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- Josée, le tigre et les poissons
Romantisme, adolescence et handicap Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Josée, jeune fille paraplégique depuis son plus jeune âge, vit dans son propre monde entre la peinture, les livres et son imagination débordante. Tsuneo est en faculté de biologie marine. Il aimerait poursuivre ses études au Mexique où il pourra enfin vivre son rêve de plonger dans les eaux tropicales. Pour cela il lui faut de l’argent et il cherche donc des petits boulots. Et justement un boulot lui tombe littéralement dessus quand il entre en collision avec Josée. JOSÉE, LE TIGRE ET LES POISSONS, plusieurs fois traduit et adapté est, au départ, une nouvelle Josee to Tora to Sakana-tachi (1985) de Seiko Tanabe. Cette écrivaine japonaise a obtenu de nombreux prix littéraires, dont le prestigieux prix Akutagawa en 1964. En parlant de KUMIKO / Josée, une jeune femme paraplégique au sacré caractère et de sa grand-mère surprotectrice, complètement débordée, le film fait une analyse fine et mordante de la société japonaise et nous parle du handicap de façon particulièrement inédite. Une approche du handicap qui n’engendre pas du tout de compassion. Josée, le tigre et les poissons est un film charmant et instructif, véritablement touchant Un film romantique sur l’adolescente et la différence. Un film poétique et drôle, merveilleusement réalisé. Josée, le tigre et les poissons Un film de Kotaro Tamura et Seiko Tanabe Design original des personnages Nao Emoto Une production Presenté par Bones Inc Distribution Eurozoom Japon - 98 min - VOSTFR/VF SORTIE LE 16 JUIN
- Tokyo Shaking
Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Tokyo, le 11 mars 2011, un tsunami ravage la côte du Japon, menaçant la destruction de la centrale de Fukushima. Alexandra qui travaille depuis peu pour une banque française à Tokyo se retrouve au cœur de cette crise. Tiraillée entre les ordres de sa direction et la volonté de protéger sa famille et ses collaborateurs , Alexandra tente de composer avec la situation et se retrouve , presque malgré elle, à défendre une certaine idée de l’honneur. En présentant son film Tokyo Shaking, Olivier Peyon explique que son récit s'inspire d'un fait réél, l'histoire de la semaine folle qu’une amie a vécue deux ans auparavant lors du tremblement de terre de mars 2011, à Fukushima. Elle me décrit la puissance des secousses, l’horreur du tsunami, l’angoisse montant au fur et à mesure que la centrale de Fukushima devenait hors de contrôle. La désinformation est totale, autant côté japonais qu’étranger, et pour cause, personne ne sait ce qui se passe. Que faire: partir ou rester? Chacun s’arrange avec sa conscience. La nature humaine se révèle : veule, grotesque ou au contraire généreuse et solidaire. Mon amie me raconte ça, traversée de fous rires, comme si elle prenait soudain conscience de cette situation ubuesque. Olivier Peyon La catastrophe de Fukushima racontée par Olivier Peyon "Personne ne savait ce qui se passait dans la centrale, pas même les autorités! le chaos était total : les routes coupées, comme l’électricité, des milliers de personnes ont été emportés par le tsunami, mais les autorités ne parlent encore que de quelques victimes. TEPCO l’opérateur privé de la centrale veut croire que la situation est sous contrôle, mais ses dirigeants qui sont à Tokyo n’en savent rien. Les groupes électrogènes de secours construits dans les sous-sols sont inondés, il est pratiquement impossible d’acheminer des secours pour tenter de refroidir le cœur des réacteurs. Les prises électriques des générateurs que les pompiers parviennent malgré tout à convoyer ne correspondent pas. Cette désorganisation va entraîner les destructions successives de 4 réacteurs sur 6. Jusqu’au bout, TEPCO essaiera de sauver la face en minimisant la gravité de la situation. C’est le Premier Ministre rendu hors de lui par ces mensonges qui finira par mettre en place une cellule de crise obligeant TEPCO à partager ses informations." Olivier Peyon dit aussi qu'il a mis, avec son scénariste Cyril Brody, plusieurs années pour écrire son film et que, pour cela, ils ont mené une véritable enquête d'investigation sur place. C'est certainement la raison pour laquelle le film en forme de comédie dramatique prend des allures de thriller psychologique et que l’atmosphère sur place, est si bien rendue. En évitant beaucoup d'ecceuils de facilité, Olivier Peyon parvient à bien montrer, le sentiment de groupe extrêmement fort au Japon, la vie des expatriés à l’étranger et la position d’Alexandra, tiraillée entre son envie de "bien faire", la pression qu'elle subit de la part de ses supérieurs, son rôle de mère et l'empathie qu'elle ressent pour ses collègues Japonais. Elle se retrouve alors précipitée malgré elle dans une situation d'héroïne en se découvrant une conscience quelle n'avait pas forcément. Karin Viard, comme toujours, est parfaite. Elle surprend et dévoile des nuances de fragilité étonnante dans ce role de femme forte en plein doute vivant des états émotionnels hors norme. Tokyo Shaking des accents très féministe et actuels Ce film en montrant la position délicate d’une femme dans un mon d’hommes devient un film féministe. Il est vrai que depuis mes courts-métrages puis Les petites vancances, mon premier long-métrage avec Bernadette Lafont, la plupart de mes films reposent sur des héroïnes fémnines. Est-ce parce que leur vie leur demande davantage? Qu’elles-mêmes sont plus exigeantes envers elles? En tout cas, il est clair qu’elles m’inspirent davantage. Olivier Peyon Mais c’est, aussi, un échos à la crise santitaire actuelle, Ne serait-ce qu’à cause du vocabulaire qu’on trouve dans le flm : « Confiné», « Télétravail» et aussi les masques dans la rue. Tokyo Shaking est un film tres intéressant et instructif sur les rapports humains en temps de crise. Ce film, c’est vraiment l’histoire d’une femme qui se révèle face à la grande histoire. Karin Viard TOKYO SHAKING Un film de Olivier Peyon Écrit par Cyril Brody et Olivier Peyon Avec KARIN VIARD, STÉPHANE BAK, YUMI NARITA, PHILIPPE UCHAN, JEAN-FRANÇOIS CAYREY, ÉMILIE GAVOIS-KAHN, CHARLIE DUPONT, NOLA BLOSSOM, SIMON AYACHE Sortie Cinéma, le 23 juin France / Durée 1h41
- Une histoire à soi
Une histoire à soi. Un portrait intime Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Ils s’appellent, Anne-Charlotte, Joohee, Céline, Niyongira, Mathieu. Ils ont entre 25 et 52 ans, sont originaires du Brésil, du Sri Lanka, du Rwanda, de Corée du Sud ou d’Australie. Ces cinq personnes partagent une identité : celle de personnes adoptées. Une Histoire à Soi est le portrait intime, le parcours de vie de 5 personnages, enfants adoptés, en quête d´identité. Il faut que les familles adoptantes n’oublient pas qu’on avait une histoire avant. On est pas une coquille vide dans laquelle on met une histoire. Une très belle idée de narration En les voyant d’abord bébés, alors que eux ont dû faire le chemin inverse, le film donne les clefs de leur petite enfance et permet de bien comprendre la cassure du début. Un film, au casting parfait Un film qui ne tombe dans, absolument, aucun cliché. Qui est extrêmement émouvant, sans jamais être larmoyant. Qui impose le respect et donne de l’espoir. Une histoire à soi est un film bouleversant, mais aussi joyeux et toujours instructif Un grand film « témoignage », très éloigné des standards « documentaire ». Un film de cinéma qui utilise brillamment des images d’archives. Un film qui permet de