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  • FIN, FIN et FIN – Le dernier pique-nique avant l’apocalypse

    🅵🅵 FOUD’ART – Et si demain c’était la fin ? C’est la question vertigineuse que pose Fin, fin et fin , écrit et mis en scène par Lancelot Cherer . Le président l’a annoncé : demain matin, ce sera le dernier lever de soleil. Panique générale ? Pas pour Charlie, Bastien et Guillaume qui décident, plutôt que de céder à l’angoisse, d’aller pique-niquer à la plage et de profiter des ultimes rayons. Pendant ce temps, la société continue comme si de rien n’était. Les contrôleurs contrôlent, les policiers fliquent, les réflexes d’autorité perdurent malgré la fin imminente. C’est l’une des forces du spectacle : montrer à quel point nos habitudes sociales nous collent à la peau, jusque dans l’absurde. ⸻ Un cabaret apocalyptique Sur scène, trois comédiens survoltés – Eugénie Thieffry, Baptiste Dupuy (ou Enzo Monchauzou en alternance) et Lancelot Cherer – incarnent tour à tour une galerie de personnages délirants. Ils sont partout, changent de voix, de corps, de registres en un clin d’œil. À la fois héros du pique-nique, voix off de l’autorité, figures de cinéma catastrophe ou clins d’œil à la comédie absurde. La mise en scène , précise et inventive, regorge de trouvailles visuelles et sonores. La scénographie de Lucie Baron , soutenue par les lumières de Julien Ménard et la musique d’ Arthur Dupuy , construit un univers oscillant entre Monty Python, Mad Max et Les Nuls. On rit beaucoup et l’on se laisse surprendre à chaque minute. ⸻ Entre éclats de rire et vertige existentiel Fin, fin et fin est une comédie apocalyptique qui conjugue humour absurde et profondeur insoupçonnée. Sous le rire, la pièce dénonce l’ écologie sacrifiée , l’ autoritarisme d’État , la mécanique des comportements collectifs. C’est une fresque générationnelle, un hommage aux troupes comiques d’hier et un manifeste de jeunesse qui ose l’excès. Mais l’excès a aussi ses limites. Si la folie du trio est jubilatoire, l’écriture gagnerait parfois à être un peu resserrée. Par moments, l’énergie débordante se disperse et risque de laisser quelques spectateurs au bord du chemin. Le trio principal mériterait d’être davantage ancré dans une dramaturgie solide, afin que le propos survive au feu d’artifice. ⸻ FOUD’ART 🅵🅵 On adhère, on adore ou on rejette, mais impossible de rester indifférent. La salle vibre de rires, d’exclamations, d’éclats de voix. Le Théâtre Lepic résonne de bonne humeur. Les trois comédiens se donnent comme des fous, avec une sincérité désarmante. Oui, le spectacle est parfois un peu éparpillé. Mais il possède cette fraîcheur rare, ce grain de folie qui transforme une soirée ordinaire en un moment inoubliable. Une météorite théâtrale, à mi-chemin entre cabaret de fin du monde et comédie de troupe. ⸻ Infos pratiques FIN, FIN et FIN Une pièce de et mise en scène par Lancelot Cherer Avec Eugénie Thieffry, Baptiste Dupuy ou Enzo Monchauzou et Lancelot Cherer Scénographie Lucie Baron • Costumes :Sophie Benoît • Lumière Julien Ménard • Musique Arthur Dupuy Crédit photo © Pénélope Marcadé Théâtre Lepic Du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 17h • Durée : 1h20 – À partir de 10 ans

