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  • LA FIN DU COURAGE - Philosophie en pleine lumière, théâtre à mains nues

    🅵🅵🅵 FOUD’ART - Un pari audacieux, porté par des duos d’actrices électrisants (Adjani/Calamy en tête) et de magnifiques éclats de pensée… malgré un enrobage parfois trop “plateau télé”, qui simplifie ce que le texte a de plus vertigineux. ⸻ Tenir, sourire, se tenir prêt Comment faire entrer un essai philosophique - dense, exigeant, parfois aride - dans la chambre d’écho du théâtre ? Rien que la question demande… du courage. Et c’est déjà la première réussite de La Fin du courage : oser le geste. Oser croire que la philosophie peut quitter la page, devenir souffle, présence, friction, rythme. Librement inspirée de l’essai de Cynthia Fleury (Fayard, 2010), cette lecture mise en scène par Jacques Vincey prend la forme d’un dialogue entre deux figures : l’auteure et la journaliste. Deux manières d’habiter le monde, deux façons de « faire œuvre », deux stratégies pour ne pas chuter. Et surtout, une idée qui revient comme un refrain grave : il n’y a pas de courage politique sans courage moral. ⸻ Le coup de génie : des duos féminins inattendus L’autre grand courage du projet, c’est son casting en constellation : six duos d’actrices se relaient, et le spectacle devient une expérience à variations, presque une série de traductions sensibles d’un même texte. Et puis il y a LE duo : Isabelle Adjani et Laure Calamy. Deux trajectoires qu’on n’aurait jamais imaginées sur la même affiche, tant leurs présences semblent venir de mondes opposés. • Adjani, énigmatique, lointaine et pourtant brûlante, avec cette manière unique d’ouvrir l’espace dès qu’elle parle. • Calamy, populaire au sens noble, proche, terriblement vivante, immédiate - comme si elle venait s’asseoir à côté de nous. La rencontre est explosive : complémentarité, frottement, aimantation. Et c’est là que la philosophie prend : quand le texte devient ping-pong, quand les idées se lancent comme des balles qu’on rattrape au vol, avec humour, agacement, tendresse, exaspération parfois. Le courage se met à circuler. Il n’est plus une définition : il devient une énergie. ⸻ Une entrée sans filet : la grâce du texte à mains nues Il y a un moment particulièrement fort : le début, quand, sans filet, Adjani parle du courage sans décor, uniquement portée par la voix, la sensibilité, la présence. Là, on comprend le projet : faire entendre une pensée à hauteur d’être humain. Dans ces instants, La Fin du courage est du théâtre pur : une parole qui ne « joue » pas à être profonde, mais qui cherche, qui se risque, qui s’expose. On sent ce que le spectacle veut provoquer : pas une leçon, mais une mise en mouvement intime. ⸻ Le point de friction : un dispositif “émission culturelle” un peu facile C’est aussi là que le spectacle se fragilise : pour rendre la philosophie « accessible », la pièce installe une situation d’interview et d’enregistrement d’émission culturelle, avec la voix off d’un rédacteur en chef et des commentaires volontairement simplistes. L’idée, on la comprend : la journaliste devient le miroir du spectateur, celle qui pose les questions « à notre place ». Mais l’enrobage peut donner une impression de mise en scène un peu bas de gamme, comme si l’œuvre craignait, par moments, d’aller au bout de sa complexité. Comme si elle prenait peur de « repousser » le public. Résultat : des passages magnifiques, puissants, ciselés… et, autour, une mécanique qui, parfois, simplifie trop, explique trop, au lieu de laisser la pensée faire son vertige. ⸻ Ce que ça réussit malgré tout : transformer la pensée en expérience Malgré ces réserves, le pari tient - et c’est le mot. Parce que, quand la langue de Fleury affleure à nu, elle touche juste. Parce que les duos apportent une pluralité de regards (et c’est précisément le sujet : le courage se fabrique dans le collectif). Parce que le théâtre, même en lecture, a ce pouvoir rare : rendre les idées respirables. On sort avec une sensation paradoxale : • un spectacle parfois trop « pédagogique » dans sa forme, • mais traversé par de vrais éclats, et porté par une proposition de théâtre citoyen : penser autrement pour vivre autrement. ⸻ 🅵🅵🅵 FOUD’ART La Fin du courage est un pari fou - et largement réussi grâce à la beauté du texte et à l’intelligence des duos, capables de faire vibrer une pensée ardue comme une partition vivante. On regrette simplement que le dispositif « plateau télé » choisisse parfois la voie du facile, comme si la philosophie devait s’excuser d’être exigeante. Mais quand ça prend… ça prend fort. Et ça rappelle que « tenir » est peut-être, aujourd’hui, un acte artistique et politique. ⸻ Infos pratiques LA FIN DU COURAGE Librement inspiré de l’essai de Cynthia Fleury (Fayard, 2010) Mise en scène : Jacques Vincey Duos : • Isabelle Adjani / Laure Calamy : 17 → 25 janvier 2026 • Emmanuelle Béart / Sarah Suco : 28 janvier → 1er février 2026 • Emmanuelle Béart / Sophie Guillemin : 3 → 8 février 2026 • Isabelle Carré / Sophie Guillemin : 11 → 22 février 2026 • Lubna Azabal / Sophie Guillemin : 25 → 27 février 2026 + exceptionnelles le 7 mars • Lubna Azabal / Rosa Bursztein : 28 février → 8 mars 2026 Avec : Louis Pencréac’h , et l’aimable participation d’ Alexandre Vizorek Collaboration artistique : Victoria Sitjà • Lumière : Dominique Bruguière (assistant : Pierre Gaillardot )•Scénographie et costumes : Lucie Mazières (costumes dessinés par Alexandre Mattiussi pour Ami Paris ) • Collaboration dramaturgique : Valérie Six avec Arnaud Duprat de Montero Théâtre de l’Atelier Du 17 janvier au 8 mars 2026

