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  • Ubu Président : Quand le grotesque de Jarry percute la folie de notre époque

    Il fut un temps où Ubu voulait devenir roi. Aujourd’hui, il rêve d’être président. À l’heure où le réel dépasse parfois la fiction dans l’absurde, Ubu Président – comédie musicale satirique signée Mohamed Kacimi d’après Ubu Roi , mise en scène par Isabelle Starkier – résonne avec une drôlerie aussi vertigineuse qu’inquiétante. Présentée au Festival Off d’Avignon 2025, cette variation chantée, foutraque et mordante fait grincer des dents… en musique. D’Ubu Roi à Ubu Président : un glissement (trop ?) naturel Créé en 1896 par Alfred Jarry, Ubu Roi jetait les bases d’un théâtre grotesque, libre, explosif. Père Ubu, tyran infantile et vorace, massacre, taxe, trahit dans une quête de pouvoir absurde et sans limite. Un siècle plus tard, Kacimi n’a presque rien à forcer : un plateau télé, un micro, un zeste de chômage… et voilà Ubu et sa femme catapultés dans une course présidentielle qui fait froid dans le dos. Dans une cuisine vide, deux losers fauchés rêvent de grandeur. Une journaliste de « Niouze » les filme, la machine médiatique s’emballe. Et nous voilà embarqués dans une ascension politique aussi grotesque que glaçante. Ça vous rappelle quelque chose ? Une satire qui tape là où ça fait (encore) rire Kacimi ne se contente pas d’actualiser Jarry : il invente un langage ubuesque d’aujourd’hui, tisse des dialogues affûtés – parfois un peu faciles, mais toujours percutants. Pouvoir, médias, pulsion de domination : tout passe à la moulinette du grotesque. Oui, certaines évidences sont martelées : le pouvoir rend fou, la télévision abrutit, le peuple est manipulable. Mais l’ensemble garde une belle énergie comique, portée par un rythme soutenu et quelques trouvailles musicales réjouissantes. Une comédie musicale grinçante et déjantée Cinq comédiens-chanteurs-musiciens sur scène : c’est l’orchestre endiablé de cette farce politique qui se danse autant qu’elle se hurle. La partition d’Alain Territo puise dans tous les styles : tango déglingué, hymnes absurdes, chœurs satiriques. Le chant devient ici arme de propagande, cri d’angoisse ou éclat de rage. La mise en scène d’Isabelle Starkier, fidèle à son goût pour les formes hybrides, bricole un théâtre pauvre en apparence mais riche en métaphores : décors carton-pâte, costumes kitsch, effets de distanciation revendiqués. On pense à Brecht, à Alfredo Arias, au cabaret politique des années 70… mais aussi aux formats viraux d’aujourd’hui. Le grotesque comme miroir du réel C’est là que le spectacle frappe juste – et dérange. Ubu Président ne cherche pas une analyse fine du présent, mais en révèle le délire. Un grand cri collectif, entre carnaval et cauchemar. Et parfois, entre deux rires, une gêne s’invite. Peut-être est-ce là sa plus grande réussite : nous laisser penser que le grotesque ne vient pas de la scène… mais de ce qui l’entoure. 🎟 À recommander à celles et ceux qui rient jaune. Avis de Foudart 🅵🅵 INFOS PRATIQUES Ubu Président Texte : Mohamed Kacimi, d’après Ubu Roi d’Alfred Jarry Musique : Alain Territo Mise en scène : Isabelle Starkier Avec : Stéphane Barrière, Michelle Brûlé, Stéphane Miquel, Clara Starkier, Virgile Vaugelade Costumes : Aurore Popineau • Décor : Jean-Pierre Benzekri • Chef de chant : Cathy Missika • Lumières : Jean Grison • Crédit photo : Elie Benzekri  Festival Off Avignon 2025 Théâtre du Balcon • Du 5 au 26 juillet – à 18h30. Relâches les jeudis 10, 17 et 24 juillet • Durée : 1h20

  • Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer : rock, douceur et révolution