mieux comprendre, avec beaucoup d’élégance, les questionnements et les émotions de ses jeunes adoptés. UNE HISTOIRE À SOI UN FILM ÉCRIT ET RÉALISÉ PAR AMANDINE GAY Avec JOOHEE BOURGAIN, MATHIEU ANETTE, ANNE-CHARLOTTE, NIYONGIRA BUGINGO / NICOLAS GUIEU, CÉLINE CHANDRALATHA GRIMAUD Son/Montage image ENRICO BARTOLUCCI Montage son ROSALIE REVOYRE Musiques originales IFÉ, ARNAUD DOLMEN Distribué par LES FILMS DU LOSANGE Photo © Nathalie St-Pierre FRANCE • 2021 • 1H40 AU CINÉMA LE 23 JUIN 2021 INTERVIEW D´AMANDINE GAY Amandine Gay, comédienne, sociologue et afroféministe française est la réalisatrice du très beau documentaire Ouvrir la voix, un film documentaire donnant la parole aux femmes noires de France. Elle sort le 23 juin son deuxième film tout aussi personnel Une histoire à soi. Un film documentaire qu’elle nomme « film d’Archives » qui parle aussi de ces origines. « À 18 ans, j'ai, bien entendu, été voir mon dossier de personne née sous le secret et, sans surprise, il n'y avait pas beaucoup d'informations. J'ai fait, comme on le voit dans le film, des démarches de réappropriation culturelle quand j'ai découvert que ma mère de naissance était marocaine. J'ai été à Sciences-Po et j’ai un diplôme universitaire sur le monde arabe contemporain. J’ai ainsi étudié La langue arabe et découvert sa culture. Quelles sont nos origines de façon générale ? À quoi ressemble le pays d'où l’on vient ? La langue, la culture, la musique ? Bien sûr, ça peut être un enjeu de rechercher sa mère de naissance, mais ce n'est certainement pas central, à mes yeux ». Anne-Charlotte, Joohee, Céline, Niyongira, Mathieu. 5 personnes en quête d’identité, celle des personnes adoptées. Pourquoi avez-vous choisi ce sujet? Une histoire à soi, comme mon premier film a quelque chose d’autobiographique. Ce qui m'intéressait, c'était de faire entendre les voix des personnes adoptées qui sont aujourd'hui adultes. Je crois que vous avez été, vous même adoptée. Oui, c’est vrai. Par contre, moi je suis adoptée en France. Je suis née sous X, en France. Encore aujourd’hui, en 2021, quand on nous donne la parole, c’est très rarement pour avoir le retour d'expérience des personnes adoptées et je trouvais qu'il était temps. C’est un film documentaire, mais j'ai du mal à le mettre dans cette catégorie. L'idée pour nous, c'était vraiment de faire un film de cinéma, un film d'archives. Le film d'archives dans le monde du documentaire est souvent considéré comme n'étant pas cinématique. Il a un certain nombre d'étapes obligatoires, la voix off écrite en amont qui est généralement didactique. Il y a les images d'archives qui ont généralement une vocation illustrative puis il y a les témoins, ceux qui racontent leur histoire de vie et les experts. Nous, on a choisit de faire un film d’archive différent. On a choisit de ne pas se tenir à un usage illustratif des archives et on ne cherche pas du tout a coller à ce qui est dit. Nos illustrations sont plutôt politiques et poétiques. La mise en parallèle du présent et du passé, avec ses multiples images d’archives, m’ont apportés énormément d'émotions. J’en suis ravie, c'était l'idée. Un des témoins dit : « Il faut que les familles adoptantes n'oublient pas qu'on avait une histoire avant. On n'est pas une coquille vide dans laquelle on met une histoire. » Je trouve que ça paraît assez évident quelque part et, en même temps, pas tant que ça ? Oui. Et c'est vraiment tout l'intérêt de faire parler des personnes adoptées qui sont aujourd'hui adultes. L’enjeu est de déclencher de nouvelles questions en se mettant pas à leur place. Que se passe-t-il quand on est déplacé d'un pays vers un autre ? Que se passe-t-il quand on n'a pas accès aux informations sur son passé ? Quand on devient une minorité ? On ne se rend pas compte, mais une personne haïtienne qui grandit en Haïti est quand même dans son milieu d'origine. Elle fait partie du groupe majoritaire. Quand elle est déplacée en France, elle devient une personne noire avec tous les stigmates, toute l'assignation raciale qu'il y a, autour de cette catégorie. L'expérience du racisme, l'expérience de l'acculturation, le sentiment d'avoir été déplacée contre son gré. Tout ça m’intéresse, alors que, pendant très longtemps, on ne parlait que du trauma de l'abandon et des troubles de l'attachement des personnes adoptées. Comment avez-vous trouvé ces intervenants qui sont incroyables, passionnants et émouvants. l'idée était d’avoir des participants qui étaient assez solides pour pouvoir prendre la parole publiquement dans un film, mais aussi, qui avaient un avis politique. Ça a été un long processus en entonnoir, qui a duré plus d’une année. On voulait, avec Enrico Bartolucci, chef opérateur, ingénieur du son et monteur, des hommes et des femmes, des gens d'origines diverses, d'âges différents. On voulait que les histoires puissent se répondrent pour tisser un récit narratif. On est parti de 93 pré-entretiens pour arriver à 5 participants. Le film a une narration inversée puisque on commence à leur naissance. Quand on s'adresse à des personnes adoptées qui sont adultes, elles ont déjà mis en forme leurs récits de vie. Mais quand elles le racontent, aujourd'hui, c'est le résultat d’une enquête personnelle. C'est pour ça que la construction chronologique se fait dans ce sens-là. C’est la remise en forme de ces récits. Je crois qu'une des raisons de faire ce film, c'était aussi pour montrer aux personnes adoptées qu'elles n'étaient pas seules et qu'elles pouvaient parler. Est-ce qu’il y a une forme de tabous dans le fait d'être adopté ? Je pense que le tabou n’est pas dans le fait de dire qu'on est adopté. Ce qui est compliqué, ce sont les réactions des personnes que vous n'avez jamais rencontré et qui vont vous dire « Alors ça se passe comment avec tes parents ? ». Je dis souvent que s'il suffisait pour qu'une relation familiale se passe bien, que les enfants soient les enfants biologiques de leurs parents, ça se saurait. Donc il y a des questions intrusives qu'on se permet vis à vis des personnes adoptées, qu'on se permettrait pas avec le reste de la société et ces questions peuvent être stressantes, surtout quand on est petit. Quand je suis arrivée en grande section maternelle, les enfants ont commencé à me dire « Mais elle est où ta vraie maman ? » Moi, en fait ma mère, c'était la mère avec qui j'avais grandi. Donc, je pensais que c'était ma vraie mère, vous voyez. Mes parents, pour moi, c'étaient mes parents. La filiation doit-elle être biologique ? Est-ce qu'on a le droit d'avoir quatre parents ? Dans le film, il y a un conflit de loyauté avec Anne-Charlotte quand elle est retrouvée par son père de naissance australien et qu'elle était pas prête à avoir de père, elle s'était jamais posé la question. Ça, ça m'intéresse ! Aujourd'hui, ces thématiques là concernant les familles adoptantes, mais aussi, les familles recomposées, les familles LGBT, etc. Il y a plein de familles où les enfants n'ont pas que deux parents et ils se portent très bien. Ce n'est pas du tout une nouveauté ni quelque chose qui détruit la société. Oui, ça m'intéresse. Finalement, l'adoption c'est presque un prétexte pour venir questionner des acquis de la société. Qu'est ce que la famille ? Quel est le statut des enfants ? Qu'est-ce que l'identité ? Et donc, à partir de la question de l'adoption, on peut vraiment déconstruire tous ces éléments-là. Je vous souhaite vraiment le meilleur pour la sortie de ce film que je trouve à la fois très doux et poétique, mais qui fait passer, aussi, un vrai message.
