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1955 résultats trouvés avec une recherche vide

  • Le Procès d’une vie : quand le théâtre redonne voix aux combattantes de l’ombre

    Théâtre des Gémeaux – Festival Off Avignon 2025 Chœur de femmes, chœur d’histoire Avant même que les lumières ne s’éteignent, Le Procès d’une vie nous invite à entrer dans le débat. Réunis en assemblée générale autour du manifeste des 343, les spectateurs deviennent partie prenante d’une mémoire vive : celle des luttes pour le droit à l’avortement. Le ton est donné. Ce spectacle ne se contente pas de raconter un procès, il le ravive en le contextualisant. Sur scène, l’affaire de Bobigny se rejoue à travers une fiction inspirée de faits réels, entremêlée à la vie de Gisèle Halimi, infatigable avocate de toutes les justices. En convoquant Marie-Claire, Michèle, Lucette, Renée, Micheline et les autres, la pièce redonne souffle aux anonymes de l’histoire, à ces femmes ordinaires devenues héroïnes d’un combat collectif. Une mise en scène coup de poing Barbara Lamballais orchestre avec justesse une mise en scène immersive, vive, déstructurée. Le public, placé au plus près des comédiennes, assiste à un théâtre en mouvement, qui brouille les lignes entre réalité et fiction. Les interprètes se changent à vue, les espaces se fondent, se montent et se démontent sous nos yeux : la mécanique du plateau devient miroir de celle du procès. Ce théâtre chorégraphié, syncopé, emprunte au cinéma son rythme et à l’histoire sa rage. Les dialogues claquent, les silences vibrent, les mots résonnent. La parole devient arme, écho, refuge. Et c’est précisément ce va-et-vient entre intime et politique, entre le “je” et le “nous”, qui fait toute la puissance de la proposition. Une distribution bouleversante Impossible de ne pas saluer l’intensité des comédiennes. Clotilde Daniault incarne une Gisèle Halimi vibrante de détermination. Jeanne Arènes est magistrale en Simone de Beauvoir, glissant avec grâce d’un rôle à l’autre. Maud Forget donne chair à la fragilité, au doute, à la peur de Marie-Claire. À leurs côtés, Déborah Grall, Céline Toutain, Karina Testa et Julien Urrutia complètent ce chœur vibrant, juste, traversé par la nécessité. Le texte de Barbara Lamballais et Karina Testa évite tout didactisme : il touche par sa sincérité, sa clarté, sa force. Le théâtre devient ici lieu d’éducation sensible, d’émancipation politique, d’élan collectif. Une œuvre de mémoire et de vigilance Ce qui glace – et révolte – dans Le Procès d’une vie , c’est la lucidité brutale avec laquelle il fait résonner passé et présent. Le violeur qui dénonce sa victime, l’adolescente jugée coupable de ne pas vouloir être mère, les femmes réduites au silence, à la honte, à la clandestinité. On est en 1971, mais parfois, l’ombre du Moyen Âge rôde encore. Et puis il y a cette phrase, toujours d’actualité, de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. » Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Infos pratiques Le Procès d’une vie Une fiction historique librement inspirée de la vie de Gisèle Halimi et du procès de Bobigny De Barbara Lamballais & Karina Testa Mise en scène Barbara Lamballais Avec Jeanne Arènes, Clotilde Daniault, Maud Forget, Déborah Grall, Karina Testa, Céline Toutain et Julien Urrutia Scénographie Antoine Milian • Costumes Marion Rebmann • Son & musique Benjamin Ribolet • Lumières Rémi Saintot Crédit photo ©Simon Gosselin Festival OFF Avignon Théâtre des Gémeaux • Du 5 au 26 juillet à 16h30. Relâche les 9, 16 et 23 juillet • Tout public à partir de 12 ans • Durée 1h30

