  • FIN, FIN et FIN – Le dernier pique-nique avant l’apocalypse

    🅵🅵 FOUD’ART – Et si demain c’était la fin ? C’est la question vertigineuse que pose Fin, fin et fin , écrit et mis en scène par Lancelot Cherer . Le président l’a annoncé : demain matin, ce sera le dernier lever de soleil. Panique générale ? Pas pour Charlie, Bastien et Guillaume qui décident, plutôt que de céder à l’angoisse, d’aller pique-niquer à la plage et de profiter des ultimes rayons. Pendant ce temps, la société continue comme si de rien n’était. Les contrôleurs contrôlent, les policiers fliquent, les réflexes d’autorité perdurent malgré la fin imminente. C’est l’une des forces du spectacle : montrer à quel point nos habitudes sociales nous collent à la peau, jusque dans l’absurde. ⸻ Un cabaret apocalyptique Sur scène, trois comédiens survoltés – Eugénie Thieffry, Baptiste Dupuy (ou Enzo Monchauzou en alternance) et Lancelot Cherer – incarnent tour à tour une galerie de personnages délirants. Ils sont partout, changent de voix, de corps, de registres en un clin d’œil. À la fois héros du pique-nique, voix off de l’autorité, figures de cinéma catastrophe ou clins d’œil à la comédie absurde. La mise en scène , précise et inventive, regorge de trouvailles visuelles et sonores. La scénographie de Lucie Baron , soutenue par les lumières de Julien Ménard et la musique d’ Arthur Dupuy , construit un univers oscillant entre Monty Python, Mad Max et Les Nuls. On rit beaucoup et l’on se laisse surprendre à chaque minute. ⸻ Entre éclats de rire et vertige existentiel Fin, fin et fin est une comédie apocalyptique qui conjugue humour absurde et profondeur insoupçonnée. Sous le rire, la pièce dénonce l’ écologie sacrifiée , l’ autoritarisme d’État , la mécanique des comportements collectifs. C’est une fresque générationnelle, un hommage aux troupes comiques d’hier et un manifeste de jeunesse qui ose l’excès. Mais l’excès a aussi ses limites. Si la folie du trio est jubilatoire, l’écriture gagnerait parfois à être un peu resserrée. Par moments, l’énergie débordante se disperse et risque de laisser quelques spectateurs au bord du chemin. Le trio principal mériterait d’être davantage ancré dans une dramaturgie solide, afin que le propos survive au feu d’artifice. ⸻ FOUD’ART 🅵🅵 On adhère, on adore ou on rejette, mais impossible de rester indifférent. La salle vibre de rires, d’exclamations, d’éclats de voix. Le Théâtre Lepic résonne de bonne humeur. Les trois comédiens se donnent comme des fous, avec une sincérité désarmante. Oui, le spectacle est parfois un peu éparpillé. Mais il possède cette fraîcheur rare, ce grain de folie qui transforme une soirée ordinaire en un moment inoubliable. Une météorite théâtrale, à mi-chemin entre cabaret de fin du monde et comédie de troupe. ⸻ Infos pratiques FIN, FIN et FIN Une pièce de et mise en scène par Lancelot Cherer Avec Eugénie Thieffry, Baptiste Dupuy ou Enzo Monchauzou et Lancelot Cherer Scénographie Lucie Baron • Costumes :Sophie Benoît • Lumière Julien Ménard • Musique Arthur Dupuy Crédit photo © Pénélope Marcadé Théâtre Lepic Du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 17h • Durée : 1h20 – À partir de 10 ans