- Gagarine
Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Youri, 16 ans, a grandi à Gagarine, immense cité de briques rouges d’Ivry-sur-Seine, où il rêve de devenir cosmonaute. Quand il apprend qu’elle est menacée de démolition, Youri décide de rentrer en résistance. Avec la complicité de Diana, Houssam et des habitants, il se donne pour mission de sauver la cité, devenue son « vaisseau spatial ». Entre rêve et réalité Avec l'audace de mettre en parallèle la quête de l'espace et l'histoire de Youri, Fanny Liatard et Jérémy Trouilh ont eu une belle idée. Celui de montrer de façon onirique l'entrée en résistance de cet adolescent lumineux, ancré dans la cité, mais la tête dans les étoiles. Passé par une forme de réalisme magique a permis d’installer un dialogue permanent entre le réel et l’imaginaire, et de naviguer entre l’effondrement (du personnage et de l’immeuble) et l’apesanteur. Fanny Liatard Qui pourrait imaginer que cette barre gigantesque puisse apparaitre aussi esthétique et même magique et intersidérale ? Après leur premier court-métrage, GAGARINE, en 2014, sélectionné dans de nombreux festivals (Message To Man, Flickerfest, Sundance Channel), et deux longs-métrages remarqués (dont CHIEN BLEU , Nominé aux Césars 2020 et Prix Unifrance de la critique internationale), Fanny Liatard et Jérémy Trouilh reviennent à la cité et nous proposent un très beau film. Un conte, bourré d'humanisme et de bienveillance qui montre le quotidien dans ces immeubles populaires, mais aussi une œuvre philosophique sur la quête et l'espoir, sur l'amitié et l'amour. La cité, ce décor de fer et de béton, devient alors, un personnage central du film, sublimé. Digne des plus grands maitres du suspense, avec des plans caméra et une photographie magnifiques, un décor incroyable, de très belles musiques et une montée en puissance très progressive dans la poésie, Gagarine est un film incroyable, d'une très grande beauté. Histoire de la Cité Gagarine. La cité Gagarine, immense bloc de briques rouges abritant 370 logements, a été construit au début des années 60 à Ivry-sur-Seine, en région parisienne. À l’époque, les villes communistes autour de Paris constituent une «ceinture rouge», qui se dote de grands ensembles, symboles de modernité, afin de résorber les bidonvilles autour de la capitale française. En juin 1963, le célèbre astronaute Youri Gagarine, premier homme dans l’espace, vient inaugurer la cité en lui donnant son nom. Ces utopies collectives, au fil des décennies, sont devenues des territoires souvent stigmatisés, des quartiers qui font l’objet de vastes projets de rénovation urbaine. En 2014, la décision est prise de démolir la cité Gagarine. Les habitants sont peu à peu relogés, emportant avec eux leurs histoires de familles, de décennies passées entre ces murs, des passés ouvriers, des récits de migration, d’espoir ou de déceptions. Le 31 août 2019, le premier coup de pelleteuse est donné, sous les yeux des anciens habitants. Au moment du tournage, la réalité a rejoint la fiction et inversement. Tout était mélangé. Comme les ouvriers chargés de la démolition sont venus s’installer en même temps que démarrait notre tournage, l’histoire de Youri est un peu devenue la nôtre. On a vécu en temps réel la destruction de Gagarine. Il a fallu négocier avec le chantier pour pouvoir tourner dans une aile de l’immeuble pendant que les ouvriers travaillaient dans un autre bâtiment. Avant de commencer à démolir, ils désossent le bâtiment et le désamiantent : on voyait passer des hommes en masques et combinaisons blanches, des astronautes. Fanny Liatard Youri, incarné par Alséni Bathily, a un charme fou Fort comme un homme et imaginatif comme un enfant est une immense révélation. Avec Lyna Khoudri, espiègle à souhait, ils forment un duo atypique et merveilleux. Gagarine est un film d'une puissance rare À la fois poétique et très ancré dans la réalité, l'empathie que procurent ces personnages ainsi que la participation magnifique de Denis Lavant, nous fait ouvrir les yeux et battre le coeur. GAGARINE Réalisé par FANNY LIATARD et JÉRÉMY TROUILH Écrit par FANNY LIATARD, JÉRÉMY TROUILH et BENJAMIN CHARBIT Chef-opérateur VICTOR SEGUIN Cheffe décoratrice MARION BURGER Avec Alséni Bathily, Lyna Khoudri, Jamil McCraven, Finnegan Oldfield, Farida Rahouad Avec la participation de Denis Lavant Distribution Haut et Court Crédit photo ©Haut et Court. Sélection Officielle Cannes 2020. Sortie Cinéma, le 23 juin Durée 1h38
- Teddy