    Et si l’insurrection prenait la forme d’un murmure ? Sur le plateau en ruines de La Scierie, un mur de parpaings s’est effondré. Des chants anciens résonnent. Une femme se lève, droite, frontale, pour dire le monde tel qu’il chancelle – et tel qu’il pourrait renaître. Avec Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer , Anne Conti s’empare d’un texte manifeste de Virginie Despentes, écrit en 2020 et resté inédit jusqu’à aujourd’hui. Plus qu’un spectacle : un cri poétique, un appel à la tendresse dans un monde saturé de violence. Des ruines à la révolution : bifurquer ou disparaître Tout commence lors d’un séminaire au Centre Pompidou. Une tribune que Despentes transforme en manifeste. Elle y appelle à briser les chaînes du capitalisme, du patriarcat, du racisme, de l’hétéronormativité. Mais ce qui frappe ici, c’est moins la colère que l’élan : celui d’un monde à reconstruire, avec douceur et poésie. Anne Conti en fait un objet scénique radical et sensible, entre concert, rituel païen et performance féministe. Le texte, dense et ciselé, prend le temps d’habiter le plateau. Il se dilate, se déplie, devient contagieux. Une partition poético-punk Anne Conti incarne elle-même ce manifeste. Son adresse est directe, vibrante, rythmée comme une partition. Autour d’elle, les musiciens Rémy Chatton (violoncelle, guitare) et Vincent Le Noan (percussions) tissent une bande-son puissante, traversée d’échos baroques, de grondements tribaux et de comptines suspendues. Le spectateur est pris dans une spirale : rock, chamanique, parfois apaisée, toujours engagée. La scénographie – conçue avec la complicité de Phia Ménard – évoque un chantier à ciel ouvert : fragments de murs, tapisserie déchirée, poussières d’un monde ancien. Mais l’effondrement devient promesse : à mesure que la scène s’élève, des constellations apparaissent, comme une invitation à inventer un autre futur. Des mots qui percutent, une douceur qui désarme Virginie Despentes n’a jamais mâché ses mots. Mais ici, sa plume se fait souffle. Entre injonction politique et confidence intime, elle interroge la frontière, la liberté, le lien, la révolte, le soin. Chaque phrase devient boussole pour celles et ceux qui refusent le cynisme. Le geste théâtral d’Anne Conti n’en rajoute jamais. Il amplifie, incarne, écoute. Il ouvre un espace d’accueil, pour que les spectateurs s’y projettent et, peut-être, se laissent contaminer. Car, comme le dit le texte : « Chaque fois que tu fais ce qu’il te convient de faire, ta liberté me contamine. » Un manifeste scénique d’une rare justesse Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer est un moment de théâtre comme on en vit peu : puissant sans être brutal, politique sans être dogmatique. Un souffle d’air frais venu des ruines. Une déclaration d’amour à la capacité de changer. À la fragilité comme force. Un uppercut doux. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Infos pratiques Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer Texte Virginie Despentes Mise en scène Anne Conti (avec la collaboration de Phia Ménard) Avec Anne Conti, Rémy Chatton (guitare, violoncelle), Vincent Le Noan (percussions) Création vidéo Cléo Sarrazin • Lumière Laurent Fallot Crédit photo Didier Pérou Festival OFF AVIGNON La Scierie – Le Hangar • Du 4 au 26 juillet 2025 (relâches les 8, 15, 22) à 18h00 • Durée 1h • Tout public à partir de 15 ans

  • When I Saw the Sea – Rituels de résistance et éclats de dignité

    l’horizon, se redresser, témoigner. Avec When I Saw the Sea , le chorégraphe libanais Ali Chahrour livre un spectacle à la fois bouleversant et nécessaire. Sur scène, trois femmes migrantes -survivantes du système d’exploitation connu sous le nom de Kafala - prennent la parole, dansent, chantent, et surtout : se tiennent debout. À l’oppression répond un chant de liberté. À l’invisibilisation, une présence ardente. Et à l’oubli, une mémoire incarnée. Le corps comme archive, le plateau comme refuge C’est un théâtre-récit. Un théâtre-musique. Un théâtre-rituel. When I Saw the Sea ne cherche pas à représenter ou dénoncer frontalement, mais à transmettre par le sensible , le fragment , la vibration . Le plateau nu devient un espace de réinvention où les récits intimes de Rania Jamal , Zena Moussa et Tenei Ahmad se déploient sans pathos, portés par une esthétique sobre mais puissante. Chacune, à travers sa voix, sa langue, son chant ou son silence, devient une conteuse contemporaine d’un exil permanent. La mise en scène épouse ces récits avec pudeur et respect, soutenue par la lumière brute de Guillaume Tesson et la musique vibrante de Lynn Adib et Abed Kobeissy , qui accompagnent les corps sans jamais les dominer. Un acte politique incarné Le spectacle naît d’un contexte concret et tragique : l’abandon, en pleine guerre, des travailleuses domestiques migrantes au Liban. Mais loin d’un théâtre du constat, When I Saw the Sea est un théâtre de la transformation . Il fait de ces histoires des tremblements poétiques , des appels à la justice , frôlant parfois l’incantation hypnotique. Par sa démarche, Ali Chahrour redéfinit l’acte artistique comme prise de parole , transmission , réparation . On pourrait croire que le spectacle survole son sujet. Il n’en est rien. Sans jamais tomber dans le didactisme ni dans l’ émotion facile , la pièce maintient une tension singulière : elle raconte sans expliquer, elle dénonce sans accuser, elle fait exister plutôt qu’exhiber. When I Saw the Sea tient ainsi d’un baptême laïque -une traversée poétique, politique et profondément humaine. Un spectacle rare, à ne pas manquer Dans la continuité de son œuvre, Ali Chahrour affirme ici un geste artistique profondément engagé , d’une grande finesse formelle . Il donne la parole à celles qu’on n’écoute jamais, sans médiation, sans filtre, avec une radicalité douce . Il fait du théâtre un lieu d’ émancipation , de mémoire et de réparation . Un spectacle qui fend le silence comme une vague fend la roche. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Infos pratiques When I Saw the Sea Conception : Ali Chahrour Avec : Tenei Ahmad, Zena Moussa, Rania Jamal Musique live : Lynn Adib, Abed Kobeissy Crédit photo © Lea Skayem La FabricA, Festival d’Avignon • Du 5 au 8 juillet 2025, à 13h • Durée : 1h10