  • EN ATTENDANT BOJANGLES - La fête au bord du gouffre

    🅵🅵 FOUD’ART - Un tourbillon tendre et romanesque, porté par une actrice solaire… mais dont la légèreté finit parfois par lisser l’abîme ⸻ Une chanson comme sortilège Tout commence comme un sort. Un couple danse, encore et encore, sur Mr. Bojangles de Nina Simone. Sous le regard émerveillé de leur fils, la vie devient un bal permanent : amis, fantaisie, plaisir, élégance de l’instant. Chez eux, on refuse les contraintes comme on repousse la gravité. La mère, feu follet imprévisible, mène la danse ; le père suit, organise, protège, arrange le monde pour que la fête ne s’interrompe jamais. Et puis, un jour, elle va trop loin. La musique reste, mais quelque chose se fend. Père et fils s’accrochent à la magie, « coûte que coûte », comme si l’amour pouvait négocier avec l’inéluctable. ⸻ Du roman au plateau : une adaptation rusée… mais très narrée Adapter un roman qui embrasse toute une vie est un exercice à haut risque : on coupe, on condense, on trahit forcément un peu. Ici, Victoire Berger-Perrin fait un choix clair : confier le récit au père et au fils, en alternant les points de vue autour de cette femme-météore. Le dispositif est efficace pour traverser le temps, sauter d’un souvenir à l’autre, préserver l’esprit de conte du livre. Mais ce parti pris a un revers : la dimension très narrative finit par alourdir le rythme à certains endroits. Le spectacle est effervescent, oui - mais il respire pleinement lorsqu’il cesse de raconter pour laisser les scènes exister. Là, les dialogues deviennent savoureux, la matière théâtrale s’épaissit, et l’histoire quitte le récit pour devenir présence. ⸻ L’ivresse, le romantisme… et le malaise qui affleure Le pari le plus délicat de Bojangles tient à sa tonalité : aborder un sujet profondément sombre par la légèreté, la poésie, le romantisme. Le spectacle assume la beauté du vertige, la contagion de la joie, la séduction d’une vie vécue « à contre-normalité ». Et pourtant, à force de danser au-dessus du vide, quelque chose grince. Non pas parce que le spectacle serait maladroit - mais parce qu’il flirte longtemps avec l’idée que l’enchantement pourrait suffire à tout expliquer. Le trouble est là : lorsque la fête recouvre l’angoisse, la scène éclaire-t-elle vraiment… ou enjolive-t-elle ? C’est précisément ici que En attendant Bojangles manque parfois de profondeur dans le malheur. Beaucoup de tendresse, de poésie, une mélancolie diffuse - mais l’abîme demeure trop poli, trop « joli » pour mordre pleinement. ⸻ Un trio attachant… et une actrice qui capte toute la lumière La réussite la plus immédiate tient aux interprètes. Les comédiens sont profondément attachants, et le lien familial se ressent dans les regards, les élans, les tentatives désespérées de retenir ce qui échappe. Et surtout, Tania Garbarski emporte tout sur son passage. Elle est le cœur battant du spectacle - radieuse, insaisissable, dangereusement vivante. On comprend pourquoi tout s’organise autour d’elle, pourquoi le père et le fils en viennent à croire qu’aimer, c’est tenir le monde à bout de bras. ⸻ 🅵🅵 FOUD’ART - Ce qui reste en sortant On sort avec une chanson dans la tête, une valse dans le corps, et cette question un peu brutale : jusqu’où peut-on romantiser la folie sans en perdre la nuit ? En attendant Bojangles touche souvent juste - par sa douceur, sa sensualité, son sens du romanesque. Mais son dispositif très narratif et son goût de l’enchantement maintiennent parfois l’obscurité à distance. Une belle danse, oui. Une danse qui tremble. Mais qui n’ose pas toujours regarder le gouffre en face. ⸻ Infos pratiques En attendant Bojangles D’après le roman d’Olivier Bourdeaut Adaptation & mise en scène : Victoire Berger-Perrin (assistée de Cachou Kirsch) Avec : Charlie Dupont, Tania Garbarski, et en alternance Jérémie Petrus / Victor Boulenger Décors : Caroline Mexme • Lumière : Laurent Kaye • Costumes : Chandra Vellut • Chorégraphie : Céline Bon • Musique : Pierre-Antoine Durand Photos : © Gaël Maleux THÉÂTRE DE L’ŒUVRE Du 8 janvier au 7 mars 2026 • jeudi au samedi à 19h • Durée : 1h20

  • MON JOUR DE CHANCE - Un petit jeu… presque sans conséquence

    🅵🅵🅵 FOUD’ART - Une mécanique comique redoutable, portée par une nouvelle troupe vive et jubilatoire ⸻ Quand le hasard s’invite à la table des regrets Après un an et demi de succès ininterrompu, Mon Jour de chance revient avec un nouveau casting, frais, affûté, et manifestement prêt à en découdre avec le destin. La promesse est simple - et diablement efficace : et si, pour une fois, on pouvait rejouer les dés de sa propre vie ? Sébastien retrouve des amis d’enfance le temps d’un week-end à la campagne. Autrefois, ils laissaient le hasard décider pour eux, lançant un dé pour choisir une drague, une soirée… peut-être un avenir. Sébastien, lui, se souvient d’un lancer précis : ce soir-là, il a fait un quatre. S’il avait fait un six, sa vie aurait été plus belle. Il en est persuadé. Et si le destin lui offrait une seconde partie ? ⸻ Une comédie du possible (et de l’impossible) Écrite par Patrick Haudecoeur et Gérald Sibleyras, la pièce s’inscrit dans la grande tradition de la comédie de situation intelligente : celle qui fait rire tout en laissant affleurer une angoisse existentielle diffuse. Le dispositif, fondé principalement sur le comique de répétition, est classique, limpide - et donc risqué. Mais c’est précisément là que réside la force du texte : la mécanique est d’une précision horlogère. Chaque lancer de dé fracture le temps, rebat les cartes, redistribue les rôles, tandis que Sébastien demeure inchangé, simple spectateur de ce qu’aurait pu être sa vie. Si le procédé de la boucle temporelle n’est pas nouveau, ici tout passe par le théâtre à l’état pur, mis en scène avec une efficacité redoutable par José Paul : rythme, ruptures, entrées et sorties millimétrées. Le rythme ne faiblit jamais. Les vannes sont placées avec une science du tempo remarquable, et les silences - rares - tombent toujours juste. On rit beaucoup, vraiment beaucoup, mais jamais au détriment de la clarté narrative. ⸻ Une nouvelle distribution qui fait mouche L’enjeu majeur de cette reprise était clair : faire oublier une distribution initiale très aimée, sans chercher à la copier. Pari réussi. Avec Marc Citti, Lysiane Meis, Benjamin Egner, Agnès Miguras et Sébastien Pierre, la pièce gagne une énergie neuve, portée par un jeu collectif enthousiaste, précis, sans cabotinage. La troupe fonctionne comme un véritable ensemble choral : personne ne cherche à tirer la couverture à soi, et c’est précisément ce qui rend la partition si savoureuse. Les personnages sont nets, incarnés, nourris de petites ruptures, de colères, d’ébahissements et de tendresses très humaines. On sent le plaisir de jouer - et il est contagieux. ⸻ Une comédie qui ne se contente pas de faire rire Ce qui fait la véritable réussite de Mon Jour de chance , c’est qu’elle ne repose pas uniquement sur son concept. Derrière la mécanique comique se dessine une réflexion douce-amère : était-ce vraiment « mieux avant » ? Le hasard s’est-il trompé… ou nous protège-t-il parfois de nous-mêmes ? Sans jamais alourdir le propos, Haudecoeur et Sibleyras esquissent une exploration sensible des regrets, de l’envie, de la comparaison sociale. On rit, mais on se reconnaît aussi - dans ces petites frustrations, ces fantasmes de vies parallèles que l’on nourrit en silence. ⸻ 🅵🅵🅵 FOUD’ART - La combinaison gagnante Sur le papier, tout était déjà réuni pour convaincre. Sur scène, le plaisir est bien réel. Mon Jour de chance est une comédie truculente, mordante et redoutablement efficace, portée par un texte malin et une troupe aussi drôle qu’attachante. Une idée classique, certes - mais exploitée avec une vraie malice théâtrale. Un spectacle tendre, drôle, parfois émouvant, qui fait déjà salle comble pour de bonnes raisons. Un petit jeu, peut-être… mais aux conséquences redoutables pour nos zygomatiques. ⸻ Infos pratiques Mon Jour de chance Une pièce de Patrick Haudecoeur & Gérald Sibleyras Mise en scène José Paul (assisté de Guillaume Rubeaud) Avec Marc Citti, Lysiane Meis, Benjamin Egner, Agnès Miguras, Sébastien Pierre Décors Édouard Laug • Costumes Ana Belen Palacios Avila • Lumière Laurent Béal • Musique Michel Winogradoff • Vidéo Sébastien Mizermont • Accessoires Betty Lemoine Théâtre Fontaine Depuis le 2 janvier 2026 Du mardi au samedi à 21h • Samedi à 16h30 • Dimanche à 16h • Durée 1h30