  • Une pièce sous influence – Quand le deuil flirte avec la folie

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Un huis clos hitchcockien sous perfusion de Cassavetes ⸻ Une nuit sous tension Trois ans après la mort accidentelle de leur fille, Anna et Mathias s’apprêtent à vendre leur maison. Mais la veille de la signature, Anna, ancienne pianiste hantée par ses visions, invite les futurs acheteurs à venir prendre un verre. Commence alors une nuit vertigineuse : une comédie dramatique qui dérape, entre révélations, humour grinçant et menace sourde. Un batteur sur scène pulse le rythme, accentue les respirations, relance les silences : la musique devient un cinquième protagoniste, imprévisible et troublant. ⸻ La Cohue : l’art de l’inconfort La compagnie La Cohue, fondée en 2009 par Sophie Lebrun et Martin Legros, a fait de l’instabilité sa marque de fabrique. Ici, pas de naturalisme rassurant : un plateau recouvert de confettis, une maison vidée de ses meubles, un espace où s’asseoir devient impossible. La scénographie (Antoine Giard) fait de l’inconfort une dramaturgie : chaque geste, chaque objet (fenêtre suspendue, lustre, poubelle) semble prêt à dérailler. Le public n’est jamais oublié : les personnages évoluent avec la conscience aiguë d’être regardés. Un paradoxe puissant s’installe : ce qui devrait rester intime se donne en spectacle, ce qui relève du privé s’expose au grand jour. ⸻ Mon coup de cœur FOUD’ART J’ai rarement ressenti une telle intensité d’écoute. Peut-être parce que tout est conçu pour nous déstabiliser. Le sol de confettis, tantôt festif tantôt oppressant. Les lumières crues ou soudainement absentes. Le batteur Nicolas Tritschler, génial trouble-fête, qui impose un contre-rythme déroutant. Tout cela met les comédiens — et nous, spectateurs — en équilibre précaire. Le jeu est bluffant. Sophie Lebrun (Anna) incarne avec une justesse troublante cette femme inadaptée, tiraillée entre visions et désespoir. Martin Legros (Mathias) joue la raison désabusée, solide en apparence mais fissurée de l’intérieur. Face à eux, le jeune couple (Inès Camesella et Baptiste Legros ou Antonin Meyer-Esquerré, selon les dates) apporte un contraste : trop polis, trop « normaux », presque incongrus dans ce décor de déflagration intime. Leur maladresse fait naître des moments de comédie cruelle. Tout peut basculer à tout instant. Les temps morts, les silences, les dérapages absurdes provoquent parfois un léger décrochage — mais c’est voulu. Cela nous plonge dans un état d’urgence, une tension qui monte… jusqu’à la scène finale, magnifique et effroyable, qui nous laisse la bouche entrouverte et les yeux écarquillés. ⸻ Entre Cassavetes et Qui a peur de Virginia Woolf ? La pièce revendique ses influences : Cassavetes pour l’improvisation et l’instabilité, Albee pour le jeu de massacre conjugal. Mais La Cohue y ajoute sa patte : le travail sonore, le rapport au public, l’exploration des marges. Anna n’est pas une pathologie, mais une figure de résistance à la norme. Dans ce combat contre la raison, c’est l’humanité fragile, maladroite, incandescente qui surgit. ⸻ Verdict FOUD’ART 🅵🅵🅵🅵 – Un choc théâtral. Un théâtre inconfortable, parfois déroutant, mais d’une intelligence rare. La Cohue prouve une nouvelle fois qu’elle sait transformer le désarroi en matière scénique. On sort secoué, fasciné, hanté. ⸻ Infos pratiques Une pièce sous influence Texte Martin Legros Mise en scène Sophie Lebrun et Martin Legros Avec Inès Camesella, Sophie Lebrun, Baptiste Legros ou Antonin Meyer-Esquerré (en alternance), Martin Legros, Nicolas Tritschler (batterie live) Scénographie Antoine Giard • Lumières Audrey Quesnel • Son Pierre Blin • Création sonore & régie Nicolas Tritschler • Costumes Loreleï Vauclin Crédit photo Virginie Meigné Théâtre du Rond-point 25 septembre – 5 octobre 2025 • Mardi au vendredi 19h30 • Samedi 18h30 • Dimanche 28 septembre 17h, dimanche 5 octobre 15h30 • Relâche lundi 29 septembre ⸻ En tournée 2025 • 14 octobre – Centre culturel Juliobona, Lillebonne (76) • 8 novembre – L’Astrolabe, Figeac (46) • 12 & 13 novembre – Théâtre Sorano, Toulouse (31) • 20 novembre – Maison du Théâtre, Brest (29) • 22 novembre – Salle SolenVal, Dinan Agglomération / Plancoët (22) • 25 novembre – Carré Sévigné – Pont des Arts, Cesson-Sévigné (35) • 27 novembre – Centre culturel Jacques Duhamel, Vitré (35) 2026 • 27 janvier – Ville de Morteau (25) • 29 & 30 janvier – Théâtre La Renaissance, Oullins (Lyon – 69) • 3 février – Théâtre des Collines, Annecy (74) • 5 février – Théâtre du Bordeau, Saint-Genis-Pouilly (01) • 17 mars – Quai des Arts, Pornichet (44) • 19 mars – Théâtre Ligéria, Sainte-Luce-sur-Loire (44) • 21 mars – La Balise, Saint-Hilaire-de-Riez (85) • 24 mars – Amphithéâtre Thomas Narcejac, Pornic (44) • 26 mars – Le Canal, Théâtre du Pays de Redon (35) • 28 mars – Théâtre Quartier Libre, Ancenis-Saint-Géréon (44) • 10 avril – Maison de la Culture, Arlon (Belgique)