Séance humour et frissons Avis de Foudart 🅵🅵 Dans les Pyrénées, un loup attise la colère des villageois. Teddy, 19 ans, sans diplôme, vit avec son oncle adoptif et travaille dans un salon de massage. Sa petite amie Rebecca passe bientôt son bac, promise à un avenir radieux. Pour eux, c’est un été ordinaire qui s’annonce. Mais un soir de pleine lune, Teddy est griffé par une bête inconnue. Les semaines qui suivent, il est pris de curieuses pulsions animales… Teddy est un film de genre non dénué d’humour Très inspiré des films américains des années 80, de ce type et ne manquant pas de rappeler le style de Jean-Pierre Jeunet dans l’utilisation des seconds rôles « à gueule », Teddy est un peu long au démarrage, peine à s’installer, mais ne manque pas d’atout. Anthony Bajon et Noémie Lvovsky, un très beau duo Anthony Bajon, aux yeux étonnants, compose un personnage fabuleux, particulièrement énervé, en pleine crise d’adolescence. Noémie Lvovsky illumine complètement le film et toutes les scènes en duo, dans le salon de massage, sont particulièrement réussies. Teddy est un film un peu inégal, mais décoiffant, ravageur et très drôle Les deux derniers tiers du film sont assez géniaux et réservent quelques scènes « pop » qui pourraient devenir cultes. TEDDY UN FILM DE LUDOVIC ET ZORAN BOUKHERMA Scénario Ludovic Boukherma & Zoran Boukherma Interprétation Anthony Bajon, Ludovic Torrent, Christine Gautier, Noémie Lvovsky, Guillaume Mattera, Jean-Paul Fabre France 2020 | 1h28 The Jokers Films Sortie cinéma : le 13 janvier 2021 En sélection officielle à Cannes, Teddy a été choisie par le festival de Deauville pour sa ptohection en avant-premiere. 30 juin 2021 / 1h 28min / Comédie, Fantastique Interview de l’équipe du film Pourquoi TEDDY ? - Ludovic Boukherma - Une question d'envie. Nos premières amours cinématographiques c’était "le conte de la crypte" ou les films d'horreur des années 80. On a été complètement biberonné à ces films-là. Et après notre premier film, qui était un plus réaliste, on a voulu revenir tout simplement à ça. Vous êtes-vous fixé des limites ? - Ludovic Boukherma - On ne s’est pas posé cette question-là. Les questions qui se sont posées, c'est plutôt : Comment montrer le loup-garou ? C'est toujours un peu délicat de montrer un monstre. Ça peut vite être techniquement et artistiquement difficile. Est-ce qu'il faut laisser le spectateur imaginer ? Est-ce que tout montrer, ce n'est pas aussi prendre le risque de décevoir ? - Zoran Boukherma - Oui, ça a été un débat incroyable. On avait envie d'un côté un peu kitsch et en même temps, ce qu'on savait, c’était qu'on voulait vraiment montrer peu parce qu'on n'avait pas les moyens de montrer beaucoup. Mais Teddy n'est pas qu'un film de genre ? - Ludovic Boukherma - Nos références sont très américaines. Mais on ne voulait pas faire un film américain ou un film qui se prendrait pour un film américain sans l'être. Pour nous, le plus important, c'était justement de faire rencontrer ce cinéma-là avec la France rurale dans laquelle nous avons grandi. Le fait de faire un film de genre en France. C'est aussi l'occasion de filmer les gens que l'on connaissait dans la vraie vie quand on était petit, et d'intégrer dans cet univers-là les films de genre qu'on regardait à l'époque. Il y a quand même beaucoup de sailli comiques dans le film. Comment est-ce qu'on construit un film pour trouver cet équilibre et pour éviter qu'un genre ne déborde pas sur l'autre - Zoran Boukherma - C'est vrai que l'équilibre est assez ténu entre comédie et genre et c'est aussi un risque qu'on nous a dit "C'est de mauvais goût de rire de certaines choses un peu violentes". On a fait en sorte de doser au maximum pour que la comédie ne soit pas présente tout le long. Dans les films d'horreur classiques des années 80 comme FREDDY de Wes CRAVEN, les scènes qui ne sont pas des scènes de gore, sont souvent des scènes comiques. - Ludovic Boukherma - Les séquences entre les jeunes sont plutôt des séquences de comédie. On se sent plus proche de ce cinéma d'horreur là que du cinéma d'horreur, plus contemporain J’ai adoré toutes les scènes dans le salon de massage, des scènes superbes et même un peu pivot. - Ludovic Boukherma - Teddy, c'est quand même un gars qui se fait taper dessus tous les niveaux et, à son boulot, il se fait harceler. Il n’a vraiment pas de chance (rire). On s'attend à tout, sauf qu'il soit masseur. - Zoran Boukherma - La question de son travail, c'était une vraie question. Dans les premières versions du scénario, Teddy bossait dans une station-service. On s'est dit que c'était un peu trop connoté cinéma américain des années 80. Il y avait un truc un peu déjà vu. Du coup, on s'est dit qu'un masseur de nuit, c'était beaucoup plus réaliste. C'est un truc d'anticipation dont on avait envie pour que le spectateur se demande à quel moment le genre allait surgir (rire). Anthony, je trouve qu'il y a quelque chose chez vous de très différent par rapport aux autres acteurs, au niveau du regard peut-être ? - Anthony Bajon - (Rire) Il y a peut-être un truc de l'enfance. Vous vous doutez bien. Il y a toujours les vieux couteaux qui disent que les artistes sont traumatisés. C'est pour ça qu'ils sont artistes. Mais en vérité il y a un peu de ça aussi, c'est vrai. Quels sont vos projets en cours ? - Anthony Bajon - Je viens de finir le film de Sandrine Kiberlain. Cette année va sortir le film de Mouloud Achour et la Troisième guerre de Stéphane Brizé. J'ai réalisé mon premier court-métrage Propos recueillis lors d'une table ronde organisée au Festival de Deauville.