  • LES PETITES FILLES MODERNES

    🅵🅵🅵 FOUD’ART — Un conte adolescent aux images sidérantes, entre émerveillement et manque de chair Deux jeunes filles scellent un pacte d’amitié si absolu qu’il défie les lois du réel et l’autorité des adultes. Avec Les Petites Filles modernes , Joël Pommerat convoque pleinement le fantastique pour interroger l’amour, l’amitié et notre besoin vital de lien. Un spectacle d’une puissance visuelle indéniable, qui fascine autant qu’il interroge ses propres limites dramaturgiques. ⸻ Un basculement assumé vers le merveilleux Longtemps, Pommerat a pris plaisir à fissurer le conte, à en révéler les zones d’ombre et les peurs enfouies ( Cendrillon , Contes et légendes ). Ici, le geste est différent. Le merveilleux n’est plus déconstruit : il est embrassé, revendiqué, utilisé comme un rempart. Face à un monde adulte normatif, séparateur et même absent, Jade et Marjorie opposent les forces mystérieuses de l’enfance. Leur amitié devient une puissance agissante, presque magique, capable de dépasser les frontières du corps, du temps et de l’espace. ⸻ Un théâtre-roman en clair-obscur Pommerat imagine un « théâtre-roman » où les événements se racontent en même temps qu’ils se vivent. Le plateau, volontairement dépouillé, se peuple de noirs, de silences, d’apparitions furtives. Les vidéos de Renaud Rubiano, la scénographie et les lumières d’Éric Soyer, et la création sonore de Philippe Perrin et Antoine Bourgain composent un univers hypnotique, presque mental. Des voix surgissent sans corps, des images apparaissent puis disparaissent comme des éclats de rêve. Le spectateur est invité à une traversée sensorielle dense, où réel et imaginaire se contaminent. L’ensemble est d’une maîtrise technique impressionnante, fidèle à l’esthétique clair-obscur qui fait la signature du metteur en scène. ⸻ Adolescence, lien et interdits Au cœur du spectacle, il y a l’adolescence : ses élans, ses peurs, ses fantasmes, son besoin vital d’absolu. L’amitié entre Jade et Marjorie est posée comme un lien sacré, presque politique, qui vient bousculer l’ordre établi. Pommerat met en miroir plusieurs mondes : celui des adolescents et celui des adultes, celui du réel et celui du fantastique, mais aussi un univers lointain et allégorique où deux êtres sont punis pour avoir commis un crime impardonnable… s’aimer. Une métaphore limpide de l’interdit et de la violence normative. ⸻ Une fascination visuelle… au détriment de la profondeur émotionnelle C’est ici que le spectacle laisse une impression plus ambivalente. Visuellement, Les Petites Filles modernes est une réussite éclatante. Les projections vidéo sont bluffantes, inventives, d’une grande poésie plastique. Chaque tableau semble pensé comme une image mentale, un fragment de cauchemar ou de rêve éveillé. Mais à force de privilégier l’atmosphère et la sensation, la pièce peine parfois à creuser la chair des relations humaines. L’amitié entre les deux héroïnes, pourtant au centre du propos, reste souvent à l’état de principe plus que d’expérience vécue. Le récit, fragmenté, non linéaire, entretient une forme d’opacité qui peut tenir à distance l’émotion, là où l’on attendrait davantage de trouble, de contradictions, de complexité affective. ⸻ Un geste fort, mais inégal Chaque nouvelle création de Joël Pommerat est un événement, et Les Petites Filles modernes ne fait pas exception. Le spectacle impressionne par son ambition esthétique, sa cohérence formelle, et sa capacité à créer un monde. Mais derrière la beauté des images et la puissance du dispositif, subsiste une légère frustration : celle d’un conte adolescent qui effleure ses enjeux plus qu’il ne les traverse pleinement. Un spectacle à voir pour sa force visuelle et son atmosphère envoûtante, mais qui laisse en suspens une question essentielle : jusqu’où le merveilleux peut-il remplacer la profondeur du lien humain ? ⸻ Infos pratiques LES PETITES FILLES MODERNES Création théâtrale Joël Pommerat Avec Éric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias Et les voix de David Charier, Delfine Huot, Roxane Isnard, Pierre Sorais, Faustine Zanardo Scénographie et lumière Éric Soyer • Création vidéo Renaud Rubiano • Création sonore Philippe Perrin, Antoine Bourgain • Musique originale Antonin Leymarie • Costumes Isabelle Deffin • Perruques Julie Poulain Théâtre Nanterre-Amandiers 18 décembre 2025 - 24 janvier 2026 • Du lundi au vendredi 19h30 (18h30 pendant les vacances scolaires) • samedi 18h30 • dimanche 15h30 • Durée 1h20