  • SCARLETT O'HARA : Quand une étoile vacille… et brille encore

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – LA DERNIÈRE CONFÉRENCE DE PRESSE DE VIVIEN LEIGH Scarlett O’Hara, Blanche Dubois : deux rôles, deux Oscars, et derrière eux une femme de théâtre qui a tout brûlé pour la scène. Adapté par Caroline Silhol du texte de Marcy Lafferty et accompagné par la finesse d’ Anne Bourgeois , ce « seule-en-scène » convoque Vivien Leigh dans une ultime conférence de presse où l’éclat du mythe rencontre les zones d’ombre de la vie. ⸻ Une conférence de presse comme miroir brisé Le dispositif est d’une simplicité redoutable : une conférence de presse imaginaire qui se fissure pour laisser affleurer l’intime. Les questions visibles ou sous-entendues provoquent des vagues de souvenirs : enfance en Inde , Hollywood , Old Vic , Shakespeare avec Laurence Olivier , puis la chute , la fatigue , la maladie . Ce cadre « mondain » devient une scène de vérité : l’icône parle, la femme reprend la main. « Quand je joue au théâtre, je suis parfaitement heureuse. Je me lève le matin et je sais pourquoi je vis. » ⸻ Caroline Silhol : l’incarnation plutôt que l’imitation Caroline Silhol ne pastiche jamais : elle incarne . Sa voix, ses respirations, un grain de ferveur et de danger ; une façon d’embrasser l’insolence et la fragilité sans les opposer. On retrouve l’autorité feutrée qui nous avait bluffés dans “Mademoiselle Chanel en hiver” : ici encore, classe souveraine et précision de dentelière . Silhol condense une vie : la femme lumineuse, amoureuse du théâtre, mais troublée, complexe, parfois au bord de la faille . Elle trace une ligne de crête entre glamour et vertige : flamboyante, jamais figée ; vulnérable, jamais plaintive. ⸻ Anne Bourgeois : l’art de l’élégance discrète La mise en scène d’ Anne Bourgeois a ce charme et cette classe qui rappellent l’icône elle-même : élégance des lignes , refus de l’emphase, écoute millimétrée de l’actrice. Lumières (Denis Koransky ), costumes (Christophe Lebo , assisté de Nadège Bulfay ), musique (Nicolas Jorelle ) : chaque élément serre le cadre pour laisser vibrer la parole. La scène devient un écrin ; la dramaturgie, une chambre d’écho où l’œuvre et la vie s’interpénètrent. ⸻ Entre passion et folie : le prix d’une étoile Le spectacle ose regarder en face la bipolarité , les électrochocs , le puritanisme d’une époque, la rupture Olivier/Leigh qui laisse une cicatrice béante. Mais il rappelle aussi la combativité d’une artiste « diamant brut » qui ne renonce jamais à son premier amour : le théâtre . On ressort avec l’image d’une héroïne moderne : brillante et tendre, libre et tourmentée - humaine surtout. « Je jouerai Scarlett… Je suis Scarlett, ça ne peut pas être autrement puisque je l’ai décidé ! » ⸻ Ce que ça nous dit aujourd’hui La pièce parle de corps et de carrière , de mythe et de marché , de féminité et de folie sans sensationnalisme. Elle interroge ce que nous demandons à nos stars - tout - et ce qu’elles laissent sur l’autel du désir de scène . Hommage ? Oui. Canonisation ? Non. Plutôt un vis-à-vis : une actrice regarde une autre actrice, et nous rend à la réalité vibrante de l’art. ⸻ Mon verdict FOUD’ART 🅵🅵🅵🅵 – Coup de cœur. Silhol irradie , Bourgeois sculpte l’espace : un duo d’orfèvres qui redonne chair à Vivien Leigh sans la clouer au panthéon. Glamour et gravité , tendresse et lucidité : un moment de théâtre qui emporte et éclaire . ⸻ Infos pratiques SCARLETT O'HARA La Dernière conférence de presse de Vivien Leigh Texte Marcy Lafferty • Adaptation Caroline Silhol Collaboration artistique Anne Bourgeois Avec Caroline Silhol Crédit photo ©Laurencine Lot Théâtre de Passy Depuis le 2 septembre 2025 • mardi à 21h - samedi à 17h • Durée 1h20

  • Théâtre à la Minute – 15 minutes pour bouleverser ?

    🅵🅵🅵 FOUD’ART – L’immersion intime qui bouscule les codes ⸻ Un concept importé d’Espagne Né à Madrid au début des années 2010, le format du micro-théâtre débarque enfin à Paris grâce à Miriel Cejas, comédienne cubaine-espagnole passionnée d’innovation scénique. Le principe est simple et audacieux : quatre pièces de 15 minutes , jouées dans des espaces minuscules d’une dizaine de mètres carrés, pour une quinzaine de spectateurs maximum. Un format court, nerveux, immersif : le théâtre devient ici l’équivalent du court-métrage au cinéma . ⸻ Une expérience rythmée et immersive Chaque soir, le public circule de salle en salle, entrecoupant les représentations de courtes pauses. Actuellement, deux thèmes alternent : “L’amour qui reste” les jours impairs et “Le temps en fuite” les jours pairs. Chaque mini-pièce a son décor, son atmosphère, ses personnages, transformant les spectateurs en confidents à moins d’un mètre des comédiens. On ressent tout : la respiration, le frisson, parfois même la gêne délicieuse de cette promiscuité. ⸻ Mon avis FOUD’ART Ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à la naissance d’un nouveau concept théâtral à Paris. Et c’est particulièrement excitant. En quinze minutes, les auteurs doivent développer une idée forte, imaginative, souvent surprenante. Certaines histoires frappent juste, d’autres laissent un léger goût de trop peu, mais l’ensemble séduit par son audace. Les comédiens, jeunes pour la plupart, sont confrontés à un défi rare : être justes dès la première réplique, happant le public sans temps mort. Et le résultat est bluffant : niveau global élevé, moments de grâce, et une énergie communicative. Oui, tout n’est pas parfait : certaines pièces fonctionnent mieux que d’autres, certains rebondissements accrochent un peu moins. Mais c’est précisément ce côté laboratoire vivant , « sur le fil » et inventif, qui fait le charme de la soirée. Résultat : une expérience vraiment immersive, conviviale, où l’on partage avec des inconnus un format nouveau, punchy, truculent, parfois audacieux . On sort de là avec le sourire, heureux d’avoir vécu autre chose que le théâtre traditionnel. ⸻ 🅵🅵🅵 – À vivre absolument pour sa fraîcheur et son intensité. ❗ On attend maintenant de voir comment ce concept évoluera, et jusqu’où il osera aller dans ses choix artistiques. ⸻ Infos pratiques Théâtre à la Minute 24, rue Richard Lenoir, 75011 Paris Du mercredi au dimanche de 18h00 à 00h00 • 4 pièces de 15 minutes chaque soir (thèmes alternés : L’amour qui reste / Le temps en fuite)