  • Dissonances Jeanne d’Arc : le théâtre en débat, la fiction en embuscade

    Festival Off Avignon 2025 Une émission de radio qui fait disjoncter la scène Imaginez une émission de France Inter qui aurait trop bu, un débat radiophonique entre spécialistes qui vire au pugilat, une table ronde qui tangue entre farce et vérité. Dissonances Jeanne d’Arc , nouvelle création de la Compagnie du Dire-Dire, convoque la Pucelle d’Orléans sur un plateau… de théâtre. Et le feu prend. Sur scène, tout y est : micros, jingle musical, invités en roue libre, présentateur candide, et figures archétypales de notre paysage idéologique. Ce n’est pas une fresque historique, mais un miroir déformant (et détonant) tendu à notre époque. Jeanne d’Arc : flamme nationale ou brasier idéologique ? Après Mozart, Freud ou Camus, c’est au tour de Jeanne d’Arc de passer à la moulinette de cette « vraie/fausse » émission de radio imaginée par Frédéric de Goldfiem . Une femme politique façon Marion Maréchal-Le Gwen (savoureuse Marion Llombart ), un prêtre ultra-conservateur, une illustratrice féministe, un metteur en scène progressiste, un historien du droit… Tous s’affrontent, s’interrompent, se piquent au jeu. Et dans le rôle de l’animateur naïf, Jonathan Gensburger , Auguste version studio, joue de sa bêtise feinte pour mieux faire dérailler les échanges. Mais derrière l’humour et les glissements burlesques, l’enjeu est de taille : qui récupère Jeanne d’Arc ? Qui en fait une sainte, une arme, un étendard ? Le spectacle croise les discours, égrène les faits, titille les dogmes. La figure historique devient prétexte à un voyage au cœur des fractures françaises : identité nationale, républicanisme, féminisme, extrême droite, médias… Un théâtre du trouble, entre le vrai et le faux La grande force de Dissonances , c’est sa mécanique d’écriture vivante. Pas de texte figé : un canevas souple qui laisse place à l’improvisation, à la digression, au surgissement. Certains intervenants viennent avec leur expertise réelle, d’autres avec une caricature de leur posture idéologique. L’une des grandes réussites du spectacle est justement d’avoir mêlé vrais spécialistes et comédiens , brouillant les repères avec malice. Le spectateur ne sait jamais tout à fait ce qui est joué, sincère ou parodique. Il rit… puis parfois se fige. Lorsque la figure d’extrême droite entonne un monologue glaçant, la salle suspend son souffle. Car sous le vernis de la comédie, rôde l’ombre du réel. De la pensée comme herbe folle Le théâtre documentaire proposé ici se nourrit de dissonance cognitive : confrontation de vérités contradictoires, frottement entre posture et imposture, télescopage entre savoir et opinion. C’est vif, caustique, parfois absurde - et d’une grande pertinence. Ce spectacle interroge la forme même du débat public et sa spectacularisation. La mise en scène précise et malicieuse de Frédéric de Goldfiem orchestre ce chaos apparent avec une maîtrise réjouissante. Les tensions sont savamment dosées, les personnages hauts en couleur sans jamais basculer dans le cliché. La musique de François Barucco parachève l’illusion radiophonique avec une ironie bien sentie. Verdict : du théâtre comme on en voit peu Avec Dissonances Jeanne d’Arc , la scène devient arène. Le public est pris à témoin, plongé dans une expérience rare : celle d’un théâtre qui pense et fait penser, sans jamais moraliser - et c’est précieux. À mi-chemin entre satire politique, documentaire scénique et performance improvisée, ce spectacle amuse autant qu’il dérange. C’est  brillant, intelligent, ludique, vertigineux. À voir d’urgence si vous aimez être bousculé - même quand ça gratte là où ça fait mal. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Infos pratiques Dissonances Jeanne d’Arc Conception et réalisation Sophie De Montgolfier, Marion Llombart, Frédéric de Goldfiem, Jonathan Gensburger Mise en scène Frédéric de Goldfiem Avec Cyril Cotinaut, Jonathan Gensburger, Marion Llombart, Jennifer Maria, Gérard de Martigues, Sophie de Montgolfier, Valérie Pillon, Frédéric Rey Musique François Barucco Festival OFF AVIGNON Théâtre des Carmes ANDRÉ BENEDETTO • Du 5 au 26 juillet à 21h45 . Relâche les 8, 15, 22 juillet • Durée : 1h35 • Tout public à partir de 14 ans

  • Affaires Familiales — Quand le droit devient théâtre

    Festival d’Avignon 2025 Peut-on faire théâtre de la justice ? Avec Affaires Familiales , Émilie Rousset transforme l’espace scénique en salle d’audience pour faire entendre des récits intimes confrontés à la loi. À travers un dispositif bi-frontal immersif, sept interprètes redonnent chair aux voix d’avocates, de justiciables, de pères et de mères aux prises avec des dossiers aussi brûlants qu’universels : divorce, violences intrafamiliales, homoparentalité, inceste. Un théâtre documentaire d’une rare acuité politique. Le droit, une scène vivante Dans la lignée de ses projets précédents ( Reconstitution : Le procès de Bobigny ), Émilie Rousset poursuit ici son exploration du théâtre d’archives et du récit judiciaire. Elle part cette fois sur le terrain des affaires familiales, interrogeant la porosité entre droit et société : que nous disent les décisions de justice sur nos modèles familiaux, nos valeurs collectives, nos angles morts ? Pour ce faire, elle a mené une série d’entretiens filmés en France, en Espagne et en Italie. Les paroles recueillies — celles d’avocates engagées, de justiciables abîmés, d’expert·es du droit familial — deviennent la matière première d’un montage minutieux, transmis au mot près aux interprètes sur scène. Le théâtre devient ici un lieu de circulation de la parole, non sa reproduction. Une mise en scène du réel Le dispositif scénique signé Nadia Lauro est à la fois simple et saisissant : une scénographie bi-frontale, proche du tribunal, dans laquelle le public, placé de part et d’autre du plateau, se regarde autant qu’il regarde. Une géographie du regard qui crée une tension continue entre les corps, les récits, les spectateurs. Les vidéos projetées fragmentent et dédoublent les témoignages, sans jamais les illustrer. Ce jeu de reflets, d’échos, de duplications fait pleinement sens : il rappelle que le droit lui-même est une fabrique de récits — des histoires individuelles soumises à l’objectivation, à l’interprétation, à la confrontation. Un théâtre de la pensée vivante Sur scène, sept comédien·nes d’horizons européens incarnent ces voix avec une retenue remarquable. Chaque silence, chaque hésitation, chaque inflexion compte. Ce n’est pas un théâtre de la performance, mais un théâtre de la pensée en mouvement. On sent la tension des mots, leur poids, leur glissement vers l’émotion sans jamais céder à l’émotionnel. La réussite d’ Affaires Familiales réside justement dans ce équilibre subtil entre la distance documentaire et la présence sensible. Le spectacle ne donne pas de leçons. Il donne à penser, dans un espace partagé, horizontal, politique au sens le plus profond. Une parole féminine, collective, transformatrice Le corpus, constitué majoritairement de paroles de femmes, témoigne d’un champ juridique féminisé et pourtant peu valorisé. Avocates spécialisées dans les violences, la filiation ou les droits LGBT+ y apparaissent comme autant de figures de résistance, d’écoute, de courage. Leurs récits font émerger les failles du système judiciaire autant que ses potentiels d’évolution. Cette orientation assumée soulève cependant une légère réserve : à force de dresser le portrait d’une justice traversée par des récits où les femmes sont presque toujours les victimes et les hommes les figures dominantes ou coupables, le spectacle frôle parfois une forme de pensée unique , laissant peu de place aux nuances ou aux cas inverses. Cette tension, si elle dérange par moments, alimente aussi la complexité du projet. Avec cette création, Émilie Rousset rappelle que la famille est un fait social total, et que chaque dossier familial est traversé par des enjeux collectifs : genre, pouvoir, filiation, héritage. Le personnel est toujours politique. Et le théâtre, ici, en devient le révélateur. Avis de Foudart 🅵🅵 Infos pratiques Affaires Familiales Conception, écriture et mise en scène : Émilie Rousset Avec : Saadia Bentaïeb, Antonia Buresi, Teresa Coutinho, Ruggero Franceschini, Emmanuelle Lafon, Núria Lloansi, Manuel Vallade Dispositif scénographique : Nadia Lauro Musique : Carla Pallone Audiovisuel : Joséphine Drouin Viallard & Alexandra de Saint Blanquat Lumière : Manon Lauriol Festival d’Avignon – Juillet 2025 • Durée : 1h30