  • Une pièce sous influence – Quand le deuil flirte avec la folie

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Un huis clos hitchcockien sous perfusion de Cassavetes ⸻ Une nuit sous tension Trois ans après la mort accidentelle de leur fille, Anna et Mathias s’apprêtent à vendre leur maison. Mais la veille de la signature, Anna, ancienne pianiste hantée par ses visions, invite les futurs acheteurs à venir prendre un verre. Commence alors une nuit vertigineuse : une comédie dramatique qui dérape, entre révélations, humour grinçant et menace sourde. Un batteur sur scène pulse le rythme, accentue les respirations, relance les silences : la musique devient un cinquième protagoniste, imprévisible et troublant. ⸻ La Cohue : l’art de l’inconfort La compagnie La Cohue, fondée en 2009 par Sophie Lebrun et Martin Legros, a fait de l’instabilité sa marque de fabrique. Ici, pas de naturalisme rassurant : un plateau recouvert de confettis, une maison vidée de ses meubles, un espace où s’asseoir devient impossible. La scénographie (Antoine Giard) fait de l’inconfort une dramaturgie : chaque geste, chaque objet (fenêtre suspendue, lustre, poubelle) semble prêt à dérailler. Le public n’est jamais oublié : les personnages évoluent avec la conscience aiguë d’être regardés. Un paradoxe puissant s’installe : ce qui devrait rester intime se donne en spectacle, ce qui relève du privé s’expose au grand jour. ⸻ Mon coup de cœur FOUD’ART J’ai rarement ressenti une telle intensité d’écoute. Peut-être parce que tout est conçu pour nous déstabiliser. Le sol de confettis, tantôt festif tantôt oppressant. Les lumières crues ou soudainement absentes. Le batteur Nicolas Tritschler, génial trouble-fête, qui impose un contre-rythme déroutant. Tout cela met les comédiens — et nous, spectateurs — en équilibre précaire. Le jeu est bluffant. Sophie Lebrun (Anna) incarne avec une justesse troublante cette femme inadaptée, tiraillée entre visions et désespoir. Martin Legros (Mathias) joue la raison désabusée, solide en apparence mais fissurée de l’intérieur. Face à eux, le jeune couple (Inès Camesella et Baptiste Legros ou Antonin Meyer-Esquerré, selon les dates) apporte un contraste : trop polis, trop « normaux », presque incongrus dans ce décor de déflagration intime. Leur maladresse fait naître des moments de comédie cruelle. Tout peut basculer à tout instant. Les temps morts, les silences, les dérapages absurdes provoquent parfois un léger décrochage — mais c’est voulu. Cela nous plonge dans un état d’urgence, une tension qui monte… jusqu’à la scène finale, magnifique et effroyable, qui nous laisse la bouche entrouverte et les yeux écarquillés. ⸻ Entre Cassavetes et Qui a peur de Virginia Woolf ? La pièce revendique ses influences : Cassavetes pour l’improvisation et l’instabilité, Albee pour le jeu de massacre conjugal. Mais La Cohue y ajoute sa patte : le travail sonore, le rapport au public, l’exploration des marges. Anna n’est pas une pathologie, mais une figure de résistance à la norme. Dans ce combat contre la raison, c’est l’humanité fragile, maladroite, incandescente qui surgit. ⸻ Verdict FOUD’ART 🅵🅵🅵🅵 – Un choc théâtral. Un théâtre inconfortable, parfois déroutant, mais d’une intelligence rare. La Cohue prouve une nouvelle fois qu’elle sait transformer le désarroi en matière scénique. On sort secoué, fasciné, hanté. ⸻ Infos pratiques Une pièce sous influence Texte Martin Legros Mise en scène Sophie Lebrun et Martin Legros Avec Inès Camesella, Sophie Lebrun, Baptiste Legros ou Antonin Meyer-Esquerré (en alternance), Martin Legros, Nicolas Tritschler (batterie live) Scénographie Antoine Giard • Lumières Audrey Quesnel • Son Pierre Blin • Création sonore & régie Nicolas Tritschler • Costumes Loreleï Vauclin Crédit photo Virginie Meigné Théâtre du Rond-point 25 septembre – 5 octobre 2025 • Mardi au vendredi 19h30 • Samedi 18h30 • Dimanche 28 septembre 17h, dimanche 5 octobre 15h30 • Relâche lundi 29 septembre ⸻ En tournée 2025 • 14 octobre – Centre culturel Juliobona, Lillebonne (76) • 8 novembre – L’Astrolabe, Figeac (46) • 12 & 13 novembre – Théâtre Sorano, Toulouse (31) • 20 novembre – Maison du Théâtre, Brest (29) • 22 novembre – Salle SolenVal, Dinan Agglomération / Plancoët (22) • 25 novembre – Carré Sévigné – Pont des Arts, Cesson-Sévigné (35) • 27 novembre – Centre culturel Jacques Duhamel, Vitré (35) 2026 • 27 janvier – Ville de Morteau (25) • 29 & 30 janvier – Théâtre La Renaissance, Oullins (Lyon – 69) • 3 février – Théâtre des Collines, Annecy (74) • 5 février – Théâtre du Bordeau, Saint-Genis-Pouilly (01) • 17 mars – Quai des Arts, Pornichet (44) • 19 mars – Théâtre Ligéria, Sainte-Luce-sur-Loire (44) • 21 mars – La Balise, Saint-Hilaire-de-Riez (85) • 24 mars – Amphithéâtre Thomas Narcejac, Pornic (44) • 26 mars – Le Canal, Théâtre du Pays de Redon (35) • 28 mars – Théâtre Quartier Libre, Ancenis-Saint-Géréon (44) • 10 avril – Maison de la Culture, Arlon (Belgique)