- Vent chaud
Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Sandro travaille au département ressources humaines d’une compagnie minière. A la fin de la journée il retrouve son collègue Ricardo dans la forêt avoisinante où ils ont des relations sexuelles. Après Mr Leather, un documentaire sulfureux sur le milieux cuir au Brésil, Daniel Nolasco réalise son premier long métrage Vent Chaud, un film étonnant présenté à la Berlinale 2020 puis au festival du film Lgbtq+ Chéries Chéris. Érotisme, fantasmes et poésies Daniel Nolasco a créé un film particulièrement audacieux très imprégnée par l’imagerie de Tom of Finland. Par le regard de Sandro, un homme de 40 ans, nous explorons tout un univers porno érotique Gay. Mais ce film qui pourrait sembler être rempli de clichés est aussi une œuvre d’une grande poésie et d’une infinie délicatesse. Une ode à la sexualité entre fantasme et réalité débordant de désirs et de chaleur caniculaire. Très belle photo et cadre parfait ! Vent chaud est un superbe film très aboutis et merveilleusement réalisé. Une proposition punk, queer et enivrante qui peut surprendre certains et en éblouir d’autres. Vent chaud un film de Daniel Nolasco (Mr Leather) avec Leandro Faria Lelo, Allan Jacinto Santana Distributeur Optimale Distribution Pays Brésil Durée 110 minutes Sortie en salles, le 11 août 2021 Grand Prix du jury Festival Chéries Chéris
- Saint Exupéry : le mystère de l’aviateur
Une pièce magique et surprenante Avis de Foudart 🅵🅵🅵 31 juillet 1944, Saint-Ex décolle à bord de son Lightning pour une mission de reconnaissance et disparaît des radars au large des côtes françaises. Durant des décennies, sa disparition fera l’objet de tous les mystères… un accident ? Un suicide ? Un tir ennemi ? Réunis à l’occasion de l’enterrement du grand père, un homme va conter à son fils adolescent l’histoire d’une famille aux multiples secrets. Arthur Jugnot et Flavie Péan ont été bien inspirés en créant cette pièce à l’écriture parfaite et au rythme fou. Avec de très belles projections, un décor particulièrement ingénieux et une équipe formidable de comédiens qui entrent, sortent et se changent en un clin d’œil, Saint Exupery : le mystère de l’aviateur enchaîne les moments drôlissimes, émouvants et poétiques et se joue du temps et de l’espace de façon exemplaire. Un façon très intelligente de nous faire rencontrer cet auteur, aviateur, aventurier interprèté par Davy Sardou au charme irrésistible et de nous donner envie de nous (re)plonger dans cette œuvre magistrale ! Saint Exupéry : le mystère de l’aviateur Une pièce de Arthur Jugnot et Flavie Péan Mise en scène par Artur Jugnot Avec Davy Sardou, Flavie Péan, Pierre Bénézit, Laurence Porteil ou Caroline Santini, Antoine Lelandais, Axel Auriant ou Lancelot Cherer Scénographie Juliette Azzopardi & Jean-Benoît Thibaud Costumes Bérengère Roland Musique Romain Trouillet Lumières Thomas Rouxel Vidéo Sébastien Mizermont Assistante à la mise en scène Louise Danel Théâtre Le Spendid À partir du 25 août 2021. Du mardi au samedi à 21h, matinée le samedi à 16h30,
- Onéguine
Une Poésie musicale et immersive Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Retiré dans la campagne russe enneigée ou balayée par les vents d’été, Eugène Onéguine est un être « impatient de vivre et pressé de sentir », aimant le luxe et la fête. Tatiana, jeune fille noble, belle et sombre, tombe amoureuse de lui dans une forme de pureté ardente et tourmentée. Insensible, indolent, il l’éconduit. Lors d’un bal, par désœuvrement, il séduit la fiancée de son meilleur ami. Ce dernier, fou de douleur, le provoque en duel. Eugène le tue, malgré lui. Le sang du jeune homme teinte la neige de rouge... Onéguine. Quel texte immense, quel spectacle fabuleux ! Jean Bellorini nous fait un cadeau immense en se penchant sur cet immense poème lyrique et romanesque. Par le biais de casques, les voix chuchotées, mêlées de son et de musique, nous entraînent dans un voyage hypnotique aux mélopées enivrantes. Une sonorité incroyable d´une grande délicatesse. Le texte dit, si brillamment, si justement avec des césures parfaites et les apartés très bien placés apportent beaucoup de rythme et même une forme de modernité à ce roman de Pouchkine, écrit de 1823 à 1831 qui occupe une place unique dans la littérature russe. Mélodie-Amy Wallet dans le rôle de Tatiana, au centre de la scène, entourée de ces multiples Onéguine est d’une délicatesse et d'une lumière rare. Complètement à l’unisson, aux gestes millimétrés, et non sans humour, cette troupe de comédiens - musiciens composent un ballet sonore enivrant et sublime et nous font découvrir un texte d’une puissance rare. ONÉGUINE D’après Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine Traduction André Markowicz Mise en scène Jean Bellorini Réalisation sonore Sébastien Trouvé Avec Clément Durand, Gérôme Ferchaud, Antoine Raffalli, Matthieu Tune, Mélodie-Amy Wallet Scénographie, lumière Jean Bellorini Assistanat à la mise en scène Mélodie-Amy Wallet Composition originale librement inspirée de l’opéra Eugène Onéguine de Piotr Tchaïkovski Crédit photo Pascale Fournier ParisOFFestival - Théâtre 14 Vendredi 3 septembre, 19h00 Samedi 4 septembre, 19h00 – Au Gymnase Le texte est publié aux éditions Actes Sud, collection Babel.
- La terre des hommes
Un film magnifique ! Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Constance est fille d’agriculteur. Avec son fiancé, elle veut reprendre l’exploitation de son père et la sauver de la faillite. Pour cela, il faut s’agrandir, investir et s’imposer face aux grands exploitants qui se partagent la terre et le pouvoir. Constance obtient le soutien de l’un d’eux. Influent et charismatique, mais tout va déraper. Après un long travail d’enquête et d’immersion dans le milieu de l’élevage, Naël Marandin nous livre un film très juste, d’une puissance rare Dans une arène où sont présentées les bêtes, éleveurs et acheteurs s’observent, luttent et manigancent pour tirer les cours à la hausse ou à la baisse. Les petits fermiers côtoient les patrons d’élevages industriels sous le regard des spéculateurs, des engraisseurs et des centrales d’achat de la grande distribution. Ça grouille. Ça crie. Ça vit. Naël Marandin La terre des hommes est un film sur la ruralité, sur les conflits de générations, mais surtout un portrait de femme dans un monde réservé aux hommes. Quand une relation de domination de pouvoir engendre un viol ? De façon subtile et émotionnelle, sans essayer de donner d’explications ni de leçons de morale, sans jamais amoindrir la gravité d’un tel acte, La terre des hommes aborde le thème du viol et montre parfaitement comment le comportement d’un seul homme peut faire basculer tout l’équilibre d’une société, d’un système économique et social. Pendant l’écriture du film, j’ai pris conscience du nombre de femmes autour de moi m’ayant confié avoir subi un rapport sexuel non désiré. Chacun de leurs témoignages était singulier, elles