  • NÔT - Une nuit de plus, un vertige de récits

    📍 Festival d’Avignon 2025 – Cour d’honneur du Palais des Papes 🗓 5, 6, 8, 9, 10, 11 juillet – 22h | ⏱ 1h45 💃 Chorégraphie et mise en scène : Marlene Monteiro Freitas Et si danser, c’était survivre ? Avec NÔT , Marlene Monteiro Freitas convoque la mémoire de Shéhérazade et des Mille et Une Nuits , non pour les illustrer, mais pour en prolonger l’élan vital : celui d’un récit qui sauve, d’une parole qui suspend la mort. Sur le plateau vertigineux de la Cour d’honneur, elle compose un opéra chorégraphique libre et sauvage, fragmentaire et fascinant. Mais entre moments de fulgurance et longueurs assumées, le spectacle divise. NÔT se traverse comme un rêve détraqué – ou un cauchemar poétique, selon la sensibilité de chacun. La nuit comme territoire de métamorphose “NÔT” signifie “nuit” en créole capverdien. Une nuit symbolique et sensorielle, où les repères s’effacent, où les récits se chevauchent, où les corps deviennent fictions. La scénographie, entre chambre médiévale et cabinet de curiosités, déploie des couches de tissus, de formes et de gestes dans un brouillage constant du réel. Tout y est stratifié, flou, mouvant – comme les souvenirs d’un conte raconté à voix basse. Shéhérazade réinventée Freitas part du conte-cadre, celui de la femme qui sauve sa vie en racontant. Elle y lit une fable de survivance, de pouvoir du récit, mais aussi un miroir de notre époque : Qui sont les Shéhérazade d’aujourd’hui ? Que veut dire survivre par la parole dans un monde saturé d’images et de règles ? Le spectacle ne répond pas : il pose des figures, des sensations, des tensions . Une transe étrange traverse les tableaux successifs, entre masques grotesques, cris d’oiseaux et rituels collectifs. Le monumental et le minuscule La Cour d’honneur devient un théâtre des contrastes. Entre la muraille imposante et les corps minuscules, NÔT joue de l’échelle pour brouiller la perception. Le moindre geste devient une résonance, un écho à la pierre, au ciel, au silence. Mais dans ce gigantisme scénographique surgissent aussi des détails déroutants : un pot de chambre, par exemple, qui traîne en longueur… au point de brouiller parfois la tension dramaturgique. Une chorégraphie du chaos La partition chorégraphique de Freitas est tout sauf linéaire. Ici, chaque scène naît d’un détail : une poupée, un tissu, une grimace, une voix. Et puis tout explose. Le geste devient cri, le cri devient mouvement. Le spectacle avance par à-coups, en refusant tout confort narratif . Par moments, on se perd. Mais parfois aussi, on est saisi par une image sublime, un enchaînement rythmique saisissant, une pulsation musicale intense. La chanteuse – véritable tornade scénique – électrise l’espace. Un envoûtement qui divise NÔT n’est pas un spectacle “à message”, ni même “à comprendre”. Il est à traverser , comme une nuit peuplée de visions. Pour certains, ce sera un voyage hypnotique, un appel au rêve, une exploration du mythe. Pour d’autres, un labyrinthe trop opaque, une abstraction qui tient parfois le spectateur à distance. “Le désir peut faire peur, mais c’est lui qui nous permet d’avancer et de créer.” - Marlene Monteiro Freitas Une œuvre libre, troublante, inclassable Après Bacchantes , Jaguar , ou LULU , Marlene Monteiro Freitas poursuit ici son exploration d’un théâtre chorégraphique impur, hybride, intuitif . NÔT est une œuvre qui ne cherche pas à plaire, mais à perturber. Une forme d’ insoumission esthétique , où la danse devient rituel, où le mythe se tord, où le corps prend la parole là où les mots échouent. En sortant de la Cour d’honneur, on ne sait pas exactement ce qu’on a vu. Mais on sait qu’on a été traversé. Avis de Foudart 🅵🅵 Infos pratiques NÔT Chorégraphie & mise en scène Marlene Monteiro Freitas   Cour d’honneur du Palais des Papes – Festival d’Avignon 2025 • Du 5 au 11 juillet (relâche le 7) • 22h | Durée 1h45 Crédit photo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