  • SCARLETT O'HARA : Quand une étoile vacille… et brille encore

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – LA DERNIÈRE CONFÉRENCE DE PRESSE DE VIVIEN LEIGH Scarlett O’Hara, Blanche Dubois : deux rôles, deux Oscars, et derrière eux une femme de théâtre qui a tout brûlé pour la scène. Adapté par Caroline Silhol du texte de Marcy Lafferty et accompagné par la finesse d’ Anne Bourgeois , ce « seule-en-scène » convoque Vivien Leigh dans une ultime conférence de presse où l’éclat du mythe rencontre les zones d’ombre de la vie. ⸻ Une conférence de presse comme miroir brisé Le dispositif est d’une simplicité redoutable : une conférence de presse imaginaire qui se fissure pour laisser affleurer l’intime. Les questions visibles ou sous-entendues provoquent des vagues de souvenirs : enfance en Inde , Hollywood , Old Vic , Shakespeare avec Laurence Olivier , puis la chute , la fatigue , la maladie . Ce cadre « mondain » devient une scène de vérité : l’icône parle, la femme reprend la main. « Quand je joue au théâtre, je suis parfaitement heureuse. Je me lève le matin et je sais pourquoi je vis. » ⸻ Caroline Silhol : l’incarnation plutôt que l’imitation Caroline Silhol ne pastiche jamais : elle incarne . Sa voix, ses respirations, un grain de ferveur et de danger ; une façon d’embrasser l’insolence et la fragilité sans les opposer. On retrouve l’autorité feutrée qui nous avait bluffés dans “Mademoiselle Chanel en hiver” : ici encore, classe souveraine et précision de dentelière . Silhol condense une vie : la femme lumineuse, amoureuse du théâtre, mais troublée, complexe, parfois au bord de la faille . Elle trace une ligne de crête entre glamour et vertige : flamboyante, jamais figée ; vulnérable, jamais plaintive. ⸻ Anne Bourgeois : l’art de l’élégance discrète La mise en scène d’ Anne Bourgeois a ce charme et cette classe qui rappellent l’icône elle-même : élégance des lignes , refus de l’emphase, écoute millimétrée de l’actrice. Lumières (Denis Koransky ), costumes (Christophe Lebo , assisté de Nadège Bulfay ), musique (Nicolas Jorelle ) : chaque élément serre le cadre pour laisser vibrer la parole. La scène devient un écrin ; la dramaturgie, une chambre d’écho où l’œuvre et la vie s’interpénètrent. ⸻ Entre passion et folie : le prix d’une étoile Le spectacle ose regarder en face la bipolarité , les électrochocs , le puritanisme d’une époque, la rupture Olivier/Leigh qui laisse une cicatrice béante. Mais il rappelle aussi la combativité d’une artiste « diamant brut » qui ne renonce jamais à son premier amour : le théâtre . On ressort avec l’image d’une héroïne moderne : brillante et tendre, libre et tourmentée - humaine surtout. « Je jouerai Scarlett… Je suis Scarlett, ça ne peut pas être autrement puisque je l’ai décidé ! » ⸻ Ce que ça nous dit aujourd’hui La pièce parle de corps et de carrière , de mythe et de marché , de féminité et de folie sans sensationnalisme. Elle interroge ce que nous demandons à nos stars - tout - et ce qu’elles laissent sur l’autel du désir de scène . Hommage ? Oui. Canonisation ? Non. Plutôt un vis-à-vis : une actrice regarde une autre actrice, et nous rend à la réalité vibrante de l’art. ⸻ Mon verdict FOUD’ART 🅵🅵🅵🅵 – Coup de cœur. Silhol irradie , Bourgeois sculpte l’espace : un duo d’orfèvres qui redonne chair à Vivien Leigh sans la clouer au panthéon. Glamour et gravité , tendresse et lucidité : un moment de théâtre qui emporte et éclaire . ⸻ Infos pratiques SCARLETT O'HARA La Dernière conférence de presse de Vivien Leigh Texte Marcy Lafferty • Adaptation Caroline Silhol Collaboration artistique Anne Bourgeois Avec Caroline Silhol Crédit photo ©Laurencine Lot Théâtre de Passy Depuis le 2 septembre 2025 • mardi à 21h - samedi à 17h • Durée 1h20