  • Comme tu me vois - Récits d’une grossophobie ordinaire : corps à cœur ouvert

    Un seul-en-scène magistral sur la grossophobie ordinaire Ils sont rares, ces spectacles qui touchent à ce point. Rares, ces textes qui, sans hurler, parviennent à renverser nos certitudes. Avec Comme tu me vois , Grégori Miège nous offre un bijou de théâtre engagé : intime, pudique, terriblement humain. Un seul-en-scène coup de poing, coup de cœur, qui fait tomber les masques grossophobes en douceur… mais sans concession. Un corps, mille voix Seul en scène sur un plateau nu, Grégori Miège ne joue pas : il incarne. Il habite une multitude de récits, entre témoignages, récits de soins, souvenirs d’enfance et confidences murmurées. Ces paroles, parfois autobiographiques, parfois collectées par les sociologues Arnaud Alessandrin et Marielle Toulze, dessinent les contours d’une discrimination encore trop peu représentée : la grossophobie ordinaire. Pas de grand cri, pas de leçon. Juste une parole incarnée, vibrante, bouleversante. Théâtre de la résonance Le spectacle commence par un bombardement de chiffres – glaçants : 63 % des collégiens disent avoir subi ou entendu des remarques sur leur poids. Puis très vite, on bascule dans la chair, dans l’émotion. Un rendez-vous humiliant chez le nutritionniste, une remarque assassine d’un parent, une danse de honte et de tendresse devant son propre miroir… Tous ces fragments composent une mosaïque de vies brisées, cabossées, mais aussi puissantes, fières, debout. C’est cette porosité entre l’intime et le politique, entre la honte intériorisée et le désir de réappropriation, qui rend Comme tu me vois si bouleversant. Une mise en lumière sensible La scénographie minimaliste laisse toute la place à la parole. Et pourtant, le corps de Miège est omniprésent. Sculpté par les lumières subtiles de Stéphane Babi Aubert, il devient tour à tour immense, fragile, spectral, flamboyant. Lorsqu’il entame une lente valse en sifflotant le générique de Strip-Tease , c’est tout un monde qui bascule – et nos larmes avec lui. Le théâtre devient ici un espace de réparation. Un lieu où un corps peut exister sans être jugé, réduit, humilié. Juste exister. Et c’est bouleversant. Une parole qui libère Comme tu me vois ne donne pas de leçon. Il tend un miroir. Il dérange, fait rire, émeut. Il désarme, comme le souhaitait Miège. C’est une œuvre précieuse, rare, nécessaire. Un moment de théâtre qui laisse des traces longtemps après la tombée du rideau. Et qui donne envie, sincèrement, de faire un peu mieux. D’écouter davantage. De regarder autrement. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Infos pratiques Comme tu me vois - Récits d’une grossophobie ordinaire Texte et mise en scène : Arnaud Alessandrin, Grégori Miège, Marielle Toulze Avec Grégori Miège Création lumière : Stéphane Babi Aubert Scénographie : David Bobée Le Train Bleu – Avignon Off 2025 Du 5 au 24 juillet à 18h45 (relâches les 11 et 18) • Durée : 1h15 – Dès 13 ans