  • La Corde – Un huis clos hitchcockien au Studio Marigny

    🅵🅵🅵 FOUD’ART – Quand le rire cache le crime ⸻ Un crime sous les projecteurs Louis et Gabriel, deux jeunes intellectuels arrogants, commettent un meurtre par pur défi, persuadés d’être supérieurs aux autres. Le corps de leur camarade repose dans un coffre, placé en plein milieu du salon, sous les yeux de leurs invités. Tandis que la soirée bat son plein entre mondanités et ironie acide, leur ancien professeur, Émile Cadell, commence à douter. Dès lors, chaque silence devient une menace, chaque réplique une arme. Inspirée de Rope de Patrick Hamilton, immortalisée par Alfred Hitchcock en 1948, La Corde trouve au Studio Marigny une nouvelle incarnation sous la houlette de Guy-Pierre Couleau . Le thriller y devient miroir d’une époque où l’arrogance, le pouvoir et la banalisation du mal résonnent de manière troublante avec notre présent. ⸻ Entre Hitchcock et l’écho du présent Adapter ce texte culte en 2025 n’est pas un hasard. Comme le rappellent Lilou Fogli et Julien Lambroschini, adaptateurs de la pièce, l’œuvre pose des questions toujours brûlantes : jusqu’où peut mener la fascination pour le pouvoir ? Comment l’intellect coupé de l’humain engendre-t-il la violence ? Le choix de transposer l’action des années 20 aux années 50 s’avère pertinent : une époque encore marquée par les blessures de guerre mais déjà traversée par de nouvelles fractures sociales et morales. Cette atmosphère “film noir” colle au huis clos et accentue la mécanique hitchcockienne : l’élégance d’un salon, les éclats de rire qui masquent la folie, le charme vénéneux des apparences. ⸻ Quand la philosophie s’invite au théâtre Dès Hitchcock, on sentait combien ce huis clos, conçu comme un plan-séquence, était fait pour la scène : un crime connu du spectateur dès le départ, et le suspense qui repose non pas sur le “qui” ni le “comment” mais bien sur le “pourquoi”. Patrick Hamilton a construit une pièce mathématique dans sa tension, philosophique dans son propos . Le défi est double : • Parler aux jeunes générations en modernisant le texte sans le dénaturer. • Préserver la noirceur et l’ambiguïté qui font de Rope une réflexion sur l’arrogance et le surhomme nietzschéen. Guy-Pierre Couleau mise sur un équilibre subtil : touches d’humour, tension continue, et un rire qui devient paravent de la folie meurtrière. Comme il le dit lui-même : « le rire cache heureusement assez mal la démence des hommes livrés à l’ivresse du pouvoir ». ⸻ Un casting prometteur mais inégal Sur scène, on retrouve Myriam Boyer , Lucie Boujenah , Audran Cattin , Grégori Derangère , Martin Karmann et Thomas Ribière . Si Audran Cattin (Louis) et Thomas Ribière (Gabriel) tirent nettement leur épingle du jeu – incarnant à merveille la cruauté froide et l’arrogance malsaine – tous ne parviennent pas à être aussi énigmatiques qu’on l’espérait. Le rôle pivot du Professeur Cadell, interprété par Grégori Derangère , reste le gage de la révélation morale du spectacle. C’est lui qui incarne la bascule entre fascination, doute et effroi. La scénographie de Delphine Brouard et les lumières de Laurent Scheegans enveloppent le spectateur dans une atmosphère suffocante, héritée du film noir : un salon cossu, mais où chaque objet devient suspect, chaque ombre inquiétante. ⸻ FOUD’ART en sort avec… 🅵🅵🅵 – Une adaptation haletante et intelligente, qui réussit à conjuguer le souffle hitchcockien avec une lecture contemporaine. Le texte conserve sa mécanique implacable et son humour noir, mais certains choix de jeu manquent encore de mystère pour que la peur soit totale. À voir pour son tendu huis clos , sa réflexion intemporelle sur le pouvoir et ses éclats de noirceur ironique. Un spectacle qui fascine par son audace. ⸻ Infos pratiques LA CORDE D’après la pièce « Rope » de Patrick Hamilton Adaptation Lilou Fogli et Julien Lambroschini Mise en scène Guy-Pierre Couleau Avec Myriam Boyer, Lucie Boujenah, Audran Cattin, Grégori Derangère, Martin Karmann, Thomas Ribière Scénographie Delphine Brouard • Lumières Laurent Scheegans • Musique et son David Parienti Crédit photo ©Bertrand Exertier Studio Marigny À partir du 24 septembre 2025 • Du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 15h • Durée 1h40