  • Théâtre à la Minute – 15 minutes pour bouleverser ?

    🅵🅵🅵 FOUD’ART – L’immersion intime qui bouscule les codes ⸻ Un concept importé d’Espagne Né à Madrid au début des années 2010, le format du micro-théâtre débarque enfin à Paris grâce à Miriel Cejas, comédienne cubaine-espagnole passionnée d’innovation scénique. Le principe est simple et audacieux : quatre pièces de 15 minutes , jouées dans des espaces minuscules d’une dizaine de mètres carrés, pour une quinzaine de spectateurs maximum. Un format court, nerveux, immersif : le théâtre devient ici l’équivalent du court-métrage au cinéma . ⸻ Une expérience rythmée et immersive Chaque soir, le public circule de salle en salle, entrecoupant les représentations de courtes pauses. Actuellement, deux thèmes alternent : “L’amour qui reste” les jours impairs et “Le temps en fuite” les jours pairs. Chaque mini-pièce a son décor, son atmosphère, ses personnages, transformant les spectateurs en confidents à moins d’un mètre des comédiens. On ressent tout : la respiration, le frisson, parfois même la gêne délicieuse de cette promiscuité. ⸻ Mon avis FOUD’ART Ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à la naissance d’un nouveau concept théâtral à Paris. Et c’est particulièrement excitant. En quinze minutes, les auteurs doivent développer une idée forte, imaginative, souvent surprenante. Certaines histoires frappent juste, d’autres laissent un léger goût de trop peu, mais l’ensemble séduit par son audace. Les comédiens, jeunes pour la plupart, sont confrontés à un défi rare : être justes dès la première réplique, happant le public sans temps mort. Et le résultat est bluffant : niveau global élevé, moments de grâce, et une énergie communicative. Oui, tout n’est pas parfait : certaines pièces fonctionnent mieux que d’autres, certains rebondissements accrochent un peu moins. Mais c’est précisément ce côté laboratoire vivant , « sur le fil » et inventif, qui fait le charme de la soirée. Résultat : une expérience vraiment immersive, conviviale, où l’on partage avec des inconnus un format nouveau, punchy, truculent, parfois audacieux . On sort de là avec le sourire, heureux d’avoir vécu autre chose que le théâtre traditionnel. ⸻ 🅵🅵🅵 – À vivre absolument pour sa fraîcheur et son intensité. ❗ On attend maintenant de voir comment ce concept évoluera, et jusqu’où il osera aller dans ses choix artistiques. ⸻ Infos pratiques Théâtre à la Minute 24, rue Richard Lenoir, 75011 Paris Du mercredi au dimanche de 18h00 à 00h00 • 4 pièces de 15 minutes chaque soir (thèmes alternés : L’amour qui reste / Le temps en fuite)