  • Brel à corps ouvert

    Quand De Keersmaeker et Mariotte dansent la frénésie d’un géant Festival d’Avignon 2025 – Carrière de Boulbon Comment danser l’indansable ? Comment incarner l’excès, la colère, l’amour d’un chanteur dont chaque mot est déjà un cri ? Avec Brel , Anne Teresa De Keersmaeker et Solal Mariotte s’aventurent sur un terrain miné : celui de la chanson à texte. Ensemble, ils relèvent le défi avec une élégance sobre et une énergie fébrile, dans un duo intergénérationnel à la fois contrasté et complice. Une traversée des grandes chansons de Brel, jouée à ciel ouvert dans l’écrin minéral de la Carrière de Boulbon. Deux corps pour un monument Le projet est né d’une fascination commune pour Jacques Brel. Pour sa voix, ses mots, sa rage. Pour sa présence scénique hors norme. Entre Anne Teresa De Keersmaeker, grande figure de la danse contemporaine, et Solal Mariotte, jeune danseur issu du breakdance, l’écart pourrait sembler vertigineux. Il devient ici source d’un dialogue fécond. Chacun·e a puisé dans son rapport intime à Brel pour composer un langage chorégraphique où se croisent les générations, les esthétiques, les mémoires. La scène comme partition ouverte Brel s’ouvre sur Le Diable (ça va) . Texte nu, scène dépouillée, images projetées. Le ton est donné : ici, pas d’illustration, mais une tension constante entre présence, absence et incarnation. Les 24 chansons retenues, de Quand on n’a que l’amour à Les Flamingants , sont autant de jalons émotionnels dans un parcours sensible, politique et intime. La danse y est parfois minimale – une marche, une spirale, un regard – parfois éclatée, flirtant avec la transe. Solal Mariotte y déploie sa physicalité avec une justesse rare, entre envolées de break et retenues délicates. Anne Teresa De Keersmaeker, elle, s’empare de la scène avec sa gestuelle spiralée, ses reprises de Fase , ses clins d’œil à Rosas. Ensemble, ils incarnent non pas Brel , mais un Brel à soi , fait de réminiscences, d’échos et de distorsions. Un Brel fragmenté, réactivé Ce n’est pas un hommage. C’est une réactivation. Le duo ne cherche pas à incarner Brel dans une démarche mimétique, mais à faire vibrer son œuvre dans un corps contemporain. La question n’est pas tant comment danser Brel que comment faire surgir un geste à partir de ses chansons . Certaines séquences brillent par leur dépouillement – J’arrive , par exemple, dans un face-à-face avec le vide. D’autres tombent dans le piège de la théâtralité trop explicite, où la chorégraphie se fait redondante par rapport aux textes. Mais dans l’ensemble, c’est une expérience sensorielle forte, appuyée par un dispositif visuel impressionnant : les mots de Brel projetés sur la paroi rocheuse, les visages en surimpression sur les corps, les jeux d’échelle entre le plateau noir et la falaise blanche. La Carrière de Boulbon devient le théâtre d’un vertige émotionnel. Ce qu’il reste de l’amour Au fond, Brel pose cette question : que reste-t-il de ces chansons tant entendues, tant aimées ? Leur pouvoir d’évocation, intact. Leur charge politique, à redécouvrir. Leur frénésie, transmise à deux corps qui s’y donnent sans fard. À travers ce spectacle, De Keersmaeker et Mariotte rejouent le trouble, la tendresse, la violence douce des mots de Brel. Et prouvent qu’il est encore possible, en 2025, d’écouter autrement ce monument. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Infos pratiques Brel Concept, chorégraphie & danse : Anne Teresa De Keersmaeker & Solal Mariotte Chansons : Jacques Brel Crédit photo CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/FESTIVAL D’AVIGNON Festival d’Avignon Carrière de Boulbon • Du 6 au 20 juillet 2025 à 22h• Durée : 1h30

  • Roda Favela : le cri incandescent d’un peuple debout

    Danser pour survivre, jouer pour exister Et si le théâtre devenait le lieu de l’insurrection ? Dans Roda Favela , le metteur en scène Laurent Poncelet signe une fresque scénique fulgurante, où douze artistes issus des favelas de Recife transforment leurs blessures en puissance d’agir. Entre danse, théâtre, musique live et vidéo, cette création brute et incandescente donne corps à une jeunesse qui refuse de se taire. Sur scène, les corps dansent avec la mort et avec la vie. Ils bondissent, s’effondrent, hurlent et s’élèvent. Tout est vérité. Tout est urgence. Un spectacle total, à la croisée des disciplines La singularité de Roda Favela réside dans son processus de création : construit à partir d’improvisations théâtrales, chorégraphiques et musicales, le spectacle mêle récits personnels, situations réelles et gestes rituels dans une écriture collective en prise directe avec la vie. Les artistes – danseur·se·s, percussionnistes, comédien·ne·s – incarnent leurs propres luttes. Une femme apprend le violoncelle via son téléphone portable. Un frère tente d’échapper aux trafics. Un couple joue aux feux rouges pour survivre. La favela devient le décor vivant d’une dramaturgie sensible, tendue, viscérale. Corps en feu, musique in vivo Ici, le corps est tout : mémoire, cri, résistance. Les danses afro-brésiliennes, le hip-hop, les percussions live prennent des allures de transe, de libération, d’exorcisme. La musique, jouée sur scène, pulse au rythme du cœur. Elle pétrit les corps, soulève les âmes, emporte tout. On ne regarde plus : on ressent. Des séquences vidéo, tournées dans les véritables rues de la favela, viennent redoubler la charge émotionnelle. Les frontières entre réalité et fiction s’estompent. Ce que le spectacle donne à voir, c’est la beauté féroce d’une jeunesse debout, qui refuse de sombrer dans le silence. Une onde de choc saluée partout Après plusieurs tournées triomphales au Brésil et en Europe, soutenues par l’Ambassade de France à Recife et l’Institut Français, Roda Favela arrive au Off d’Avignon avec une réputation explosive bien méritée. Ce n’est pas un simple spectacle. C’est un électrochoc. Une clameur. Un appel. Une promesse d’art et de vie qui traverse la scène comme un feu sacré. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Infos pratiques RODA FAVELA Chorégraphie, dramaturgie & mise en scène Laurent Poncelet Assistant chorégraphe Jose W. Junior Avec T. da Silva Salomé, L. de Souza Carvalho, S. Martins de Oliveira, M. Luiz do Nascimento, L. Ramalho, C. Carlos dos Santos, A. Oliveira da Silva, E. Alves da Silva, G. Ribeiro da Fonseca, M. Santos, R. Santos, R. Tenório Copyright Laurence Fragnol Spectacle en portugais (surtitré) Festival OFF Avignon Théâtre Le 11 Avignon Du 7 au 24 juillet 2025 à 21h30 • Relâches les 11 et 18 juillet