  • ZIZE « IRRÉZIZETIBLE » : Ménopause, punchlines et tendresse

    🅵🅵🅵 FOUD’ART Zize Dupanier est de retour… et elle est en mode ménoparade ! Dans IrréZizetible, la plus chic des cagoles débarque à Paris avec ses valises pleines de robes léopard, de répliques acérées et de galères familiales : un mari parti avec une jeunette, un fils qui fait son coming out, un autre qui l’annonce bientôt grand-mère… sans oublier les bouffées de chaleur et les mauvaises surprises des sites de rencontres. Le ton est donné : pas question pour elle de “sécher sur pied”. Zize croque la vie à pleines dents. Et nous, on rit à gorge déployée. ⸻ Une tornade scénique entre tendresse et baston verbale Thierry Wilson, alias Zize, impressionne. Présence scénique XXL, accent marseillais tranchant, énergie insolente : il incarne cette femme comme s’il l’avait toujours été. Sur scène, ça parle fort, ça parle vrai, ça claque comme une gifle donnée à la morosité. Derrière chaque vanne, on sent la sincérité. Même quand ça flirte avec le kitsch ou que ça descend sous la ceinture, jamais de gratuité : Zize reste touchante jusque dans l’outrance. Résultat : on rit fort. Et parfois, on s’émeut. ⸻ Un texte populaire, piquant et attachant Pas de stand-up calibré, pas de boulevard poussiéreux : Zize cause comme dans la vraie vie. Anecdotes de famille, confidences de salle de bain, critiques sur les hommes, réflexions sur l’âge qui passe… C’est cru, franc, drôle, et souvent plus profond qu’il n’y paraît. Oui, ça joue avec les clichés. Oui, parfois ça sent la naphtaline. Mais c’est tellement assumé, tellement tendre et tellement vrai qu’on lui pardonne tout. ⸻ Zize : caricature ? Oui. Mais humaine surtout. Cagole chic, star du Panier et femme pleine de contradictions, Zize est une caricature… mais une caricature incarnée, sincère, généreuse. On la reconnaît dans nos tantes, nos voisines, nos mères. Elle ne cherche pas à plaire à tout le monde : elle prend la scène comme on prend la parole dans une réunion de famille trop bruyante — avec fermeté, tendresse et un verre de rosé à la main. On rit de ses excès. On est ému par ses failles. ⸻ Une mise en scène sobre, au service du verbe Pas de décor inutile : un micro, une voix, un corps. Et ça suffit. La mise en scène accompagne sans détourner : lumières qui soulignent, costumes qui subliment. Tout le reste, c’est Zize qui le porte, à la voix et au panache. Elle improvise avec le public, s’arrête, relance, repart. On est dans l’intime, le vrai, le direct. ⸻ Un public conquis, une fidélité bétonnée Dès la première réplique, la salle explose de rire. Les fidèles retrouvent leur Zize, les nouveaux sont happés dès les premières minutes. Zize joue avec eux, pour eux, jamais contre eux. C’est ce lien direct, presque affectif, qui fait la magie : on se sent chez elle, avec elle, comme dans un apéro qui aurait dégénéré en one-woman show. ⸻ Et derrière les rires… un regard sur nous Sous les blagues, il y a du fond. Zize parle de ménopause, de vieillesse, de familles recomposées, de coming out, de solitude… Elle en rit, mais ne les évacue jamais. On sort plus léger, mais aussi un peu plus humain. ⸻ Verdict Zize est IrréZizetible , tout simplement. Même quand c’est facile, même quand c’est déjà vu, on y revient comme à un plat de lasagnes de mamie : on sait à quoi s’attendre, mais qu’est-ce que c’est bon. Populaire, sincère, généreuse : Zize continue de faire rire de tout, avec tout le monde. Et à l’heure où tout doit être lisse et correct, cette liberté fait un bien fou. ⸻ 🅵🅵🅵 FOUD’ART recommande 🫶 ⸻ ZIZE – IRRÉZIZETIBLE Comédie Bastille À partir du 21 septembre 2025 • Les lundis & mardis à 20h, dimanches à 17h • 30 représentations exceptionnelles

  • Fred Blin : witch witch are you ?

    A-T-ON TOUJOURS RAISON ? Le roi des clowns ! Fred Blin qui a découvert sur le tard les métiers du cirque est l’un des piliers du trio mythique Les Chiche Capon. Ils donneront ensemble plusieurs spectacles en France et à l'étranger et feront même une très belle collaboration avec le Cirque du Soleil. Mais aujourd’hui, c’est tout seul, avec sa vasile, que Fred Blin s’installe dans la très belle salle du Petit Saint Martin avec A-t-on toujours raison ? Which Witch Are You ? We are what we are ! A-t-on toujours raison ? Which Witch Are You ? est un spectacle de clown, mais pas seulement. Fred Blin y évoque la différence, avec des longueurs, des illusions, beaucoup de promesse et quelques notions de dressage. Fred Blin nous avertit dès le début «  Raymond Raymondson , mon metteur en scène n’a pas souhaité rester pour le spectacle  »… et c’est bien dommage car il y a encore beaucoup de boulot ! Avec son accoutrement improbable, ses bas et ses sabots. Sa longue perruque brune…et son énorme culot, ce travelo burlesque qui fait du rugby et de la danse, nous fait mourir de rire et nous met en transe. Avec son immense bouche rouge, et sa couche blanche, il chante comme une diva et saute comme une oie blanche En deux coups de talon et une phrase prononcée Voici le roi clowns, dans un spectacle complètement déchaîné ! Un spectacle de dingue « Il est quelle heure ? » Complètement décalé et loufoque, ce spectacle qui ne commence jamais et ne cesse de terminer, nous offre un moment merveilleux et sublime avec Fred Blin, le roi des clowns ! Avis Foudart 🅵🅵🅵🅵 FRED BLIN A-T-ON TOUJOURS RAISON ? WHICH WITCH ARE YOU ? De et avec Fred Blin Mise en scène Raymond Raymondson VIDÉO FANCHON BILBILLE Spectacle vu au THÉÂTRE DE LA PORTE SAINT MARTIN FESTIVAL OFF AVIGNON THÉÂTRE LA FACTORY Les Lundi 17 et lundi 24 juillet à 20H

  • Le pied de Rimbaud : à la rencontre de l’âme de Rimbaud !