  • La Corde – Un huis clos hitchcockien au Studio Marigny

    🅵🅵🅵 FOUD’ART – Quand le rire cache le crime ⸻ Un crime sous les projecteurs Louis et Gabriel, deux jeunes intellectuels arrogants, commettent un meurtre par pur défi, persuadés d’être supérieurs aux autres. Le corps de leur camarade repose dans un coffre, placé en plein milieu du salon, sous les yeux de leurs invités. Tandis que la soirée bat son plein entre mondanités et ironie acide, leur ancien professeur, Émile Cadell, commence à douter. Dès lors, chaque silence devient une menace, chaque réplique une arme. Inspirée de Rope de Patrick Hamilton, immortalisée par Alfred Hitchcock en 1948, La Corde trouve au Studio Marigny une nouvelle incarnation sous la houlette de Guy-Pierre Couleau . Le thriller y devient miroir d’une époque où l’arrogance, le pouvoir et la banalisation du mal résonnent de manière troublante avec notre présent. ⸻ Entre Hitchcock et l’écho du présent Adapter ce texte culte en 2025 n’est pas un hasard. Comme le rappellent Lilou Fogli et Julien Lambroschini, adaptateurs de la pièce, l’œuvre pose des questions toujours brûlantes : jusqu’où peut mener la fascination pour le pouvoir ? Comment l’intellect coupé de l’humain engendre-t-il la violence ? Le choix de transposer l’action des années 20 aux années 50 s’avère pertinent : une époque encore marquée par les blessures de guerre mais déjà traversée par de nouvelles fractures sociales et morales. Cette atmosphère “film noir” colle au huis clos et accentue la mécanique hitchcockienne : l’élégance d’un salon, les éclats de rire qui masquent la folie, le charme vénéneux des apparences. ⸻ Quand la philosophie s’invite au théâtre Dès Hitchcock, on sentait combien ce huis clos, conçu comme un plan-séquence, était fait pour la scène : un crime connu du spectateur dès le départ, et le suspense qui repose non pas sur le “qui” ni le “comment” mais bien sur le “pourquoi”. Patrick Hamilton a construit une pièce mathématique dans sa tension, philosophique dans son propos . Le défi est double : • Parler aux jeunes générations en modernisant le texte sans le dénaturer. • Préserver la noirceur et l’ambiguïté qui font de Rope une réflexion sur l’arrogance et le surhomme nietzschéen. Guy-Pierre Couleau mise sur un équilibre subtil : touches d’humour, tension continue, et un rire qui devient paravent de la folie meurtrière. Comme il le dit lui-même : « le rire cache heureusement assez mal la démence des hommes livrés à l’ivresse du pouvoir ». ⸻ Un casting prometteur mais inégal Sur scène, on retrouve Myriam Boyer , Lucie Boujenah , Audran Cattin , Grégori Derangère , Martin Karmann et Thomas Ribière . Si Audran Cattin (Louis) et Thomas Ribière (Gabriel) tirent nettement leur épingle du jeu – incarnant à merveille la cruauté froide et l’arrogance malsaine – tous ne parviennent pas à être aussi énigmatiques qu’on l’espérait. Le rôle pivot du Professeur Cadell, interprété par Grégori Derangère , reste le gage de la révélation morale du spectacle. C’est lui qui incarne la bascule entre fascination, doute et effroi. La scénographie de Delphine Brouard et les lumières de Laurent Scheegans enveloppent le spectateur dans une atmosphère suffocante, héritée du film noir : un salon cossu, mais où chaque objet devient suspect, chaque ombre inquiétante. ⸻ FOUD’ART en sort avec… 🅵🅵🅵 – Une adaptation haletante et intelligente, qui réussit à conjuguer le souffle hitchcockien avec une lecture contemporaine. Le texte conserve sa mécanique implacable et son humour noir, mais certains choix de jeu manquent encore de mystère pour que la peur soit totale. À voir pour son tendu huis clos , sa réflexion intemporelle sur le pouvoir et ses éclats de noirceur ironique. Un spectacle qui fascine par son audace. ⸻ Infos pratiques LA CORDE D’après la pièce « Rope » de Patrick Hamilton Adaptation Lilou Fogli et Julien Lambroschini Mise en scène Guy-Pierre Couleau Avec Myriam Boyer, Lucie Boujenah, Audran Cattin, Grégori Derangère, Martin Karmann, Thomas Ribière Scénographie Delphine Brouard • Lumières Laurent Scheegans • Musique et son David Parienti Crédit photo ©Bertrand Exertier Studio Marigny À partir du 24 septembre 2025 • Du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 15h • Durée 1h40