  • Ancora Tu : Un bijou de théâtre sensoriel, entre autofiction, rituel et flirt

    Un tableau noir. Des mots à la craie. Un comédien seul, magnifique, qui joue à reconstituer les morceaux d’un amour envolé. Avec Ancora Tu , Salvatore Calcagno signe une forme élégante, vibrante, sexy et pleine de grâce sur la mémoire amoureuse. Un solo habité par Nuno Nolasco, bouleversant et malicieux. Un théâtre queer et délicat, où la douleur devient beauté, et l’absence, un jeu partagé. L’amour comme fiction vivante Il y avait un spectacle à écrire, mais Salvatore est parti. Ne reste que Nuno, son amant, son partenaire, son double peut-être. Le projet s’est effondré. L’amour aussi. Alors, sur scène, Nuno tente de « faire ses valises », de classer les souvenirs, d’ordonner le chaos. Pour cela, il s’adresse à nous, spectateur·ice·s devenu·e·s confident·e·s, allié·e·s, complices. Sur un grand tableau, des mots griffonnés : Pizza Ristorante , Mes adieux , Dancing on my own … Chaque mot est une clé, une archive, une amorce de souvenir que le public choisit au hasard. Et Nuno déroule. Avec humour. Avec tendresse. Avec décalage. Et parfois, en douce trahison, il bifurque. Car ce n’est pas le bon mot, ou parce qu’il n’a pas envie. Parce qu’aimer, c’est aussi mentir un peu. Une partition sensorielle Calcagno, fidèle à sa compagnie garçongarçon , compose ici un « théâtre de portrait » à la croisée du cinéma, de la musique et de l’autofiction. Ancora Tu est une œuvre baroque et fragile, portée par le tempo d’un cœur brisé qui bat encore. Les ruptures de ton – entre mélancolie et second degré, entre lambeaux d’intime et pop queer assumée – sont autant de respirations maîtrisées. La scénographie est minimale, mais la lumière et les archives vidéo créent un écrin délicat aux errances de Nuno. Ce dernier, tour à tour toréador disco, petit garçon perdu ou prince cabossé, danse, chante, rit, joue – et parvient à convoquer, sans pathos, l’ombre lumineuse de l’amoureux absent. Autofiction incarnée, désir en fragments Ce qui touche, au fond, dans Ancora Tu , c’est moins l’histoire racontée que la manière dont elle nous regarde. Ce théâtre du souvenir n’est pas un repli narcissique. Il devient espace partagé. Tout le travail de Nuno Nolasco – d’une justesse rare – consiste à nous faire croire qu’il improvise, qu’il hésite, qu’il trébuche. Mais tout est là : sous le vernis de l’accident, un vertige parfaitement maîtrisé. Et puis il y a le désir. Le désir de revivre, de séduire, de rejouer. Un désir queer, jamais fétichisé, qui circule entre le public et la scène, entre l’acteur et ses spectateurs. Un flirt permanent avec le fantôme du passé. Un jeu avec l’intime, joyeux et cruel à la fois. Un théâtre qui soigne par le trouble À la fin, reste cette question : que reste-t-il de l’amour quand il s’éteint ? La mémoire ? Le théâtre ? La beauté du geste ? Avec Ancora Tu , Salvatore Calcagno propose une réponse pudique et flamboyante : il reste la possibilité de rejouer. Non pas pour effacer, mais pour honorer. Non pour expliquer, mais pour frissonner encore. Avis de Foudart 🅵🅵🅵🅵 Infos pratiques Ancora Tu Texte : Salvatore Calcagno & Dany Boudreault Mise en scène : Salvatore Calcagno Interprétation : Nuno Nolasco Festival Off Avignon 2025 Théâtre du Train Bleu • 5 au 24 juillet à 17h25 (relâches les 11 et 18) • Durée : 1h10 – Dès 14 ans