    « Découpez un poème de Rimbaud en petits morceaux et mélangez-les puis recollez les morceaux au hasard... et vous aurez encore un poème de Rimbaud » William Burroughs Dévoré par une passion soudaine pour la jeune Timothina, Arthur Rimbaud, jeune séminariste, a 15 ans lorsqu’il écrit en secret « Un coeur sous une soutane ». Quand il s’aperçoit qu’il aime davantage les mots d’amour qu’il écrit que la personne à qui ils sont destinés, il construit alors son projet inouï : changer le langage, les perceptions et l’amour. Rimbaud, ce poète, cet héros romantique qui veut changer le monde avec ses mots et ses idées. « En regardant du côté Rimbaud, ce que j’entends est si jeune, un manifeste debout au centre d’un printemps vivant, violent, actuel » Le metteur en scène, Laurent Fréchuet , s'est inspiré de la poésie et de la vie de ce jeune homme visionnaire et révolutionnaire pour créer un spectacle qui célèbre avec humour, vitamine et fantaisie, la jeunesse, la rébellion et la modernité. Le spectacle met en avant les poèmes de jeunesse les plus marquants de Rimbaud , dont Les lettres du voyant et Un cœur sous une soutane , nourris d’autres poèmes et bribes ( Au cabaret vert, L’éternité, Une saison en enfer, Les poètes de sept ans… ). « Mais, loin d’être un florilège de poésie, c’est avant tout une histoire qui ici nous est contée ». Ce spectacle toujours unique ! Le spectacle est porté par Maxime Dambrin, qui interprète les textes de Rimbaud avec une sincérité et une passion palpable. Pour accompagner sa performance habitée, des musiciens différents à chaque représentation (tels que Hélène Breschand et sa harpe, Lionel Martin et son saxophone, Takumi Fukushima et son violon...) jouent une musique « live ». Avec un décor minimaliste et une lumière subtile, le spectateur est invité à suivre cette interprétation émouvante et les subtilités du texte. Une occasion de découvrir ou redécouvrir la poésie de Rimbaud, qui demeure si moderne si universelle. « Réenchanter la vie » Avec une voix et une musique d’aujourd’hui, Le Pied de Rimbaud est un spectacle inspirant et émouvant qui montre l'importance de l'art et de la créativité dans la vie. Une rencontre avec l’âme d’un poète unique qui a modernisé le monde et influencé des générations d’artistes. Avis de Foudart 🅵🅵🅵       LE PIED DE RIMBAUD D’après l’œuvre d’Arthur Rimbaud Adaptation et mise en scène Laurent Fréchuret avec Maxime Dambrin Musiciens en alternance HéLène Breschand , Lionel Martin , François Robin , Takumi Fukushima Lumières et régie générale Sébastien Combes Crédit photos Cyrille Cauvet LE CHARIOT DU 06 AU 28 OCTOBRE À 19H • À partir de 14 ans • Durée  1h

  • Jérusalem - Quand l’intime se fait Histoire

    🅵🅵 FOUD’ART - Un voyage théâtral entre mémoire et réconciliation ⸻ Une maison comme champ de bataille symbolique Shahid doit quitter sa maison de Jérusalem. Le tribunal a tranché : les clés reviennent à Delphine Lachance, jeune femme juive canadienne venue de Montréal, unique propriétaire reconnue. Tout pourrait s’arrêter là, dans un affrontement juridique sec et brutal. Mais Ismaël Saidi choisit d’ouvrir une brèche : en ce jour d’éclipse solaire, l’âme des ancêtres refait surface et propulse Shahid et Delphine dans un vertige temporel. Le conflit intime - un héritage contesté, une maison disputée - devient alors la métaphore d’un conflit plus vaste : celui de la mémoire, des exils forcés, de l’appartenance et de la douleur transmise. À travers le prisme de cette demeure, c’est l’Histoire entière qui résonne : du ghetto de Varsovie à la Nakba, de la Shoah aux guerres israélo-arabes. ⸻ Quand les ancêtres parlent à travers nous La trouvaille dramaturgique d’Ismaël Saidi - faire ressurgir les ancêtres dans le corps des vivants - surprend d’abord par son audace. Le procédé pourrait paraître artificiel, mais il fonctionne : l’alternance entre présent et passé, entre voix contemporaines et fantômes, permet de relier les douleurs de deux peuples, sans simplification outrancière. La mise en scène reste volontairement sobre. Quelques lumières (signées Sébastien Roman) et un travail sonore précis (Alexandre Barthelemy) suffisent à créer les passages entre les époques. Pas de grands effets visuels, mais une intensité dramatique qui repose sur le jeu des comédiens et l’imaginaire du spectateur. ⸻ Un duo d’acteurs possédés Sur scène, Ismaël Saidi et Fiona Lévy incarnent avec puissance cette galerie de personnages, oscillant entre les contemporains et les figures ancestrales. Leur capacité à basculer d’un état à l’autre - d’un jeune couple d’aujourd’hui à des survivants de la Shoah ou à des exilés palestiniens - impressionne. La comédienne, notamment, livre une performance habitée : ses transitions, parfois abruptes, donnent une impression de possession qui bouleverse. Le spectateur assiste à une véritable métamorphose, où la douleur des aïeux envahit les corps vivants. ⸻ Entre didactisme et souffle poétique La pièce a parfois ses lourdeurs. Le canevas narratif, fondé sur l’alternance entre présent et passé, peut devenir répétitif. La voix de Delphine semble parfois prendre le pas sur celle de Shahid, déséquilibrant légèrement l’ensemble. L’accumulation de drames historiques finit aussi par peser, malgré quelques respirations d’humour ou de tendresse qui viennent alléger le récit. Mais c’est précisément ce mélange de tragique et de moments plus légers qui permet à Jérusalem de toucher juste. On n’est pas dans une leçon d’histoire, encore moins dans une simplification manichéenne : Saidi invite à écouter, à ressentir, à se laisser traverser par la mémoire. ⸻ Résonances et nécessité Écrite en 2022, avant l’aggravation récente du conflit israélo-palestinien, la pièce n’en prend que plus de force aujourd’hui. Elle ne cherche pas à proposer des solutions politiques, mais à rappeler l’essentiel : derrière les frontières, il y a des destins brisés, des héritages douloureux, des mémoires qu’il faut entendre. En mêlant intime et universel, Jérusalem interroge notre rapport à l’histoire, à la transmission et à la réconciliation. Oui, parfois le propos se fait un peu trop didactique. Mais l’humanité et l’émotion l’emportent, et l’on sort du théâtre avec la conviction que l’intelligence du cœur reste la seule voie possible. ⸻ FOUD’ART 🅵🅵 – Un spectacle nécessaire, porté par deux comédiens habités, qui réussit à faire dialoguer mémoire et présent. Parfois un peu redondant, mais profondément touchant et d’utilité publique. ⸻ Infos pratiques JÉRUSALEM Texte et mise en scène Ismaël Saidi Avec Inès Weill-Rochant (ou Fiona Lévy en alternance) et Ismaël Saidi Lumières Sébastien Roman Son Alexandre Barthelemy Theatre des Mathurins • Du 17 septembre au 31 décembre 2025 • Tous les mercredis et jeudis à 19h • Durée 1h10