évoluaient toutes dans des sphères sociales très variées et nommaient toutes cela différemment. Naël Marandin Sylvain, incarné par Jalil Lespert est un homme séduisant, sympathique, puissant et charismatique. Il a quelque chose de magnétique et de séduisant. Constance - Diane Rouxel, loin d’être l’archétype d’une victime est éblouissante. Tout en nuance et retenue, elle est aussi crédible dans ce rôle complexe de femme frêle au milieu des bêtes que par sa force intérieure et elle porte littéralement le film sur ses épaules. C’est cette complexité qui m’intéressait. Il n’est pas un serial violeur, et Constance n’est pas la dixième victime de ses agressions. Naël Marandin La terre des hommes, un film d’ombre et de lumière qui enchaîne les plans larges et l’intimité des corps La Terre des hommes est un film de corps. Le corps des femmes, le corps des hommes, le corps des bêtes. Des corps que l’on jauge, que l’on juge, qu’on évalue, qu’on convoite. Des corps qui luttent, qui sont soumis, vendus mais aussi des corps désirants, qui se cherchent, s’accueillent, se soutiennent. Naël Marandin Un film puissant et ultra-réaliste qui, par des choix de placements caméra très intelligents, un montage et une magnifique musique, parvient à nous transmettre tous les méandres émotionnels de cette jeune femme à l'histoire douloureuse. La terre des hommes UN FILM DE NAËL MARANDIN Avec Diane Rouxel, Finnegan Oldfield, Olivier Gourmet, Jalil Lespert AD VITAM. France / 2020 / 1h39 Sortie Cinéma, le 25 août 2021
- Point Cardinal
Lumineux au théâtre de Belleville Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Laurent, marié et père de famille, mène une vie conventionnelle. Pourtant, IL se sent ELLE. Point Cardinal donne à entendre son histoire : face à lui-même, sa famille, ses collègues, face à la société. De Il à Elle, et enfin Je. Une quête universelle, où chacun se retrouve À travers ce seul en scène adapté du roman de Léonor de Récondo, sa quête pour le genre rencontre un écho universel, où chacun se retrouve : être soi. « Deviens ce que tu es » Nietzsche Léonor de Récondo écrit le portrait d’un homme - femme et par la même occasion nous parle à tous. Il est surprenant et même bouleversant de se dire à quel point il est difficile de comprendre les personnes transgenres, leur quête, leur émotion, leur combat. Dans notre société, les appellations homosexuelles ou hétérosexuelles, n'ont jamais eu aussi peu d’importance et les « catégories » d’amoureux ont été démultipliées. Transgenre, cisgenre, pansexuel, asexuel, polyamoureux… Mais en dehors même du genre. Être soi, se trouver n'est-il pas le but absolu ? Point Cardinal, un titre implacable. Jamais un spectacle n’aura été aussi à propos. Un face à face avec le spectateur, un partage qui donne à entendre, à imaginer, et voir. Sébastien Desjours, seul en scène, nous place en tant qu´observateur, juge et partie et nous montre, à quel point, nous sommes seuls, face à nous-mêmes concernant ces questions existentielles sans la possibilité de s’échapper et en devant affronter les tempêtes, les surprises et les accidents avec détermination. Une détermination semblable à celle du parcours mouvementé de Laurent. Deux temporalités s’entremêlent En multipliant le narratif et le présent. On est à la fois dans l'action, l'information et dans l'émotion intime. À sa famille, son épouse, sa fille, son fils, face à son entourage, à ses collègues, à la société, face à l’incompréhension, à la colère. Le combat de Laurent pour être elle, pour être, est le combat de la justesse, de l’adéquation. Par le théâtre et le jeu d'acteur, le personnage principal, mais il donne aussi voix et corps à l’épouse et aux enfants de Laurent à travers un jeu d’ombres et de lumières. "Ce roman est maintenant le sien et il n’y a rien de plus beau pour moi, que de voir un acteur s’en emparer avec autant de force et de courage. Point cardinal vit maintenant dans une peau, celle de Sébastien Desjours." Léonor de Récondo "C’est un spectacle sur un homme qui est une femme, par un homme qui donne à voir sa part féminine. La féminité sera évoquée par le corps, sans naturalisme, excepté au début où l’image fugace d’une féminité « exacerbée » sera présente. Une corporalité dessinée, cadrée, laissera place à un corps libéré de son carcan. Ne pas montrer ce qui est dit afin que se déploie l’imaginaire. Le spectateur s’engage au côté de l’acteur. Je serai le corps qui porte cette parole. Je jouerai de mon masculin et de mon féminin. Je laisserai émerger ma part de féminin que j’ai tant de fois étouffée. J’irai à l’essence, à l’intime, au plus proche de la langue de Léonor de Récondo, de la voix de Laurent, de Lauren, des battements de leurs cœurs." Sébastien Desjours Les lumières et les musiques d'Olivier Maignan sont très réussies. Parfois très sombre et parfois presque gênante de luminosité, la lumière devient un personnage à part entière, intrusif et, finalement, émotions. Point cardinal, est un spectacle coup de poing, coup de coeur. Monté avec un vrai rythme et beaucoup d’amour, d'humour et de sentiment, ce seul en scène, même s'il reprend un sujet bien connu, nous surprend, nous bouscule et nous émeut profondément par la sincérité du propos et l'humanité folle qui en ressort. On ne peut qu'aimer ce "Laurent" porté merveilleusement par Sébastien Desjours Son interprétation si juste et si sincère pourrait nous laisser croire qu´il nous livre, à cette occasion, sa vérité, son histoire. Point Cardinal Itinéraire d'une personne transgenre Texte Léonor de Récondo Adaptation scénique, conception et jeu Sébastien Desjours Collaboration artistique Claire Chastel et Bénédicte Rochas Scénographie et costumes Anne Lezervant Collaboration à la scénographie Quentin Paulhiac Lumières et création musicale Olivier Maignan Création son Gildas Mercier Crédit photo ©Pauline Legoff, ©Jules Audry Point Cardinal a reçu le Prix du roman des étudiants France Culture - Télérama 2018. Théâtre de Belleville 94 rue du Faubourg du Temple 75011 Paris Mercredi 1er > jeudi 30 septembre Mer. 19h15, Jeu. 19h15, Ven. 19h15, Sam. 19h15, Dim. 15h Durée 1h05 En savoir plus... La France a considéré la transidentité comme une maladie mentale jusqu’en février 2010. Ce n’est que très récemment, en Mai 2019 que l’Organisme mondial de la santé l’a retirée de la catégorie des troubles mentaux et du comportement » pour la déplacer dans celle de « santé sexuelle » sous le nom « d’incongruence de genre ». L’avancée est à saluer mais la catégorisation et la terminologie laissent entrevoir le chemin qu’il reste à parcourir. L’identité de genre n’a jamais été autant interrogée. Les singularités n’ont jamais été aussi visibles. Pourtant elles n’ont jamais été autant attaquées dans le discours ou dans la rue : 83% des personnes transgenres ont été victimes de violences physiques. « On m’avait prévenue, je m’en doutais » dira Julia, femme trans, agressée le 31 mars 2019 en plein jour place de la République.