  • DÉBANDADE - Quand la masculinité se met en mouvement

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART - Une danse joyeusement politique qui fissure le patriarcat à coups de récits, de corps et d’humour ⸻ Sept hommes sur scène, sept façons d’être au monde Avec Débandade , Olivia Grandville orchestre une traversée aussi festive que nécessaire au cœur des masculinités contemporaines. Sept interprètes, tous trentenaires, aux parcours artistiques et culturels multiples, se tiennent sur le plateau comme on se tiendrait dans un cercle de parole — sauf qu’ici, les mots passent aussi par le corps, la danse, la chanson. Le titre annonce la couleur : Débandade , comme un mouvement de fuite, de désordre, mais aussi comme un lâcher-prise salutaire. Il ne s’agit pas de proposer un modèle alternatif clé en main, encore moins une leçon de morale. Grandville préfère le collage, la polyphonie, le frottement des récits intimes avec l’histoire collective. Comment devient-on un homme ? Qu’a-t-on reçu, hérité, subi ? Et que fait-on, aujourd’hui, de ce legs patriarcal qui vacille sans toujours savoir comment s’effondrer ? ⸻ L’unité, peut-être pas ; l’harmonie, assurément À la croisée de la danse contemporaine, du théâtre chorégraphié, de la comédie musicale et du stand-up, Débandade assume pleinement son caractère protéiforme. Les séquences s’enchaînent sans chercher l’unité à tout prix : solos dansés, chœurs explosifs, chansons populaires, confidences presque documentaires, adresses directes au public. Ce foisonnement n’est pas un effet de style gratuit. Il épouse au contraire la complexité du sujet : la masculinité n’est ni monolithique ni stable. Elle est traversée de contradictions, de doutes, d’élans contraires. Le plateau devient alors un espace de circulation permanente entre force et fragilité, dérision et gravité, exhibition et pudeur. La vidéo, utilisée comme un espace de confession ou de mise à distance, dialogue avec une scénographie sobre qui laisse toute la place aux corps. Ici, le mouvement fait dramaturgie. Les gestes racontent autant que les mots. ⸻ Olivia Grandville, l’art de l’indiscipline On retrouve dans Débandade tout ce qui fait la singularité d’Olivia Grandville : une écriture inclassable, nourrie d’une histoire dense de la danse — de l’Opéra de Paris à Dominique Bagouet — mais toujours prête à se contaminer d’autres langages. Chez elle, le texte n’est jamais décoratif : la parole surgit comme un acte chorégraphique à part entière. Depuis plusieurs années, la chorégraphe explore des formes collectives et politiques, traversées par la littérature et le réel. Débandade s’inscrit dans cette continuité, tout en prenant une tonalité particulièrement joyeuse. On sent le plaisir du groupe, l’intelligence du partage, le refus de figer les identités. ⸻ Une pièce en équilibre La grande force de Débandade réside dans son équilibre délicat : drôle sans être cynique, politique sans être démonstratif, émouvant sans jamais forcer l’empathie. On rit souvent, on est touché parfois, on se reconnaît par moments — quel que soit son genre. Car si la pièce parle des hommes, elle parle surtout de rapports, de constructions sociales, de regards croisés. Elle propose une vision de l’homme plus poreuse, plus douce aussi, sans renier l’énergie, la puissance, le désir. Oui, le rythme peut sembler volontairement éclaté, presque foutraque. Mais cette dispersion apparente fait sens : elle empêche toute lecture univoque, toute conclusion confortable. ⸻ 🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART — Quand la danse se mêle aux récits, Débandade ouvre un espace rare. Sept hommes, sept masculinités, toutes différentes, racontent leur parcours avec une sincérité désarmante. On voit l’homme dans ce qu’il a de plus juste, de plus vrai : sa force autant que sa sensibilité, son énergie comme sa douceur. Et si Débandade n’abat pas le patriarcat, elle le fait au moins vaciller. Elle l’ébranle avec joie, intelligence et générosité. Un spectacle drôle, festif, émouvant , d’une créativité contagieuse, qui laisse derrière lui une sensation précieuse : celle d’un monde un peu plus respirable. ⸻ Infos pratiques Débandade Conception et chorégraphie Olivia Grandville Avec Habib Ben Tanfous, Jordan Deschamps, Martín Gil, Adriano Coletta, Matthieu Patarozzi, Matthieu Sinault, Eric Windmi Nebie, Antoine Bellanger Création sonore Jonathan Kingsley Seilman • Création vidéo et regard extérieur César Vayssié • Création lumière Titouan Geoffroy et Yves Godin • Scénographie James Brandily • Costumes : Marion Régnier Crédit photo © Marc Domage Théâtre du Rond-Point 17 → 20 décembre 2025 • Du mercredi au vendredi 19h30 • Samedi 18h30 Durée 1h30 En tournée 11 décembre 2025 — Le Carreau, Scène nationale de Forbach 19 & 20 mars 2026 — Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

  • BIGRE – Burlesque muet, fou rire garanti sous les toits de Paris

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Une tornade de gags, de poésie et de solitude joyeusement déglinguée ⸻ Un phénomène burlesque qui revient hanter Paris Avant Les Gros patinent bien , il y a eu BIGRE . Créé en 2014, auréolé du Molière de la comédie 2017 et joué dans plus de 150 villes, le spectacle de Pierre Guillois (coécrit avec Agathe L’Huillier et Olivier Martin-Salvan) est devenu un objet théâtral non identifié… et pleinement culte. De retour cet automne au Théâtre de l’Atelier, il n’a rien perdu de son énergie tellurique : les zygomatiques trinquent, l’émotion affleure. ⸻ Trois chambres de bonnes, un désastre parfaitement organisé Le principe est simple à formuler, renversant à observer : trois minuscules chambres de bonnes alignées sous les toits. Dans cette maison de poupée bancale vivent : – un geek massif, passionné d’électronique, installé dans une cellule blanche aseptisée ; – un grand maigre lunaire, écolo-bricolo noyé dans son capharnaüm récup’ ; – une blonde pulpeuse, apprentie en tout et experte en rien, qui vient bousculer leurs solitudes. On croit voir poindre une comédie romantique ; surgit plutôt un ballet de catastrophes. Fuites, tempêtes, incendies, lapin hystérique, hamac rebelle, toilettes en avant-scène : tout devient prétexte à un chaos jubilatoire où la logique abdique et où la folie douce règne en maîtresse. ⸻ Un spectacle sans paroles, mais un langage qui crépite Le pari de Pierre Guillois est radical : ôter les mots pour réinventer le récit. Pas de dialogues, pas de tirades : BIGRE est quasi muet. Mais le silence est saturé de vie : bruitages artisanaux, musiques décalées, borborygmes, pets intempestifs, perceuse rageuse, karaoké en perdition… Cette contrainte engendre un langage corporel d’une précision redoutable, une dramaturgie menée par les objets, les gestes, les trajectoires, comme un retour au cinéma muet à la manière de Jacques Tati, passé au filtre de la scène contemporaine. Jamais l’absence de texte ne se fait sentir : tout se comprend, et tout se raconte. ⸻ Rire au bord des larmes Si BIGRE dépasse le simple feu d’artifice burlesque, c’est grâce à sa double tonalité. D’un côté, un rire franc, parfois très “pipi-caca”, qui fait réellement exploser la salle. De l’autre, une mélancolie diffuse : celle de trois clowns modernes qui se débattent dans un monde où il devient de plus en plus difficile de trouver sa place. Ils ratent tout, absolument tout. Ils trébuchent sur le quotidien, se cognent à leurs rêves, manquent leurs chances, sabotent sans le vouloir les rares instants de grâce. D’un gag inventif naît un silence poignant ; la solitude affleure, nue, fragile. Le ridicule flirte avec la tendresse. Et c’est dans ce vertige que le spectacle touche à l’essentiel : la simple difficulté d’exister . ⸻ Un burlesque contemporain, intensément vivant Cette folie n’a rien de gratuite : elle observe avec acuité la solitude urbaine, la cohabitation forcée, le bricolage permanent de nos vies. La scénographie, véritable maison de poupée en état d’urgence, est une prouesse. Machinerie apparente, murs qui tremblent, eau qui déborde, incendies maîtrisés : un Grand-Guignol poétique où l’absurde tutoie le sublime. ⸻ Une troupe au sommet du jeu physique Quelle que soit la distribution en alternance, la troupe fonctionne comme une mini-compagnie burlesque parfaitement réglée. Virtuosité corporelle, précision millimétrée, sens implacable du tempo : chaque geste fuse, chaque raté devient un petit miracle de mécanique comique, chaque regard ouvre une brèche d’émotion. ⸻ 🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Un mélo burlesque irrésistible, entre fou rire et solitude sous les toits Dans cette reprise à l’Atelier, BIGRE confirme son statut de spectacle vraiment à part : • un rire franc, parfois enfantin, nourri d’un univers visuel qui flirte avec le cartoon déglingué ; • une mise en scène d’une densité jubilatoire, véritable ruche dramaturgique ; • trois “bras cassés” bouleversants, bricolant leur dignité à coups de seaux, de lapins et de karaokés ratés. L’humour, volontiers scatologique, peut diviser. Mais la poésie, la sincérité et la précision du travail finissent toujours par triompher. Dans l’intimité chaleureuse de l’Atelier, BIGRE s’impose plus que jamais comme un bijou du burlesque contemporain, un classique déjà culte à (re)découvrir d’urgence. ⸻ Infos pratiques BIGRE Un spectacle de Pierre Guillois Coécrit avec Agathe L’Huillier et Olivier Martin-Salvan Avec en alternance Pierre Guillois ou Bruno Fleury Agathe L'Huillier ou Éléonore Auzou-Connes ou Anne Cressent, Jonathan Pinto-Rocha ou Olivier Martin-Salvan ou Pierre Delage Costumes Axel Aust • Décor Laura Léonard • Lumières Marie-Hélène Pinon et David Carreira • Coiffures / maquillage Catherine Saint-Sever • Son Roland Auffret, Loic Le Cadre • Effets spéciaux Abdul Alafrez, Ludovic Perché, Judith Dubois, Guillaume Junot Crédits photo © Fabienne Rappeneau ou © Frédéric Alber Théâtre de l’Atelier 📅 Du 5 novembre au 4 janvier • Du mercredi au samedi à 21h. Le dimanche à 16h.• Durée 1h25 • Tout public, à partir de 8 ans