  • ZIZE « IRRÉZIZETIBLE » : Ménopause, punchlines et tendresse

    🅵🅵🅵 FOUD’ART Zize Dupanier est de retour… et elle est en mode ménoparade ! Dans IrréZizetible, la plus chic des cagoles débarque à Paris avec ses valises pleines de robes léopard, de répliques acérées et de galères familiales : un mari parti avec une jeunette, un fils qui fait son coming out, un autre qui l’annonce bientôt grand-mère… sans oublier les bouffées de chaleur et les mauvaises surprises des sites de rencontres. Le ton est donné : pas question pour elle de “sécher sur pied”. Zize croque la vie à pleines dents. Et nous, on rit à gorge déployée. ⸻ Une tornade scénique entre tendresse et baston verbale Thierry Wilson, alias Zize, impressionne. Présence scénique XXL, accent marseillais tranchant, énergie insolente : il incarne cette femme comme s’il l’avait toujours été. Sur scène, ça parle fort, ça parle vrai, ça claque comme une gifle donnée à la morosité. Derrière chaque vanne, on sent la sincérité. Même quand ça flirte avec le kitsch ou que ça descend sous la ceinture, jamais de gratuité : Zize reste touchante jusque dans l’outrance. Résultat : on rit fort. Et parfois, on s’émeut. ⸻ Un texte populaire, piquant et attachant Pas de stand-up calibré, pas de boulevard poussiéreux : Zize cause comme dans la vraie vie. Anecdotes de famille, confidences de salle de bain, critiques sur les hommes, réflexions sur l’âge qui passe… C’est cru, franc, drôle, et souvent plus profond qu’il n’y paraît. Oui, ça joue avec les clichés. Oui, parfois ça sent la naphtaline. Mais c’est tellement assumé, tellement tendre et tellement vrai qu’on lui pardonne tout. ⸻ Zize : caricature ? Oui. Mais humaine surtout. Cagole chic, star du Panier et femme pleine de contradictions, Zize est une caricature… mais une caricature incarnée, sincère, généreuse. On la reconnaît dans nos tantes, nos voisines, nos mères. Elle ne cherche pas à plaire à tout le monde : elle prend la scène comme on prend la parole dans une réunion de famille trop bruyante — avec fermeté, tendresse et un verre de rosé à la main. On rit de ses excès. On est ému par ses failles. ⸻ Une mise en scène sobre, au service du verbe Pas de décor inutile : un micro, une voix, un corps. Et ça suffit. La mise en scène accompagne sans détourner : lumières qui soulignent, costumes qui subliment. Tout le reste, c’est Zize qui le porte, à la voix et au panache. Elle improvise avec le public, s’arrête, relance, repart. On est dans l’intime, le vrai, le direct. ⸻ Un public conquis, une fidélité bétonnée Dès la première réplique, la salle explose de rire. Les fidèles retrouvent leur Zize, les nouveaux sont happés dès les premières minutes. Zize joue avec eux, pour eux, jamais contre eux. C’est ce lien direct, presque affectif, qui fait la magie : on se sent chez elle, avec elle, comme dans un apéro qui aurait dégénéré en one-woman show. ⸻ Et derrière les rires… un regard sur nous Sous les blagues, il y a du fond. Zize parle de ménopause, de vieillesse, de familles recomposées, de coming out, de solitude… Elle en rit, mais ne les évacue jamais. On sort plus léger, mais aussi un peu plus humain. ⸻ Verdict Zize est IrréZizetible , tout simplement. Même quand c’est facile, même quand c’est déjà vu, on y revient comme à un plat de lasagnes de mamie : on sait à quoi s’attendre, mais qu’est-ce que c’est bon. Populaire, sincère, généreuse : Zize continue de faire rire de tout, avec tout le monde. Et à l’heure où tout doit être lisse et correct, cette liberté fait un bien fou. ⸻ 🅵🅵🅵 FOUD’ART recommande 🫶 ⸻ ZIZE – IRRÉZIZETIBLE Comédie Bastille À partir du 21 septembre 2025 • Les lundis & mardis à 20h, dimanches à 17h • 30 représentations exceptionnelles

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