  • Delirious Night : la transe comme soulèvement

    Quand la danse devient contagion, quand la fête devient réponse, quand la nuit devient un cri. Et si l’excès était une manière de survivre ? Dans Delirious Night , Mette Ingvartsen orchestre une transe scénique à la fois sauvage, érudite et sensuelle. En mêlant rituels médiévaux et références post-rave, la chorégraphe convoque l’histoire des corps en révolte pour faire danser la crise. Une performance totale, vibrante, habitée. Et profondément politique. ⸻ La nuit comme théâtre des affections Oubliez la nuit douce et réconfortante. Chez Mette Ingvartsen, la nuit est fiévreuse, traversée de spasmes, de chants, de sueur et d’ombres. Elle est aussi le terrain d’une lutte invisible, une scène collective où s’affrontent joie et angoisse, pulsion de vie et vertige d’effondrement. Avec Delirious Night , la chorégraphe danoise puise dans les manies dansantes du Moyen Âge , les bals masqués, les carnavals et les fêtes clandestines pour interroger notre époque saturée de crises. Le plateau devient une rave médiévale, un cabaret apocalyptique, un exorcisme festif. On y danse pour survivre, on y danse pour oublier, on y danse pour réveiller. ⸻ Une contagion chorégraphique Neuf corps traversent la scène comme un seul organisme vivant. Ils se contaminent, s’imitent, s’amplifient. La danse y est rituelle, excessive, presque délirante , en écho aux affects collectifs qui saturent notre époque : fatigue, colère, euphorie, besoin de lien. Chaque geste semble répondre à un appel invisible. Les mains claquent, les pieds martèlent, les voix s’élèvent. On pense à des liturgies païennes, à des soulèvements urbains, à des défilés queer. La chorégraphie s’échappe des cadres traditionnels pour épouser la pulsation vitale d’un collectif en transe. ⸻ Masques, échafaudages et résistances Le décor – inspiré des free parties et du théâtre itinérant médiéval – évoque un entre-deux : entre le réel et l’imaginaire, entre la scène et la rue. Des échafaudages, des ampoules colorées, une plateforme mouvante composent un espace de jeu instable, comme notre époque. Les masques , quant à eux, sont à la fois des artefacts rituels et des outils de dissidence : masques de démons, de bêtes, de carnaval… mais aussi masques urbains, de hackers, d’anonymat. Le corps devient anonyme, collectif, politique. ⸻ Musique et friction sonore La création musicale de Will Guthrie tient du concert percussif. Les sons vibrent, cognent, s’allongent jusqu’à la saturation. Comme une rave qui dérape, la musique construit une transe hypnotique, appuyant les états altérés des interprètes. C’est une pulsation continue, un rythme qui ne lâche pas. Jusqu’à l’épuisement. ⸻ Danser contre l’ordre Plus qu’un spectacle, Delirious Night est un manifeste dansé. Un geste de résistance joyeux. Un soulèvement corporel contre l’effondrement généralisé. Mette Ingvartsen réactive des formes oubliées de libération collective, là où la danse devient poison et remède, onde et cri, célébration et protestation. Elle signe ici une œuvre à la croisée de l’histoire et de la rage contemporaine. Une pièce qui pulse, qui contamine, qui dérange. Et qui, une heure durant, fait surgir un monde en dehors du monde. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 ⸻ Infos pratiques Delirious Night Chorégraphie et texte : Mette Ingvartsen Avec : Jayson Batut, Thomas Bîrzan, Dolores Hulan, Zoé Lakhnati, Elisha Mercelina, Mariana Miranda, Olivier Muller, Fouad Nafili, Júlia Rúbies Subirós Musique : Will Guthrie Crédit photo Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon Festival d’Avignon – 7, 8, 10, 11, 12 juillet 2025 • Durée : 1h

  • Holden – Fugue adolescente, quête d’identité et mémoire en ébullition

    Une voix en cavale Bonnet vissé sur la tête, couteau planqué dans la poche, Lola n’a pas fugué pour faire un caprice. Elle a seize ans et porte déjà sur ses épaules les vertiges du monde. Dans Holden , monologue fiévreux écrit par Guillaume Lavenant et mis en scène avec finesse par Marilyn Leray , c’est toute la confusion de l’adolescence qui affleure. Un corps en tension. Une voix en cavale. Une jeune fille en fuite vers elle-même. Lola veut qu’on l’appelle Holden. Non pas pour se rêver garçon, mais pour s’inventer une échappée, un double. Comme une béquille mentale face au tumulte. Holden Caulfield – le célèbre héros de L’Attrape-cœurs de Salinger – devient ainsi son alter ego fantasmé, un phare dans la nuit, un frère de solitude. Une adolescence à vif Mégane Ferrat , seule en scène, incarne Lola avec une intensité saisissante. Le texte, dense et nerveux, épouse le rythme des pensées d’une ado en apnée, confrontée à ses peurs, ses élans, ses contradictions. Elle attend son amie Luce, avec qui elle a prévu de fuguer. Mais l’attente devient introspection, la fuite une manière de suspendre le temps. Les souvenirs d’enfance remontent à la surface. Une violence diffuse, rentrée, l’habite. Entre pudeur et colère, la parole de Lola devient miroir d’une génération en équilibre instable, coincée entre l’enfance perdue et l’âge adulte à affronter. La scénographie sobre, les lumières sensibles de Sara Lebreton et l’univers sonore discret de Rachel Langlais construisent un écrin juste et tendu pour cette parole intime, jamais démonstrative, toujours vibrante. L’Attrape-cœurs, version XXIe siècle Il y a dans Holden une fidélité à l’esprit de Salinger sans jamais en faire un pastiche. Guillaume Lavenant distille des clins d’œil subtils au roman culte tout en offrant à Lola une voix autonome, contemporaine, profondément singulière. Le spectateur retrouve ce mélange de sarcasme, de lucidité désabusée et de fragilité brute qui fait de L’Attrape-cœurs un texte intemporel – mais dans un corps, une langue, un imaginaire résolument d’aujourd’hui. À l’image du spectacle : frontal, pudique, bouleversant. Quand le rideau tombe, quelque chose persiste. Une secousse douce. Une parole qui chemine en nous, bien après la fin. Car ce que raconte Holden , c’est cette minute précise où l’on comprend que grandir, ce n’est pas devenir sage, mais apprendre à marcher avec ses fêlures. Et que parfois, pour survivre, il faut savoir se réinventer. S’inventer Holden. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Infos pratiques HOLDEN Texte Guillaume Lavenant Conception & mise en scène Marilyn Leray Avec Mégane Ferrat Création musicale Rachel Langlais Lumière Sara Lebreton Scénographie Valérie Jung Costumes Caroline Leray Crédit photo Jérôme Teurtrie Festival OFF Avignon Théâtre La Manufacture Les 5, 7, 9, 11, 13, 15, 19, 21 juillet à 14h50 • Durée : 1h05 • À partir de 14 ans