  • LES FOLIES GRUSS – La comédie musicale équestre qui réinvente la piste

    🅵🅵🅵 FOUD’ART – Entre tradition, modernité et pur émerveillement ⸻ Une 52ᵉ création sous le signe de la transmission Depuis plus d’un demi-siècle, la Compagnie Alexis Gruss inscrit son nom dans l’histoire du cirque équestre français. En cette saison 2025-2026, la dynastie revient au cœur du Bois de Boulogne avec sa 52ᵉ création , un spectacle inédit mêlant comédie musicale, arts équestres et acrobaties saltimbanques . Intitulé Les Folies Gruss , ce nouveau cru prolonge l’esprit de fête et de transmission qui anime la famille depuis plusieurs générations, tout en rendant un vibrant hommage à Alexis Gruss , disparu en 2024. Sous le grand chapiteau du Carrefour des Cascades (Paris 16ᵉ) , le public découvre une expérience immersive unique : pré-show gourmand , spectacle principal et after-show convivial avec les artistes. Un format qui renouvelle la rencontre entre le cirque, la comédie musicale et le cabaret. ⸻ Une comédie musicale… équestre et saltimbanque ! C’est une première : jamais encore la famille Gruss n’avait franchi aussi franchement le pas de la comédie musicale équestre . Portée par la plume et la mise en scène de Stéphan Gruss , cette 52ᵉ création met en scène les artistes eux-mêmes dans leur propre rôle : celui d’artisans du rêve, en pleine quête de création. Répétitions, inventions, doutes, éclats de rire : on assiste littéralement à la naissance d’un spectacle . Les chevaux – cinquante au total, onze races différentes – ouvrent la piste dans un carrousel somptueux. Puis viennent les tableaux chantés, les danses aériennes, les acrobaties et les numéros de haute école, portés par la voix claire de Margot Soria et un orchestre live aux accents jazzy. Cette construction en fragments évoque un collage vivant plutôt qu’un récit linéaire : chaque séquence devient un éclat de création, un instant suspendu où le geste équestre se mêle à la musique et à la poésie. ⸻ Un art populaire au sens noble Le spectacle s’adresse à « petits et grands » et assume pleinement sa vocation de plaisir familial partagé . C’est là l’une de ses forces : Les Folies Gruss rassemblent plusieurs générations autour du même émerveillement, dans un esprit de joie et de transmission . Cette accessibilité ne rime pas avec facilité : la troupe conjugue rigueur technique et sens du spectacle, offrant un art populaire au sens noble, exigeant sur la forme, généreux sur le fond. Certes, l’ensemble privilégie l’émotion immédiate plutôt que la tension dramatique ; mais cette orientation est cohérente avec le projet : partager la virtuosité plutôt que la complexité , et faire du cirque musical un lieu de beauté et de fête. ⸻ Le cheval comme partenaire Au cœur de cette aventure, la relation homme-cheval demeure essentielle. Chaque numéro repose sur une complicité évidente : gestes précis, regards attentifs, écoute mutuelle. Les chevaux ne sont pas des accessoires : ils sont des partenaires de jeu à part entière , membres de la famille autant qu’artistes de la piste. La compagnie met un soin particulier au bien-être animal : écuries rénovées, sorties quotidiennes, suivi vétérinaire et retraite assurée dans le Vaucluse. Bien sûr, le débat autour du dressage et de la liberté animale traverse tout art équestre ; mais ici, la tendresse et la maîtrise visibles sur la piste dissipent largement les doutes. Les Folies Gruss revendiquent une alliance harmonieuse entre l’humain et l’animal , nourrie de tradition, de respect et d’amour du geste juste. ⸻ 🅵🅵🅵 FOUD’ART – Un hymne à la famille, à la création et à la joie du spectacle. Un rendez-vous incontournable de la saison parisienne 2025-2026 Un spectacle flamboyant, idéal pour une sortie en famille. Entre tradition, modernité et humour , cette comédie musicale surprend d’abord, puis séduit par son charme et sa poésie. On sent partout la trace du patriarche, cette empreinte indélébile qui soude la famille Gruss comme une tribu d’artistes unie par la passion. On aurait aimé parfois un peu plus de vertige, d’émotion brute ou de sensualité ; mais la promesse est ailleurs : dans la féerie maîtrisée , la cohésion familiale et la magie du collectif . Et puis, difficile de résister à la majesté de cette cavalerie de cinquante chevaux, tous plus splendides les uns que les autres. Le mot Folies n’a jamais été aussi bien choisi : cette soirée est une vraie folie entre cirque, cabaret, comédie musicale et grand spectacle vivant. ⸻ Les Folies Gruss 2025 s’imposent comme une réussite éclatante : un événement spectaculaire qui célèbre avec panache l’héritage d’une dynastie artistique hors norme. Le spectacle conjugue tradition et modernité , virtuosité équestre et souffle musical, dans une mise en scène immersive qui fait vibrer petits et grands. Au-delà de la performance, cette 52ᵉ création témoigne d’une belle maturité artistique : celle d’une famille qui sait se réinventer sans renier son ADN. La promesse d’émotion, de beauté et de transmission est pleinement tenue. ⸻ Infos pratiques 📍 Les Folies Gruss – Carrefour des Cascades, 75016 Paris 🗓️ Du 19 octobre 2025 au 29 mars 2026 • Du jeudi au samedi à 21 h, samedis et dimanches à 15 h, tous les jours pendant les vacances scolaires à 15 h et 21 h • Durée : 1 h 45 – avec pré-show et after-show 🐎 50 chevaux, 11 races, 14 artistes, 1 orchestre live Crédit photo Olivier BRAJON