- Dorothy
Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Pendant une heure, un homme essaye de suivre le protocole sans lequel son projet ne verra pas le jour : faire un enfant par fécondation in vitro. Marc Arnaud, avec beaucoup de poésie, nous parle d’un des plus grands tabous masculin et fait de cette situation plus que triviale, le pays fantastique de son imagination. « Attention, deux Martini pas plus, au troisième je suis sous la table, au quatrième je suis sous le maître de maison ! » Dorothy PARKER. C’est l’histoire d’une femme libre, Dorothy Parker, au temps de la prohibition C’était il y a longtemps. C’est maintenant. L’histoire d’une résistante, d’une autrice, romancière, critique de théâtre, scénariste, grande plume du fameux New Yorker qui doute, boit, se débat et s’ennuie à mourir. Elle est poétique et dramatique Jusque dans son ultime instant, et même après : la dépose de ses cendres le 22 aout 2020 dans un cimetière New yorkais. Et de là vient le rire, et de là viennent les larmes. Zabou Breitman fait revivre cette femme hors du commun en s’appuyant sur des dizaines d’anecdotes vraies et cinq de ses nouvelles. Le dispositif scénique évolue sans cesse pendant le spectacle qui débute plateau quasiment vide, peuplé de quelques projecteurs. Sur le côté, deux consoles "lumière" que manie avec plaisir, Zabou. Elle danse, chante, change de tenu à la vitesse de la lumière et s’amuse comme une folle. J’entre en lisant aux spectateurs, un extrait de l’article du New Yorker qui raconte l’improbable voyage des cendres de Dorothy Parker en septembre 2020. Puis j’apporte une banquette d’époque, en racontant ce que dit l’article mais en ayant lâché le magazine. J’apporte un paravent. Une table. Je baisse la lumière de la salle avec la console lumière : en direct. Je baisse la lumière sur la scène, rends plus intime le lieu à l’aide des projecteurs que je déplace, que j’oriente. La lumière se fabrique devant les spectateurs. Le spectacle naît. Zabou Breitman Dorothy est un spectacle fluide, léger, joyeux et particulièrement émouvant. Un spectacle qui fait du bien et nous dévoile un personnage hors du commun et particulièrement lumineux. Un spectacle à voir absolument. DOROTHY Mise en scène Zabou Breitman Regard extérieur Antonin Chalon Création lumière Stéphanie Daniel Création son Yoann Blanchard Costumes Zabou Breitman et Bruno Fatalot Accessoires Amina Rezig Assistante à la Mise en scène Laura Monfort Chorégraphe Emma Kate Nelson Régisseur Général Eric Maurin Crédit Philippe Quaisse Théâtre de la Porte Saint Martin Du 11 septembre au 24 octobre 2021 Durée 1h15 EN SAVOIR PLUS… DOROTHY PARKER (22 août 1893 - 7 juin 1967) est une poétesse et scénariste américaine, connue pour son humour caustique, ses mots d'esprit et le regard acéré qu'elle porta sur la société urbaine du XXe siècle. Surnommée « The Wit » (la futée) et connue également sous le nom de Dottie, Parker est née Dorothy Rothschild dans le West End district de Long Branch, New Jersey, où ses parents avaient une résidence estivale. Elle aimait à dire que ses parents l'avaient ramenée dans leur appartement de Manhattan peu de temps après un jour de fête du travail afin qu'elle puisse être considérée comme une véritable new-yorkaise. Ses amis la voyaient à la fois comme une source d'amusement et de tragédie. (Elle tenta de se suicider au moins à trois reprises). Après une enfance difficile (elle perd sa mère à six ans), elle quitte la maison familiale. Pour subvenir à ses besoins Dorothy devient pianiste pour une école de danse à Manhattan. Elle continue à solliciter divers journaux et magazines pour publier ses poèmes. En 1916, Frank Crowninshield, ami de Condé Nast, patron des Condé Nast Publications qui possède les magazines Vogue et Vanity Fair, non seulement achète des poèmes de Dorothy mais lui offre un emploi au sein de Vogue pour un salaire de 10 $ par semaine. Revenu qui permettait de payer son loyer de 8 $ par semaine, mais pour couvrir ses autres dépenses de produits d'entretien et d'habits, elle doit continuer à tenir son emploi de pianiste. Très rapidement Dorothy se fait la réputation d'une femme à la plume qui frappe juste, et qui sait faire des choix littéraires, sélectionner parmi les livres reçus par Vogue, ceux qui ont un intérêt littéraire. Dorothy est aussi fascinée par le monde de la mode exposé par Vogue, elle soigne son élégance et comme elle le dira plus tard au sujet de cette période « j'étais juste une petite jeune femme juive coquette cherchant à être plaisante ». La qualité de ses critiques est telle que dès la fin de l'année 1916, Edna Woolman Chase, la rédactrice en chef de Vogue rencontre Frank Crowninshield pour qu'il lui propose un emploi à Vanity Fair dont la ligne éditoriale est plus adaptée à son style et le valorisera, ce qu'il fait et Dorothy accepte le poste avec joie. Vanity Fair avait déjà une solide réputation dans les milieux culturels, il avait présenté à ses lecteurs les artistes de l'avant garde de l'époque tels que Picasso, Matisse, Marie Laurencin, Raoul Dufy, Gertrude Stein, E. E. Cummings, D.H. Lawrence, T.S. Eliot, Arnold Bennett, H.G. Wells et c'est le premier magazine américain à reconnaître les artistes afro-américains. Vanity Fair avait la réputation d'être « l'arbitre des élégances » auprès de l'Amérique. Pour la jeune Dorothy, entrer dans la rédaction de ce magazine, c'était devenir membre de l'élite intellectuelle. Dorothy continue son travail de critique littéraire et publie également des poèmes, des nouvelles dans les colonnes du journal qui emporte l'adhésion des lecteurs. Frank Crowninshield note les traits de style qui font l'originalité de l'écriture de Dorothy devenue Parker de puis son mariage en juin 1917 avec Edwin Pond Parker II, à savoir un modèle du style satirique allié à une vivacité intellectuelle remarquable. En 1919, elle utilise sa réputation pour lancer un appel aux femmes américaines pour demander le rappel au plus vite des soldats, qui comme son mari sont toujours éloignés de leur foyer parce que cantonnés en Allemagne avec les forces d'occupations alliées. Pendant qu'Edwin Parker est éloigné, Dorothy, accompagnée de Frank Crowninshield, est régulièrement invitée au domicile de Condé Nast qui teste sa nouvelle rédactrice. Cette année 1919 est aussi la rencontre de Dorothy avec Robert Benchley et de Robert Sherwood qui viennent d'entrer dans l'équipe de rédaction de Vanity Fair. C'est le début d'une collaboration qui va changer sa vie. Les trois amis, Dorothy Parker, Robert Benchley et Robert Sherwood prennent l'habitude de prendre leur petit déjeuner au restaurant de l'hôtel Algonquin (New York) situé sur la cinquième avenue qui avait eu pour clients des personnalités illustres du cinéma muet comme Douglas Fairbanks, Laurette Taylor, Booth Tarkington, Elsie Janis, Jane Cowl, etc. Avec le temps l'hôtel devient un lieu de rendez-vous entre divers écrivains et artistes newyorkais qui se réunissaient autour d'une table ronde, cette dernière donnera le nom de ces rencontres, l'Algonquin Round Table. Le trio Dorothy et les deux Robert sont invités à participer aux réunions de l'Algonquin Round Table où sont présents Irving Berlin, George S. Kaufman, Edna Ferber, Marc Connelly, Harold Ross, Jasha Heifetz, Alexander