  • ZOOM : Portrait d’une mère en clair-obscur

    Festival Off Avignon 2025 Une femme. Un fils. Un rêve plus grand que la vie. Et si, derrière les enfants dits “difficiles”, il y avait des mères invisibles ? Des femmes cabossées, qui se débattent, qui rêvent, qui s’épuisent à transmettre ce qu’elles n’ont jamais reçu ? Dans Zoom , la nouvelle création de la compagnie Paradoxe(s), Pamela Ravassard donne corps à l’une de ces figures silencieuses et bouleversantes : la mère du Burt . Un seule-en-scène haletant, à la croisée d’une confession intime et d’un fantasme hollywoodien, où s’entrechoquent les projecteurs de cinéma, les éclats de rire et les silences fêlés. Une réunion parents-profs comme clap de début Fin septembre, salle de classe anonyme. Les chaises sont rangées, le professeur principal est en retard. Et soudain, elle se lève. Celle qu’on n’attendait plus, celle dont on aurait préféré oublier l’existence : la mère du Burt . Très vite, la pièce bascule. On quitte le huis clos scolaire pour une traversée à la fois comique et poignante , entre Sochaux et Sartrouville, entre les plateaux de tournage et les bureaux de Pôle Emploi. Elle parle pour son fils. Pour elle. Elle se raconte comme on se confesse. Et peu à peu, c’est son propre film qu’elle projette sous nos yeux. Zoom sur une femme, pas sur un enfant Si le titre intrigue, ce n’est pas Burt le véritable sujet de la pièce. Le “zoom”, c’est sur elle qu’il s’opère. Elle, la mère sans filtre, au rire extravagant, énergique, drôle, à la fois pathétique et magnifique. À coups d’anecdotes, de souvenirs, de dérapages épiques, elle déconstruit l’illusion de la réussite, interroge le sacrifice maternel et met en lumière les déterminismes sociaux qui enferment dès l’enfance. Le texte de Gilles Granouillet , ciselé comme une lame tendre, explore avec finesse cette ambivalence : vouloir le meilleur pour son enfant… au risque de l’étouffer. Une mise en scène cinématographique et sensible Pamela Ravassard - qui interprète aussi le rôle - construit un univers scénique à la frontière du théâtre, du cinéma et du rêve. Un plateau nu, traversé de vitres, d’ampoules, de projecteurs. Une lumière qui se module comme un travelling. Un son qui frôle la science-fiction. Tout ici évoque l’art du montage , du flashback , du grand angle émotionnel . Les clins d’œil au septième art sont omniprésents : musiques de John Williams , Nino Rota , jingles de grands studios… Mais loin d’être un gadget, cette esthétique hollywoodienne devient le langage de la mère : son refuge, son filtre, son mirage . À défaut d’avoir pu offrir une vraie vie, elle aura offert un scénario . Une régie d’orfèvre pour une partition millimétrée Impossible de parler de Zoom sans saluer le travail technique d’orfèvre qui accompagne la comédienne. La régie lumière et son, en parfaite symbiose, sculpte un écrin d’émotions mouvantes . Les effets spéciaux, la musique live (portée par le violoncelliste Nathan Minière ), les jeux de reflets et d’ombres offrent une profondeur quasi cinématographique à ce théâtre de l’intime. Entre burlesque et tragédie, un vertige salutaire Zoom est un récit de résilience et de transmission , dans la lignée des précédents spectacles de la compagnie ( 65 Miles , Courgette ). Un portrait de femme seule contre le monde, qui fait sourire avant de poignarder doucement. Une odyssée intérieure où l’on vacille, comme elle, entre ce qu’on rêve pour ses enfants et ce que la vie impose. Et s’il ne restait que l’amour — nu, maladroit, immense ? C’est peut-être cela, le vrai gros plan . Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Infos pratiques ZOOM Texte Gilles Granouillet Mise en scène et interprétation Pamela Ravassard Nathan Minière (violoncelle), Cyril Manetta (lumière), Frédéric Minière (son), Hanna Sjödin (scénographie et costumes), Johan Nus (chorégraphie), Stéphane Corbin (coach vocal) Crédit photo Alexandro Guerrero Festival Off Avignon 2025 Théâtre du Girasole • Du 4 au 26 juillet • Relâche les 8, 15, 22 juillet• 10h00 • À partir de 12 ans • Durée 1h20

  • Alexeï et Yulia - L’amour au bord du gouffre

    Festival Off Avignon 2025 – Théâtre des Halles – Chapelle Sainte-Claire Un couple. Une nuit. Un choix qui peut tout faire basculer. Et si aimer était un acte de résistance ? Dans Alexeï et Yulia , Sabrina Kouroughli et Gaëtan Vassart imaginent, à partir de faits réels, la dernière nuit d’Alexeï Navalny et de son épouse Yulia, juste avant leur retour — et sa chute — en Russie. Huis clos fiévreux, brûlant, la pièce redonne chair à ce que le pouvoir a tenté d’effacer : une parole intime, politique, radicalement humaine. Un dialogue interdit rendu au monde Le point de départ est vertigineux : un texte que Navalny aurait écrit depuis sa cellule, confisqué par les autorités. Un souvenir de son dernier échange avec Yulia. C’est cette absence que les auteurs choisissent d’habiter. Sur scène : deux voix, deux corps, deux feux. Un couple debout face à la peur, aux doutes, à l’histoire qui cogne à la porte. Lui veut rentrer à Moscou. Elle tente de l’en dissuader. Fuir pour survivre ou rester pour lutter ? Une question universelle posée avec une justesse poignante, dans une langue sans emphase, mais chargée d’urgence. Un cri plein de tendresse. Une partition à deux voix, intensément habitée Gaëtan Vassart et Sabrina Kouroughli incarnent leurs personnages avec une sobriété bouleversante. Pas de pathos, pas d’héroïsme plaqué — juste la tension nue d’un choix. L’intime comme terrain de lutte. Leur complicité scénique saisit par sa vérité : elle fait exister le couple au-delà du politique, dans les regards, les silences, les gestes qui vacillent et les mots qui blessent autant qu’ils protègent. La mise en scène, épurée et poétique, évoque une mémoire suspendue. Sol rouge comme le sang, la passion, la Russie. Une guitare, une couverture, une couronne de fleurs : objets simples, chargés de résonances. La musique — Vissotski, Lou Reed, Anohni — hante l’espace comme un souffle fragile, libre, indomptable. Un cri d’amour et de lucidité Alexeï et Yulia ne sanctifie pas Navalny. Il le rend humain. Plus encore : il révèle la puissance politique d’un lien amoureux. Yulia n’est pas un faire-valoir. Elle est une combattante. Une voix. Le spectacle lui rend hommage sans emphase, dans la justesse d’un amour qui doute, vacille, mais ne rompt jamais. Dans un monde saturé de mensonges, ce spectacle rappelle que l’amour peut être un dernier refuge — ou une première ligne de front. Qu’il faut parfois choisir entre vivre et résister. Et qu’aucune dictature ne pourra jamais confisquer ce qui se dit, à voix basse, dans une chambre, entre deux êtres qui s’aiment. Pourquoi il faut y aller Parce que c’est un théâtre qui regarde le réel en face. Un théâtre du présent, lucide, vibrant. Parce que dans la chaleur d’Avignon, cette heure de scène vous glacera — et vous réveillera. Et parce qu’il est urgent, plus que jamais, d’écouter celles et ceux que le silence menace. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Infos pratiques Alexeï et Yulia Texte, mise en scène et jeu : Sabrina Kouroughli & Gaëtan Vassart Conseil dramaturgique Marion Stoufflet Lumières Erik Priano Son Christophe Séchet Festival Off Avignon Théâtre des Halles – Chapelle Sainte-Claire • Du 5 au 26 juillet à 14h (relâche les mercredis 9, 16, 23) • Durée 1h • Dès 14 ans