  • Lève-toi – Quand la voix de Sarina devient un cri d’espoir

    Et si on éteignait la lumière…pour mieux entendre ? C’est ainsi que commence Lève-toi , le seul-en-scène musical de Sarina , jeune artiste non-voyante à la voix puissante et à l’âme lumineuse. Un piano, une guitare, un silence. Puis une voix. Et tout s’éclaire. Ce spectacle, c’est l’histoire d’une femme, d’une voix, d’un combat . Le sien d’abord, celui d’une enfant malvoyante devenue artiste, pianiste, chanteuse, compositrice. Mais aussi celui de toutes les femmes qui ont osé briser des barrières, et que Sarina convoque en musique : Nina Simone, Anne Sylvestre, Myriam Makeba, Billie Eilish, Fairouz… Un concert comme un manifeste Chaque chanson est un hommage. Chaque mot résonne. De Feeling Good à J’ai deux amours , de We Shall Overcome à Non, tu n’as pas de nom , Sarina revisite des titres emblématiques avec une émotion brute, une sincérité désarmante, et surtout une capacité rare à incarner ce qu’elle chante . Ce n’est pas une reprise : c’est une transmission. Entre deux morceaux, elle parle. De sa grand-mère, de son enfance, de ses doutes, de ses douleurs, de ce besoin farouche de ne pas être définie par son handicap. Elle le fait avec humour, avec délicatesse, avec une force tranquille qui bouleverse. Un moment suspendu, vibrant, nécessaire Pas d’effets de mise en scène spectaculaires ici. Juste elle, son piano, sa guitare. Et ça suffit. Car ce qu’elle donne, c’est bien plus que de la musique : c’est une énergie, une tendresse, une conscience. Elle ne cherche pas à impressionner. Elle veut inspirer . Et elle y parvient, avec une grâce rare. À la fin, elle chante son propre morceau, Lève-toi . Et dans la salle, on sent une vibration collective, presque physique. Comme si chacun·e, à sa manière, se préparait à se lever. Pourquoi il faut voir ce spectacle Parce qu’on a besoin d’artistes comme Sarina. Parce que sa voix nous rappelle que la fragilité peut être une force. Parce que ses chansons font du bien à l’âme. Et parce qu’après une heure avec elle, on ressort différent . Plus léger. Plus vivant. Avis de Foud’art 🅵🅵🅵 ⸻ Lève-toi – Sarina Mise en scène Sarina, avec Tania Garbarski & Charlie Dupont Direction musicale Ilan Abou Scénographie Nitsan Cohn Théâtre Essaïon Du 13 novembre 2025 au 3 janvier 2026 • jeudi, vendredi et samedi à 21h00

  • LA JALOUSIE – Guitry revisité par Michel Fau, l’élégance d’un théâtre d’antan

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Un bijou d’ironie et de style, entre hommage et modernité ⸻ Cent ans de théâtre, une célébration du style Pour le centenaire du Théâtre de la Michodière, Michel Fau signe un hommage fastueux à Sacha Guitry en remontant La Jalousie , comédie écrite en 1915. Un mari trop sûr de lui rentre chez lui après avoir failli tromper sa femme. En découvrant qu’elle n’est pas rentrée non plus, il sombre dans un délire de soupçons et d’orgueil blessé. Sous ses dehors légers, la pièce dévoile les mécanismes cruels de la jalousie, l’hypocrisie du couple et la vanité des sentiments. Guitry y dissèque avec une précision acide les travers de la comédie humaine. ⸻ Michel Fau, l’art du théâtre total Michel Fau ne modernise pas Guitry : il lui redonne sa puissance d’origine. Fidèle à son goût du style et de la démesure, il signe une mise en scène d’une beauté rare : décors somptueux, costumes luxueux, gestuelle chorégraphiée, diction millimétrée. Tout respire ici la rigueur et la musique du verbe. Le comique devient rythme, presque danse, et la théâtralité se fait art pur. Dans cet univers flamboyant, Fau transforme la nostalgie en vitalité. Ce qui pourrait paraître daté devient une partition fascinante : un théâtre de forme, de panache et d’intelligence, où chaque silence raconte la vanité du désir. ⸻ Un plateau d’une justesse rare Entouré d’une distribution exemplaire, Michel Fau trouve l’équilibre parfait entre virtuosité et sincérité. Gwendoline Hamon incarne une épouse moderne et malicieuse, d’une intelligence de jeu remarquable. Geneviève Casile, Alexis Moncorgé, Fabienne Galula et les autres comédiens forment un chœur précis, un mécanisme scénique aussi drôle que raffiné. Tous évoluent dans une direction d’acteurs ciselée où rythme, clarté et diction sont les maîtres mots. Chacun a son instant de lumière sans jamais rompre l’unité de l’ensemble : un travail collectif au service de l’excellence. ⸻ Un théâtre suranné, éclatant de vie Oui, La Jalousie appartient à un autre temps. Oui, son univers bourgeois et ses dialogues ciselés viennent d’un autre siècle. Mais c’est justement ce que Michel Fau sublime : il assume la patine et la transforme en matière vivante, en élégance retrouvée. Par son raffinement visuel et sa rigueur de jeu, le spectacle rappelle que le théâtre dit « de boulevard » peut être une forme exigeante, presque classique, dans sa précision et son ironie. Sous les dorures et le velours, la pièce parle toujours de nous : nos peurs, nos fantasmes, cette obsession du contrôle qui finit par nous consumer. Le rire devient miroir, la comédie se fait vertige. ⸻ Mon ressenti FOUD’ART Un retour flamboyant à un théâtre de style, assumé et lumineux. La Jalousie version Michel Fau s’impose comme une véritable leçon de scène : art du détail, sens du rythme, beauté scénique portée à son plus haut degré. La perfection des décors et des costumes, le plaisir palpable du jeu et cette élégance légèrement décadente rappellent les fastes des années folles. Le texte, certes daté, garde un charme intact : tout fonctionne avec la précision d’une horlogerie théâtrale. Un bijou d’équilibre et de raffinement, où chaque acteur trouve sa place, chaque silence sa musique, chaque geste sa justesse. 🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Un hommage fastueux au théâtre d’antan, revisité avec panache. Un boulevard qui brille par sa précision, son humour et son amour du jeu. Un spectacle somptueux où Michel Fau rappelle que la beauté du théâtre, c’est aussi celle de ses excès. ⸻ LA JALOUSIE Texte Sacha Guitry Mise en scène Michel Fau Avec Gwendoline Hamon, Michel Fau, Alexis Moncorgé, Geneviève Casile, Fabienne Galula, Alexis Driollet, Joseph Tronc, Léo Marchi Décor Nicolas Delas • Costumes David Belugou – Lumières Joël Fabing • Son Antoine Le Cointe Crédit photo @MarcelHartmann Théâtre de la Michodière Actuellement • Du mercredi au vendredi à 21h - Le samedi à 15h et 21h - Le dimanche à 15h  • Durée 1h40