Woollcott, Alice Duer Miller, Harpo Marx, Moss Hart, Tallulah Bankhead, Noel Coward, Heywood Broun (en), etc., les acteurs, librettistes, compositeurs de comédies musicales. Le groupe de l'Algonquin Round Table devient un groupe connu pour représenter l'avant- garde culturelle aussi bien dans le cinéma, le théâtre, que par les articles de ses membres dans les journaux et magazines y rencontraient également des journalistes et des agents artistiques. En janvier 1920, Florenz Ziegfield et son épouse Bille Burke viennent indignés voir Frank Crowninshield ; ils n'ont pas apprécié les recensions de Dorothy Parker qui a éreinté trois de leurs comédies musicales montées sur la scène de Broadway. Il était difficile pour Vanity Fair de prendre la défense de Dorothy face au plus grand producteur de Broadway et les excuses de Dorothy n'auraient probablement pas suffi à calmer les colères des Ziegfield. Dorothy est licenciée ! Robert Benchley et Robert Sherwood vont prendre la défense de leur amie auprès de Frank Crowninshield, en vain et par solidarité ils démissionnent. Dorothy Parker décède des suites d'une crise cardiaque dans sa suite au Volney Hotel de Manhattan avec son chien Troy, c'est la femme de chambre qui découvre sa dépouille, elle avait soixante-treize ans. Après ses funérailles où Lillian Hellman et Zero Mostel ont prononcé son éloge funèbre, Dorothy Parker est incinérée au crématoire du Ferncliff Cemetery, dans le comté de Westchester. Son notaire, ne sachant quoi faire de l'urne funéraire, la garde chez lui dans un tiroir de son étude jusqu'à ce que Benjamin Hooks (directeur de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP)) lui propose de recueillir l'urne au siège de la NAACP. En octobre 1988, l'urne funéraire de Dorothy Parker est déposée au siège de la NAACP à Baltimore (Maryland) dans un endroit spécialement aménagé le Dorothy Parker Memorial Gardens. Au cours du temps, le mémorial a été oublié et est tombé en friche, c'est un guide touristique, l'historien Kevin C. Fitzpatrick qui le découvre en 2006 ; constatant l'état de délabrement, il fonde la Dorothy Parker Society dévouée à la mémoire de l'œuvre de Dorothy Parker et qui récolte des fonds pour l'entretien du mémorial. Craignant un déménagement du siège de NAACP, Kevin C. Fitzpatrick contacte la famille de Dorothy Parker, ces derniers avec la collaboration de la NAACP déposent ses cendres au Cimetière de Woodlawn dans le Bronx, en 2020. Elle a laissé une oeuvre magistrale dans laquelle les faux pas prennent souvent l'allure d'une comédie désopilante : citons La Vie à deux, Comme une valse, Mauvaise Journée, Hymnes à la haine. L'œuvre de Dorothy Parker, recueils de textes critiques ou de nouvelles, est essentiellement disponible en poche chez 10-18, Christian Bourgois (Mauvaise journée, demain, Articles et critiques) et Phébus (Hymnes à la haine). Pour Hollywood, elle écrivit, souvent en collaboration, les scénarii d’Une étoile est née (1937), de La Vipère de William Wyler (1941), Cinquième Colonne d'Alfred Hitchcock (1942), d’Une vie perdue (1947) et de L'Éventail de Lady Windermere d'Otto Preminge (adaptation de L'Éventail de Lady Windermere d'Oscar Wilde, 1949). Dans les années 1950, elle fut une des victimes du maccarthisme pour son activisme et inscrite sur liste noire. Très engagée politiquement, Dorothy Parker compte parmi les défenseurs de Sacco et Vanzetti ; elle était en effet liée plus ou moins directement à la mouvance communiste, ayant entre autres aidé à fonder la Hollywood Anti-Nazi League en 1936. Lillian Hellman, l'exécutrice testamentaire de Dorothy Parker, conformément à ses volontés, a légué ses biens à Martin Luther King puis à la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) après l'assassinat de ce dernier au Lorraine Motel, à Memphis (Tennessee), comme cela était stipulé dans le testament de Dorothy Parker. La NAACP continue à toucher les droits d'auteur sur les œuvres de Dorothy Parker. « Dans un restaurant à Atlanta, quelqu’un s’approche de Martin Luther King qui est en train de déjeuner avec des collègues activistes, lui tape sur l’épaule et lui dit “Martin... - enfin je ne sais pas s’il le connaît aussi bien que ça– Monsieur Martin Luther King vous venez d’hériter de Dorothy Parker”. “Who? What?” Martin Luther King ne sait pas du tout qui c’est, mais il voit cet argent comme un don du ciel, il se tourne vers ses amis et leur dit “Je vous l’avais bien dit, Dieu pourvoira”. En l'occurrence Dieu avait quand même ’apparence de Dorothy Parker. » Philippe Quaisse
- Le visiteur
Comme Freud, chacun décidera, en cette nuit folle et grave, qui est le visiteur Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Vienne 1938 : les nazis ont envahi l’Autriche et persécutent les juifs. Par optimisme, Sigmund Freud ne veut pas encore partir ; mais en ce soir d’avril, la Gestapo emmène Anna, sa fille, pour l’interroger. Freud, désespéré, reçoit alors une étrange visite. Lorsque j’eus achevé Le Visiteur, j’en fis - c’est mon habitude - la lecture à mes proches. Deux me dirent que c’était magnifique, le troisième que ça ne l’intéressait absolument pas. Eric-Emmanuel Schmitt Un phénomène avec 3 Molière et des centaines de représentations Après les doutes de son auteur et des débuts laborieux, lors de sa création en 1993, tout à fait compréhensibles au vue du sujet très particulier, aidé par le bouche à oreille et la presse, Le Visiteur devient un fulgurant succès. Cette année, la merveilleuse Johanna Boyé, nous fait redécouvrir ce magnifique texte d’Eric-Emmanuel Schmitt. Le Visiteur d’Eric-Emmanuel Schmitt est une pièce qui m’a fortement marquée, lorsque je l’ai vue adolescente. C’est un des textes qui m’a donnée envie de faire du théâtre et de devenir un jour metteur en scène. Johanna Boyé Dieu sur le divan de Freud. Freud sur le divan de Dieu En une nuit, cette pièce, au mystère entier, construite comme un thriller psychologique sera l’occasion d’une joute verbale existentielle et philosophique entre Freud et ce visiteur. Qui est-il ? Un fou ? Un magicien ? Un rêve de Freud ? Une projection de son inconscient ? Ou bien est-il vraiment celui qu’il prétend être : Dieu lui-même ? De la magie, un son et une lumière très réussies apportent à ce spectacle une atmosphère mystérieuse et onirique complétée par un duo d’acteurs magnifiques : Sam Karmann et Franck Desmedt. Deux comédiens stupéfiants qui jonglent entre humour, cynisme, légèreté et émotions et nous offrent deux prestations uniques et rares. Une pièce tout en tension et suspense qui réserve un moment de théâtre magistral Le Visiteur est un immense coup de cœur, une merveille d’écriture, de jeu et de mise en scène. Un spectacle à voir absolument. Le visiteur Auteur Éric-Emmanuel Schmitt Metteuse en scène Johanna Boyé Dsitribution Sam Karmann, Franck Desmedt, Katia Ghanty, Maxime de Toledo Scénographie Camille Duchemin – CostumesColombe Lauriot dit Prévost – Musiques Mehdi Bourayou – Lumières Cyril Manetta – Conseil magieAlexandre Denis – Assistante mise en scène Caroline Stefanucci Photos © Fabienne Rappeneau Théâtre Rive Gauche 6 rue de la Gaité - Paris A PARTIR DU 8 SEPTEMBRE 2021 Du mardi au samedi à 21h Matinées les dimanches à 15h (Relâche exceptionnelle le 2 novembre 2021)