  • Le Funambule – Genet au fil du vertige

    🅵🅵🅵 FOUD’ART – Un rituel brûlant de désir et de poésie ⸻ Genet, l’écrivain du fil tendu Écrit en 1955 par Jean Genet pour le jeune acrobate Abdallah Bentaga, Le Funambule est bien plus qu’un simple poème en prose : c’est une déclaration d’amour et une méditation poético-érotique sur l’acte de création. Genet y fait du fil de l’acrobate une métaphore de la vie de l’artiste : chaque pas est un risque, chaque geste une affirmation de soi au bord du vide. Amour, désir, solitude, mort : tout y est lié, inséparable, en tension permanente. ⸻ Pierre Constant, l’homme de piste et de scène Sur scène, Pierre Constant livre ce texte avec une intensité rare. Son passé d’homme de piste confère une légitimité unique à son interprétation : il sait, de l’intérieur, ce que signifie « tenir » sur un fil, et il transmet ce vertige au spectateur par la force des mots. Chaque inflexion de sa voix, chaque souffle semble risqué, engagé, viscéral. Le choix de jouer ce texte à nu, accompagné seulement des lumières de Jacques Rouveyrollis et du violon de Federico Sanz, renforce cette impression de rituel fragile. Pas d’artifice, mais un dépouillement qui laisse jaillir la brûlure du texte. ⸻ Un poème charnel, vécu dans la chair Le Funambule est un texte fragmenté, parfois ardu, mais Constant parvient à le rendre fluide, presque organique. Sa diction ne cherche pas à lisser les aspérités : elle les embrasse, les rend palpables. Le désir et l’amour pour ce funambule y apparaissent sans détour, dans une intensité charnelle qui confine au mystique. L’érotisme discret mais incandescent de Genet trouve une chair nouvelle dans le corps et la voix du comédien. On sent qu’il ne « joue » pas seulement le texte : il le vit, il le questionne, il dialogue avec Genet, comme un acteur qui parle au poète disparu. ⸻ Entre vertige et accessibilité On pourrait craindre que la densité poétique du texte enferme le spectateur dans l’abstraction. Mais Constant réussit le pari de la rendre accessible, intelligible, sans en trahir la radicalité. Le violon, fragile et aérien, ajoute une respiration, une suspension bienvenue mais bien trop courte à cette déferlante verbale. Certes, certains fragments peuvent sembler redondants ou trop abstraits, et l’ensemble exige une écoute attentive. Mais l’émotion surgit précisément de cette tension : du déséquilibre, du danger, du risque assumé. ⸻ Résonances d’aujourd’hui Que nous dit Le Funambule en 2025 ? Qu’être artiste, c’est marcher chaque jour sur un fil invisible, au-dessus du vide, avec le risque de tomber. C’est s’exposer, aimer, brûler, au prix d’une solitude radicale. Mais c’est aussi, peut-être, donner aux spectateurs le courage de regarder leurs propres fils, leurs propres vertiges. Pierre Constant nous rappelle que l’art est toujours une affaire de vie ou de mort – et qu’il n’existe qu’à travers ce danger. ⸻ FOUD’ART 🅵🅵🅵 – Un spectacle rare, brûlant d’intensité, où la poésie de Genet prend corps dans l’expérience et la voix d’un homme de piste. Pierre Constant livre un rituel fragile et puissant, à la fois hommage et incarnation. Une traversée vertigineuse, exigeante mais essentielle. ⸻ Infos pratiques LE FUNAMBULE Texte Jean Genet Mise en scène & interprétation Pierre Constant Avec la participation amicale de Federico Sanz (violon) • Lumière Jacques Rouveyrollis Théâtre de Poche Montparnasse • 3 dates exceptionnelles les 15, 17 et 18 septembre 2025 • Reprise les 7 et 8 novembre 2025 à 21h • Durée 1h15