  • Pharaon, Akhenaton le Maudit – Une heure dans l’intimité d’un roi visionnaire

    Festival Off Avignon 2025 – Théâtre Le Petit Louvre Au tout début, on croit tomber sur un spectacle un peu poussiéreux, à l’ancienne, presque scolaire. Un homme en toge blanche, seul sur scène, sans costume clinquant ni décor pharaonique… Et pourtant, très vite, la magie opère. Le charme agit. Ce Pharaon, Akhenaton le Maudit devient un moment de théâtre enivrant, sensible, presque merveilleux. Un voyage intérieur porté par la voix d’un roi oublié, dans un seul en scène à la fois sobre, érudit et profondément humain. La dernière heure d’un pharaon maudit Le rideau se lève sur un décor minimaliste : quelques caisses, un grand éventail, un souffle de vent dans un palais déserté. Akhenaton est seul. Isolé de sa cour, de son épouse Nefertiti, de son fils Toutankhamon, trahi par ses ministres, abandonné de ses dieux. Dans cette ultime heure de règne, il se confie au public comme à un confident invisible. Le spectacle d’Alexandre Delimoges n’est pas une fresque monumentale. C’est un tête-à-tête intime avec l’Histoire, où la parole remplace l’or, et où le doute d’un homme éclaire la grandeur d’un mythe. Théâtre et érudition : une alliance rare Ancien directeur de festivals, passionné d’Histoire et auteur multi-facettes, Delimoges incarne un Akhenaton déchiré entre son ambition mystique et les résistances de son époque. Père du monothéisme, réformateur radical, stratège isolé… Akhenaton se dévoile ici dans toutes ses contradictions. La force du texte repose sur un savant équilibre entre véracité historique (saluée par des égyptologues comme Ashraf Sadek) et incarnation sensible. Le spectateur n’assiste pas à une conférence, mais bien à une plongée dans la psyché d’un homme en fin de règne, aussi visionnaire que vulnérable. Une performance toute en maîtrise Sans artifice, sans costume doré, pieds nus dans un simple drapé blanc, Alexandre Delimoges habite la scène avec sobriété et densité. Il oscille entre humour discret, gravité métaphysique, colère contenue et poésie murmurée. Chaque mot compte. Chaque silence aussi. La mise en scène de Robert Kiener fait le choix de l’épure, pour mieux faire résonner le texte et laisser l’imaginaire du public reconstruire temples, dieux et palais. La lumière sculpte les mots. Le vent devient un personnage. L’effet est saisissant. Une histoire ancienne plus contemporaine qu’il n’y paraît Ce qui fascine dans Pharaon, Akhenaton le Maudit , c’est son écho moderne. On y parle de lutte contre un pouvoir religieux corrompu, de solitude du politique, de culte de l’image, d’héritage et de mémoire effacée. Le spectacle interroge : Qui écrit l’Histoire ? Qui en est banni ? Akhenaton, disparu des chroniques officielles, effacé par ceux qu’il dérangeait, réapparaît ici en pleine lumière. Grâce à ce spectacle, il cesse d’être un mystère de musée pour redevenir un homme de chair et d’idées, un chercheur d’absolu. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 📌 En résumé Un spectacle sobre, intelligent, émouvant. Une performance d’acteur rare. Une invitation à redécouvrir un pharaon oublié… et à réfléchir à notre propre époque. 🎟 Infos pratiques Pharaon, Akhenaton le Maudit Écrit et interprété par Alexandre Delimoges Mise en scène : Robert Kiener Crédit photo © Franck Calabrone Festival Off Avignon 2025 Théâtre Le Petit Louvre • Du 5 au 26 juillet à 11h45 (relâches les mercredis et jeudis) • Durée 1h10 Spectacle vu au Théâtre Le Lucernaire