  • WASTED (Fracassé·e·s) – Le dernier jour du reste de leur vie

    Trois amis, dix ans après. Une nuit pour tout remettre en jeu. Ted, Charlotte et Dan fêtent les 10 ans de la mort de Tony, leur ami de toujours. Mais plus que l’absence, c’est un autre deuil qui surgit : celui de leurs rêves d’ado. Une jeunesse fracassée, des idéaux qui s’effilochent, un avenir devenu flou. Qu’ont-ils fait depuis ? Rien, ou si peu. Installés sans l’être, vivants à peine. Et cette nuit-là, shootés à la coke et à l’alcool, ils décident peut-être de tout envoyer valser. Repartir à zéro. Mais en sont-ils vraiment capables ? Une jeunesse en clair-obscur Dans WASTED , Kae Tempest compose un poème de la désillusion, un texte brut et doux, incandescent et mélancolique. La langue claque, tangue, vacille entre quotidien prosaïque et fulgurances poétiques. La mise en scène de Martin Jobert ne cherche pas l’effet. Elle sublime l’ordinaire. Elle rend tangible ce vertige de vivre à l’âge où l’on croyait déjà avoir tout raté. On pense à Trainspotting , à Skins , à nos propres déroutes. Ce sont des jeunes adultes, et pourtant déjà fatigués. Des êtres désorientés, qui oscillent entre cynisme et désir d’y croire encore. “Célébrer Tony, c’est surtout faire le deuil de l’ancien futur glorieux.” Une scénographie épurée, un texte vibrant Un plateau quasi vide, un monolithe lumineux en guise de décor : à la fois tombe, stèle urbaine et totem des illusions perdues. Tout autour, les corps se figent, la parole fuse, la lumière glisse. Rien n’est naturaliste ici, mais tout est incarné. Les addictions sont symbolisées par des jets de paillettes. La drogue devient métaphore, la fête devient fuite. Et dans cet entre-deux vacillant, une musique baroque -composée par Raphaël Mars - s’infiltre, mystérieuse, presque mystique. Un contrepoint bouleversant à l’esthétique urbaine du texte. Une voix chantée plane comme un fantôme, peut-être celui de Tony. Elle agit comme une mémoire sonore, un ange gardien perdu dans la nuit. Trois voix, une génération La distribution alterne selon les jours, mais les comédien·nes partagent une même intensité, une même énergie brute. Ils incarnent des figures trouées par la lucidité , tiraillées entre le confort d’une vie stable et le manque existentiel. La langue est directe, quotidienne. Mais les chœurs en anglais , proches du spoken word, ouvrent une faille poétique. C’est dans ces moments suspendus que le texte de Kae Tempest prend toute sa dimension : générationnelle, intime, lucide. La médiocrité sublimée Martin Jobert réussit ce pari rare : rendre bouleversante la banalité . En mêlant confidences brisées, monologues crus et envolées lyriques, WASTED devient une fresque miniature, un théâtre de l’errance contemporaine. Ce n’est pas un spectacle qui assène, c’est un spectacle qui écoute. Et qui laisse l’écho durer. “Non, je ne serai pas le plus jeune oscarisé de l’histoire. Je ne poserai pas pour Vanity Fair. Je serai intermittent. Et c’est déjà pas mal.” À peine trente ans, et déjà à bout de souffle. Mais dans ce théâtre habité par la tendresse et la rage, la jeunesse n’est pas vaincue : elle se débat, elle éclaire, elle émeut . WASTED nous parle à l’endroit le plus sensible : celui de nos rêves enfuis, de nos renoncements, et de nos petites victoires. Un moment d’intensité rare, qui sublime les failles. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Infos pratiques WASTED (Fracassé·e·s) Texte Kae Tempest Mise en scène Martin Jobert Avec (en alternance) Simon Cohen, Tristan Pellegrino, Kim Verschueren, Chloé Zufferey Musique originale Raphaël Mars Lumières Gautier Le Goff • Costumes Juliette Chambaud • Son Simon Garrette Crédit Photo © Gulliver Hecq Festival OFF Avignon 11 Bd Raspail – Avignon • Du 5 au 24 juillet 2025 (relâche les vendredis) à 15h05 • Durée 1h15 • Dès 14 ans