  • Y’A DE LA JOIE - Quand Michaël Hirsch se met en quête du bonheur

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Un seul-en-scène drôle, documenté et profondément humain ⸻ Un an pour apprendre la joie de vivre Il fallait oser : se donner un an pour « apprendre la joie de vivre ». C’est le pari de Michaël Hirsch , humoriste, auteur et comédien, dans ce nouveau seul-en-scène qu’il joue au Théâtre de l’Œuvre . Après avoir exploré « le bonheur avec un grand B » à coups de citations inspirantes, de stories Instagram et de développement personnel, il avoue : « j’ai coché toutes les cases… sauf celle du bonheur ». Alors il enquête : lectures, expériences, rencontres improbables. De cette quête intime naît Y’a de la joie ! , un spectacle à la fois burlesque, philosophique et lumineux. Hirsch ne donne pas de leçons ; il partage une aventure. Sa recherche personnelle devient miroir collectif : qui ne s’est jamais demandé comment trouver un peu de joie au cœur du chaos ? ⸻ Une quête drôle et documentée Mis en scène par Mikaël Chirinian , le spectacle évite l’écueil de la conférence déguisée. Tout est incarné : les jeux de mots fusent, les personnages s’enchaînent, la parole devient matière vivante. Le psy aux airs de Luchini, le pote de bistrot façon Édouard Baer, la prof de yoga aux maximes absurdes ou le coach de sport extrême : autant de figures tendres et déjantées qui jalonnent le voyage intérieur du comédien. Ce qui frappe, c’est la précision d’écriture . Chaque mot pèse, chaque silence compte. Derrière la drôlerie, on devine un solide travail de documentation, presque scientifique, sur les ressorts de la joie. Michaël Hirsch mêle l’intelligence à la malice : il ne vend pas du “feel good”, il fabrique du vrai bien . ⸻ La mise en scène : une ascension symbolique Chirinian signe une mise en scène épurée et expressive, fidèle à son goût du croisement des disciplines. Le spectacle s’ouvre sur une image saisissante : Hirsch perché au sommet d’une échelle, amorçant devant nous l’ascension qu’il entreprendra tout au long du récit. Ce dispositif scénique traduit l’effort intérieur, la lente conquête d’un sommet de soi. La lumière de Laurent Béal , douce et mouvante, accompagne cette progression : on passe des teintes froides du doute aux éclats chauds d’une joie reconquise. ⸻ Un souffle vital et contagieux Ce seul-en-scène dégage une énergie communicative . On rit beaucoup, mais on sourit surtout longtemps après. Michaël Hirsch insuffle à chaque phrase un élan vital, une sincérité joyeuse qui fait du bien sans mièvrerie. Sa joie n’est pas donnée : elle naît du doute, de la fragilité, de l’effort. Et c’est ce qui la rend belle. La force du spectacle tient à cette alliance rare entre l’intelligence du texte et la chaleur du jeu . Hirsch fait vibrer le public sur plusieurs fréquences à la fois : la réflexion, l’émotion et ce léger vertige qu’on appelle simplement le bonheur d’être là. ⸻ Un spectacle plein de charme, d’énergie et de sincérité. Une écriture lumineuse et malicieuse, un comédien profondément humain, une mise en scène subtile qui laisse respirer la pensée. Un vrai antidote à la morosité. 🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – Coup de cœur pour ce manifeste joyeux qui fait du bien sans être mièvre, et prouve que le rire peut être une forme très sérieuse de sagesse. ⸻ Y’A DE LA JOIE ! Texte et interprétation Michaël Hirsch Mise en scène Mikaël Chirinian Lumières Laurent Béal Crédit photo (c) Stephane Kerrad Théâtre de l’Œuvre Du 14 octobre au 30 décembre 2025 • Les mardis à 21h • Durée : 1h15

  • OFFSCREEN 2025 : Quand l’image déborde, que reste-t-il du regard ?

    🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART - Un atlas du visible en crise, entre mémoire, politique et poésie ⸻ L’image, territoire en ruine Pour sa 4e édition, OFFSCREEN Paris investit un nouveau lieu aussi chargé d’histoire que de fantômes : la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière . Sous la coupole dessinée par Louis Le Vau, là où Charcot hypnotisait ses patientes et inventait l’hystérie comme spectacle clinique, l’exposition devient un champ magnétique où le visible se contorsionne . Sous la direction de Julien Frydman , OFFSCREEN 2025 réunit vingt-huit artistes internationaux, six galeries françaises et vingt-et-une venues du monde entier. Leur point commun ? Faire de l’image un outil de résistance : résistance à l’oubli (Sue Williamson, Alexander Ugay), à la norme du regard (Annegret Soltau, Carrie Schneider), à la machine toute-puissante (LoVid, Estampa), ou à l’histoire dominante (Thu-Van Tran, Hazem Harb). Là où d’autres salons montrent, OFFSCREEN interroge . Ce que ces œuvres exposent, c’est moins le monde tel qu’il est que le monde tel qu’il persiste dans nos rétines - abîmé, reconstruit, hanté. La Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière. Hôpital Pitié-Salpêtrière, AP-HP - Photo Lympa Architecture ⸻ Une cartographie du visible Du Japon à la Lituanie, du Ghana à la Pologne, OFFSCREEN compose une géopolitique du regard . Chaque artiste y invente sa propre grammaire visuelle : • Maria Brunner suspend la cathédrale de Cologne sur des rideaux de PVC, illusion gothique et spectrale. • Dorothy Cross sculpte un requin dans le marbre, entre anatomie et mythe. • Martin Désilets superpose des milliers d’images jusqu’à l’absorption du noir absolu. • Marcin Dudek reconstruit un salon de coiffure ouvrier comme refuge de mémoire post-communiste. • Reena Saini Kallat cartographie les inégalités de mobilité mondiale avec des fils électriques et des cartes optométriques. • Hazem Harb transforme Jérusalem en labyrinthe inaccessible. • Thu-Van Tran fait saigner les feuilles d’hévéa pour rappeler les plaies du colonialisme. • Et Richard Serra , dans l’ultime écho de sa présence posthume, rappelle que le poids du réel est aussi une forme de mémoire . Un salon ? Non. Plutôt une messe laïque de la perception , un pèlerinage au cœur des images. ⸻ Invitée d’honneur : Shigeko Kubota, la vidéo comme rivière Portrait Courtesy Shigeko Kubota Video Art Foundation Figure fondatrice du mouvement Fluxus et pionnière de la sculpture vidéo, Shigeko Kubota (1937-2015) est l’invitée d’honneur de cette édition. Présentée par Fergus McCaffrey , l’artiste japonaise — dont le MoMA a récemment salué l’héritage — a fait de la vidéo une matière fluide, spirituelle, presque organique. “Une goutte de pluie devient un ruisseau, un ruisseau devient une rivière. Le rôle de l’eau dans la nature est comparable à la fonction de la vidéo dans notre vie. - Shigeko Kubota, 1981 Dans ses œuvres, l’électronique et le sensible fusionnent : une technologie habitée , vibrante, où l’image devient onde, onde devient émotion. Kubota, c’est la mémoire du flux , la poésie du signal, la beauté du glitch avant l’heure. ⸻ La fracture du regard Ce qui traverse OFFSCREEN, c’est cette tension entre voir et ne pas voir , entre archive et disparition. Chez Aurora Király , la photographie devient introspection pré-selfie. Chez LoVid ou Estampa , la machine déraille pour mieux laisser affleurer la poésie du bug. Chez Yarema Malashchuk et Roman Khimei , la guerre impose son mutisme : des enfants déplacés dorment, filmés dans un plan fixe. L’image n’est plus beauté — elle devient preuve, blessure, dilemme moral . Et au milieu de tout cela, l’histoire du lieu pèse. Les photographies d’Albert Londe , réalisées en 1893 pour les leçons du Dr Charcot, exposées dans les “Magasins”, rappellent comment la science elle-même a mis en scène la souffrance féminine sous couvert de vérité. Entre art, médecine et spectacle, ces clichés d’hystériques rejouent le drame du regard masculin : qui regarde qui, et pourquoi ? ⸻ La matière du monde Chaque œuvre ici respire une matière différente : • la lumière (Shigeko Kubota, David Haxton), • le textile (Sue Williamson, Annegret Soltau), • le feu et la cendre (Laurent Lafolie), • le code et le signal (LoVid, Estampa), • la chair (Dorothy Cross, Dario Villalba). Ces matières se répondent, forment une cosmogonie tactile du regard . Ici, l’image n’est plus preuve : elle est présence . Et l’œil du spectateur, loin d’être un juge, devient un témoin. ⸻ 🅵🅵🅵🅵 FOUD’ART – OFFSCREEN 2025 L’exposition où chaque image devient une cicatrice - et chaque cicatrice, une lumière. OFFSCREEN 2025 compose une archéologie du visible : un musée du présent où le visiteur devient explorateur, parfois intrus. Entre mémoire et fiction, entre rituel et technologie, l’exposition fait vaciller la frontière entre l’art et la perception . Ce que ces artistes nous offrent, ce n’est pas une vision du monde - c’est la preuve sensible que l’art, aujourd’hui, ne se regarde plus : il s’éprouve. ⸻ INFOS PRATIQUES OFFSCREEN – 4e édition Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière (Paris 13e) Du 21 au 26 octobre 2025 • Pendant Art Basel Paris • Entrée libre sur réservation Invitée d’honneur : Shigeko Kubota Performance continue : Maria Stamenković Herranz – In This Mortal House Building 3 (6 jours, 8h par jour, destruction finale le 26 octobre) Institutions invitées : Centre Pompidou (Paris) – œuvres de Phill Niblock & Timm Ulrichs ZKM Karlsruhe – œuvres d’Analívia Cordeiro & Urs Lüthi Archives historiques : Photographies d’Albert Londe (1893) – séances du Dr Charcot, présentées avec la Galerie Baudoin Lebon Performance musicale : Mabe Fratti & Lucy Railton – vendredi 24 octobre (en collaboration avec TONO) Conversations : Avec des curators du MoMA , DIA , ZKM , Tate , Artforum , Madame Figaro , Mousse Magazine et le podcast Folie Douce de Lauren Bastide. Artistes phares 2025 : Shigeko Kubota, Sue Williamson, Annegret Soltau, Dorothy Cross, Thu-Van Tran, LoVid, Reena Saini Kallat, Hazem Harb, Martin Désilets, Richard Serra.