  • Le Toit du Monde : un polar intime en terrain miné

    Secrets, silences et résistances dans un huis clos bouleversant Dans le Paris de l’après-guerre, deux frères que tout oppose se retrouvent au bord du gouffre. Entre thriller, mémoire et amour interdit, François Rivière signe une pièce audacieuse, tout en tension et en émotion. Un polar scénique, tendu comme une corde Un commissariat, une photo, une question. Henry Vernot cherche son frère Antoine, disparu pendant la guerre. Et pour le retrouver, un indice : un tableau intitulé Trois biches au fond des bois . Mais la piste n’est qu’un prétexte. Très vite, Le Toit du Monde glisse vers un drame familial noué autour de la mémoire, du secret, et de l’identité. Avec un décor ingénieux fait de cagettes mobiles, François Rivière construit une mise en scène fluide, presque chorégraphique, qui traverse le passé sans jamais s’y figer. Le suspense est maîtrisé, l’émotion est là, sans pathos. Un polar scénique captivant, où le moindre silence est une confession. Une partition à deux corps et mille visages Ils ne sont que deux, mais ils sont partout. Romain Poli , solide et touchant dans le rôle d’Henry, porte le fil de la narration avec une intensité intérieure remarquable. Malou Gilbert , lui, explose : il incarne à lui seul le frère Antoine, un amant, un SS, un policier… avec une aisance caméléon bluffante. Leur duo est d’une précision rare, entre tension contenue et pulsations affectives. Mention spéciale à la scénographie de Romane Perron , qui permet à l’espace de muter en quelques secondes, et à la lumière de Sarah Dancer , qui sculpte l’intime et l’urgence. Une histoire d’hommes, d’amour et d’engagement Sous la surface du thriller, c’est un drame humain qui se joue. Un récit d’amour homosexuel, de fraternité fracturée, de mémoire juive et de résistance. Le Toit du Monde ne crie pas, il murmure des vérités douloureuses , enfouies sous les décombres de l’Histoire et les replis de la honte. L’écriture de François Rivière est fine, sensible, jamais démonstrative. Elle touche juste. Et cette phrase, que l’on retient longtemps après la fin : « Les choix que nous faisons résonnent dans l’éternité. » Avis de Foudart 🅵🅵🅵 INFOS PRATIQUES Le Toit du Monde Texte & mise en scène François Rivière Avec Romain Poli & Malou Gilbert Scénographie Romane Perron • Lumières Sarah Dancer • Son Lucien Pesnot Crédit photo © Jérôme Poli Festival Off Avignon 2025 Espace Saint-Martial • Du 5 au 26 juillet à 10h· Relâche les 6, 13, 20 juillet • Durée 1h10 • Tout public à partir de 12 ans

  • Je n’ai pas lu Foucault : Quand des détenu·es nous parlent d’art, c’est nous qu’ils réveillent

    Et si on parlait de Van Gogh en prison ? C’est le pari fou – et magnifique – de Céline Caussimon. Dans Je n’ai pas lu Foucault , l’artiste retrace son expérience d’ateliers d’écriture derrière les barreaux. Un seul-en-scène vibrant d’intelligence et d’émotion, à découvrir au Festival OFF d’Avignon 2025. Un tableau, un détenu, une révélation Fresnes, Réau, ou encore Rennes : pendant plusieurs années, Céline Caussimon est allée à la rencontre de détenu·es pour leur proposer un exercice aussi simple qu’improbable : écrire sur des œuvres d’art. Et là, surprise. Devant un Rembrandt ou un Gauguin, les langues se délient. Les mots fusent. Des phrases drôles, percutantes, tendres, d’une sincérité brute. Ils et elles parlent de couleurs, de solitude, de rage, de liberté. Des chefs-d’œuvre deviennent des miroirs. Et leurs regards nous bousculent, nous, spectateurs bien libres dans nos fauteuils rouges. Le théâtre comme passage secret Sur scène, Céline Caussimon incarne tous les personnages : les détenus, les surveillants, les coordinateurs. Elle les fait exister avec un mélange d’humour, de tendresse et de lucidité. Pas de misérabilisme, pas de leçon. Juste des éclats de vie qu’elle fait surgir avec une grande finesse d’interprétation. La mise en scène signée Sophie Gubri est discrète, efficace. Le travail sonore et visuel, subtil, crée une bulle sensible dans laquelle les émotions circulent sans fard. Une leçon d’humanité Je n’ai pas lu Foucault n’est pas un spectacle sur la prison. C’est un spectacle sur l’humain. Sur ces hommes et ces femmes qu’on enferme, qu’on oublie, mais qui, face à une œuvre d’art, disent parfois les choses les plus profondes qu’on ait jamais entendues. Un spectacle qui bouleverse autant qu’il répare. Et qui, sans avoir l’air d’y toucher, pose une question essentielle : à quoi sert l’art, si ce n’est à se rencontrer enfin ? À NE PAS MANQUER AU OFF Avis de Foudart 🅵🅵🅵 JE N’AI PAS LU FOUCAULT Un spectacle de et avec Céline Caussimon Mise en scène Sophie Gubri Camille Dugas - Création lumière • Tristan Sebenne - Vidéo • Michel Winogradoff - Création son • Durée 1h • À partir de 12 ans Festival OFF Avignon 2025 La Factory – Roseau Teinturiers Du 5 au 26 juillet, 10h (relâche les lundis)