  • Vaslav - Olivier Normand

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART - Quand la tendresse se travestit ⸻ Un cabaret hors du commun Au Théâtre du Rond-Point, Olivier Normand se métamorphose en Vaslav de Folleterre , son avatar travesti. Habitué des scènes de danse contemporaine et des collaborations avec de grands noms (Mathilde Monnier, Alain Buffard, Dominique Brun…), il a trouvé dans le cabaret Madame Arthur un terrain d’expérimentation jubilatoire. Avec Vaslav , il livre un solo hybride, à mi-chemin entre récital, performance et confidence. ⸻ Un voyage musical et intime Sur un décor saturé de paillettes, Normand déjoue les codes, dynamite le quatrième mur et nous invite à une traversée unique. Muni de sa shruti box , instrument indien minimaliste qu’il manie comme une boîte à musique vivante, il devient tour à tour marin ou sirène, guide malicieux ou poète fragile. Les chansons s’enchaînent dans une fluidité déroutante : Monteverdi croise Damia, Jane Birkin se frotte à Nirvana, Caetano Veloso dialogue avec Bob Marley, Brigitte Fontaine surgit dans le désordre magnifique. Chaque morceau est ponctué d’anecdotes croustillantes ou de confidences sensibles, toujours finement amenées. ⸻ Une voix envoûtante, un charme singulier Ce qui bouleverse, c’est la voix d’Olivier Normand : d’une douceur caressante à une profondeur envoûtante, elle se fait tour à tour mélodieuse, mélancolique, réaliste ou rock. On passe d’une fragilité à la Jane Birkin à l’énergie brute d’un Nirvana. Tout devient possible dans cet écrin suspendu, au détour d’un rond-point parisien. Le spectacle séduit par ses paradoxes : frivole et intelligent, drôle et érudit, festif et délicat. Normand cultive un art rare : celui de faire du cabaret un espace de pensée, un manifeste travesti où l’émotion s’habille de paillettes. ⸻ Pourquoi c’est un coup de foudre FOUD’ART Parce que Vaslav prouve que le travestissement n’est pas un masque mais une révélation. Parce qu’il ose mêler chanson populaire, littérature et confidence intime. Parce qu’on sort ébloui, touché et suspendu à cette tendresse inouïe. ⸻ Infos pratiques Vaslav Conception et interprétation : Olivier Normand Son Pablo Da Silva • Lumières et collaboration artistique Vincent Brunol • Regard dramaturgique Anne Lenglet • Robe Hanna Sjödin Crédit photo Cécile Dessailly, Félix Glutton Théâtre du Rond-Point Du 16 septembre au 4 octobre 2025 • Mardi au vendredi, 20h. Samedi, 19h • Durée 1h

  • Rose Royal – Le bar, la balle et le battement du cœur

    Spectacle vu au Festival Avignon Off 2025 – Théâtre des Halles Un flingue dans le sac, un amour qui vacille, une femme qui tient bon. Dans Rose Royal , adapté de la nouvelle noire de Nicolas Mathieu, Anne Charrier livre un seul-en-scène coup-de-poing d’une rare justesse, mise en scène avec sobriété par Romane Bohringer . Un thriller intime et social, suspendu entre la solitude endurcie et le frisson d’un amour qui ne ferait pas mal. Et si, pour une fois, la peur changeait de camp ? Une femme, une arme, une faille Rose a cinquante ans. Elle travaille dans un cabinet comptable, picole au Royal avec sa copine Marie-Jeanne, collectionne les déceptions amoureuses et traîne dans son sac un revolver acheté sur Internet. Non par goût du drame, mais par instinct de survie. Rose est de celles qui ont trop vu, trop encaissé. Et quand Luc surgit un soir dans le bar, chemise tachée de sang, chienne mourante dans les bras, quelque chose s’ouvre. Le cœur, peut-être. À partir de ce frémissement, Nicolas Mathieu tisse un récit sec, tendu, sans fioritures, que Anne Charrier s’approprie avec une intensité sidérante. Son adaptation, coécrite avec Gabor Rassov , épouse la voix de Rose dans toutes ses nuances : bravade, humour, tendresse, solitude. Une parole incarnée, habitée, tranchante. Un polar du réel Rose Royal , ce n’est pas un polar avec flingues et gros bras. C’est un thriller du quotidien , où le danger ne hurle pas mais rampe en silence , comme ces hommes qui, à force de silences pesants, finissent par vous enfermer. C’est l’histoire d’un dernier amour, d’une dernière chance… et de cette lucidité qui coupe l’élan. La mécanique est implacable, mais jamais démonstrative. C’est dans le banal que l’effroi surgit. Dans le trop connu. Ce texte court, écrit après Leurs enfants après eux , prolonge le geste social de Nicolas Mathieu. Il éclaire les marges : les femmes invisibles , les “presque-oubliées”, celles qui tiennent debout mais vacillent parfois. Il parle du désamour comme d’un vide politique. De la tendresse comme d’un acte de résistance. Une présence qui fend la nuit Sur scène, Anne Charrier est lumineuse. Jamais dans le pathos, elle avance au fil des mots comme on marche sur des tessons. Sa pudeur nerveuse , sa précision sans clinquant , font de Rose une figure bouleversante. Drôle, parfois crue, toujours digne. Chaque geste, chaque inflexion de voix, est juste. La mise en scène de Romane Bohringer , discrète et complice, laisse respirer cette performance. Elle crée un écrin de silences, de lumières tamisées (signées Thibault Vincent ) et de gestes suspendus. La tension est là, mais jamais surlignée. L’émotion surgit à contretemps. Et quand Rose sort son calibre 38, ce n’est pas la peur qui explose, mais une lucidité tranchante. Rose Royal, c’est un cri que personne n’entend, mais qu’on ressent. Rose Royal , c’est le théâtre d’un cœur usé, d’un corps en alerte, d’un destin en sursis. Une femme qui a trop encaissé, et qui choisit de tenir bon, revolver au fond du sac, lucidité au bord des lèvres. Une Rose, royale jusque dans la douleur. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Infos pratiques ROSE ROYAL Librement adapté de la nouvelle de Nicolas Mathieu Adaptation Anne Charrier & Gabor Rassov Mise en scène Romane Bohringer Avec Anne Charrier Lumières Thibault Vincent • costumes Céline Guignard-Rajot • scénographe Rozenn le Gloahec • musique Benoît Delacoudre • chorégraphie Gladys Gambie Crédit photo ©Christian Geisselman Studio des Champs-Élysées À partir du 12 septembre • Du jeudi au samedi à 21h et le dimanche à 16h • Durée : 1h15 • Dès 13 ans

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