  • La Révérence – Portrait d’un fils de paysan devenu comédien

    Quitter le village sans trahir les siens. Monter sur scène sans s’excuser. Avec La Révérence , Emeric Cheseaux signe un premier seul-en-scène aussi drôle que bouleversant. Seul face au public, avec pour tout décor quelques caisses à vendanges, il convoque tout un monde : celui de son enfance dans un village agricole de Suisse romande, et celui qu’il a choisi - la scène. Entre hommage tendre et distance critique, cette autofiction lumineuse est à la fois enracinée et en mouvement. Il y a de la gouaille dans sa voix, de l’amour dans chaque imitation. D’un geste, Emeric devient son oncle rustre, sa grand-mère au parler fleuri, un copain d’école, une voisine. Il se glisse dans leurs mots, leurs corps, leurs maladresses - sans jamais se moquer. La Révérence fait entendre les voix des gens « du cru », celles que le théâtre oublie trop souvent. Et derrière l’humour, perce une tendresse infinie. Cheseaux transforme le singulier en collectif, le personnel en politique. Il capte l’humanité dans les failles du langage. Il parle patois, il parle franc, il parle vrai. Du théâtre pour réconcilier les mondes Né d’un long travail d’écoute, le spectacle puise dans les récits des habitant·es de sa région. Cheseaux les recueille comme on cueille des souvenirs avant qu’ils ne tombent. À partir de cette matière orale, il tisse une partition scénique vivante, argotique, drôle, parfois cruelle, toujours sincère. Le tout porté par une énergie généreuse, un regard lucide et un humour tendre. Mais La Révérence , c’est aussi l’histoire d’une rupture. Celle d’un jeune homme longiligne qui monte à la « grande ville » pour faire… du théâtre. Et qui revient, sur scène, pour raconter ce départ sans arrogance ni regret. Il cherche sa place entre deux mondes : celui qu’il a quitté, et celui qu’il tente de comprendre. Un moment suspendu entre émotion, rire et mémoire Le charme d’Emeric Cheseaux opère immédiatement. Il nous embarque dans son histoire comme dans une veillée de fin d’été. Le temps passe à toute vitesse. On rit, on s’émeut, on se reconnaît. C’est peut-être là sa plus grande force : parler de lui pour parler de nous. « Parce que tô, Emeric, mèteunant tu vas faire quoi en bas par là-bas ? Du ? Théôtre ? Ah, mon djeu, mon djeu ! » - La Grand-Maman, hilarante et inoubliable. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 Infos pratiques La Révérence Texte, mise en scène et interprétation Emeric Cheseaux Collaboration artistique Coline Bardin Regard extérieur Shannon Granger Création lumière Céline Ribeiro Crédit Photo © Andreas Eggler Festival Off Avignon 2025 Tiers-Lieu La Respélid’ / Théâtre du Train Bleu Du 5 au 23 juillet (jours impairs) à 19h35 • Durée 1h • À partir de 12 ans

  • “Le Chant des Lions” : un amour, un chant, une Résistance

    Quand une chanson fait trembler l’Histoire 🎭 Festival Off Avignon 2025 – Théâtre des Gémeaux Et si une simple chanson pouvait rallumer l’espoir au cœur de la nuit ? Avec Le Chant des Lions , la troupe des Téméraires nous plonge dans une histoire vraie, judicieusement romancée et bouleversante : celle d’un amour entre deux artistes et d’un chant devenu cri de ralliement pour une nation en lutte. ⸻ Une voix, un amour, une guerre Paris, 1933. Germaine Sablon, star de la chanson, fait chavirer les cœurs dans les cabarets. Dans la salle, un homme s’attarde : Joseph Kessel, écrivain, aviateur, grande gueule et grand cœur. Coup de foudre. Mais la grande Histoire vient percuter leur romance. Guerre. Exil. Résistance. Et au milieu : une chanson née de leurs silences et de leur rage. Le Chant des Partisans , écrit à Londres, enregistré dans l’urgence par Germaine Sablon, devient l’hymne clandestin des résistants. Aujourd’hui, toutes les chansons de Sablon sont tombées dans l’oubli… sauf celle-là. ⸻ Théâtre vivant, son vibrant Sur scène, la magie opère autant par les oreilles que par les yeux. Bruitages, musiques et voix sont réalisés en direct, dans une mise en scène inventive de Charlotte Matzneff, aussi sensible qu’audacieuse. Le plateau se transforme tour à tour en radio, en cabaret, en zone de guerre. Mehdi Bourayou, à la fois musicien et bruiteur, orchestre l’Histoire en temps réel. La scénographie grince, respire, vibre. Et les silences… parlent. ⸻ Une troupe habitée par l’Histoire Tous les comédiens chantent, dansent, vibrent. Ils donnent à voir une France vacillante, mais debout. La distribution impressionne par son engagement et sa polyvalence. Vanessa Cailhol (ou Marina Pangos), dans le rôle de Germaine Sablon, et Éric Chantelauze, dans celui de Joseph Kessel, brillent par leur présence et leur intensité. Mention spéciale à Élodie Colin — alias Katia et la carpe — qui passe de la légèreté à la gravité avec une fluidité bouleversante. Thierry Pietra, en Darrier, impose une intensité rare et nuancée. On les suit, on les aime, on tremble avec eux. ⸻ Un rappel nécessaire Le Chant des Lions raconte un moment de bascule. Quand l’amour devient engagement. Quand une voix de femme ose chanter là où tout se tait. Quand un chant devient flamme. « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? » Un spectacle poignant, accessible dès 10 ans, à ne pas manquer. Parce que certaines chansons changent le monde. Et qu’il suffit parfois de les écouter… pour ne pas l’oublier. Avis de Foudart 🅵🅵🅵 ⸻ 🎟 Infos pratiques Le Chant des Lions De Julien Delpech & Alexandre Foulon Mise en scène et dramaturgie : Charlotte Matzneff Avec : Vanessa Cailhol ou Marina Pangos, Éric Chantelauze, Thierry Pietra, Thibault Pinson, Élodie Colin, Mehdi Bourayou Musique : Mehdi Bourayou • Costumes : Corinne Rossi • Lumières : Moïse Hill • Scénographie : Antoine Milian 📸 Photo © Fabienne Rappeneau 📍 Festival Off Avignon 2025 – Théâtre des Gémeaux 🗓 Du 5 au 26 juillet à 14h40 (relâches les mercredis 9, 16 et 23) ⏱ Durée : 1h30 • 👨‍👩‍👧‍👦 Tout public dès 10 ans

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