  • Les Dactylos – Chronique douce-amère d’un couple de bureau

    Festival Off Avignon 2025 – Théâtre Le Petit Louvre Au départ, tout semble inoffensif : un bureau terne, deux machines à écrire, un téléphone fixe et une pendule qui peine à avancer. On croit assister à une gentille comédie rétro sur le monde du travail. Mais très vite, le rire dérape. Sous la farce, l’absurde affleure. Puis le malaise. Et enfin, l’émotion. Avec Les Dactylos , Murray Schisgal nous embarque dans une journée qui condense toute une vie, entre amour esquissé, solitude masquée et routine qui use. Portée par un duo d’acteurs en état de grâce, cette comédie sentimentale et sociale se transforme peu à peu en fable touchante sur le désir, l’échec et le temps qui passe. Sylvia & Paul, ou les naufragés du bureau New York, 1964. Paul vient d’être embauché dans une petite société pour taper des adresses à la machine. Sylvia, sa collègue à l’humour nerveux et au cœur cabossé, lui apprend les rouages du poste… et ceux du patron. Le décor est planté, et le ballet peut commencer. Chaque réplique est une tentative d’approche, chaque silence un aveu en creux. On rit de leurs maladresses, de leurs petits jeux de pouvoir, de leurs illusions aussi. Jusqu’au moment où l’on cesse de rire. Car cette journée devient la métaphore d’un enfermement : dans un job, dans un corps, dans une vie trop petite. Farce, flirts et fantômes du temps Sous son humour mordant, Les Dactylos parle de nous tous. De nos rêves rangés, de nos espoirs usés, de notre besoin maladroit d’être vus, aimés, compris. Comme Tchekhov avant lui, Schisgal ne juge jamais ses personnages. Il les laisse exister, se débattre, chuter… et nous ressembler. La mise en scène d’Éric Chantelauze joue cette partition avec une élégante simplicité. Tout est millimétré, fluide, vivant. La scénographie de Capucine Grou-Radenez et les costumes signés Bérengère Roland recréent avec justesse un univers de bureau 60s qui devient terrain de jeu mental, presque onirique. Deux interprètes bouleversants Valentine Revel-Mouroz est une Sylvia pétillante, drôle, et terriblement touchante. Son jeu clownesque dissimule une fragilité qu’elle ne dévoile qu’à demi-mot. Face à elle, Jérôme Rodriguez compose un Paul lunaire et attendrissant, qui vacille entre désir de fuir et peur de bouger. À eux deux, ils construisent un duo magnétique, capable de faire rire, attendrir, puis bouleverser. Et lorsque, dans une scène finale aussi inattendue que poétique, le temps se matérialise sur leurs visages… le théâtre devient pure magie. 📌 En résumé Une comédie douce-amère, burlesque et pleine de finesse. Un duo de comédiens précis, drôles, profondément humains. Un regard touchant sur le travail, la solitude et le besoin d’aimer. Les Dactylos fait partie de ces spectacles qui surprennent là où on ne les attend pas, prouvant qu’on peut faire du grand théâtre avec deux tabourets, une machine à écrire… et une bonne dose de vérité. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 🎟 Infos pratiques Les Dactylos De Murray Schisgal – Adaptation Laurent Terzieff Mise en scène Éric Chantelauze Avec Valentine Revel-Mouroz & Jérôme Rodriguez Scénographie Capucine GROU-RADENEZ • Lumières Simon CORNEVIN • Costumes Bérengère ROLAND Crédit photos Capucine Grou-Radenez FESTIVAL OFF AVIGNON Théâtre Le Petit Louvre • Du 4 au 26 juillet à 18h15 (relâche les 9, 16, 23) • Durée : 1h15 • Dès 10 ans

  • Sentinelles : Trois amis. Une passion. Et l’art comme champ de bataille

    Théâtre Paris-Villette — Jean-François Sivadier électrise la scène avec une pièce brûlante sur le génie, l’amitié et le vertige de créer. Un trio de pianistes surdoués. Une école d’élite. Un concours qui peut tout faire basculer. Avec Sentinelles , Jean-François Sivadier signe un uppercut théâtral où la musique devient lutte, la parole devient partition, et l’amitié une épreuve de feu. Du théâtre comme on l’adore : physique, vibrant, viscéral. Trois corps, trois visions, une seule fièvre : l’art Ils s’appellent Mathis, Swan et Raphaël. À 15 ans, ils se promettent de conquérir le monde à coups de gammes et d’accords parfaits. Dix ans plus tard, il ne reste qu’un champ de ruines : l’un triomphe, l’autre enseigne, le troisième s’est effacé. Que s’est-il passé ? Sentinelles raconte cette trajectoire en clair-obscur, entre génie et solitude, entre rêves d’absolu et désillusions brutales. Inspiré du Naufragé de Thomas Bernhard, Sivadier ne fait pas une adaptation mais une transposition organique, portée par trois comédiens électrisants. C’est une histoire d’amitié. Mais aussi une déclaration de guerre. Une guerre de styles, de valeurs, de mondes. L’art peut-il changer le monde ou doit-il s’en foutre ? Les trois protagonistes ne sont pas seulement amis : ce sont trois manifestes incarnés : Raphaël veut guérir le monde avec son piano. Swan croit à l’émotion pure, au lyrisme, à la beauté. Mathis rejette tout : la société, les sentiments, Mozart - même Chopin, « de la crème pour bourgeois ». Entre eux, une tension permanente. Des joutes verbales jouissives. Des clashs d’idées aussi drôles que dévastateurs. Et cette question qui plane : jusqu’à quel point l’art peut-il nous séparer de ceux qu’on aime ? Pas un piano. Et pourtant, la musique est partout. Ici, aucun instrument. Et pourtant, tout sonne. Grâce à une créativité bouleversante et une direction d’acteurs millimétrée, des corps traversés d’énergie, un plateau épuré sculpté par la lumière, Sentinelles fait entendre la musique autrement. Le souffle devient rythme. Les gestes deviennent notes. Les silences deviennent cris. Vincent Guédon (Mathis) est tout simplement renversant. Samy Zerrouki (Swan) émeut par sa douceur tendue. Julien Romelard (Raphaël) incarne la passion du partage. Trois bêtes de scène, trois solistes habités, trois flammes que Sivadier laisse s’enflammer. Ce qu’on voit. Et ce qui disparaît. « Et si une œuvre d’art ne pouvait exister qu’à condition de disparaître aussitôt qu’on l’ouvre ? Que feriez-vous ? » Cette phrase claque en fin de spectacle. Elle résume Sentinelles . Un théâtre de la fugacité. Une célébration de ce qui ne dure pas, mais frappe fort. Une fresque sur la beauté qui s’efface, mais laisse des traces au fer rouge. La musique comme métaphore de la vie : à la fois éphémère… et inoubliable. Un geste théâtral, un coup de cœur politique Sentinelles parle de musique, oui. Mais surtout de nous. De notre besoin d’absolu. De reconnaissance. D’être compris. Dans un monde où les concours remplacent les étreintes, où l’excellence isole, Sivadier nous tend la main. Il casse l’entre-soi. Il bouscule les certitudes. Il nous donne envie de croire encore à la force de l’art, du collectif, de la scène. Un spectacle rare. Brillant. Déchirant. Essentiel. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 INFOS PRATIQUES Sentinelles Texte, mise en scène, scénographie Jean-François Sivadier Avec Vincent Guédon, Julien Romelard, Samy Zerrouki Création son Jean-Louis Imbert Lumières Jean-Jacques Beaudoui Regard chorégraphique Johanne Saunier Photo Jean-Louis Fernandez Théâtre Paris-Villette Du 11 au 21 juin 2025 • Durée 2h20