  • PHÈDRE – Le feu sous le velours

    🅵🅵 FOUD’ART – Racine slammé, désirs piégés, rouge comme la faute ⸻ Rouge sur rouge : un huis clos en apnée Dans un écrin de velours rouge qui serre comme une « prison dorée », Muriel Mayette-Holtz referme Phèdre sur l’empêchement du désir. Ici, tout brûle et tout étouffe : les murs, le tapis, la robe, les voix. Après sa création aux Arènes de Cimiez, cette version intérieure à La Scala Paris resserre la tragédie sur le cœur battant de Phèdre — une Ève Pereur incandescente et sensuelle, moins impériale que vulnérable, corps traversé par la honte et la fièvre. Dès le prologue slamé par Jacky Ido, le quatrième mur se brise : les alexandrins de Racine s’ouvrent à une oralité contemporaine. Ce prélude déplace notre écoute, fait entrer le public dans la musicalité de la langue avant de la laisser éclater en tragédie. La parole devient rythme, battement, halètement. ⸻ Le cœur parle en douze pieds Chez Mayette-Holtz, l’alexandrin n’est pas une relique : c’est une pulsation. Elle le rapproche du slam, de ce chant du cœur qui bat trop fort. Jacky Ido (Théramène) est le passeur de cette fusion entre tradition et oralité : sa présence apaise et dynamise à la fois. Le pari pourrait sembler risqué — superposer la scansion du XVIIe siècle à une énergie urbaine —, mais ici la greffe prend, surtout dans les moments où la langue semble respirer à travers les silences. C’est sans doute l’un des gestes les plus pédagogiques et sensuels de la metteuse en scène : réapprendre à entendre Racine autrement. ⸻ Œnone, poison d’amour Et puis il y a elle : Œnone. Sous les traits de Nicolas Maury, la confidente devient amoureuse, presque rivale. Sa douleur, sa jalousie, sa dévotion ont le parfum du danger. Ce choix de distribution, audacieux et profondément juste, fait vaciller les repères : Œnone n’est plus un simple miroir, mais la doublure tragique de Phèdre, sa part refoulée, son écho déformé. Maury, tout en retenue et en fièvre, signe une interprétation d’une justesse rare : un mélange de pudeur et d’excès, d’humilité et de flamboyance. ⸻ Thésée, l’ogre silencieux Charles Berling campe un Thésée sobre, presque retenu, et c’est là que le tragique s’aiguise. Sa colère ne tonne pas, elle gronde. En face, Augustin Bouchacourt (Hippolyte) porte la fougue et la pureté du jeune homme condamné à mort sans comprendre sa faute : un duo d’ombres et de miroirs, chacun enfermé dans son propre mutisme. Le décor de Rudy Sabounghi, saturé de rouge, dit tout : la passion est un piège, la chambre un enfer. Tout y semble prêt à exploser mais rien ne cède. Même la lumière, tamisée par François Thouret, semble respirer avec peine. ⸻ Une tragédie d’empêchement Mayette-Holtz fait de Phèdre une tragédie de la claustration. Chaque personnage y souffre d’un désir qu’il ne peut ni dire ni vivre. Le huis clos prend ici toute sa force : le salon devient un théâtre du refoulé. Ce qui se murmurait sous le ciel de Nice se chuchote ici sous les tentures. On peut regretter, parfois, un certain lissage : Ève Pereur, bouleversante par sa sincérité, aurait gagné à déployer un peu plus la rage, la grandeur d’une Phèdre au bord du gouffre. Mais ce choix de la fragilité donne une couleur singulière à la pièce : une tragédie du trouble plus que du tonnerre. ⸻ 🅵🅵 FOUD’ART Une Phèdre charnelle, fiévreuse, pleine de contradictions. Muriel Mayette-Holtz signe une lecture sensuelle et moderne de Racine, où la langue s’écoute comme un battement et où chaque silence pèse comme un crime. Un rouge battement de cœur où la faute devient musique. ⸻ Infos pratiques PHÈDRE Texte Jean Racine Mise en scène Muriel Mayette-Holtz Avec Ève Pereur, Nicolas Maury (en alternance avec Muriel Mayette-Holtz), Jacky Ido, Augustin Bouchacourt, Charles Berling Décor et costumes Rudy Sabounghi • Lumière : François Thouret • Musique : Cyril Giroux • Slam : Jacky Ido Crédit photo Virginie Lançon La Scala Paris Du 18 au 26 octobre 2025 • Durée 1h30 • À partir de 12 ans

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