  • À ciel ouvert : à cœur battant. Le cirque selon Aïtal

    Critique du spectacle du Cirque Aïtal – Théâtre du Rond-Point, juin 2025 Du foin, des plumes et des portés spectaculaires Et si la poésie surgissait d’une basse-cour ? Dans À ciel ouvert , le Cirque Aïtal transforme un campement improvisé en un théâtre de vie — rugueux, tendre, burlesque. Sous un chapiteau installé dans les jardins du Théâtre du Rond-Point, Victor Cathala et Kati Pikkarainen nous accueillent chez eux : un espace indéfini entre cour de ferme, scène de village et cirque ambulant. Dans ce décor fait de bric et de broc, les caravanes font office de loges, de cabanes, de tanières. Les spectateurs, eux, sont plongés dans l’intimité d’un quotidien pas si ordinaire. Autour d’eux, les poules caquètent, les oies glissent, les portes claquent, les instruments résonnent. La basse-cour est en fête, le cirque en fusion. Cirque de vie et éclats d’humanité Le charme opère immédiatement : la proximité des artistes, l’odeur de la paille, les silhouettes qui surgissent, disparaissent, réapparaissent en courant, en voltigeant, en chantant. Pas d’histoire à proprement parler, mais une suite de tableaux : ici un repas improvisé, là une querelle burlesque, plus loin une prière sous les étoiles. Victor, colosse au cœur doux, crie comme un berger, élève ses pigeons avec délicatesse, joue les porteurs avec une grâce inattendue. Kati, fluette et explosive, mène la danse — littéralement — entre yoga déjanté, pôle dance émouvant et voltige envoûtante. Leur duo, construit sur le contraste entre puissance et légèreté, s’émancipe des rôles attendus pour explorer une complicité nuancée, drôle, féministe, bouleversante. Clowns musiciens, cabane à rêves La musique est partout. Et ce n’est pas un fond sonore : elle est vivante, jouée en direct par deux musiciens-comédiens-acrobates (Helmut Nünning et Hugo Piris), véritables âmes du campement. Entre jazz manouche, fanfare décalée et envolées mélodiques, ils installent une ambiance mouvante, tantôt festive, tantôt méditative, toujours en lien avec ce qui se joue sous nos yeux. Le spectacle touche par sa capacité à faire surgir l’extraordinaire de l’ordinaire, à magnifier la tendresse d’un geste, l’absurde d’une situation, la magie d’un instant partagé. À ciel ouvert, ce sont aussi des adieux : on sent, au fil des scènes, que ce groupe éphémère est sur le départ. Les regards se croisent, les silences s’allongent. Et puis vient le moment de s’envoler, comme les oiseaux qui traversent la scène une dernière fois. Pourquoi il faut y courir Parce que À ciel ouvert n’est pas seulement un spectacle : c’est une expérience, un souffle, une utopie vivante. Un hommage joyeux et mélancolique à la simplicité, à la solidarité, à l’art de faire beaucoup avec presque rien. Parce qu’il nous rappelle qu’on peut rire fort, s’émerveiller encore, et rêver ensemble, même dans une cour de ferme improvisée… sur les Champs-Élysées. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Infos pratiques À ciel ouvert Un spectacle du Cirque Aïtal Conception et interprétation Victor Cathala et Kati Pikkarainen Avec Victor Cathala, Kati Pikkarainen, les musiciens Helmut Nünning et Hugo Piris , les enfants Leevi et Oona Crédit photo © Mario del Curto Théâtre du Rond-Point – Chapiteau dans les jardins • 11 — 22 juin 2025 • Du Mardi au samedi à 21h, dimanche à 16h (relâche lundi 16 juin) • Durée 1h 💬 « On est bien, on est ensemble. » – Cirque Aïtal

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